Titre : L'Héritage, saison 1 - Un printemps gâché
Auteur : Kanjiro
Base : Naruto
Genre : Pas de genre défini. Si je devrais en donner un, ce serait chronique d'un personnage.
Disclaimer : Le manga Naruto et tous ses personnages appartiennent à Masashi Kishimoto (la Shueisha corp. peut aller...faire ce qu'elle voudra). Dieu merci, écrire des fanfics ne nous rapportera jamais rien, sinon qui sait la quantité de royalties que Kishi encaisserait...
Chapitre 08 - Dépression
Lorsque Akodo se réveilla, les étoiles avaient depuis longtemps cédé la place au soleil et au ciel bleu du printemps. Mais son humeur n'avait pas changé, et il sentait bien que cette journée allait être maussade, en dépit du temps superbe. Il pensait toujours à la réunion, et à cette indifférence que tous lui avaient témoigné, comme s'il ne pouvait décider lui-même de son avenir, comme si son destin ne lui appartenait pas, mais était placé entre les mains d'autres, des gens qui ne savaient rien de lui ou de ses sentiments.
Assis dans son lit, la tête entre les mains, il pensait, pensait et pensait encore, comme s'il se faisait violence pour trouver quelque chose dans son esprit, quelque chose qui lui échappait sans cesse : cette foutue réunion ne lui avait apporté aucune réponse, aucun indice, aucun élément qui lui permette de savoir enfin quelque chose. Et les questions se bousculaient dans sa tête. Que se passerait-il s'il perdait totalement le contrôle ? Est-ce qu'il serait un jour débarrassé de ça ? Quels autres effets cela pouvait-il avoir ? Comment pouvait-il devenir un vrai ninja sans apprendre de techniques ? Et surtout, qui était cette personne si mystérieuse qui semblait la seule à pouvoir le former ? Qu'avait-il de si spécial ? Et pourquoi n'accepterait-il jamais ?
Akodo en avait mal à la tête et cette douleur, ces doutes et ces inquiétudes nourrissaient sa rancœur envers ceux qui refusaient de lui répondre. Il sentait sa colère enfler en lui, et savait qu'il ne pourrait pas la contenir très longtemps… et cela l'inquiétait, et venait alimenter ces sentiments sombres qui grondaient alors qu'ils demandaient toujours plus… Akodo commençait à réaliser que cette journée serait probablement plus que maussade, et sentait de plus en plus clairement que cette rancœur avait toutes les chances de devenir meurtrière…
Il se leva et essaya de ne plus y penser, en se concentrant sur autre chose, à savoir son petit-déjeuner. Mais il savait parfaitement que même préparer un repas pouvait amener plus de rancœur, dans l'état où il se trouvait… penser à ses parents et aux tragédies qui avaient suivi leur mort lui ferait penser à ce qui pourrait se reproduire ici, à Konoha… il se savait tout à fait capable de tuer même ses plus proches amis de sang-froid lorsque l'autre prenait le dessus.
Akodo était debout dans la cuisine, ruminant ces pensées, lorsque quelqu'un frappa à la porte. Sur le moment, le genin ne sut pas comment réagir : il avait peur que ce visiteur ne fasse que l'énerver plus, mais il était aussi soulagé que quelqu'un le tire de cet état néfaste de solitude.
Au moment où il approchait la main de la poignée, il sut qui était son visiteur, et se sentit instantanément mieux. Depuis toujours, il savait que les gens proches étaient liés par plus que la simple amitié : dans son cas, c'était encore plus fort. Cette sorte de partage du chakra qu'il établissait autrefois avec ses proches créait un lien d'empathie entre eux, et voir que cela était revenu chassa ses doutes en un instant.
Il ouvrit la porte et entendit une voix forte le saluer :
-Konnichiwa !!
Akodo, interloqué, regarda sa montre et vit qu'il était effectivement 10h passées.
-Je croyais t'avoir déjà dit de hurler moins fort… fit-il à Naruto avec un sourire.
Sakura et Naruto entrèrent, les bras chargés de sacs, qu'ils déposèrent près du lit.
-On a cru remarquer que tu ne te sentais pas bien hier soir, alors on a pensé que ce serait sympa de te rendre visite.
La voix de Sakura était à la fois légèrement inquiète et soulagée, comme souvent.
-En fait on a tout apporté pour le p'tit-dèj' !
Naruto avait commencé à sortir la nourriture des sacs, et cherchait la cuisine tout en parlant.
Quelqu'un de vraiment maussade aurait pu prendre mal une telle attention, en pensant qu'il s'agissait juste de pitié. Mais Akodo, même s'il ne les avait rencontré que depuis deux jours, avait l'impression de commencer à connaître Naruto et Sakura. Il eut un sourire sincère alors qu'il réalisait qu'il ne s'agissait pas de pitié, ni de sympathie, mais d'amitié véritable.
-Je vais préparer le thé.
Lorsqu'il revint avec trois verres de thé fumant, il en avait profité pour préparer deux bols de riz. Naruto avait presque fini de déballer la nourriture, et Sakura faisait le tour de l'appartement. Le hasard voulut qu'elle se tint près de l'autel lorsque Akodo y arriva. Il déposa les bols près des tablettes funéraires, joignit les mains et ferma les yeux. Une fois sa prière finie, Sakura lui posa une question :
-Ce sont tes parents ?
-Oui.
