Titre : L'Héritage, saison 1 - Un printemps gâché
Auteur :
Kanjiro
Base :
Naruto
Genre :
Pas de genre défini. Si je devrais en donner un, ce serait chronique d'un personnage.
Disclaimer :
Quand j'écris un disclaimer, ça me rappelle souvent les formules de politesses chiantes qu'on met à la fin des lettres officielles : "Veuillez agréer, M. Masashi Kishimoto, l'expression de ma sincère reconnaissance du fait que le manga Naruto et tous ses personnages vous appartiennent." Sauf qu'avec le disclaimer, je peux écrire n'importe quoi, du moment que je garde la formule consacrée. Ce que je viens de faire, d'ailleurs.

Chapitre 04 - Acclimatation

Akodo suivit Shizune hors du bâtiment et ils commencèrent à s'enfoncer dans le dédale des rues de Konoha. Tout en marchant, Akodo s'efforça d'observer la ville, d'en mémoriser l'organisation, cryptique au premier abord, mais, comme il commençait à le sentir, parfaitement logique pour ceux qui la connaissaient. Il voulait lui aussi apprendre à connaître ce village, comme un parent, essayer d'en devenir familier ; chez Shizune aussi il ressentait cette ennui mêlé de tendresse qu'il avait perçu chez Izumo et Kotetsu, cette habitude que le temps n'avait pas débarrassé de son affection profonde. Il avait déjà ressenti ça pour des personnes, pour sa famille, ses amis, son village. Il voulait trouver la même chose ici. Il voulait s'y sentir chez lui. Et pour commencer, il se dit qu'il devait peut-être apprendre à connaître aussi ses habitants.

Fort de la franchise héritée de sa mère, Akodo ne se fit pas prier pour commencer.

-Vous êtes l'assistante de Tsunade-sama ? demanda-t-il à Shizune.

La jeune femme parut un peu surprise sur le coup, mais sourit et répondit.

-Oui, et je suis sa disciple depuis des années.

-Tsunade-sama a dit qu'il y avait trois médecins dans cette pièce : je suppose qu'il s'agissait d'elle, de vous et de Saito-san.

-Tout à fait. Saito-san a aussi été son élève, et un de ses meilleurs.

-Pourtant je dirais que les Hyûga n'auraient pas tendance à encourager leurs membres à devenir médecins.

-Pourquoi dites-vous ça ?

-C'est une famille aristocratique, et elle respecte plus encore que les autres les vieilles traditions. Si je me rappelle bien, pendant la période féodale, les nobles ne touchaient jamais aux cadavres ou à tout ce qui s'en approchait, puisque les métiers de tanneurs étaient confiés à la lie de la société.

Shizune regarda Akodo avec étonnement.

-Veuillez m'excuser, mais vous avez de solides connaissances pour un fils des montagnes.

-Je sais, mais j'ai eu un bon professeur. C'est ma mère qui m'a tout appris.

La jeune femme sourit : elle n'aurait pas dû être si surprise. Après tout elle aussi devait toute son éducation à une femme de ce genre.

-Effectivement, les Hyûga n'encouragent pas l'étude de la médecine. Mais Saito-san est un membre de la Bunke, le clan exerçait donc un contrôle moindre sur son éducation.

-Vous devriez plutôt dire qu'il y accordait moins d'intérêt, objecta Akodo avec une note d'amertume dans la voix.

Shizune sourit à nouveau, mais plus tristement. Apparemment Mayumi n'avait pas vécu que des jours heureux à Konoha.

-Il avait le même âge que votre mère, il a donc été entraîné en même temps qu'elle. Saito-san a été très vite remarqué par Tsunade-sama, ce qui lui a permis de suivre des études de médecine avancées plutôt que de devenir Kagemusha, comme beaucoup de membres de la Bunke.

-Il était si doué que ça ?

-A vrai dire…Tsunade-sama a remarqué son potentiel, mais elle m'a dit que son principal défaut état une timidité proverbiale. A ce qu'elle me disait, à l'époque il semblait maladroit à cause de son hésitation. Mais elle a bien vu, sous sa timidité, qu'il était en réalité très talentueux, avide d'apprendre et doté d'une vraie passion pour la médecine. Parfois on ressent vraiment cette fascination qu'il a pour l'anatomie.

Akodo se rappela le ton étrange, presque inquiétant, qu'avait pris Saito en parlant de la nature du chakra.

