7 : Footprints in the snow

Loin de cesser, les chutes de neige étaient devenus de plus en plus longues et de plus en plus fortes et Poudlard était recouvert d'un manteau blanc digne du mois de janvier. Maxana Mang était donc emmitouflée dans un gilet, un manteau, une écharpe et un cache-nez. Mais, comme c'était le jour de la sortie à Pré-au-Lard, le froid n'était pas un problème : il ne rendrait que la biéraubeurre des Trois Balais et l'atmosphère d'Honeydukes plus chaleureuses encore.

« Allez Tom, on va bien s'amuser ! », supplia t-elle pour la énième fois.

Cela faisait déjà plusieurs minutes qu'elle, Matthew, Jackie et Ethan essayait de convaincre Tom que rien ne lui ferait plus de bien qu'une sortie entre amis à Pré-au-Lard. D'ordinaire, Tom n'aurait jamais raté la sortie mensuelle au village sorcier. Mais beaucoup de choses avaient changés et Tom en faisait partie.

Le garçon était devenu méconnaissable. C'était un peu normal, avec cette horrible accusation de meurtre qui pesait sur lui. Au début, il avait réussi à agir normalement parce qu'il savait que ses amis cherchaient le véritable coupable. Mais quand son père et Dumbledore avait jeté ce sort pour détecter des traces de Polynectar, et qu'il s'était avéré qu'il n'y en avait jamais eu, Tom avait été dévasté. Il avait très certainement perdu espoir de retrouver jamais le vrai coupable, d'être jamais blanchi. Maxana craignait que Tom doute de sa propre innocence, qu'il se demande, si, au lieu de s'être endormi à la bibliothèque, il ne s'était pas levé et avait commis le crime dans un état second.

Les suppositions de Maxana était assez juste mais il y avait quelque chose d'autre qui minait Tom. Depuis quelques temps, le Cauchemar revenait en force. Le seul moyen de lui échapper était de dormir le moins possible, ce qui expliquait les traits tirés et les lourdes cernes du garçon. Durant ses insomnies, Tom avait réfléchi à tout ce qu'il lui était tombé dessus ces derniers temps et il en était venu à la conclusion suivante : il y avait quelque chose qui clochait chez lui. Il n'était pas un simple innocent qui s'était retrouvé au mauvais endroit, au mauvais moment. La victime du meurtre était une pauvre fille qui s'était retrouvée au mauvais endroit, au mauvais moment. Lui était au cœur de cette sombre machination.

Tom s'était toujours considéré comme un garçon ordinaire. La seule chose de sombre, de sale et d'inhabituelle chez lui était le Cauchemar. Le Cauchemar qui revenait de plus en plus fréquemment et dont il avait vu une version modifiée lors de son assoupissement à la bibliothèque. Etait-ce parce qu'il venait de commettre un meurtre ? Tom ne pouvait exclure cette hypothèse.

Le Cauchemar était, d'une manière ou d'une autre, lié au meurtre. Si seulement il pouvait comprendre le message qu'il lui délivrait…

Peut-être était-ce parce qu'il ressassait sans cesse son Cauchemar et dormait moins qu'il ne l'aurait fallu mais Tom s'était éloigné de ses amis. Cette manie qu'ils avaient de toujours vouloir lui remonter le moral, de l'inciter à faire comme si tout allait bien alors que Tom pressentait que les choses allaient empirer, l'agaçait. Mais Tom prenait sur lui pour ne pas se montrer méchant et cassant avec ses amis. Il craignait que devenir solitaire ou antisocial soit le premier pas vers le double maléfique qu'il entrevoyait dans le Cauchemar.

Et ce fut la seule raison pour laquelle il se laissa convaincre d'aller à Pré-au-Lard.

On était fin novembre mais la plupart des commerçants du village avait sorti leur décoration de Noël. Malgré le froid, les élèves de Poudlard semblaient tous apprécier leurs visites et une ambiance bon enfant régnait. Tom se dit qu'il devait être le seul du village à être de mauvaise humeur. Il se trompait. Harry Potter était lui aussi agité par de sombres pensées.