-…Je suis désolée. Je ne sais pas vraiment ce que ça fait de perdre ses parents, mais je peux imaginer…
Akodo la regarda avec attention pendant quelques secondes ; malgré ce qu'elle avait dit, il était sûr qu'elle connaissait le deuil aussi bien que lui, et qu'en ce moment même, elle pensait à quelqu'un qu'elle avait perdu.
-Bon alors, on mange ou pas ?!
Naruto avait le chic pour s'imposer… Sakura se retourna et s'apprêta à donner de la voix, mais Akodo les interrompit.
-Je crois qu'il n'y a pas assez de place ici pour faire un vrai repas à trois…
Naruto réfléchit pendant quelques secondes, puis, voyant une table basse, s'écria :
-Ben on a qu'à aller sur le toit !
-Pas bête, fit Sakura, vas-y avec la nourriture, je te rejoins avec la table.
Le jônin ouvrit la fenêtre, ayant rapidement remballé la nourriture dans les sacs. Il ferma les yeux et se concentra quelques instants, se mit debout sur le rebord de la fenêtre, et gravit tranquillement le mur à la marche, jusqu'au toit.
Akodo cilla cinq fois très exactement, ouvrit la bouche et parvint à émettre un son ressemblant à « Quezkekodekoi ? ». Voyant qu'il était pour le moins surpris, Sakura engagea la conversation.
-Tu connais pas ?
-Ah… non.
-C'est basique pourtant.
-Ma mère m'a pas appris toutes les bases apparemment…
Sakura s'approcha du mur et commença son explication.
-Bon, pour y arriver, c'est très simple : d'abord concentre-toi sur tes pieds, puis associe-les à l'image de l'arbre… euh du mur pardon.
Sakura forma le sceau de la Chèvre sans fermer les yeux, et ses pieds luirent d'une faible aura bleutée.
-Ensuite, il faut que tu maintiennes une dose suffisante de chakra sur la plante de tes pieds, pour bien adhérer au mur.
Ce faisant, elle avait commencé à marcher à l'horizontale, comme si cela ne lui demandait pas plus d'effort que de marcher normalement.
-Il faut faire attention à bien doser le chakra : s'il est trop concentré, la surface risque de ne pas y résister. Par contre, s'il est trop faible, ton pied n'adhérera plus et tu tomberas. Plus la surface est solide, plus il est facile d'y adhérer, puisqu'il y a de moins en moins de risques qu'elle cède sous le chakra.
Sakura marchait à présent au plafond et parlait toujours aussi tranquillement. Elle sauta et se réceptionna parfaitement, avant de conclure.
-En, fait c'est juste une question de manipulation : en maîtrisant la diffusion du chakra dans son corps, on facilite l'usage des techniques et on peut produire beaucoup d'effets simples. Après un peu d'entraînement, tu pourras marcher aux arbres, aux murs, et même sur l'eau. Du moment que la surface est partiellement solide, on peut y adhérer avec suffisamment de maîtrise de la manipulation du chakra.
Manipulation… manipulation… Akodo avait déjà entendu ce mot, mais il ne se rappelait plus quand…
-Vu que tu ne connaissais pas avant, ça te prendra sans doute un peu de temps avant d'y arriver, mais on est tous passés par là. Il faut que tu commences par courir le plus haut possible, en t'entraînant sur des arbres ou des bâtiments ; ensuite il faudra que tu parviennes à te maintenir en marchant normalement, et enfin à te tenir debout, même à la verticale.
Sakura portait la table basse d'une main, sans effort, et se dirigeait vers la fenêtre. Akodo semblait s'être rappelé de quelque chose.
-Enfin pour l'instant, on va te hisser sur le toit et…
-Pas la peine.
-Quoi, tu veux pas me faire croire que…
Sakura se retourna et faillit tomber à la renverse : le visage d'Akodo était à quelques centimètre du sien, mais il était à l'envers !
-C'est assez facile en fait.
-Comment tu…
-Ben j'ai sauté pour mettre mes pieds au plafond et… voilà.
-Tu te débrouille, dis donc… d'habitude, même aux plus doués il faut des jours d'entraînement pour se maintenir comme ça.
-Saito-san m'a dit que j'étais très bon pour ce qui est de la manipulation.
Sakura était de plus en plus intriguée par ce phénomène que semblait être Akodo. Ce dernier marcha jusqu'à la fenêtre, puis passa sur le mur et monta vers le toit, rapidement suivi par la jeune fille, qui portait toujours la table basse comme si elle ne pesait rien.
Quelques minutes plus tard, les trois shinobis avaient installé la table basse au bord du toit et avaient commencé ce qui s'annonçait comme un gros brunch. Dango, riz, shiruko, thé, natto, râmens instantanés, poisson et autres victuailles se chargeaient de réconforter le corps, et l'esprit s'en sentait rassasié. Naruto, Sakura et Akodo discutaient de leurs vies, habitudes et hobbies, de leurs rêves et de leurs amis.
-Alors comme ça, votre promotion n'a donné que 9 genin finalement ?
-Ouaip ! Et ça fait une belle brochette de mecs gratinés !
-Et tu es sans doute le plus gratiné, Naruto…
-Beuh… bon alors, comment on pourrait te les présenter…
-Le mieux serait que tu les rencontre en personne, mais ils sont tous occupés avec leurs missions : maintenant qu'ils sont tous chuunin, ils ont des responsabilités différentes.
-Faites-moi un topo rapide.
