Dans ce chapitre, les ennuis commencent et l'histoire s'amorce.
5 : Les lumières de l'Auror
Sheridan Dusk était le genre de personne qui vous inspirait instinctivement de la révulsion et une sorte de piété et, quand on le connaissait mieux, cette impression, loin de disparaître, s'affirmait de plus en plus.
De la pitié parce que, tout au long de sa vie, Sheridan n'avait jamais eu de chance. Il était né durant la période où Voldemort montait en puissance. Même si sa famille n'était ni vraiment célèbre, ni même très reluisante, son sang pur aurait du lui valoir un peu de respect. Mais quand il était entré à Poudlard, Voldemort avait été vaincu pour la première fois par Harry Potter, les procès des Mangemorts se déroulaient, et les Sang-purs étaient plutôt mal vus. Si Sheridan avait eu quelques habiletés ou quelque classe, il aurait pu tout de même sans tirer. Hélas, il était un élève moyen, au physique plutôt difficile, et s'il n'était pas brimé sans arrêt, il faisait néanmoins figure de lanterne rouge parmi ses pairs de Serpentard.
Sheridan en avait déduit que le temps de la prépondérance des Sang-pur était fini et qu'il devait en conséquence gagner une bonne place dans la société par lui-même. Il décida de devenir Auror. Il avait travaillé aussi durement qu'un Poufsouffle et obtenu des résultats juste suffisants pour pouvoir tenter le concours d'Auror. Celui-ci était réputé pour sa difficulté et il le rata. Mais si Sheridan Dusk avait une qualité, c'était qu'il ne lâchait rien. Il repassa le concours une fois, deux fois, et ainsi de suite, inlassablement.
Sa famille menaçait de lui couper les vivres quand, pour une fois, la chance sourit à Sheridan. Voldemort était de retour et le Ministère avait besoin d'Aurors. Il ne pouvait se permettre de faire la fine bouche comme en temps de paix et la persévérance de Sheridan fut enfin gagnante : il devint Auror.
Cependant, il réalisa bien vite que ce cadeau du Destin était empoisonné. Ce métier n'était tout simplement pas fait pour lui. On s'attendait à qu'il batte en duel des Mangemorts, qu'il soit en première ligne lors des affrontements ; cela ne lui plaisait pas, il détestait ça. Les deux ans de la Seconde Guerre furent la pire période de sa vie. Pourtant, il ne démissionna pas, à cause de tout le mal qu'il s'était donné pour faire ce métier, et aussi parce que son entourage lui montrait un certain respect.
La paix revint et Sheridan s'en réjouit. Fini les combats, les traques, son métier serait désormais bien plus tranquille. Sauf que maintenant que la guerre était finie, on n'avait plus besoin de lui. Le chef du bureau des Aurors voulait intégrer un nouvel Auror à la brigade, comme elle était déjà complète, il y avait donc un Auror de trop qui devait partir, ce fut lui. Oh, on le mit à la porte de manière exquise : il serait toujours Auror, en tant que titre honorifique, et il ne serait pas au chômage, il travaillerait désormais dans la Brigade de Police Magique. D'ordinaire, c'était ce qu'on appelait une « retraite en douceur », on la réservait aux Aurors les plus âgés qui ne pouvait plus traquer les mages noirs et qu'on recyclait en Enquêteur magique. Sauf que Sheridan n'était pas le plus âgé, loin de là. Il était juste le moins doué, le plus inutile de l'équipe, et son chef avait saisi cette opportunité pour se débarrasser de lui. Quelle injustice ! Comme s'il n'avait pas mérité ce poste, plus que n'importe qui d'autre !
Sheridan éprouvait seulement du ressentiment à l'égard du Chef du Bureau des Aurors, quand il rencontra celui qui lui avait volé sa place, qui était nul autre qu'Harry Potter.
Sheridan le jalousa et le détesta instantanément. Harry Potter était jeune alors qu'il avait l'impression que sa jeunesse n'était qu'un lointain souvenir. Harry Potter était beau alors qu'il avait toujours eu un visage rubicond et boursouflé. Harry Potter était devenu un Auror en claquant des doigts après avoir vaincu le Seigneur des Ténèbres alors qu'il avait du se crever à la tâche pour en devenir un, d'ailleurs il n'en était plus vraiment un. Harry Potter était célèbre et très populaire alors que lui resterait à jamais anonyme et sans intérêt aux yeux de la plupart.
Sheridan ne pouvait blâmer son chef ; s'il avait été à sa place, il aurait agi de la même manière. Mais il pouvait détester Harry Potter, juste pour être comme il était, avec sa chance incroyable, et juste pour être là et lui voler la place qu'il avait si durement gagné. Le Survivant ne connaîtrait sans doute jamais son existence, il ne saurait pas à qui il succédait en tant qu'Auror. Mais il s'était fait un ennemi mortel.