Il était arrivé au Trois-Balais à 10h30, avait commandé un Whisky Pur-feu et attendu l'arrivée de ses amis, très nerveux. Ron était arrivé à l'heure, le sourire aux lèvres. Un sourire qu'il avait immédiatement perdu dès qu'il avait vu l'expression d'Harry. Le Survivant l'avait informé qu'il ne parlerait des choses importantes que quand Hermione serait aussi présente et il avait avorté toutes les tentatives de Ron d'entamer une conversation polie en répondant par monosyllabes.

Hermione arriva finalement avec quinze minutes de retard. Elle s'effondra sur sa chaise et dit familièrement :

« Je suis désolée pour le retard. J'ai pris une heure pour être là mais ils ne m'ont pas laissés partir facilement. Nous sommes assommés de travail au Ministère avec la consolidation des enchantements de l'île de Silverfogs. »

Pour la première fois, le bavardage d'un de ses amis éveilla l'intérêt d'Harry :

« Qu'est-ce qui se passe à Silverfogs ? »

« Les Détraqueurs s'agitent, dit Hermione avec une grimace. Ce n'était pas arrivé depuis des années. Ce n'est sans doute rien, mais le Ministère a préféré consolidé les barrières. »

« Sage décision. », commenta Harry.

Rien ne pouvait détruire les Détraqueurs. Mais un sort d'Ancienne Magie avait été redécouvert durant la Seconde Guerre, un enchantement qui pouvait les emprisonner. L'Ordre du Phénix avait découvert l'endroit où se rassemblait les Détraqueurs, une île minuscule, et les avait piégés à l'intérieur. L'île, jusqu'alors sans nom, avait été surnommé Silverfogs à cause du brouillard argenté qui la nimbait en permanence. Les Détraqueurs, privés de personnes à vampiriser, avait perdu leur force et leur capacité à se reproduire puis avait carrément cessé de bouger. Les voir s'agiter à nouveau et se heurter aux enchantements n'était pas bon signe. Une raison de plus d'être de mauvaise humeur, pensa Harry, alors qu'il en avait déjà suffisamment. Enfin, l'air qu'il faisait devait au moins inciter les gens à ne pas l'aborder stupidement pour lui demander un autographe.

Pourtant, à l'autre bout de la salle, il y avait bien des personnes qui s'apprêtait à aller le saluer tout en ayant remarquer son humeur.

« Regarde Tom, c'est ton père !, s'exclama Maxana Mang. Avec ton parrain et ta marraine. Il fait vraiment une tête d'enterrement ! »

« Si on allait leur dire bonjour ? », suggéra Jackie.

Tom les stoppa dans leur élan. Il fixait intensément la scène et des dizaines de questions fourmillaient dans sa tête. Qu'est-ce que son père faisait avec Ron et Hermione aux Trois Balais ? Pourquoi ne s'était-il pas contenté de les inviter au manoir ? Etait-ce une occasion spéciale ? Et surtout, pourquoi son père avait-il l'air aussi sombre ?

Tom n'avait pas de secrets. Autant qu'il pouvait sans souvenir. Les secrets devaient donc se trouver dans la partie de sa vie dont il ne pouvait pas se rappeler. Et qui avait été toujours avec lui depuis qu'il était un nouveau-né ? Son père adoptif. Il devait savoir !

« Je veux écouter ce qu'ils disent. », dit-il tout haut.

Il jeta un coup d'œil derrière le comptoir. Mme Rosmerta s'était absentée ; la voix était donc libre. Courbé en deux pour ne pas être vu, il s'y faufila. Pris au dépourvu, ses amis le suivirent. Ils ressortirent tous de l'autre côté du comptoir et Tom avisa une table à proximité de celle de son père derrière laquelle il pourrait se cacher tout en écoutant la conversation.

« Alors, Harry, tu voulais nous parler de quelque chose ? », dit la voix de sa marraine.

« Oui… Après que nous ayons détruit les Horcruxes ensemble… La nuit où j'ai fait face à Voldemort… Je ne vous ai jamais raconté ce qui s'était passé, n'est-ce pas ? »

Tom écouta encore plus attentivement. Cela devenait intéressant.