-Bon, ben…
-On va commencer par ceux que tu as déjà vu ou rencontrés.
-Ah ouais. Si je me rappelle bien, t'as déjà fait connaissance avec Ino.
Les sourcils de Sakura auraient pu craquer comme des articulations tellement ils se froncèrent.
-Heu… ouais bon, en gros… voilà, tu la connais déjà. Elle fait dans l'espionnage politique…
Apparemment, la politique était à Naruto ce que le trombone à coulisse était à Akodo.
-Et elle joue les psychiatres amateurs pour tuer le temps. Alors, tu as vu Asuma-san, pas vrai ? Ino fait partie de sa team. Elle compte aussi Nara Shikamaru, qui est ambassadeur à Suna…
-Ah oui, la feignasse de hier soir.
-Ouais, un mec un peu bizarre, mais très sympa : il est devenu chuunin avant nous tous, et ça c'est parce que c'est un putain de bon stratège !
-Sinon il y a aussi Akimichi Chôji, mais je ne le connais pas très bien.
-Un mec super, très sympa, même s'il fait un peu gros-lard… mais t'as pas intérêt à le lui faire remarquer en face. Il commande un fort à la frontière avec Tsuchi.
-Ok… et à part ça ?
-Il y a la team de Kurenai-san… tu l'as sûrement déjà vue à la réunion… une femme aux yeux rouges.
-Ah oui, je vois qui c'est.
-Dans sa team il y a Inuzuka Kiba, un garçon un peu désagréable, mais sympa quand on le connait bien.
-Et qui se balade toujours avec son clebs comme si c'était son chien…
Un ange passa, et Sakura se retint d'éclater de rire, tandis qu'Akodo arborait un sourire en coin. Naruto se gratta la tête en riant d'un air gêné, avant de poursuivre.
-Enfin à part ça, il y a Aburame Shino… un mec taciturne avec des lunettes noires. Ces deux-là font de la patrouille à toutes les sauces.
-Je connais le clan Aburame, il est réputé dans le Pays du Feu.
-Ah oui, et il y a aussi Hyûga Hinata.
-Une Hyûga ? Comment elle est ? Coincée comme les autres ?
Naruto réfléchit pendant quelques secondes.
-Pas vraiment, en fait elle est surtout timide comme pas deux. Elle en a pincé pour moi pendant longtemps… mais elle a laissé tomber y a quelques années.
Akodo était un peu intrigué par cette fille : une Hyûga timide qui en pinçait pour Naruto, c'était pas banal. Après tout, il était pratiquement lié aux Hyûga par le sang, et s'intéressait assez à ce clan, d'autant plus que son sensei en serait probablement, vu que la solution miracle de Tsunade semblait vouée à l'échec. Il était aussi étonné de constater que Naruto pouvait être aussi perspicace.
-Et à part ça, d'autres gens que vous connaissez ?
-Il y a une team de genin de l'année avant la nôtre qu'on connait bien. Elle est dirigée par Gaï-san.
-Connais pas…
-Mais si ! Un mec zarbi, avec une coupe au bol et des sourcils de ouf !
-Ah oui ! Je me rappelle… mais il y en avait pas un autre un peu pareil à la réunion ?
-Si. Dans la team de Gaï-san, il y a Lee-san, qui est un grand fan de son sensei… ceci dit son nouveau look est bien mieux…avant c'étaient de vrais sosies.
-Ouais, gros-sourcils est un peu bizarre lui aussi, mais c'est une bête en taijutsu ! Je connais personne de meilleur que lui dans les anciens genin, à part peut-être Neji.
-Neji ? Ca me dit quelque chose…
-C'est un autre membre de la team Gaï : Hyûga Neji. Quand on était encore genin, Neji-san était réputé comme le meilleur genin de Konoha.
-Un autre Hyûga…
-Ouais, mais t'en fais pas, il est pas trop coincé non plus. Il est très sympa quand il s'y met !
-Avec Naruto et moi, Lee-san, Neji-san et Shino-kun sont les seuls de notre groupe de genin à être jônin aujourd'hui. Et Neji-san est peut-être encore le meilleur aujourd'hui. Sans doute, même.
-Il est si fort que ça ?
-Neji est un génie ! Il a toujours été super fort.
-Et pour finir, enchaîna Sakura, il y a aussi Tenten, un fille dont la spécialité est le matériel, surtout les parchemins et l'armement, dangereuse dès que tu lui mets quelque chose entre les mains.
-Ouais, avec elle fait des trucs de dingue, en tout cas c'est pas à l'Académie qu'on apprend ça. Ah oui, elle fait assez garçon manqué aussi.
-Hm hm…
Cela faisait beaucoup de gens à rencontrer. Akodo n'était arrivé à Konoha que depuis deux jours, et déjà il entrevoyait tout ce que ce village lui réservait comme possibilités. Rien que les amis proches de Naruto et Sakura formaient une base solide qu'il désirait déjà connaître. Alors qu'il réfléchissait, une question lui vint.
-Qui était le troisième membre de votre team ?
Naruto et Sakura se figèrent, et leur regard se perdit soudain. Akodo regretta immédiatement sa question. Il pouvait voir, sentir clairement la tristesse qu'ils ressentaient, comme celle qui le frappait lorsqu'il pensait à ses parents. Naruto avait cessé de bouger, et son visage exprimait une douleur où le jeune homme sentait rancœur, regrets et nostalgie. Sakura regardait au loin, comme si elle pensait à une contrée perdue, qu'elle ne pouvait plus rejoindre. Akodo fut frappé par la force de sentiments qui se dégageaient d'eux.