Shizune poursuivit tandis qu'ils s'engageaient dans la grande rue. Curieusement, malgré le brouhaha, Akodo parvenait à entendre facilement la voix de la jeune fille, comme si la vie qui animait la ville s'était mise à respecter ses oreilles.

-C'est parce qu'il connaissait votre mère et qu'il était si doué qu'il a été appelé pour vous examiner.

-C'est vraiment la seule raison ? Tsunade-sama aurait très bien pu m'examiner mieux que lui, si on en croit sa réputation.

-Vous êtes très perspicace… En réalité Saito-san a été chargé de vous suivre et de vous surveiller dès votre départ pour Konoha. Le rapport des évènements de l'année passée nous ont incité à nous tenir au courant de votre évolution.

Spontanément, Akodo pensa à quel point cela avait dû être dur pour Saito de le suivre sans jamais prendre contact avec lui.

-L'autre raison est que personne n'était plus qualifié que Saito-san pour vous examiner, étant donné la nature de vos pouvoirs.

-Comment ça ?

-Pour poser les choses simplement, aucun Hyûga vivant ne possède un Byakugan plus précis que Saito-san. Et d'après les rumeurs qui circulent dans le clan, il serait le meilleur de ce point de vue dans toute l'histoire des Hyûga.

Akodo ne savait encore rien de la lutte que se livraient autrefois les clans de Konoha pour la gloire et les honneurs, la réputation légendaire que pouvaient avoir leurs héritiers ou les possibilités terrifiantes qu'offraient leur héritage. Mais cela ne l'empêcha pas d'être sincèrement impressionné : il savait l'ancienneté du clan Hyûga, infiniment plus vieux que Konoha, et son histoire, comme celle de chaque pays, famille et clan, était remplie de héros et personnages célèbres. Penser qu'il s'était trouvé en face d'un de ces hommes, d'un des meilleurs, était assez intimidant. Il eut une nouvelle fois l'impression de se trouver dans l'ombre de la falaise, la conscience d'être entré dans une communauté qui avait abrité les plus grands hommes de son temps.

Shizune continua après un temps, sa voix marquée par une pointe d'admiration.

-La combinaison de cette précision avec ses connaissances médicales le rend capable de détecter même les plus infimes détails du keirakukei, et a fait de lui un expert de l'anatomie du chakra. Lui seul pouvait observer les particularités de votre métabolisme avec autant de justesse.

-C'est aussi pour ça qu'il a pu le voir alors que même le Byakugan de ma mère n'avait rien remarqué de précis.

-Sans doute.

Elle marqua une pause avant d'observer :

-Saito-san est très attaché à vous ; lui et votre mère étaient les meilleurs amis du monde, et je ne doute pas qu'il vous considère comme son propre neveu.

-Pourtant je ne me rappelle jamais l'avoir vu.

-Il était présent à votre naissance, et il est parfois venu visiter votre mère, mais d'après ce qu'il m'a dit, Mayumi-san ne le voyait qu'en dehors du village. D'après lui elle n'était plus très attachée à Konoha, elle désirait marquer la séparation entre son ancienne vie et celle qu'elle menait dans votre village.

C'était vrai. Sa mère parlait très peu de Konoha au présent : pour son père et lui c'était un détail personnel voire intime de sa vie, qui ne les concernait pas. Comme si elle voulait écarter cela de leur attention. Il repoussa ces pensées dans un coin de son esprit, se disant qu'il pourrait toujours y réfléchir plus tard.

Il y avait encore une question qu'il désirait poser à Shizune.

-Dites-moi, à propos de ma mère…

­-Oui ?

-Personne dans le village n'a jamais su comment elle avait pu naître avec un Byakugan, et elle ne me l'a jamais expliqué. Est-ce que vous pourriez…

Shizune rit doucement.

-Vous devriez demander à Saito-san, il serait sans doute capable de vous expliquer ça bien plus précisément que moi.

-Oui, je sais, mais je n'ai pas besoin de précision, j'aurais plutôt besoin de clarté. Et pour être honnête j'ai l'impression que Saito-san ne fait pas dans la clarté…

La jeune femme sourit de nouveau, fit oui de la tête et commença à exposer les raisons qui avaient permis le miracle de Byakugan no Mayumi.

-Le Byakugan est un Kekkei Genkai, une technique héréditaire, qui apparaît à la naissance chez ceux qui possèdent les gènes du clan Hyûga. Normalement, sans posséder ces gènes, il est impossible de posséder le Kekkei Genkai.

