Chapitre 14
Rodney avait conscience de deux choses, la première c'était qu'il était sur le point de se réveiller ce qui ne l'arrangeait pas du tout merci, il ignorait pourquoi mais quelque chose lui disait que l'inconscience était préférable, un refuge bien confortable ; la seconde, c'était une voix, une voix qui l'appelait, enfin, ça ressemblait à un appel, encore qu'il y avait quelque chose qui ne collait pas, quelque chose de bizarre …
- --trius ? Tu m'entends ? Mon fils, il faut te réveiller maintenant, tu dois prendre ce médicament. Atrius ?
Ah, oui, maintenant, Rodney se souvenait pourquoi il souhaitait rester dans les doux bras de l'inconscience. Posséder le moyen de créer des E2PZ valait-il ceci ? Une partie de lui hurlait « non, certainement pas ! » mais l'autre, beaucoup plus insistante, n'était pas du même avis : un E2PZ, non, des E2PZ, cela signifiait pouvoir reprendre contact avec la Terre, vaincre les Wraith, découvrir le vrai potentiel d'Atlantis … sauf que tout cela ne serait pas possible si Drahéto le tuait, non ? Hum, que faire, que faire … Drahéto le secoua et Rodney poussa un gémissement bien involontaire.
- Aaaah, tu es réveillé bien. Bois.
La voix était autoritaire et de toute manière, Rodney se sentait plus faible qu'un chaton. Il détestait ces crises d'hypoglycémie qui le laissait vidé de toute énergie mais il détestait plus encore la perspective de tomber dans le coma alors il obéit et ouvrit les yeux … sur un monde flou. Il y avait manifestement quelqu'un devant lui, il devinait la silhouette d'un homme et -- minute. Si Drahéto était devant lui, à qui appartenait la main qui lui avait collé un verre entre les lèvres ? Et à la réflexion, d'où provenait cette main ? Un frisson parcourut Rodney. Il avait d'abord pensé que Drahéto l'avait mis au lit et qu'il était allongé contre des coussins sauf que maintenant, il réalisait qu'en fait il était allongé contre quelqu'un. La panique le gagna une fois de plus.
- Non ! Lâchez moi, espèce de … de pervers ! cria t-il.
Rodney essaya de se dégager de l'étreinte de celui qui le retenait et envoya le verre par terre – de toute manière, avec sa chance il y avait du citrus dedans et il aurait une réaction allergique en plus de l'hypoglycémie. L'homme derrière lui poussa ce qui devait certainement être un juron et Rodney sentit un bras passer autour de sa poitrine l'empêchant de se relever. En temps normal, il aurait sans doute pu s'échapper mais la poussée d'adrénaline provoquée par la peur s'était dissipée et après quelques gesticulations infructueuses, il s'affaissa sur la poitrine de son geôlier. Rodney respirait comme un bœuf, terrorisé à l'idée d'être à la merci d'inconnus et d'être trop faible pour faire quoique ce soit. Là c'était sûr, même une fournée d'E2PZ ne valait pas ça !
Derrière lui, Rodney pouvait entendre les murmures rassurants. Oh. L'homme qui le tenait était donc Drahéto, dans ce cas qui était le type qui se tenait devant lui ?
- Là, là, tout va bien Atrius, tout va bien mais il va falloir que tu te calmes ...
Ouais, bien sûr, pas de problème !
- Ne restez donc pas planté là comme un idiot ! Allez me chercher un autre verre. Maugréa Drahéto à l'attention de l'homme.
Rodney vit l'homme se déplacer dans la pièce. Il réprima un frisson lorsque Drahéto posa sa main sur son front et caressa ses cheveux plaqués par la sueur.
- Regardes dans quel état tu t'es mis … Pourquoi ne m'as-tu pas dit plus tôt que tu te sentais mal ? Nous aurions fait une pause.
Rodney ferma les yeux, les rouvrit, et recommença ce petit exercice jusqu'à ce que la pièce devant lui cesse d'onduler.
