J'ai oublié de le préciser (et pourtant, c'est important ). « The Killer in me » prend en compte tous les spoilers des cinq premiers livres HP mais une partie seulement de ceux du sixième livre (c'est pourquoi Dumbledore est encore en vie et Rogue n'est pas un traître)
6 : Un moment avec le Survivant
On était fin novembre et une fine couche de neige, heureusement trop fraîche pour tenir, avait déjà recouvert Godric's Hollow. La grande maison des Potter, si chaleureuse et accueillante durant les vacances d'été, avait désormais un aspect lugubre. Et le mauvaise temps n'en était pas la seule cause. La demeure s'accordait surtout avec l'humeur morose de son propriétaire.
Cela faisait plus d'un mois que le meurtre de cette pauvre fille avait été commis et l'enquête piétinait. L'Auror Dusk avait doublement échoué : il n'avait pu trouver de mobile à Tom, ni d'autres preuves contre lui que l'unique témoignage de Brittany, qui était loin de l'accabler, et il n'y avait aucun autre suspect. L'affaire allait bientôt être classé sans suite.
Cependant…
L'une des choses qui chagrinait Harry était que si la culpabilité de son fils n'était nullement prouvé, son innocence ne l'était pas non plus. Les amis de Tom avaient cru que le meurtrier serait facile à confondre vu les erreurs qu'il avait commises (et qui faisaient d'ailleurs que Tom n'était pas déjà derrière les barreaux). Mais, rapidement, l'assassin avait prouvé qu'il était bien plus habile qu'ils ne l'auraient cru.
Il n'y avait rien. Aucun ingrédient du Polynectar n'avait été volé, aucun étudiant de Poudlard n'en avait acheté sous le manteau. Et surtout, lui-même et Dumbledore avait effectué un sort pour essayer de repérer des traces passés ou présentes de la signature magique de la potion mais encore une fois, rien. Il n'y avait tout simplement pas de Polynectar à Poudlard depuis le début de l'année scolaire. Et pas de Métamorphmage non plus.
Oh, bien sûr, il restait l'hypothèse que le crime eût été commis par quelqu'un de l'extérieur ; cela aurait expliqué l'absence du Polynectar. Mais comment le meurtrier aurait pu pénétrer si facilement à Poudlard ? Le château n'était pas aussi protégé que durant la Seconde guerre mais il n'était pas non plus ouvert à tout vent. Et l'assassin aurait eu en plus besoin d'un contact à Poudlard, pour lui raconter les derniers potins que seuls les habitants du château connaissent.
Non, cette affaire, simple à première vue, était en fait terriblement complexe. Encore plus complexe que Harry ne le percevait, il en était conscient. Elle lui faisait l'effet d'être le fruit d'un esprit rusé, retors. Tant qu'il n'aurait pas compris le véritable but de celui qui était derrière tout ça…
La victime n'était qu'une personne qui s'était trouvée au mauvais endroit, au mauvais moment. Elle n'était pas le vrai mobile du crime. C'était Tom, Harry en était sûr. Le véritable meurtrier voulait atteindre Tom d'une manière ou d'une autre.
Qui pouvait vouer à Tom une haine suffisante pour vouloir le faire condamner pour meurtre ? Tom lui-même n'avait rien fait de mal, jamais, Harry y avait veillé. Et même s'ils savaient, les gens ne se vengeraient pas sur Tom. Ce n'était pas de sa faute, pas de sa faute…
Harry réalisa qu'il ne cherchait pas à défendre Tom, mais à se défendre lui-même. Il ressentait ce sentiment désagréable qu'est la culpabilité. Et si tout ce qui arrivait à Tom en ce moment, l'horreur d'être accusé d'un meurtre qu'on a pas commis, était le fait de ses actes à lui, Harry Potter ? Et s'il avait provoqué sans le savoir la ruine de son fils ?
Harry ne pouvait se défaire de cette impression d'être la cause de ce qui s'était passé. Pourtant, il ne voyait pas comment il aurait pu agir mieux. Il avait recueilli Tom, il l'avait élevé avec autant d'amour que s'il avait été son fils par le sang, et ce malgré les circonstances…
Il avait gardé le secret. Personne n'était au courant à part lui-même et sans doute Dumbledore, qui avait dû tout deviné, mais Harry n'avait jamais osé aborder ce sujet avec lui.
Cacher la vérité, Harry savait que c'était le mieux pour Tom. Comment les autres le regarderaient s'ils savaient ? Comment lui-même se jugerait ?
Comment l'information avait-elle pu filtrer ? Harry ignorait cela mais ce qu'il savait était que les secrets sont la première cause des affaires les plus sordides et compliqués. Quelqu'un avait du apprendre la vérité.
Harry vida sa tasse de café dans l'évier, il était déjà froid de toute façon. Puis il se dirigea vers la cheminée.