-Comment se fait-il que Kakashi-sama possède un Sharingan et que ma mère ait eu un Byakugan ?

-Pour Kakashi-san, son Sharingan lui a été greffé après qu'il ait perdu son œil gauche. Pour votre mère, c'est un peu plus complexe : pour dire les choses simplement, son Byakugan est apparu à la suite d'un hasard génétique. On ne sait pas exactement comment ça a pu se produire, mais ses gêne ont muté seuls, sans pour autant porter la trace de l'héritage Hyûga. On peut vraiment parler d'un miracle dans son cas, puisque rien ne la prédisposait à cela : son Byakugan est vraiment apparu par un hasard complet.

Le temps d'achever cette discussion, ils étaient arrivés. Le centre de Konoha était une sorte de patchwork de bâtiments divers, et chacun des multiples étages semblait être un monde indépendant, recelant une légion de curiosités et d'activités diverses. La rue était un tapis chatoyant de personnes, vêtements, échoppes et sols disparates. Mais au fur et à mesure que l'on s'approchait des murs d'enceinte, l'armature complexe s'éclaircissait, les rues devenaient moins animées et le ciel bleu de cette fin de printemps se dévoilait peu à peu. Akodo et Shizune se dirigeaient devant un long bâtiment à trois étages, mi-délabré mi-rafistolé, dont le toit se terminait par un demi-cercle et semblait former une terrasse.

-C'est ici que vivent les étudiants seuls, qu'ils aient quitté leurs familles ou qu'ils soient orphelins. Nous vous avons réservé une chambre au dernier étage, dit Shizune alors qu'ils entraient et montaient.

Il n'y avait que deux portes à cet étage, et une fois celle de droite ouverte, Akodo fit connaissance avec son nouveau foyer.

Le petit appartement était simple et fonctionnel, presque spartiate : un lit, une table, deux chaises, un réfrigérateur… tout l'équipement nécessaire à la survie domestique. Avant de prendre congé, Shizune déposa sur la commode une petite boîte en fer remplie de petites pilules grises.

-Ce sont des pilules énergétiques, elles ressourceront votre chakra. Si vous sentez un manque, prenez-en une, cela devrait vous aider à tenir.

Elle sortit une enveloppe de son yukata et lui tendit.

-Pour vous aider à débuter. Bonne journée Akodo-kun.

Akodo s'inclina légèrement et la raccompagna jusqu'à la porte.

Maintenant qu'il était seul, la politesse s'effaçait pour laisser la place à des considérations un peu plus pratiques. Après 5 jours de voyage, il se sentait épuisé et assez sale. Son premier réflexe fut de se diriger vers la porte, avant de se rendre compte d'un coup qu'il n'y avait probablement pas de rivière, et que le baquet ne constituait à priori pas le moyen le plus courant pour se laver ici. Là aussi, il était dans un monde différent. Il trouva rapidement la salle de bain, et son esprit pratique surpassa facilement le manque d'habitude. Et en sortant de la douche, Akodo se dit qu'il avait raté quelque chose en vivant si loin des grandes villes. Dire que cela était nouveau pour lui n'aurait pas rendu justice à l'émerveillement qu'il avait ressenti, émerveillement qui avait bien vite été effacé par la sensation délicieuse que procure l'eau chaude, d'autant plus qu'il en faisait l'expérience pour la première fois.

Il contenta son estomac en terminant ses provisions, puis se laissa tomber sur son lit, en proie à une lassitude qu'il ne connaissait pas vraiment, ce genre de fatigue proche de la paresse, qu'on prend un plaisir presque sophistiqué à satisfaire. Il se sentait radicalement différent. Ce n'était pas tant le passage d'un monde à l'autre que le changement dans son âme : ce matin encore, il était sombre, renfermé, cynique et presque violent. A présent il se sentait certes épuisé, mais c'était une fatigue bien naturelle ; il était plein d'espoir et de reconnaissance, et bien qu'il ne sache pas de quoi demain serait fait, il se disait qu'il pouvait croire qu'il serait plus heureux qu'hier.