-Bon appétit ! retentit une voix que les trois connaissaient bien.
Kakashi était arrivé au bon moment, et les avait tiré de leurs souvenirs. Accroupi sur un fil électrique, le ninja copieur les saluait de la main, l'œil droit fermé comme toujours lorsqu'il souriait. Les trois jeune gens se déridèrent, et Naruto lança une brochette de dango en direction de Kakashi, qui l'attrapa sans difficulté. Naruto haussa les sourcils et ouvrit la bouche, comme s'il attendait impatiemment que quelque chose se produise.
-Laisse tomber, Naruto… fit Sakura en secouant la tête.
Le jônin prit une mine dépitée en voyant Kakashi s'évanouir dans les airs sans avoir mangé les dangos. Akodo était plutôt intrigué.
-Qu'est-ce que t'espérais voir ? demanda-t-il à Naruto.
-Le visage de Kakashi-sensei !
-Ah ?!
Maintenant qu'il y pensait, Akodo se rendait clairement compte de cet étrange détail qu'était le visage constamment masqué de Kakashi. Mais ça n'avait pas titillé sa curiosité jusqu'ici, il ne voyait donc pas de raison pour que ça commence.
Tout en mangeant, il contempla le paysage qui s'offrait à lui. Vu des toits, Konoha avait un visage différent. C'était un monde à part entière, de sable ocre, de briques rouges et d'ardoise noire, de bâtiments anciens et usés, d'architectures erratiques et de curiosités. Une étendue chaotique et pleine de vie. Cà et là, il voyait des gens pendant leur linge sur les toits, des shinobis passant à la vitesse de l'éclair, des entrelacs de fils électriques qu'il s'amusait à démêler du regard, des citernes et des réservoirs, des jardins suspendus et des promontoires, des oiseaux… et un chat… ou plutôt LE chat, l'observant toujours de ses yeux perçants, et jouant sur les toits. Akodo haussa les épaules : la journée était trop belle pour se soucier de ce fichu matou. Contempler ainsi les toits était apaisant et donc bénéfique. En se levant ce matin, Akodo avait songé à méditer pour se calmer, puis s'était dit après quelques essais qu'on ne s'improvisait pas contemplatif. Mais il savait maintenant que méditer était possible, et qu'un tel lieu était précieux et devait être préservé, ne serait-ce que pour sa beauté.
Voyant que le regard d'Akodo s'était arrêté sur le falaise et les visages de pierre, Naruto se leva et se plaça sur le bord du toit. Le vent s'engouffra dans sa veste, et soudain Naruto eut l'air d'être l'incarnation d'un de ces héros des temps anciens où la guerre ravageait les nations, et où naissaient les légendes. Perché au-dessus des rues, Naruto semblait chevaucher un immense destrier invisible ; il pointa du doigt la falaise et déclara d'une voix forte, comme s'il s'adressait au monde entier :
-Tu vois ça ? Le prochain visage sera le mien.
Akodo resta quelques instants figé : sur le coup, il ne sut pas s'il admirait Naruto pour sa détermination ou s'il était consterné par le ridicule de la mise en scène. Il se pencha vers Sakura et murmura.
-Dis, il te la sert combien de fois par jour cette phrase ?
-Trois minimum. Et pas qu'à moi.
-…Ok…
Sakura regarda sa montre et tira Naruto par le col.
-Arrête de faire le pitre, c'est bientôt l'heure !
-Garrghl… Kof, kof… c'est pas une raison pour m'étrangler !
-Désolé Akodo, mais on a une mission cet après-midi. Mais il fait beau, tu devrais aller te promener en ville.
-Bonne idée. Merci, Sakura.
-Pas de quoi. Allez viens, abruti, on est déjà en retard, et j'ai pas envie que Tsunade-shishô me passe un savon.
-Aïe, tu me fais mal, lâche-moi ! Gll…
Akodo sourit franchement : cette journée s'annonçait bien…
Quelques minutes plus tard, il embrassa une dernière fois du regard l'étendue bigarrée des toits de Konoha, ferma les yeux et prit une grande inspiration. Il se sentait enfin bien : ces dernières heures avaient été les meilleures qu'il avait passées depuis 1 an. Et l'avenir lui réservait d'autre moments de ce genre, il le sentait.
Sans Sakura et Naruto, remettre sa chambre en ordre fut difficile : 3 voyages furent nécessaires pour ramener les sacs, et Akodo faillit tomber de la corniche au moment de redescendre la table…et dire que Sakura la transportait sans effort…Au moins cela lui permettait de s'exercer à la manipulation. Une heure plus tard, tout était en ordre, et, miraculeusement, il lui restait encore des forces, sans doute assez pour suivre le conseil de Sakura et passer cet après-midi à se promener dans le village et le printemps qui l'avait orné.
Avec un signe de tête à ses parents, il ouvrit la porte avant de descendre dans les rues de Konoha, inondées de soleil et de monde. S'efforçant de retrouver cette sensation de bien-être contemplatif qu'il avait ressentie en observant les toits, Akodo marcha sans savoir où il allait, laissant ses jambes libres d'exercer leur office en toute fantaisie. Il mit ses cinq sens en éveil sans leur indiquer de cible ou de but, afin qu'il s'efforcent de trouver les sensations sans son aide.