- Tenez, buvez ça et cette fois n'en mettez pas partout.
Cette fois, Rodney reconnut l'homme qui lui tendait le verre et venait de lui parler. Incrédule, il resta la bouche ouverte, ce qui fut une erreur puisque cela donna l'idée à Drahéto de le forcer à boire le contenu du verre. Rodney manqua une fois encore de s'étrangler.
- Par les Ancêtres Atrius ! Calme toi un peu !
Et Drahéto se fit un devoir d'essayer de le calmer en lui donnant de fermes tapes dans le dos. Super efficace, non vraiment, maintenant, Rodney avait non seulement du mal à reprendre son souffle mais en plus, il allait avoir des bleus partout et d'ailleurs qui aurait cru que ce petit vieux d'allure fragile ait autant de force !
- Drahéto, l'expérience … fit l'homme sur un ton impatient.
Drahéto leva les yeux vers lui.
-Oh, oui, bien sûr, l'expérience. Notre grande œuvre Atrius ! Enfin achevée ! Et avec ça, il passa ses bras autour de Rodney et entreprit de l'empêcher à tout jamais de respirer normalement puisqu'il se mit à le serrer contre sa poitrine puis il le relâcha brusquement, reposa délicatement (ce type était pire qu'un schizophrène, passant d'une humeur à l'autre en quelques secondes !) Rodney contre les oreillers et trottina vers la porte.
Lorsque Drahéto fut sorti, Rodney leva les yeux vers l'homme qui lui souriait. Un sourire pas franchement tendre et certainement pas du genre paternel, d'un autre côté, avoir une seule personne le prenant pour son fils lui suffisait amplement merci bien.
- Sparetti !? Pourquoi ? demanda juste Rodney.
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Ils arpentaient les couloirs du sous sol depuis une bonne vingtaine de minutes lorsque Kolya s'arrêta brusquement.
- Je crois que cet endroit devrait convenir Major.
John hocha la tête et commença à dégrafer sa TaKVest. Kolya en fit autant avec son lourd manteau long.
- Des règles ? demanda John sur un ton faussement blasé.
Kolya sourit. Le sourire qu'avait du avoir le requin des dents de la mer avant de faire son premier repas pensa John, puis il sourit à son tour : après tout, le requin finissait toujours pas y passer dans ses films là, non ?
- Aaah major, je vous proposerais bien quelque chose de noble et de comment diriez vous, chevaleresque, mais je crois que le classique « jusqu'à la mort » me conviendra parfaitement.
John hocha la tête une fois encore. Oui, ça semblait être le plus logique : un combat à mort. Exactement comme pour les Dents de la Mer : John avait toujours trouvé que les remakes mauvais. Toujours plus de sang, toujours plus de morts, tout ça avec la même rengaine … oui, il n'y aurait pas de nouvelles rencontres entre Kolya et lui.
Les deux hommes posèrent leurs armes près de leurs vêtements et Kolya fit un petit signe de tête à John qui l'imita et le combat commença.
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Le docteur Sparetti éclata de rire. Le Rasénian n'avait plus rien du professeur Tournesol, envolé le scientifique nerveux et maladroit, à sa place, se trouvait un homme déterminé et visiblement prêt à tout pour arriver à ses fins. Il se pencha vers Rodney.
- Pourquoi docteur ? Mais ça me semble pourtant évident non, pour la même raison qui vous pousse à jouer cette petite comédie avec ce vieux fou : pour le générateur. Je serai bientôt en possession de la source de puissance la plus formidable ayant jamais été créée et tout ça, grâce à vous docteur ! Puis il éclata à nouveau de rire.