Sheridan avait déménagé à la Brigade de Police Magique et, contre toute attente, y avait réussi. Il devait enquêter sur des crimes commis à l'aide de la magie : il n'y avait pas de danger comme à la guerre et contrairement à ce que pensait les lecteurs de romans policier, les criminels n'étaient pas souvent très malins et il arrivait à les confondre. Sa pugnacité devint sa marque de fabrique et il réussit enfin à obtenir une promotion par lui-même, sans recevoir aucune aide de circonstances extérieurs.
Pourtant, sa haine envers Harry Potter n'en fut pas diminué pour autant, car le jeune homme suivait une fulgurante ascension au Bureau des Aurors. Il fut le plus jeune promu Auror d'Elite depuis un siècle et son métier l'épanouissait tellement qu'« il refusa le poste d'Attrapeur dans l'équipe de Quidditch d'Angleterre ». Question vie privée, il avait toujours énormément de prétendantes mais refusait d'entamer une histoire sérieuse depuis « la mort de sa chère et tendre Ginny lors de la Seconde Guerre ». Néanmoins, cela ne l'empêchait pas de « vivre heureux avec son fils adoptif ! »
Comment Sheridan savait-il tout cela ? Parce qu'Harry Potter, pour satisfaire les besoins de ses fans et qu'ils n'envahissent pas complètement sa vie privée, accordait de temps en temps un article à un journal. On aurait pu penser que le renom de Harry des années après sa victoire face à Voldemort fut un peu retombée mais ce n'était pas du tout le cas. Il était devenu un « people » au même titre que le chanteur des Bizarr' Sisters et les gens voulaient le voir poser avec son fils, Tom, dans leur maison de Godric's Hollow, une tartine beurrée à la main.
La vie privée de Sheridan Dusk était un désert. Les femmes le trouvaient ennuyeux quant elles ne se détournaient pas simplement de lui quand elle le voyait. Harry non plus n'était pas marié mais au moins, il avait un fils avec lequel il s'entendait « comme larron en foire ! »
Tom justement… Même sur les photos de mauvaise qualité des journaux, il paraissait encore plus gracieux que son père. Les journalistes aimaient parler de ses excellents résultats scolaires et de sa popularité à Poudlard. Tom Potter était tout désigné pour devenir un second Harry Potter. Il ne lui manquait plus qu'un mage noir à terrasser.
L'existence de Tom aux yeux de Sheridan Dusk se résumait à celle d'une copie de son père jusqu'à ce qu'on pose sur son bureau l'affaire de l'assassinat d'une jeune fille à Poudlard. C'était une affaire simple, enfantine même. Un témoin avait vu le suspect sortir des toilettes et quand il était entré à son tour, avait découvert le cadavre de la victime. Et le suspect était Tom Potter.
Sheridan Dusk commença par rencontrer le témoin, Brittany. Depuis qu'elle avait vu une morte, elle était devenu une gothic emo. Elle ne portait plus que du noir, se maquillait pour avoir un teint blafard et faisait semblant de se taillader les veines avec du mercurochrome. Durant les interrogatoires, elle pleurnichait beaucoup, affirmait que son Tom n'avait pu tuer personne et qu'il serait innocenté mais devait reconnaître qu'elle n'avait aucun doute sur l'identité de la personne qui était sorti des toilettes : c'était bien Tom. Celui-ci n'avait pas d'alibi : il était à la bibliothèque, tout seul avait-il affirmé. Mais il n'avait pas non plus de mobile : la victime était une troisième année de Poufsouffle qu'il ne connaissait pas et à laquelle il n'avait sans doute jamais adressé la parole.
« Le gamin a pété les plombs, comme tous ces gosses de riches, dit Sheridan à son adjoint dans les couloirs de Poudlard en buvant un café sans sucre qu'un elfe de maison lui avait apporté. Ou peut-être qu'il connaissait la fille sans que ses amis n'en sachent rien. »
« N'empêche que nous n'avons aucun mobile. »
« On va en trouver, on va en trouver. »
« Ne ferions nous pas mieux d'explorer d'autres pistes ? »
« Il est forcément mouiller dans le meurtre. Si la fille était déjà morte quand il est entré aux toilettes et qu'il était tout blanc, il aurait couru prévenir quelqu'un au lieu de sortir des toilettes et de discuter avec Brittany comme si de rien n'était. Brittany est entrée dans les toilettes tout de suite après lui donc personne n'a pas commettre le crime entre le départ de Tom et l'entrée de Brittany dans les toilettes. Et si le meurtrier était en même temps que Tom dans les toilettes, Tom l'aurait forcément vu agir et serait donc son complice en refusant de dévoiler ce qu'il a vu. »
« Hormis l'alibi, il y a un autre gros point noir, chef. Si Tom Potter avait commis le crime, pourquoi laisser Brittany entrer dans les toilettes et découvrir le corps alors qu'il était si facile de l'entraîner quelque part ? Le corps aurait été découvert plus tard et il n'aurait pas été le seul suspect car n'importe qui aurait pu tuer la fille pendant que lui et Brittany discutait. »
« Il était peut-être simplement stupide. Ou fou. »
Il y avait de grosses incohérences dans la thèse de la culpabilité de Tom Potter mais il ne servait à rien de raisonner Sheridan Dusk. Pour lui, Tom Potter était déjà jugé et coupable.