Akodo avait déjà vu sa mère méditer, Byakugan actif, pendant des heures…sa respiration régulière et parfaitement calme, comme si elle dormait…mais ce n'était pas parce qu'elle semblait dormir qu'elle ne pouvait surveiller son fils : l'Oeil Blanc des Hyûga était très pratique quand il s'agissait d'empêcher un enfant d'agir en toute impunité. Le jeune homme qu'était devenu cet enfant réfléchissait maintenant aux exercices que pratiquait sa mère, et s'efforçait de les pratiquer à son tour. Il savait que le Byakugan était un excellent moyen de méditer, mais encore fallait-il qu'il comprenne pourquoi…
Akodo laissa ses sens errer sans but, embrasser toutes les sensations alentours. Après un temps, il ferma les yeux, après avoir réalisé que l'œil avait trop tendance à se concentrer, et que la vue était le sens principal. Il perçut des senteurs multiples : fleur de cerisier, odeurs de cuisine, senteur diffuse du bois chauffé par le soleil, les parfums et odeurs des passants…des sons et des sensations, le vent et le sol changeaient subtilement, mais Akodo n'y arrivait pas : dès qu'une sensation lui arrivait, il se focalisait dessus, sans le faire exprès. Il ne parvenait pas à s'aligner sur l'ensemble de l'environnement.
Il décida finalement d'abandonner et d'ouvrir les yeux. Il marcha pendant quelques minutes, sans trop prêter attention aux passants, et sans trop penser à ce qu'il allait faire pour occuper son après-midi. Puis il se souvint qu'il voulait se procurer un second étui à shuriken, en plus de celui qu'il portait déjà au bras gauche. Malheureusement, il ne savait pas où trouver de l'équipement ninja. Il se dirigea donc vers le premier shinobi qu'il aperçut pour lui demander ce renseignement.
Quelques minutes plus tard, Akodo s'éloignait de l'armurerie en traînant les pieds : lorsqu'il l'avait vu, le shinobi en question avait commencé la discussion avec un regard qui avait profondément déplu au jeune genin. Comme il l'avait prévu, les journées paisibles commençaient à disparaître pour céder la place aux regards froids et à l'exclusion. Le nouvel étui, accroché à son bras droit, ne lui faisait ni chaud ni froid, et Akodo ne prit pas le temps de l'essayer. Il lui faudrait une quinzaine de minutes pour rentrer chez lui, et il n'avait plus tellement envie de traîner dans Konoha.
Ce regard n'était pas important, il ne signifiait pas grand-chose, mais Akodo ne s'y trompait pas, et savait très bien ce qu'il en adviendrait. Il avait déjà vécu ces moments…ça commençait par des regards dérobés, et ça finissait par des pierres et des insultes, en passant par les yeux froids et pleins de haine. Quelques-uns de ses meilleurs amis étaient morts de sa main, le reste en était venu à le détester tout autant que les autres, peut-être même plus…sans doute parce qu'ils considéraient ces crises comme des trahisons…comme s'il les avait désirées…et Akodo pouvait très bien imaginer Konoha tout entier le détestant…
Alors qu'il ruminait ces pensées, il croisa une personne qu'il connaissait. Portant la veste des shinobis, vêtu de noir, coiffé à la mode de son clan, le placide Shikamaru semblait dans son élément, marchant d'un pas tranquille au milieu des rues de Konoha, le nez à moitié en l'air, dans les nuages, comme s'il ne se préoccupait pas le moins du monde de ce qui l'entourait. Akodo se rappela alors la réunion, en commençant par cette loque qu'il avait vue dans le fauteuil… « Faites entrer l'accusé ».
Lorsqu'ils se croisèrent, Shikamaru se retourna quelques secondes, et regarda Akodo de ses yeux bruns, sans manifester quoi que ce soit d'autre que l'apparente lassitude qui le caractérisait. Mais ce regard sans émotion ramenait des souvenirs dans l'esprit d'Akodo…il se souvint de la réunion et de l'indifférence de Tsunade…des shinobis discutant de son avenir sans tenir compte de sa simple présence…d'autres évoquant sa mère…et ces questions auxquelles personne ne répondait…Akodo avait eu à ce moment l'impression de parler dans le vide, et d'être perdu dans ce vide, comme si le monde l'avait rejeté dans une profonde oubliette, pour se débarrasser de ce qu'il ne voyait que comme un monstre…
Il se rendit alors compte qu'une bonne partie des passants s'étaient écartés sur les bord de la rue, et qu'il se retrouvait seul au centre du chemin, tandis que les gens murmuraient et lui jetaient des regards dérobés. Il pouvait presque voir tous ces yeux remplis de haine et d'une incompréhension meurtrière…alors que les souvenirs et la rancœur affluaient dans son esprit, il sentit qu'aux bruits de la rue se mêlait un faible sifflement…un sifflement agaçant, comme un insecte qui le tourmentait de sa présence, un bruit qui s'imposait de plus en plus à son attention…il savait bien que ce sifflement était celui de son âme feulant contre le reste du monde…et il sentait ce vide grandir en lui, ce vide qui lui était insupportable…
Il avait faim.
Akodo essaya désespérément de reprendre ses esprits, de chasser ces pensées qui menaçaient de plus en plus de le faire basculer…il savait ce qui allait arriver s'il succombait maintenant, et il voulait à tout prix éviter ça. Il pensa de toutes ses forces, tenta de s'opposer à sa rancœur, mais rien n'y fit. Il l'avait laissé prendre le dessus, en se laissant envahir par ces sentiments…il était déjà trop tard pour l'arrêter, il n'y avait plus qu'à s'isoler, pour limiter les dégâts.