Rodney frissonna et remonta les couvertures sur lui. O Joie, un autre fou ! Il les attirait ou quoi ? Pour une fois il aimerait pouvoir attirer, oh, disons une jolie blonde, pas un crétin aux idées nazillonnes ou des fous furieux en mal de … de câlins ! Ou de reconnaissance …
- Vous êtes complètement malade ! Cracha Rodney. Je ne joue pas la comédie, j'essaye de sauver ma peau : il les a tués Sparetti ! TUES ! Ce qui fait de vous son complice. Ces gens n'avaient aucune chance et vous le savez, ce n'était … ce n'était que des biochimistes ! Rodney se retint de préciser que considérer la chimie comme une science était de la plus haute stupidité alors la comparer à la physique quantique. Oui, ils n'avaient eu aucune chance, aucun d'eux n'avaient eu la compétence pour travailler avec Drahéto, pour se faire passer pour son fils, le brillant physicien.
- Mais vous oui docteur McKay.
Oups, Rodney avait du dire ça tout en haut. Sparetti souriait toujours et le fixait un peu comme un oiseau de proie fixe un malheureux lapin juste avant de fondre dessus. Rodney se cala davantage dans les coussins. Ok, que disait toujours Sheppard ? Ne pas montrer sa peur, ouais, c'était plus facile qu'à faire ça, Sheppard lui, avait toujours droit à la belle bonde, et franchement, qui a peur d'une belle blonde, sauf peut-être si c'est Samantha Carter en mode militaire, camouflage et tutti quanti encore que … et merde, voilà qu'il déraillait lui aussi. Se concentrer, il devait trouver un moyen de ficher le camp d'ici. Et vite.
- Vous savez, docteur, vous êtes celui qui a tenu le plus longtemps … je veux dire celui qui fait le plus illusion, vous voir travailler tous les deux, côtes à côtes, oui, c'est presque comme l'époque ou Atrius travaillait avec son père … Sparetti s'installa sur le lit, ce qui ne fit rien pour arranger la belle résolution de Rodney de ne pas montrer sa peur. Oui, père et fils … touchant, non ?
Sparetti claqua brusquement ses mains et se leva. Rodney sentit son cœur se calmer. Une idée, il lui fallait une idée, quelque chose, n'importe quoi …
-Bien, je crois que vous êtes suffisamment reposé et je suis sûr que votre papa, vous attend avec impatience. Je ne serai pas loin ne vous en faites pas, juste dans la salle de contrôle, même si vous échouez, les données récupérées sont inestimables et elles sont à moi.
Rodney aurait volontiers levé les yeux au ciel à cette déclaration digne d'un méchant Jamesbondien mais il était trop terrorisé pour ça. Sparetti continuait son petit discours.
- Oui, toutes ces informations sont à moi, et à moi seul. L'Ingenuvia devra se plier à mes volontés, courber l'échine, reconnaître mon génie ! Sparetti criait presque maintenant, signe supplémentaire, s'il en fallait un, qu'il n'était plus tout à fait sain d'esprit. Et Rodney eut une idée …
-Non, pas toutes … annonça t-il, interrompant Sparetti dans la description de ses rêves de grandeur.
Le Rasénian se jeta littéralement sur Rodney et se mit à le secouer comme un prunier, ce qui n'était pas tout à fait la réaction recherchée.
- Comment ça pas toute ? Qu'avez-vous fait ?
Apparemment, Sparetti était du genre impatient parce qu'avant que Rodney ait pu dire quoique ce soi, il le frappa. Impatient et pas tendre, parce que Rodney avait l'impression de rejouer la scène de l'Exorciste ou cette pauvre Linda Blair a la tête qui fait un tour de 360 degrés. Yep, il était certainement bien parti pour s'échapper …
- Et bien parlez ! Que me cachez vous ! Parlez !
Et encore une gifle. Celle-ci propulsa Rodney hors de lit. Il se trouvait moitié sur le lit, moitié par terre. Et encore un joli stéréotype : celui du méchant crétin qui frappe avant de poser des questions. Rodney essaya de se relever et poussa un petit cri lorsque sa main rencontra un des morceaux du verre qu'il avait fait tomber. Huhu, peut-être qu'après tout, il allait réussir son coup après tout … Et Rodney plongea le morceau de verre dans la jambe de Sparetti.
A suivre …