S'il y avait bien un moyen de communication sorcier qu'Harry détestait, c'était leur équivalent du téléphone. Avoir la tête au milieu d'un âtre, c'était vraiment désagréable comparé à passer un coup de fil et il avalait toujours des cendres. Mais un homme comme Sheridan Dusk n'aurait jamais de téléphone portable et il n'avait pas d'autre choix.
Lentement, il prit une pincée de poudre de Cheminette et en jeta une pincée dans le feu avant d'y plonger sa tête et de crier :
« Département de la police magique, bureau de l'inspecteur Sheridan Dusk »
Harry était d'hors et déjà désavantagé : il sentait bien quand on ne l'appréciait pas, et c'était le cas de Sheridan Dusk. Il n'était donc pas un allié mais Harry espérait qu'il aurait tout de même assez de déontologie pour ne pas accuser légèrement un enfant de meurtre.
Sheridan Dusk écouta Harry Potter lui exposer sa thèse du complot contre son fils avec un air dubitatif légèrement teinté de mépris. Le Survivant n'avait aucune preuve que quelqu'un en veuille à son fils, pas plus que de suspect d'ailleurs, juste son « intuition ». Sheridan lui répondit d'un ton moqueur :
« Puisque votre fils n'a jamais fait de mal à un mouche, pourquoi voulez vous qu'on veuille se venger de lui ? »
Sa question parut irriter Harry Potter, qui répondit sèchement :
« C'est à vous de le découvrir, non ? Quand je pense que ce sont des gosses qui ont menés la plus grande partie de l'enquête… »
« Oh, mais je le vois très bien !, s'énerva Dusk. Avec votre chance insolente, vous ne vous rendez pas compte d'à quel point vous blesser les gens ! Et le pire est qu'on ne peut même pas vous le reprocher ! Ce serait même préférable que vous soyez des salauds plutôt que si parfaits, gentils et toujours de bonne foi ! »
Il marqua une pause avant de continuer méchamment :
« Enfin, peut-être pas en ce qui concerne Tom. Parce qu'il a tué cette fille… »
« Tom n'est pas coupable ! », s'exclama Harry.
« On parle parfois de ces sales histoires de gens réputés inoffensifs qui tuent soudain sur le coup de la folie, comme cette vieille dame qui tua sa meilleure amie parce qu'elle était persuadée d'avoir vu le diable remuer au fond de ses yeux. Connais tu ton fils, Potter, au point de me jurer qu'il n'y a pas en lui une part d'ombre, de folie, capable de se manifester un jour ? Es-tu sûr, Potter, qu'il n'y a pas au fond de lui un monstre qui attend d'être réveillé ? En es-tu sûr ? Au point de la jurer sur ta vie ? »
Le petit speech de Sheridan Dusk avait fait son effet. Le visage d'Harry était en apparence vierge de toute émotion mais sa lèvre inférieur tremblait. Sheridan savait qu'il venait d'installer le doute en lui. Il n'avait pas espéré réussir si facilement.
Peut-être que les Potter n'étaient pas si unis que cela…
§§§
« Allô, Ronald Weasley à l'appareil. »
« Allô Ron, c'est Harry. »
La voix de son meilleur ami retentissait à l'autre bout du combiné, faible et étouffée, et Ron savait que ce n'était pas à cause de la distance. Depuis son mariage avec Hermione et l'installation d'une ligne téléphonique dans leur maison, Ron était devenu un utilisateur de téléphone aguerri pour un sorcier.
« Salut, Harry, est-ce que ça va ? Ta voix sonne bizarre… »
« Non, ça va pas du tout. Je viens d'avoir une idée abominable. »
« Tu veux en parler ? »
« Il faut que j'en parle. Mais pas au téléphone. »
Ron tint un instant le combiné avec son épaule pour ramasser un jouet d'Emy. Cela semblait vraiment grave.
« Je suis libre aujourd'hui. On peut se voir quand tu veux. »
« Est-ce qu'Hermione pourrait venir aussi ? »
« Elle travaille. Tu sais, elle a toujours été un vrai bourreau de boulot. »
Ron eut un petit rire mais, à l'autre bout du fil, Harry n'était visiblement pas d'humeur à plaisanter car il poussa un large soupir.
« Ok, ok. Je m'arrangerais pour la convaincre de se libérer mais pas avant demain. »
« Fais garder Emy aussi. »
« On ne peut pas l'emmener avec nous ? Elle adore son oncle Har… »
« Non. », coupa la voix d'Harry.
Ron ne lui avait connu ce ton depuis la Seconde guerre.
« Tu as quelque chose à nous dire, Harry ? Quelque chose qu'une enfant de cinq ans ne peut pas entendre ? », lui demanda t-il.
Il y eut un long silence avant qu'Harry réponde enfin :
« J'ai commis une erreur, vieux frère. »
Puis il ajouta du même ton tranchant :
« Demain matin à 11h au Trois Balais. »
Harry raccrocha brusquement. Le moment était venu pour lui de révéler à Ron et Hermione ce dont il aurait du parler il y a 17 ans…