Le sifflement s'amplifiait, et avait à présent envahi son esprit…à chaque pas, une nouvelle image s'imposait, et nourrissait sa rancœur, et à chaque pas, ce bruit lui vrillait l'âme, pour y laisser son empreinte de haine et de rancune…Akodo marchait aussi vite que possible, et sentait que si quelqu'un l'arrêtait, il serait la première victime de cette crise…
Il ne voyait presque plus rien à présent, et, inéluctablement, finit par bousculer un passant. Alors que le choc sur son épaule se dissipait, Akodo sentit ses mains bouger d'elles-mêmes : il n'était plus que le spectateur de la rage qui avait pris le contrôle. L'importun fut agrippé, et son poing se leva pour libérer toute la rancœur…
Akodo entendit une voix féminine s'excuser avec confusion…cette voix était étouffée, comme s'il était enfermé, séparé du monde…mais cette voix lui fit ouvrir les yeux, et il vit ceux qui lui faisaient face…sans raison apparente, il lâcha prise et sa main se désserra…mais il ne pouvait s'en aller ainsi, et ses paroles lui échappèrent :
-T'avise plus de m'approcher…
Son âme se tordait de douleur alors qu'il s'était remis à courir vers son appartement…il ne savait pas pourquoi il n'avait pas pu frapper, mais l'autre n'en était que plus furieux, et le faisait souffrir davantage…
Akodo entra chez lui précipitamment, et prit la boîte en fer sur la commode. Tombant sur une chaise, il avala pilule sur pilule, croyant y trouver le remède à ses souffrances…mais on ne soigne pas les tourments de l'âme avec une chose aussi bassement réelle. Akodo sentait la rancœur couler dans ses veines comme du mercure, rongeant son corps de son influence terrible, et la souffrance du corps devenait la colère de l'âme…ses paupières refusaient de battre, et ses yeux fixaient le vide, fixant un point avec toujours plus d'intensité, jusqu'à ce que ses yeux eux-mêmes souffrent le martyre…Akodo gémissait, tandis que ses mâchoires se serraient dans leur rage, lui interdisant de hurler et de se libérer de sa douleur…et ce bruit, ce sifflement qui pourfendait jusqu'aux tréfonds de son âme…
Quelques minutes après être allé se coucher, Naruto fut réveillé par un bruit de verre brisé, un bruit qui venait de chez Akodo. Le jônin se leva sans prendre le temps de s'habiller, sortit et frappa à la porte de son voisin. La porte s'ouvrit tout seule dans un grincement. Naruto entra rapidement, et vit la fenêtre brisée, et les rideaux dansants dans le souffle du vent…et une sombre silhouette sautant de toit en toit…
Au sommet du bâtiment, une autre silhouette se tenait accroupie, et observait, comme elle l'avait fait ces derniers jours. Les yeux perçants du félin contemplaient Akodo s'éloigner, poussé par la rage et une faim qui dévorait aussi bien son corps que son esprit…
Hinata ne dormait pas vraiment. Mais ce semi sommeil était différent de celui qu'employait son Kagemusha pour rester vigilant : lui savait reposer son corps tout en gardant ses yeux en éveil. Hinata n'avait pas le talent de Neji, et elle n'avait de toute façon pas à rester aux aguets ; elle rêvait et pensait, sous les étoiles et à sa journée, et surtout à ce garçon qui avait failli la frapper. Ses yeux l'avaient intriguée…ce n'était pas tant sa conduite que ses pupilles d'airain qui semblaient étranges…Avec le temps, Hinata avait appris à voir au-delà des apparences, et s'était rendue compte que ce garçon luttait contre lui-même. Et elle en était venue à s'interroger sur son identité et sur les raisons de sa présence à Konoha. Sans doute aurait-il été logique d'en parler à Neji ou à son père, mais Hinata était comme gênée par le fait de parler de ce garçon à quelqu'un d'autre…
Elle se rendit soudain compte que quelque chose avait voilé les étoiles…le temps se dégradait, et la pluie commença à tomber…un orage arrivait certainement. Hinata s'apprêta à fermer sa fenêtre, mais elle discerna entre les arbres quelque chose…une chose qui l'arrêta immédiatement. Une énorme masse se déplaçait dans la forêt, qui commençait à rougeoyer, comme si elle prenait feu. Presque effrayée, Hinata tenta timidement de voir plus, et la soudaine lumière d'un éclair lui donna un bref aperçu de la lutte titanesque qui trouvait sa conclusion sous ses yeux. Elle activa son Byakugan pour percer le couvert des ténèbres, et la vision qu'elle eut fut marquée par le premier coup de tonnerre, qui sembla sonner le glas du vaincu. Le bruit du tonnerre masqua les rugissements des deux combattants qui se jetèrent l'un sur l'autre.
Et quelque chose fut rejeté violemment à la lisière de la forêt ; usant du Byakugan, Hinata tenta de voir de ce qu'il s'agissait. Quelle ne fut pas sa surprise lorsqu'elle réalisa qu'il s'agissait du même garçon qu'elle avait rencontré cet après-midi ! Akodo haletait bruyamment, ses vêtements étaient déchirés, brûlés par endroit et maculés de sang ; il se tenait voûté, son corps barré de multiples blessures et ses cheveux roux ruisselant d'eau de pluie. Pourtant, il ne semblait pas effrayé ou paniqué, mais il arborait un sourire réjoui. Hinata frissonna : la foudre éclairait un visage déformé par une grimace de jouissance malsaine, aux yeux exorbités, sur lequel les blessures avaient tracé un masque écarlate en lignes de sang.