Par curiosité, il prit une pilule dans la petite boîte et l'avala. La fatigue disparut instantanément, et Akodo se sentit totalement ressourcé. Il n'y avait rien d'autre que sa vitalité, qui lui semblait à présent débordante. Il eut soudain envie de sortir, d'éprouver cette forme physique si inhabituelle. Puis en jetant un nouveau coup d'oeil à son appartement, il se rendit compte qu'il aurait sans doute besoin de bien d'autres choses que ce qu'il pouvait trouver chez lui, et se dirigea vers la porte afin de se procurer l'indispensable en ville. Il attrapa l'enveloppe au passage, ferma la porte à clé derrière lui et examina le contenu de la fragile prison de papier, à savoir de l'argent.

Bien sûr, Akodo savait ce qu'était l'argent. Mais son village, reculé comme il l'était, utilisait encore beaucoup le troc comme système d'échange. Cet enfant des montagnes n'avait encore jamais eu une telle somme entre les mains, et mit quelques secondes à se rendre compte de la valeur de ce qu'il tenait. Si c'était là ce qu'il fallait pour « aider à débuter »… ce monde était bien différent du sien, et Shizune-san avait été bien généreuse. En cet instant se résumait ce qu'il pensait de ce village : c'était un monde inconnu, nouveau, qui lui était étranger. Mais c'était aussi un monde qui l'accueillait et envers lequel il se sentait reconnaissant. Il pouvait espérer s'y adapter et y devenir plus qu'un étranger.

Sakura se trouvait dans une position paradoxale, à la fois agréable et agaçante. Il y a trois ans, après la bataille harassante qu'elle et tout Konoha avaient dû livrer pour démanteler l'Akatsuki, elle avait eu l'impression d'avoir rendu 5 fois plus de bons et loyaux services au monde entier que n'importe quel Kage pouvait en accomplir en 20 ans de fonction. Bien sûr, cela n'avait été qu'une impression, et elle s'était empressée de se rabattre sur sa modestie. Mais elle n'avait pu s'empêcher de remarquer que ni Tsunade ni le Conseil de Konoha n'avait jugé bon ou approprié de la récompenser. Et il y a à peine quelques semaines, sa promotion au rang de jônin lui tombait dessus…

-Ca faisait longtemps qu'on s'était parlé comme ça, pas vrai ?

Et voilà pourquoi la situation était paradoxale. Bien sûr, Sakura ne pouvait nier que Ino était une camarade, peut-être même une amie, et que cela lui faisait plaisir de passer un peu de temps en sa compagnie, au mépris des tensions extérieures et des soucis de sa vie si désespérément militaire. Mais elle ne pouvait s'empêcher de remarquer que malgré son grade de chuunin et le fait qu'elle avait indéniablement mûri, Ino avait réussi à remarquablement conserver cette capacité à mettre ses nerfs à rude épreuve.

-Alors ça te fait quoi d'être sensei ? poursuivit la jeune Yamanaka.

-Je suis pas vraiment sensei, c'est juste qu'on m'a demandé de prendre quelques élèves, répliqua Sakura d'un ton assez complexe, à la fois docte, poli et où pointait une note discordante, et puis tout jônin doit passer par là, ça ne veut pas dire que je me spécialise dans l'enseignement.

Sa promotion si soudaine ne pouvait être innocente, et Sakura n'eut pas à mobiliser son intelligence très longtemps pour en deviner la vraie cause…

-Mais tout de même, je te vois bien avec un trio de gamins qui te donneraient du Sakura-sensei… fit Ino avec une voix où l'amusement sincère le disputait à la moquerie ironique.

C'était toujours pareil… dès que Sakura orientait son attention vers des sujets plus sérieux, Ino interrompait sa réflexion avec une remarque désagréable… Bien sûr elle ne pouvait pas savoir que la jeune Haruno était plongée dans des considérations géopolitiques d'importance… encore que, parfois Sakura se disait qu'elle le devinait peut-être, et qu'elle prenait un malin plaisir à briser sa concentration.

Leur relation était ainsi. Même si elles avaient progressivement cessé de se confronter depuis l'examen chuunin, il y a 6 ans, elles ne pouvaient oublier que pendant des mois, elles avaient été loin de se porter dans leur cœur. Et même si un spectateur extérieur aurait pu croire, en les voyant, qu'elles n'étaient que deux jeunes filles discutant de la pluie et du beau temps, en réalité toutes leurs paroles étaient tissées de sous-entendus et d'ironie.

Ino poursuivit d'une voix que Sakura savait être faussement admirative.

-Enfin tu es quand même devenue jônin à 18 ans, c'est pas rien… Quand je pense que je suis encore chuunin…

Sakura céda à la tentation et répliqua :

-Tu te souviens de ce qu'on disait encore il y a 6 ans ?