« Oh, Harry…, dit Hermione en lui attrapant la main. Tu crois que le moment est venu de tout nous dire ? »

« Voldemort avait une protection… que nous n'avions pas prévu. En plus de ses Horcruxes, je veux dire. Vous vous souvenez, après que je l'ai vaincu pour la première fois, Voldemort a perdu son corps et il a été obligé de se terrer en Albanie avant de pouvoir en retrouver un des années plus tard grâce à la magie noire. Je crois que Voldemort craignait que cela ne lui arrive encore. Il faisait confiance à ses Horcruxes pour retenir son âme sur cette terre mais il voulait s'éviter de perdre à nouveau son corps. Il a trouvé un sort, un sort qui lui permettait de faire renaître son corps s'il mourrait. Comme le phénix. »

« Harry…, dit Hermione. Tu es en train de nous dire… »

« Oui. Quand j'ai tué Voldemort, son corps est tombé en cendres. Et dans les cendres, il y avait un bébé. J'ai vite compris que le Seigneur des Ténèbres cherchait à se réincarner. Mais je ne pouvais pas tuer un bébé !

J'ai décidé de l'adopter. Après tout, si Voldemort était devenu mauvais, c'est en partie par manque d'amour. Si j'étais un bon père, il n'y avait aucune raison pour que cet enfant tourne mal… »

« Tu veux dire que ton fils, mon filleul, Tom Potter, et Lord Voldemort ne font qu'un ? », dit Ron d'un ton interloqué.

« Non, non, pas du tout, balbutia Harry. Voldemort n'avait plus d'Horcruxes, le reste de son âme mutilé a disparu quand je l'ai tué. Tom ne partage avec Voldemort que son corps, enfin le corps que Voldemort avait jeune, quand il était encore Tom Elvis Jedusor. »

« Harry, est-ce que quelqu'un d'autre est au courant ? », demanda Hermione.

« Je ne l'ai jamais dit à personne jusqu'à aujourd'hui. Je crois que Dumbledore a deviné. Il est très probablement la dernière personne vivante avec moi à avoir vu la jeune apparence de Voldemort. Or, Tom est la copie parfaite de Jedusor ; il serait impossible de ne pas faire le lien entre eux. »

« Et Tom ? »

« Il ignore tout de la vérité, heureusement ! Vous imaginez l'effet que cela lui ferait d'apprendre qu'il est la réincarnation d'un fou psychopathe ! »

« Pourquoi tu nous avoue tout ça maintenant ?, demanda Ron. Tu soupçonnes Tom d'avoir tué cette fille, à Poudlard ? »

« Pas vraiment, dit Harry d'un ton hésitant. En fait, je me sentais un peu coupable. Si quelqu'un avait découvert… le passé de Tom, quelqu'un d'un peu fou, cette personne aurait pu croire que Tom et Voldemort n'était qu'une seule et même personne et aurait décidé de se venger de lui de cette manière cruelle, en commettant un crime et en le faisant accuser pour qu'il soit condamné, pour un autre crime que les siens mais pour un crime quand même. »

« Ca me semble un peu tiré par les cheveux, Harry, dit Hermione. Tu es sûr que Tom n'a aucun souvenir de sa vie en tant que Voldemort ? »

« Ce n'est pas sa vie !, explosa Harry. Mon fils n'est pas Voldemort ! »

Le raclement d'une chaise contre le parquet retentit très fort et le Survivant sortit en coup de vent. Avec un soupir, Ron et Hermione Weasley partirent à leur tour.

Derrière la table où se cachait Tom et ses amis, il y eut un grand silence. Puis Maxana dit d'un ton mal assuré :

« Tom… Ce n'est pas grave si… »

« Laissez moi tranquille ! », s'exclama t-il en s'enfuyant presque du bar.

Dehors, la neige était maculée d'empreintes de pas, des empreintes profondément enfoncées dans la neige fraîche. Les empreintes de personne qui couraient rageusement pour fuir un passé qu'elles auraient préférés oublier…