Mais ce n'est quand elle vit l'adversaire d'Akodo que la peur s'empara vraiment d'elle. Les arbres s'inclinaient sur son passage, comme s'il traversait un champ de blé ; dérangé dans sa retraite sylvestre, ce seigneur des fauves s'avançait pour punir l'impudent qui avait osé s'attaquer à lui. Les forêts de Konoha abritaient des bêtes aussi anciennes que les cités des hommes, des tigres gigantesques à qui l'âge et l'expérience de nombreuses décennies avaient conféré une stature colossale et des pouvoirs surnaturels. Cet aîné d'une meute de grands tigres déchaînait sa fureur ardente sur la forêt, et avait poursuivi Akodo jusqu'ici pour en faire sa pâture. Seigneur de sa race, ce symbole vivant du feu rugissait tout en crachant un torrent de flammes qui embrasait les arbres.
Hinata se précipita hors de sa chambre : elle ne pouvait affronter seule ce monstre et sauver Akodo. Elle ouvrit rapidement le shôji et appela son Kagemusha à l'aide :
-Neji-nii-san !
-J'ai vu.
Neji était debout, vêtu de son yukata. Ses sens l'avaient déjà averti du combat qui avait lieu dehors. Le prodige du clan plaça la plaque de métal frappée du symbole de la feuille sur son front, et ses paupières révélèrent l'Oeil Blanc actif au moment où il serrait le nœud avec une fermeté qui témoignait de sa détermination. Il tourna son visage austère vers sa protégée et lui dit d'une voix calme :
-Mettez-vous à l'abri, Hinata-sama, ça pourrait devenir dangereux.
L'héritière de la Sôke acquiesça et revint se placer à sa fenêtre.
Neji descendit rapidement au rez-de-chaussée et trouva rapidement celui qu'il cherchait :
-Saito-san, j'aurais besoin de vous.
L'inquiétude apparente du Hyûga médecin contrastait avec les traits impassibles du jeune jônin.
-J'ai vu, et j'ai appelé le reste des gardes en faction, dit Saito, avant d'inviter Neji et les quelques autres Hyûga à le suivre vers le portail.
Hinata les vit franchir le seuil de la demeure, et son regard les suivit jusqu'à la lisière de la forêt, où Akodo et la bête se faisaient toujours face. La tête haute, le fauve semblait être un roi, dominant l'incendie de toute sa hauteur ; lui faisant face, Akodo se tenait voûté, ses épaules agitées par un rire presque dément et son visage caché derrière l'écran de ses cheveux roux maculés de pluie et de sang. Sa respiration lourde et bestiale laissait échapper des panaches de buée dans l'air froid malgré les flammes. Le tigre et les cieux laissèrent échapper un rugissement titanesque ; le vent glacial se leva et la pluie commença à tomber au milieu des éclairs.
Akodo s'élança avec un feulement rauque qui se confondit avec le sifflement du vent froid qui semblait le porter. Le tigre voulut déchaîner sa fureur et briser le chétif genin comme une brindille, mais ses mouvements perdirent de leur puissance alors que son adversaire se rapprochait. Akodo s'agrippa au poitrail colossal du fauve, et se remit à rire ; sa voix prit de plus en plus de force alors que le cri de douleur de ce qui était devenu sa victime faiblissait. Peu à peu, le vent souffla de plus en plus vite, et la pluie tomba de plus en plus fort ; les flammes qui dévoraient les arbres alentours s'éteignirent peu à peu, comme la vie du grand fauve qui agonisait tandis qu'Akodo se cramponnait toujours à son poitrail, s'y blottissant en geignant de plaisir.
Neji et Saito se rapprochèrent à pas lents et prudents de la lisière de la forêt ; des troncs calcinés s'élevaient des volutes de fumée, comme les bâtonnets d'encens d'un sinistre temple forestier. En face d'eux, la carcasse géante se flétrissait peu à peu ; accroupi sur le dos du fauve, comme une macabre gargouille, se tenait Akodo, les yeux mi-clos, comme s'il était en transe. Autour de lui, l'air surchargé de chakra tourbillonnait, faisant virevolter des filets de sang échappés de ses blessures. Ses mains, élevées au niveau de son visage, se serraient convulsivement, comme si son esprit s'efforçait de comprendre ce qu'il était et ce qu'il venait de faire. Et autour de lui commençaient à danser des lambeaux de chair et des fragments d'os arrachés au cadavre, tombant en poussière à son contact.
Tous ceux qui étaient venus pour sauver Akodo du fauve reculèrent face à ce spectacle terrifiant. Tous sauf deux. Les traits de Saito trahissaient son horreur, et même l'inébranlable Neji paraissait effrayé ; l'aîné des deux jônin activa son Byakugan, et trembla de plus belle. Même pour un Hyûga il était dur d'y voir clair, tant l'air était chargé de chakra ; du keirakukei d'Akodo se déversait un flot de chakra, à tel point que Saito put détailler clairement la structure compliquée des yabureme, et réalisa à quel point cette disposition était cohérente. En entrant dans le corps d'Akodo, le chakra se déformait selon les yabureme et semblait changer de composition et de fonction, comme si le métabolisme du genin adaptait le chakra au fur et à mesure qu'il entrait.