Ino ne répondit pas et la regarda d'un air qui était sincèrement boudeur. Sakura sourit avec nostalgie, mais intérieurement son sourire était triomphant.

« Je ne perdrai plus face à toi », voilà ce qu'elles se disaient il y a encore 6 ans. Bien sûr Sakura avait fait une pique un peu trop directe, qui s'éloignait des sentiers battus du sous-entendu, presque au point de briser les règles, mais elle avait au moins réussi à couper le sifflet à Ino.

Après tout, qu'Ino soit encore chuunin était un fait assez naturel. C'était plutôt la promotion de Sakura au rang de jônin qui était étrange. De tous leurs camarades, seuls Neji, Lee et Shino avaient passé jônin, et à des moments très différents. L'un parce qu'il combinait parfaitement tous les talents requis du shinobi. L'autre parce que sa persévérance et le soutien de son maître avaient fini par avoir raison du bon sens du Conseil. Le dernier parce qu'il y a quelques mois, sa discrétion semblait avoir échoué à faire passer inaperçus ses talents hors du commun. Mais là encore, comme pour elle, dans le cas de Shino, il y avait quelque chose qui clochait…

-C'est vrai que j'ai pas mal de raisons de t'envier…

Est-ce qu'elle allait lui f… accorder la paix à un moment ? Sakura commençait à devenir soucieuse, bien trop pour rester conciliante envers les facteurs de dérangement intempestifs. Mais une fois de plus, elle se força à sauver les apparences.

-Tu sais, la plupart des ninjas restent chuunin toute leur vie : regarde Iruka-sensei, il est chuunin depuis bien plus longtemps que toi, et pourtant c'est un excellent shinobi.

-Tu as sans doute raison… après tout, devenir chuunin ça se fait par examen, alors que devenir jônin c'est une promotion. C'est pas une étape obligatoire.

Sakura opina du chef, chef dans lequel elle commençait à comprendre les véritables raisons de cette promotion.

Après tout, les shinobi étaient entraînés pour la guerre, et même si certains se spécialisaient dans l'entraînement, la plupart des jônin restaient des hommes de terrain. Ce n'était pas seulement à cause de ses mérites que Sakura était devenue jônin, ça paraissait d'autant plus évident lorsque l'on considérait un autre exemple. Si Naruto avait été élevé au rang de jônin, ce n'était certainement pas parce qu'il réunissait en un seul individu toutes les qualités du shinobi ! Et pourtant il avait été promu en même temps qu'elle.

Si elle, Naruto et Shino avaient eu soudainement accès à ce grade, c'était parce que le Conseil et Godaime étaient prévoyants : elle pouvait en juger, la situation frontalière devenait préoccupante. Récemment, ses missions extérieures l'avaient surtout envoyée dans des avant-postes de la frontière nord, où elle devait apporter ses compétences médicales à des blessés, parfois repousser des assauts ennemis venus de Kaminari no Kuni, ou encore récolter sur les cadavres amis ou ennemis des informations sur les armes que les shinobi de Kumo utilisaient. Elle avait passé les 3 derniers mois en compagnie de blessés, de morts ou d'ennemis, à panser leurs plaies, étudier minutieusement leurs dépouilles ou fracasser leurs crânes à coups de poings. Pas étonnant qu'elle soit au moins partiellement heureuse de se retrouver en compagnie d'un proche, même si Ino n'avait pas ce qu'on pouvait appeler une présence relaxante.

La guerre se profilait à l'horizon, ça il était facile de s'en rendre compte : pour que Konoha doive envoyer la disciple même de l'Hokage alors que les garnisons étaient formées et complètes, la situation devait être préoccupante. Mais de penser que c'était à cela qu'elle devait sa promotion au rang de jônin…Konoha avait besoin de shinobi endurcis, capables de mener des troupes au combat, et ne pouvait plus se permettre de laisser sa jeune génération traîner dans les grades moyens. Si le Conseil leur avait accordé le rang de jônin, à elle, à Naruto et à Shino, ce n'était pas tant pour leurs mérites que parce que la guerre approchait et parce qu'il espérait ainsi faire d'eux des piliers militaires.

