Je tiens à dire que je me considère moi-même comme une fangirl (au premier sens du terme, c'est-à-dire fan de sexe féminin) et que je ne cherche donc pas à les rabaisser dans ce chapitre, mais juste à caricaturer le deuxième sens du terme (c'est à dire fille qui se met à piquer une crise d'hystérie devant un quelque chanteur ou acteur).

4 : Un bizarre incident et un assassinat

La bibliothèque de Poudlard était un lieu qui regorgeait de secrets. Il y régnait une atmosphère semblable à celle qu'on trouve dans tous les endroits où prédominent les livres : un silence intellectuel, non pas pesant mais reposant, seulement troublé par le craquement des pages des livres qu'on tournait et le léger claquement des semelles de la bibliothécaire quand elle se promenait dans les allées. On aurait aussi pu reconnaître l'endroit à son parfum, peut-être plus entêtant que celui des autres bibliothèques à cause de la nature magique de l'école où il se trouvait : c'était une odeur douceâtre de vieux livre qui pourrissait, de poussière qui recouvrait les plus antiques ou les plus ennuyeux des ouvrages et d'encre fraîche sur les rouleaux de parchemins des élèves.

Aujourd'hui, Tom était l'un de ses élèves. Le seul peut-être. Mme Pince venait de chasser un troupeau de filles gloussantes cachés derrière un rayonnage et il ne voyait (ou n'entendait) personne d'autres. Tant mieux : il ne voulait être dérangé par personne.

Tom était un bon élève mais on ne pouvait pas dire qu'il soit travailleur. Il bâclait le plus souvent ses devoirs, recopiait parfois sur ses amis et ne travaillait véritablement que pour les examens, où il excellait généralement. Mais cela ne suffisait parfois pas pour se maintenir dans une bonne moyenne, il devait donc se forcer à travailler de temps en temps ses matières les plus désastreuses. Ce jour-là, c'était la Divination.

Tom regrettait d'avoir pris cette matière stupide. C'était Maxana qui avait insisté pour suivre ces cours, moitié pour être avec ses amies, moitié par qu'elle y croyait sans vouloir l'avouer. Elle ne devait plus y croire maintenant, le professeur Trelawney étant la meilleure publicité contre la Divination. Ses châles ridicules, ses prédictions fumeuses, tout son comportement discréditait sa propre matière.

Tom avait montré son manque d'intérêt pour le sujet en ayant des notes désastreuse. Mais comme, fidèle à sa méthode, il avait baratiné suffisamment lors des BUSE, il avait obtenu une bonne note en Divination, trop haute pour qu'il puisse abandonner la matière. Il était donc condamné à suivre ses cours ennuyeux et à inventer de temps en temps une prédiction bidon pour avoir une note convenable. C'était le moment de le faire : Trelawney leur avait demandé de faire un journal de rêve et avait sous-entendu qu'il serait noté et compterait énormément dans la moyenne. Le jeu en valait la chandelle.

Tom ne savait pas quoi écrire. Il avait déjà utilisé toute ses idées de rêves fantasques et de significations horrible mais n'avait rempli que la moitié de son journal de rêves. Il était venu à la bibliothèque en espérant que la proximité des livres l'inspirerait… mais concrètement, qu'est-ce qu'il pouvait écrire de plus ? Il avait déjà prédit son inculpation pour meurtre et même sa propre mort avant la fin de l'année. Est-ce qu'il avait déjà décrit un rêve où il était attaqué par des poêles à frire géantes ? Non, mais il avait déjà parlé de casseroles et autrement, ça ferait répétitif.

Ne pouvait-il simplement décrire ses vrais rêves ? Il en faisait sûrement, comme tout le monde, mais ne s'en souvenait jamais. Le seul rêve dont il gardait un souvenir incroyablement nette était le Cauchemar. En y repensant, Tom frissonna. Rien de bon ne pouvait sortir d'un rêve pareil mais selon l'Oracle des rêves de Trelawney, il prendrait sans doute une signification grotesque.

Cela fit penser à Tom qu'il ne s'était jamais interrogé sur les significations possibles du Cauchemar. Quand il le faisait étant petit, son père accourait le consoler et quand, plus grand, il continuait de faire ce rêve, il se levait, ouvrait la fenêtre et restait en pyjama dans l'air de la nuit, qui chassait les ténèbres étouffantes du Cauchemar. Puis, il n'avait qu'une hâte : l'oublier.