S'avançant d'un pas, Saito lança trois kunai vers Akodo, en une salve volontairement imprécise. Les deux premiers furent détournés par la masse de chakra qui entourait toujours Akodo, qui arrêta de son poing le troisième, à quelques centimètres de son visage. Baissant sa main, il ouvrit sur les Hyûga des yeux qui n'étaient plus que deux lacs d'airain. Et Saito trembla en réalisant à quel point ce dont il avait parlé à la réunion était juste.
-La seconde moitié de son être…comment ai-je pu avoir aussi horriblement raison ?
Son sens du devoir reprit le dessus : il devait maîtriser Akodo, pour le sauver et pour préserver la demeure de son clan. Il fit un pas, mais un bras emmanché de noir l'arrêta.
-Je m'en occupe, fit Neji.
-Faites attention Neji-san ! Il…
-J'ai vu. Rassurez-vous, il ne sait sûrement pas l'utiliser.
-Soyez prudent.
Le prodige des Hyûga s'avança avec détermination. Malgré le chaos qui régnait à la lisière, il ne trembla pas et continua de marcher, comme un ange impassible opposant son calme absolu à la fureur d'un démon.
Akodo vit ces deux yeux blancs s'avancer vers lui dans les ténèbres de cette nuit d'orage. Les éclairs ne lui donnaient qu'une lumière vacillante, mais il semblait discerner sans peine son adversaire dans l'ombre des arbres. Il sauta de la carcasse du tigre qui achevait de tomber en poussière, et se voûta de nouveau, comme pour signifier la différence qu'il y avait entre lui et le Hyûga qui le défiait de son regard immaculé. Sous l'écran pourpre de ses cheveux luisaient ses yeux d'airain, et sa bouche se tordit en un rictus bestial. Neji se posta trois mètres devant lui, droit et impassible. Son catogan ruisselait lui aussi d'eau, mais la pluie ne faisait que perler sur ses vêtements et ses cheveux, tandis que la lumière de la foudre se reflétait sur son bandeau. Son Byakugan luisait presque d'une faible lueur lunaire, et Neji se contenta de fixer Akodo, sans se mettre en posture de combat.
Le genin hésita un instant devant une telle assurance, puis s'accroupit et s'élança de toute la force de ses jambes, soutenu par la colossale énergie qu'il venait de dévorer. Neji fut pris de court par une telle vitesse, et n'eut pas le temps de se mettre en garde ; Akodo avait déjà agrippé ses bras, plaçant ses mains auréolées de chakra au niveau des coudes du Hyûga, qui réalisa en un instant. Neji connaissait cette prise, pour l'avoir déjà utilisée : cette posture du jyûken permettait de paralyser les bras. Son Byakugan décelait une quantité énorme de chakra dans les bras d'Akodo, et Neji savait qu'une telle décharge de chakra disloquerait son keirakukei, sans avoir besoin de la précision du poing souple.
Il fut un moment impressionné par l'intuition combative de ce garçon ; mais il ne commit pas l'erreur d'hésiter. Dix ans d'entraînement et d'expérience le firent réagir instantanément, et une faible lumière bleutée s'interposa entre ses bras et les mains d'Akodo ; cette lumière grandit et repoussa le genin. La jambe droite de Neji glissa en arrière, traçant un sillon circulaire dans la terre trempée, et un cri résonna dans la clairière, tandis qu'Akodo était rejeté plusieurs mètres en arrière par une sphère scintillante et tourbillonnante.
Kaiten !!
La forme bestiale d'Akodo se rétablit dans les airs et prit appui sur un arbre pour amortir son vol plané. Le tronc déjà calciné craqua et s'écroula en un nuage de cendres ; les yeux d'airain cherchaient leur proie, et la trouvèrent. Akodo grogna et se ramassa sur lui-même, prêt à charger.
Mais la silhouette gracieuse de Neji devint floue et disparut. Akodo resta interdit pendant une seconde, puis l'air se troubla devant lui. Il sentit un léger choc sur son front, et soudain eut l'impression que son crâne allait exploser. Une énergie formidable se répandait à la vitesse de l'éclair dans chaque recoin de sa tête, vrillant son cerveau et embrouillant son esprit. Il eut à peine le temps de laisser échapper un gémissement, puis il s'écroula aux pieds de la silhouette toujours immobile de Neji, qui détendit lentement son bras, index et majeur à la hauteur de son front.
Pendant un instant, le corps d'Akodo fut agité de spasmes, tandis que ses yeux redevenus normaux parcouraient frénétiquement l'assemblée des Hyûga, cherchant instinctivement du réconfort ou de la pitié dans ces regards blancs et froids. Pendant une seconde, il vit deux yeux différents et qui pourtant étaient blanc eux aussi…ces Byakugan emplis d'inquiétude et de compassion ramenèrent un souvenir dans son esprit confus, et il murmura faiblement :
-Kaa-san ?
Puis les spasmes cessèrent, et la tête d'Akodo retomba, aussi inerte que son corps, qui gisait au milieu des arbres morts.
Le tonnerre faiblit, et l'orage s'éloigna. La pluie continuait de tomber sur cette scène qui avait retrouvé le silence, sous ce ciel que les étoiles avaient fui…
To be continued...