Sakura pouvait facilement voir ce qui l'attendait, car avec la guerre viendrait pour les jônin des heures sombres, des responsabilités, des morts amis ou ennemis sur la conscience et des missions toujours plus dangereuses, dans un climat de danger permanent. Elle n'avait pas vraiment envie d'avoir un trio de gamins sur le dos. Non pas qu'elle ne se sentait pas la force d'avoir à supporter les complications que leur jeune âge entraînaient, leurs bêtises, leur immaturité et leur insolence. Mais bien plus parce qu'elle doutait d'avoir la force de pouvoir un jour annoncer au Conseil leur mort, parce qu'ils étaient jeunes, parce qu'elle avait échoué à les protéger et parce que la guerre ne pardonnait pas. Elle s'était toujours montrée très adulte, mais c'était une part du monde des adultes qu'elle ne se sentait pas prête à affronter. Au fond d'elle, elle savait ce qui arrivait, et elle avait peur. Terriblement peur qu'un jour, tout ce à quoi elle pensait lorsqu'elle était sur le front, sa famille, ses amis, son village, son monde même, vienne à disparaître subitement. Elle avait déjà perdu quelqu'un il y a 6 ans…

-Enfin tout de même faut dire qu'être disciple de l'Hokage a dû t'aider un peu…

Là elle allait trop loin. Non seulement elle brisait les règles, mais en plus elle le faisait au moment précis où Sakura achevait sa réflexion. Une fois encore, elle tenta de se contenir, de se rappeler toutes les fois où elle avait réussi à rester de marbre, de se convaincre qu'en tant que jônin elle se devait d'être mature et calme… Oh et puis merde. Elle agrippa le col d'Ino, la souleva de terre sans ménagement et la rapprocha de son visage. La jeune Yamanaka, malgré cette situation qui en aurait déstabilisé plus d'un, ricanait malicieusement. Sakura parla d'une voix rauque et menaçante.

-Dis donc sale truie, tu vas arrêter tes sous-entendus désagréables…

-Euh, excusez-moi mesdemoiselles ?

Ino et Sakura tournèrent la tête. Devant elles se tenait un jeune homme qui non seulement n'était pas un ninja, mais en plus n'était apparemment pas du village. Cela se voyait au fait que ses traits fins ne leur étaient absolument pas familiers, s'entendait à son accent étrange, qui se mariait à une voix tout aussi bizarre, entre des accents rauques et un ton doux, qui indiquait une éducation exemplaire. Il semblait accuser la vingtaine, mais les yeux exercés et perspicaces de Sakura lui donnaient à peine 18 ans, comme si ses traits étaient vieillis. Ses cheveux bruns aux reflets de roux étaient caractéristiques, c'était sans doute ce dont on se rappelait le plus à propos de lui. Ils étaient coiffés en un catogan un peu relâché et les mèches qui couvraient son front volait librement dans la brise. Il portait une petite bourse de cuir comme une amulette et une cicatrice cruciforme ornait sa joue droite. Ses vêtements étaient simples, amples et légers, chemise et pantalon noirs en lin, usés et passés. Mais c'était ses yeux qui retenaient le plus l'attention.

Tout comme ses vêtements, ils étaient fatigués et usés, comme recelant constamment un reflet de nostalgie. Leur étrange couleur mordorée intriguait le regard lorsque le soleil s'y reflétait, et leur profondeur et leur acuité semblait presque dérangeantes, comme s'il n'avait pas un regard tout à fait humain. Le vent s'était doucement levé et se lovait autour des trois jeunes gens, et tout semblait contribuer à marquer l'étrange calme de l'atmosphère, la voix du jeune homme ayant interrompu soudainement les deux jeunes filles.

Akodo, de son côté, était intrigué également. Les deux jeunes filles en face de lui étaient manifestement des shinobi, mais quelque part, elles n'en avaient pas l'air. On ne pouvait pas vraiment s'y tromper, en voyant le bandeau dans les cheveux roses de l'une, et autour du cou de la seconde. Mais malgré ce signe distinctif, leurs vêtements n'indiquaient rien de leur profession, à moins bien sûr que « jeune fille adolescente lambda au début du printemps » ne soit un emploi rémunéré à Konoha. Il avait encore un peu de mal à se faire à l'idée que les shinobi ne passaient pas leur temps en uniforme sur les champs de bataille.

Mais le plus étrange était leur position : la jeune fille blonde agrippée et soulevée 20 bons centimètres au dessus du sol par la seule main gauche de l'autre, et ricanant malgré tout, comme si ce n'était là qu'un jeu familier. Akodo surmonta son étonnement et leur demanda d'un ton poli :

-Je m'appelle Akodo, je suis nouveau en ville, et j'aurais aimé vous demander deux ou trois renseignements.