Peut-être pouvait-il analyser ce rêve, à sa façon ? Tout d'abord, ce monstre qui était son double parfait et qui lui faisait face. Est-ce qu'il représentait la partie mauvaise de lui-même ? Tout le monde a une partie mauvaise. Cependant, Tom ne pensait pas que ce fut la sienne. Cette chose (il ne pouvait l'appeler être humain) était bien trop maléfique. Il ne pouvait l'avoir en lui sans être lui-même un monstre à moins que… Tout cela lui rappelait le livre Moldu « L'Etrange Cas du Docteur Jekyll et de Mister Hyde » où l'ordinaire docteur Jekyll se transformait à l'aide d'une potion en un être maléfique. Mais il n'y avait pas de potion, juste son subconscient qui lui jouait des tours.

Et ce que lui disait son double, « Je t'attendais. » ? Cela signifiait-il que la rencontre était prévue de longue date et en quelque sorte, inéluctable ? Et l'endroit où ils se rencontraient ? Il était sûr de n'y être jamais allé mais il avait la certitude qu'il n'était pas choisi au hasard.

Désormais, les questions se bousculaient dans son esprit. Et son journal de rêve n'était pas prêt d'être terminé.

Tom se leva. Il avait besoin d'un endroit tranquille pour réfléchir à tout ça. Il décida donc d'aller dans son rayonnage préféré, la rangée des X-Y-Z, où il était en plus sûr de ne pas être dérangé.

La rangée des X-Y-Z était la moins fréquentée, vu le peu d'ouvrages qu'on y trouvait. C'était donc la plus poussiéreuse et la plus moisie. Elle était situé au fond de la bibliothèque et la présence de la Réserve toute proche, se faisait sentir. Mais cela ne gênait pas Tom. Au moins, cela chassait les personnes assez bêtes pour avoir peur d'un tas de livres, même s'ils étaient un peu spéciaux. Il avait au contraire presque hâte de pouvoir lire les ouvrages de la Réserve.

Pourtant, il n'était pas attiré par le Mal. Il le répugnait, comme son double du Cauchemar. Sil voulait lire les livres de Réserve, c'était parce qu'ils devaient contenir d'incroyables secrets, très différents de la théorie ennuyeuse des cours. Il y aurait accès quand il ferait des études avancées de Défense Contre les Forces du Mal en septième année. C'était ça. C'était forcément ça…

« Même les septième année disent que la Réserve est malsaine… »

Il entendit des bruits de pas et se réjouit d'être dans ce rayonnage. Pour être encore mieux caché, il s'assit sur le sol, le dos appuyé contre une étagère.

Peut-être était-ce la proximité des livres sur des sujets dangereux ou leur odeur qui lui faisait tourner la tête mais Tom se sentit étrange. Ses pensées devinrent soudain floues et éparses comme s'il était sur le point de s'endormir. Il ne savait plus trop bien où il était, ni depuis combien de temps il y était, ni ce qu'il faisait là. Mais il ne se posait pas de questions, il laissait son esprit dériver.

Ce devait être à ce moment-là qu'il s'endormit. C'était un sommeil anormal, à moitié éveillé, peuplé de visions étranges pour quelqu'un qui ne rêvait jamais. Comme une réminiscence du Cauchemar, il crut voir un instant son double. Cette fois, il passait devant lui dans une lumière aveuglante. Il avait l'air moins monstrueux mais il lui fit un clin d'œil ironique, comme s'il se jouait de lui.

« Attends, ne pars pas ! », cria Tom, en pensée.

Il n'avait pas l'intention de le laisser partir en emportant avec lui ses secrets. Il essaya donc de rattraper son autre lui mais celui-ci filait déjà loin devant. Tom entendait les échos de son rire alors qu'il disparaissait dans la lumière. Il se retourna alors et Tom s'aperçut qu'il ne courait pas mais qu'il glissait, exactement comme s'il avait porté des patins à roulettes invisibles. Il tendit la main à Tom, qui s'élança pour la prendre, et bien qu'il avait l'impression d'être très éloigné de lui, il la saisit sans problème. Aussitôt, la lumière disparut et ils tombèrent dans un endroit sombre, le lieu où se déroulait le Cauchemar.

Tom était encore accroupi mais son double s'était déjà relevé. Il lui tenait encore la main.

« Je t'attendais. », lui dit-il.

Tom sortit brutalement de sa torpeur. Il était toujours dans la bibliothèque. Il jeta alors un coup d'œil à sa montre et se rendit que plusieurs heures avait passées. S'il s'était assoupi, ce n'était pas étonnant mais…

Il se releva, chancelant. Ce qui le troublait, c'était ce « rêve ». Jamais son subconscient n'avait mêlé des éléments du Cauchemar à d'autres choses. Pourquoi cette… confusion ?

Finalement, il se dit que ce devait être à cause de ses dernières pensées : il s'interrogeait sur le Cauchemar, il s'était donc vu en train de poursuivre son double. Et quand il l'attrapait, son esprit ne pouvait lui apprendre rien de plus. Mais cette explication logique ne le satisfaisait pas complètement.