§§§
Justement, Tom Potter était perdu. Peu après sa sortie de la bibliothèque, Dumbledore l'avait convoqué dans son bureau et lui avait annoncé, l'air grave, qu'il était le suspect n1 dans une affaire de meurtre.
Tom avait tout raconté à Dumbledore. A vrai dire, il n'y avait pas grand chose à raconter : il était allé à la bibliothèque travailler sur sa Divination et il s'était endormi. Il ne parla cependant pas des cauchemars qui l'avait agité.
Heureusement pour lui, son absence de mobile et le fait qu'il n'avait pas tenté d'arrêter Brittany jouaient fortement en sa faveur : l'accusation contre lui restait bancale et il ne serait pas arrêté. Cependant, il devrait se soumettre à des interrogatoires et à tous les désirs de la Police magique pour arrêter le vrai coupable.
Dumbledore le prévint que la personne chargé de l'enquête ne portait pas les Potter dans leur cœur et lui conseilla de ne pas s'attirer d'ennuis.
Dumbledore le regardait d'une façon tellement pénétrante et sévère que Tom fut mal à l'aise et lui demanda :
« Vous ne croyez tout de même pas que j'aurais fait une chose pareille ? »
« Non, bien sûr. », répondit Dumbledore, mais Tom eut l'impression que son ton sonnait faux.
Il lui expliqua en suite qu'il avait obtenu que l'affaire ne fut pas révélé à la presse. Poudlard était une école et s'ils apprenaient qu'un meurtre s'y était déroulé et qui plus est que le fils du célèbre Harry Potter y était impliqué, ils se ramèneraient tous à Poudlard, gêneraient la bonne marche des études, accableraient Tom et Harry de questions et empêcheraient le deuil des parents de la pauvre victime.
Tom ne pouvait que se réjouir que le monde extérieur ne fut au courant de rien mais les élèves de Poudlard, qu'ils fréquentaient au quotidien, savaient tous eux. Dans les jours qui suivirent, Tom fut confronté à différentes situations : ceux qui le croyaient coupables, ceux qui le pensaient innocents et ceux qui disaient qu'ils le pensaient innocents mais qui avaient un gros doute et qui n'osaient pas le regarder en face.
Heureusement, ses amis faisaient partie de la seconde catégorie.
« Concrètement, tous ce qu'ils ont contre toi est que le meurtrier te ressemblaient comme deux gouttes d'eau. Mais n'importe qui a pu prendre un peu de Polynectar et devenir ton double. »
« Pas n'importe qui, corrigea Ethan. C'est forcément un élève ou un professeur. Brittany a dit que « vous » aviez discuté des derniers actualités de Poudlard, des choses que quelqu'un de l'extérieur ne peut pas savoir, à moins d'avoir un espion à Poudlard.
Dans tous les cas, le meurtrier a pris l'apparence de Tom pour tuer et laisser Brittany découvrir le crime immédiatement pour que Tom soit le seul suspect. Si le meurtrier n'est pas Tom, c'est quelqu'un qui veut le faire plonger. »
« Tu vas rire, dit Matthew, mais, dans ce cas, on pourrait plutôt penser à toi comme suspect n1. »
Maxana eut une exclamation choquée et s'apprêtait à dire une remontrance à son cousin quand Ethan dit :
« Ne m'insulte pas ! Si je voulais vraiment faire plonger Tom, je me serais montré bien plus habile. Là, sa culpabilité est soumise à de forts doutes et s'il devait passer face à un tribunal magique, en l'absence de preuve, il ne serait sans doute même pas condamné ! »
« Mais les gens continueront de me regarder de travers tant qu'on n'aura pas trouver le vrai coupable et que je ne serai pas totalement blanchi, dit Tom. Et je ne peux pas faire confiance à l'Auror Dusk pour faire convenablement son travail, il cherchera, mais uniquement des preuves contre moi ! »
« Alors nous découvrirons la vérité par nous-même, Tom. », dit Jackie en posant sa main sur l'épaule de son meilleur ami.
« Comme Ethan l'a souligné, dit Matthew, ton ennemi n'est pas si malin que ça ; autrement, il se serait arrangé pour qu'il n'y aucun élément en ta faveur. Il a du voler des ingrédients pour fabriquer du Polynectar ou en acheter au Chemin de Traverse ou à Pré-au-Lard. On pourra retrouver sa trace. »
Tom sourit : ses amis avaient réussis à lui redonner confiance en lui. Ils allaient attraper le meurtrier, il en était certain, et tout redeviendrait comme avant.
Il se trompait. Oh, comme il se trompait !
Mais pour l'instant, laissons Tom savourer ses derniers instants d'insouciance et d'ignorance avant que la vérité ne surgisse finalement.
Au prochain chapitre, vous pourrez savourer un "Moment avec le Survivant".