Sakura lâcha Ino, qui après être retombée, décida de devancer sa camarade.

-Moi c'est Ino en quoi puis-je t'aider ?

Sakura la regarda d'un œil légèrement torve : ce n'était pas qu'elle tienne absolument à aider cet Akodo, mais l'ersatz de rivalité qui existait toujours entre elle et Ino s'appliquait à absolument tout les domaines, même les civilités.

-En fait je m'installe aujourd'hui, et j'aurais aimé savoir où je peux trouver le minimum nécessaire, articles de tous les jours, nourriture, et aussi j'aurais besoin de trouver un fleuriste pour des fleurs particulières, répondit Akodo.

Quelque chose s'illumina dans le regard d'Ino et elle se mit à sourire, décochant un regard en coin à sa camarade. Avant que Sakura n'ait pu réagir, elle avait déjà pris Akodo par le bras et l'emmenait avec elle en tournant le dos à la jeune Haruno.

-Quelle coïncidence Akodo-kun, j'allais moi aussi faire des courses en ville, vient donc avec moi je te montrerai plein de magasins bien. Et aussi un super fleuriste, fit-elle d'une voix de petite fille.

Sakura serra dangereusement les mâchoires en entendant Ino minauder pour bien enfoncer le clou de sa moquerie.

Akodo était assez décontenancé par tant de spontanéité.

-Et… commença-t-il en désignant Sakura du regard.

­-Non, non, elle est jounin, c'est beaucoup de boulot et de responsabilités, faut la laisser bosser. Allez viens, répliqua Ino d'une voix insistante et où pointait une hilarité satisfaite, mais qui aurait très bien pu passer pour de la joie innocente.

Elle se retourna alors, et après un petit sourire moqueur, tira la langue à sa camarade. Celle-ci fit la moue avant de répliquer en marmonnant.

-Et t'aurais pas déjà un copain, ma vieille ? Tu sais, l'autre top model frigide avec une tronche de page blanche ?

Sakura n'aimait pas parler de Sai, mais elle se devait de répliquer. Il n'y avait pas de quoi être jalouse d'Ino : elle pouvait très bien jouer les adolescentes geignardes et avoir son Akodo, elle n'en avait strictement rien à faire. Mais elle s'était admirablement débrouillée pour poser ça comme un exploit qui l'aurait placée en tête de course et un prétexte pour la planter là comme si de rien n'était, pour se moquer de sa promotion. Et surtout, elle avait bien souligné le fait que ça aurait dû rendre Sakura jalouse, ce qu'elle ne supportait pas : comment osait-elle insinuer qu'elle pouvait être jalouse à cause d'une passade simili-sentimentale ? La disciple de l'Hokage avait mieux à faire que de flirter avec le premier plouc venu.

Ino savait ce qu'elle faisait, et elle savait ce qui l'attendait. Quelque chose dit à Sakura qu'elle devait se montrer moins immature. Elle ne l'écouta pas et se contenta d'espérer qu'elle laisserait à la jeune Yamanaka un visage humain, et se dit que si elle recroisait cet Akodo-KUN, il allait passer un sale quart d'heure.

L'Akodo-KUN en question rentra chez lui deux heures plus tard, après avoir eu droit à un tour des meilleurs boutiques de Konoha. Si tous les habitants de Konoha étaient aussi gentils qu'Ino, la vie serait assez facile en effet. Le fleuriste avait été réservé pour la fin, et pour cause : la première chose qu'elle dit en franchissant le seuil fut « Papa, M'man, c'est moi ». Elle eut droit à une salutation de la part de la femme qui était à la caisse, et Akodo se rendit très vite compte qu'il s'agissait bien entendu de sa famille lorsque l'homme qui était assis près de l'entrée baissa son journal pour saluer la jeune fille. La coiffure était chez eux un attribut génétique, au vu de la ressemblance frappante entre père et fille.

Après avoir acheté deux étoiles des cimes, Akodo rentra chez lui, chargé d'achats et déjà assez fatigué. Il déposa son chargement dans l'entrée et s'attela à installer dans l'appartement tout ce qu'il avait acheté durant cet après-midi. Quelques heures et un dîner plus tard, il était vraiment fatigué, mais pas au point d'oublier l'essentiel.

