Chapitre Dix
Un Nouvel Espoir
A un jour de tempête succédait un jour radieux. Le ciel était sans un nuage et il faisait étonnamment chaud. La foule était immense au pied des ruines de Minas Tirith. La reconstruction commençait à peine, mais les efforts du peuple du Gondor avaient été décuplés par la réapparition d'un héritier du trône.
Pour Innar, c'était comme si tout le stress accumulé ces derniers mois s'était relâché ce jour. Il se cramponnait presque à son trône de bois couvert d'or feuilleté, le dos très raide, le regard fixe, un peu de sueur coulant le long de son cou. Il regarda ses mains. Il avait pu en nettoyer le sang, mais deux brûlures très nettes étaient apparues dans ses paumes, lorsque le pommeau de l'épée Fratricide était devenu brûlant au contact du Dieu Sanglant.
Un vieil homme à la peau noueuse, le nouvel intendant, déposa avec une lenteur respectueuse la couronne du Gondor sur la tête d'Innar, geste accueilli par des torrents d'applaudissements et de vivats. Deux hommes drapés du blanc symbolique de la Cité apportèrent Anduril, la Flamme de l'Ouest, reposant sur un coussin de soie rouge brodé de fil d'or, et un bouclier fait d'acier forgé, sur lequel avait été gravé le symbole stylisé de l'Arbre des Rois. Innar pensa avec une certaine déception qu'aucune graine n'avait pu en être retrouvé, mais ça n'avait plus beaucoup d'importance…
La seconde cérémonie commença aussitôt que le couronnement fut terminé. Un nain à la barbe si longue qu'elle dépassait sa ceinture sortit d'un coffre de bois et de cuivre un collier étincelant fait d'or et d'un diamant d'une pureté parfaite. Toujours cramponné à son siège royal par le stress, le nouveau roi du Gondor se pencha en avant, tandis que le nain attacha le collier autour de son cou. Innar regarda la pierre précieuse avec admiration et chuchota à son Intendant :
- Est-ce… le Diamant de Terre ?
- Certes, répondit le vieil homme, une pierre somptueuse pour un couronnement impérial… Le Roi Daïn y a tenu personnellement.
Impérial… Ce mot résonna dans la tête d'Innar. Il n'était plus simplement le Roi du Gondor. Une réunion avait eu lieu la nuit même de la victoire sur Arin, réunissant les principaux dirigeants nains, elfes et humains. Tous avaient conclu que l'ancienne organisation du pouvoir était la principale cause de la débâcle initiale des peuples libres. Trop divisés… La décision fut presque unanime. Les anciens royaumes reprendraient leurs prérogatives, mais désormais, ils se réuniraient de façon mensuelle sous la tutelle d'un Empereur, et prendraient ensemble les décisions. Et c'était lui, le vainqueur du Dieu Sanglant, de par sa nature divine et son ascendance royale, révélées par Gandalf le Blanc, qui avait été élu Empereur de la Terre du Milieu.
- Gloire à l'Empereur ! Cria la foule.
La nuit tomba, et on tira un grand feu d'artifice.
Innar jeta un regard ému au ciel. Un Empire… Un gigantesque Empire… Non pas une tyrannie érigée par les armes, comme l'auraient vu Sauron ou Melkor, mais un Empire fondé par la volonté des Peuples de l'Aube…
A des kilomètres de là, au Nord, dans les ruines de la cité de Fondcombe, une toute autre cérémonie avait lieu. Les elfes pensaient leurs plaies, reconstruisaient leurs demeures… et honoraient leurs morts. Leur peuple, déjà fort affaibli par l'émigration, s'était vu très diminué par la terrible guerre qui venait de s'achever. Celeborn présidait l'enterrement des fils jumeaux d'Elrond. Elladan… et Elrohir.
Le souvenir de ce jour le hanta de nouveau. Il se revit extirpant le corps d'Elrohir de sous le cadavre du lakan. Il revit les horribles blessures qui le balafraient, son teint pâle… Il entendit de nouveau au creux de son oreille ses derniers mots… « Pardonne-lui… pour mon frère ».
Le Roi de la Lorien prononça un discours en l'honneur du dernier des fils d'Elrond. Cela n'avait pas beaucoup de sens pour lui. Tandis que ses mots évoquaient la vie de l'elfe qui était mort dans ses bras, ses pensées se fixaient sur son père. Où était-il à présent ? Il ne s'était pas présenté à l'enterrement de ses deux fils… peut-être n'en avait-il même rien su… Sa gorge était sèche, tout comme ses yeux qui le brûlaient. Il conclut sur ses mots :
- Tous, nous avons eu notre lot de souffrances, mais aujourd'hui n'est pas la fin. Aujourd'hui, tout commence.
Les corps furent portés en terre. Les blessures se cicatrisaient. La Terre du Milieu toute entière fêtait le retour du calme. Ce qui avait été détruit allait être rebâti. Mais pas à l'identique. C'était un monde nouveau qui était né des cendres de l'ancien.
Nerhoear Laiquaninwa
Fin (possible)