Quel bizarre incident…

§§§

Brittany Pamela Shesford-St Claire était une véritable fangirl, et fière de l'être.

Elle avait trouvé sa vocation à l'âge de sept ans quand elle était tombée amoureuse du chanteur, Brian Blue, qui cartonnait avec son tube « Amour de ta vie ». Elle avait acheté des tonnes de portrait du chanteur et exigé que le futur enfant de sa mère s'appelle Brian. Ses parents réussirent à limiter l'invasion du visage souriant aux mèches peroxydés et aux yeux d'un bleu trop profond pour être authentique à la seule chambre de la petite et à lui faire accepter Brian comme second prénom de son frère mais elle fut intraitable sur le point suivant : « Amour de ta vie » devait devenir le nouvel hymne de la maisonnée. Cette rengaine sentimentale ne tardait pas à vous rester dans la tête et on se retrouvait à chantonner : « Mais c'est l'amour de taaaaaa vie Mais c'est l'amour de maaaaa vie Ôooooooo l'amour de maaaaaa vie… de tata-ta-tata vieeeeeeeee ».

Au moment où ses parents commençaient à réfléchir à l'envoyer en pension, Brittany délaissa Brian Blue pour le boys band Flash-retour et sa chanson « Don't come back without me, baby ». Puis elle céda au sirènes du rap et du R&B. Elle se fit un nouveau look de pseudo-rebelle et commença à rapper sur sa vie quotidienne : « mes remps y me font chier, je peux aller à la t-t-t-teuf d'Hervé ».

Heureusement, à l'âge de onze ans, elle reçut sa lettre de Poudlard et ses parents furent libérés de ses déplorables goût musicaux.

Comme elle ne pouvait pas emporter de son discman avec elle, Brittany décida d'aduler des personnes réelles. Elle était adolescente, il était donc grand temps pour elle qu'elle rencontre « le véritable amour de saaaaaaa vieeeeeeee ». Elle se lia avec d'autres filles du même genre, mais il ne fallait pas se leurrer, elles étaient aussi rivales si la question d'à qui appartenait une de leurs « idoles » venait sur le tapis.

Parmi ces idoles, il y avait justement Tom Potter et ses amis. Ils étaient beaux, ils étaient populaires, ils avaient à peu près le même âge que la BB (Bande à Brittany bien sûr, car elle était la chef ; elle avait la voix qui portait le plus, ce qui n'était pas peu dire). Parmi elles, il y en avait qui préférait Jackie ou Matthew mais la plupart était fan de Tom, et malgré leur adoration, elle reconnaissait qu'il « appartenait » à Brittany. Le principal intéressé se moquait bien de ces guerres entre fangirl, il n'était jamais sorti avec aucune d'elle : « Elles me perforent les tympans. », disait-il à ses amis. Il était vrai que Brittany était passée maître dans l'art de crier « Toooooooooommm ! » d'une voix perçante dès qu'il approchait, le tout assorti d'un concert de « Kyaaaaaa ! » par ses fangirl adjointes.

La vie de Brittany Pamela Shesford-St Claire n'avait qu'un seul but : être une fétichiste de Tom Potter, l'observer, l'aduler, collectionner des photos de lui, lui ériger un piédestal. Le suivre aussi.

En ce moment, elle était en plein dans une de ces filatures. Elle avait suivi Tom à la bibliothèque. Il était seul, sans cette idiote de Maxana, et la bibliothèque était vide. Elle aurait peut-être pu l'aborder. Mais cette vieille peau de Mme Pince l'avait viré, elle et ses amies. Elles avaient toute abandonné la filature. Sauf Brittany. Comme il n'était pas question de retourner à la bibliothèque tout de suite, elle avait continué à errer toute seule dans l'étage en attendant que Tom ressorte. Jusqu'à ce qu'elle ait envie d'aller aux toilettes. Elle se rendit dans les toilettes les plus proches, qui étaient mixtes (les cabines des filles et des garçons étant séparés par une simple cloison). Mais Tom en sortit au moment où elle allait y entrer.

« Toooooooooom ! », s'exclama t-elle.

Il n'était pas question de manquer une occasion pareille de l'aborder. Il avait du sortir de la bibliothèque à un moment où elle se dégourdissait les jambes, quoi que cela l'étonnait. Enfin, il était là et pour une fois, il ne s'esquiva pas. Ils discutèrent tous les deux pendant un agréable moment des cours, des profs. Il ne s'offusqua même pas de ses gloussements. Quelle chance elle avait aujourd'hui !

Il finit par lui dire au revoir et distraitement, elle ouvrit la porte des toilettes, le souvenir du rire de Tom encore dans son esprit. Mais elle ne put aller jusqu'à la cabine.

Car un cadavre lui barrait le chemin.