Il se dirigea vers la commode, ayant au passage pris son sac. Il commença par y prendre un petit vase en terre cuite dans lequel il versa un peu d'eau, avant d'y déposer délicatement les deux fleurs. Puis il posa une petite statuette en bois, qui représentait tant bien que mal un ours. Dans une petite coupe remplie de terre il planta deux bâtons d'encens. Enfin, il sortit de son sac deux tablettes funéraires qu'il déposa sur la commode, achevant ainsi une sorte de petit autel.

Akodo alluma l'encens, joignit les mains et prit quelques minutes pour se recueillir. L'étoile des cimes était la fleur préférée de sa mère : le blanc opalin, aux reflets de gris, lui rappelait la couleur de ses yeux et les années qu'elle avait passées à Konoha. La petite statuette avait été sculptée par son père : sa finition n'avait rien d'extraordinaire, mais Akodo voyait dans les imperfections et les traces laissées par le couteau tous les efforts et le caractère d'un homme qui s'était efforcé de l'élever comme son digne fils, et de prendre soin de lui, au prix même de sa vie.

Cela faisait maintenant un an, mais Akodo ressentait toujours très clairement, trop précisément, le vide qu'ils avaient laissé. Il se retrouvait à présent à vivre seul dans Konoha, et savait qu'il n'aurait pas dû en être ainsi. Il n'était pas normal qu'il ne reste d'eux qu'un souvenir et quelques objets.

Akodo avait tiré la leçon de cette journée. Il ne pouvait pas abandonner, précisément parce qu'il n'était pas juste qu'ils lui aient été enlevés. Il ne pouvait pas baisser les bras et laisser la mort, l'oubli ou la souffrance le prendre. S'il l'avait fait, non seulement il aurait accepté la mort de ses parents, mais il aurait aussi sali leur mémoire, en cédant à la tristesse et en concrétisant leur souvenir comme une source de souffrance. Il ne fallait pas qu'il se laisse engloutir par le désespoir, pour que ses parents ne soient pas morts en vain.

Quelque chose tressaillit dans son ventre, il sentit un relent de colère envahir son esprit comme un cancer et un très léger sifflement dans ses oreilles… oui, il pouvait aller de l'avant, mais les choses ne seraient pas faciles. Cette chose dans son ventre n'était pas qu'une simple émotion facile à écarter avec un sentiment de bonheur. Akodo pouvait par moments sentir autre chose que la violence des sentiments qui s'y cachaient, comme si cette chose était douée de raison, d'une intelligence terrible qui œuvrait à sa perte… Et qui tentait inexorablement de le renverser pour s'emparer de ses actes. Presque malgré lui, la sérénité avait cédé la place à la colère. Ce fut ce moment peu opportun que choisit quelqu'un pour tambouriner énergiquement à la porte.

Naruto était à peine rentré de sa mission d'observation en compagnie de Jiraiya qu'il avait appris qu'un nouveau voisin lui était arrivé. Malgré la fatigue qui essayait désespérément de le convaincre de prendre un peu de repos et malgré l'horloge qui tentait en vain de lui rappeler les convenances, Naruto s'était précipité devant la porte de ce nouvel arrivant et s'était mis à la tabasser sans ménagement : après tout, il avait une réputation à maintenir, fatigue ou pas. La porte s'ouvrit pour révéler dans son encadrement un visage maussade.

Devant Akodo se tenait un grand jeune homme de son âge, portant des vêtements noirs et simples, fonctionnels. Sa veste de shinobi s'ouvrait sur une veste d'orange sombre et de noir, ses cheveux blonds étaient hérissés constamment, comme le poil d'une bête sauvage, mais ses grands yeux bleus rieurs contredisaient son apparence un peu fruste et férale.

-Quoi ? fit Akodo avec lassitude et impolitesse.

-Salut voisin !! hurla Naruto avec une énergie insouciante, le fruit d'années de pratique.

-Ta gueule pauvre con. Deux choses : pourquoi tu déranges les gens à une heure pareille, et pourquoi tu hurles à une heure pareille ?!

Silence…

-Quoi !! Tu sais à qui tu parles au moins, tu sais qui je suis ?!

-Ouais, un emmerdeur. Bonne nuit, dit-il sèchement avant de claquer violemment la porte.

Naruto savait ce qu'il avait à faire : il aurait dû démolir cette porte puis sa tronche d'un Rasengan bien senti, mais l'heure et la fatigue lui firent renoncer. Mais s'il recroisait ce mec, il allait passer un sale quart d'heure.

To be continued...