Titre : L'Héritage, saison 1 - Un printemps gâché
Auteur :
Kanjiro
Base :
Naruto
Genre :
Pas de genre défini. Si je devrais en donner un, ce serait chronique d'un personnage.
Disclaimer :
Un de ces jours, il faudra que j'écrive un haïku pour exprimer les sentiments poétiques que "Les droits du manga Naruto et de ses personnages appartiennent à Masashi Kishimoto" éveille en moi...Ca va pas être facile.

Chapitre 10 - Neko-sennin

Un profond soupir retentit entre les arbres de Konoha ; mais cette fois il n'était pas né de la lassitude, mais de l'exaspération. Akodo regarda sa montre pour la 20e fois : il était 13h05, et il était le seul devant la porte du village, le lieu de rendez-vous. Il regarda encore une fois le mot de Kakashi : « Rendez-vous à 13h00 à la porte. » Ils exagéraient, tous autant qu'ils étaient. Akodo n'avait jamais aimé les retards, mais aujourd'hui plus qu'hier et sans doute bien moins que demain : il avait appris récemment les bienfaits de la politesse et comptait les cultiver.

Quelques secondes plus tard, il entendit des pas derrière lui.

-Salut Akodo !

-Konnichiwa Sakura-san…vous êtes en retard.

Sakura vérifia si elle n'était pas accompagnée à son insu, et, constatant qu'elle était seule, comprit qu'Akodo la vouvoyait.

-Désolé pour le retard Akodo…mais tu n'es pas obligé de me donner du san, on est entre nous et…

-Nous sommes entre ninja et vous avez un rang supérieur au mien.

-Et tu peux me tutoyer…qu'est-ce qui t'es arrivé ? Tu me parlais pas comme ça à l'hôpital.

-Je me dois de respecter les convenances, c'est tout. Donc, pourquoi ce retard ?

-Eh bien, c'est parce que Kakashi-sensei n'arrivera pas avant la demie.

-Il vous l'a dit hier ?

-Non, il est toujours en retard.

Des bruits de pas précipités se firent entendre. Naruto arriva et haleta quelques secondes avant de demander d'une voix inquiète :

-Kakashi-sensei est là ?

-Non, t'en fais pas,lui fit Sakura

-Ouf…ça commençait à m'inquiéter : la dernière fois il était arrivé en avance, j'ai eu peur qu'il ait décidé de changer ses bonnes vieilles habitudes…

Akodo poussa un nouveau soupir…c'est du joli, pour un shinobi légendaire.

13h33…Akodo en avait vraiment marre.

-Salut les jeunes !

-Vous êtes en retard ! crièrent Naruto et Sakura avec un air faussement scandalisé, avant de se mettre à sourire largement.

-Content de vous retrouver normal, Kakashi-sensei, fit Naruto.

Kakashi lui rendit son sourire avant de poursuivre.

-Bon, on y va ?

Mais Akodo voulait régler quelque chose auparavant.

-Puis-je savoir pourquoi vous êtes en retard ?

Avant que Kakashi puisse répondre, Sakura énuméra :

-Oh il a certainement vu un chat noir, brisé un ou deux miroirs ou alors il est passé sous une échelle, ce qui l'a obligé à partir écarter la malchance dans un temple.

Naruto poursuivit derechef :

-Ou bien il s'est rendu compte qu'il avait encore des courses importantes à faire, du courrier en retard, il est tombé sur une vieille connaissance ou il s'est tout simplement perdu en chemin.

-Voilà, dit Kakashi en haussant les épaules et en souriant.

Akodo toussota poliment avant de lui adresser son reproche.

-Je trouve tout de même ça exagéré, sempaï : quand on indique une heure de rendez-vous, on s'y tient. Et ça vaut pour vous aussi, Naruto-san, Sakura-san. Un ninja diplômé doit naturellement suivre les règles et…

Kakashi fit taire le genin d'un signe de main. Il affichait un air sérieux qui en disait long sur son opinion.

-Laisse-moi résumer ton idée : « Ceux qui ne respectent pas les règles sont appelés des déchets », pas vrai ?

-Je n'aurais pas dit ça, mais c'est à peu près ce que je pense.

-Cette phrase est de moi, et c'était mon opinion, il y a 20 ans.

-Je dois dire que je suis plutôt d'accord…

Mais ceux qui ne respectent pas leurs compagnons sont encore pires. »

Akodo se tut immédiatement. Il était suffisamment intelligent pour comprendre exactement où Kakashi voulait en venir. Il baissa la tête.

-Celle-ci est d'un ami qui est mort il y a 20 ans en me sauvant la vie, malgré les ordres. Akodo, tu ne dois pas essayer d'être ce que tu n'es pas : Konoha n'est pas une armée, mais une famille. Et le travail d'équipe est plus important que tout pour un ninja. Je pense que ce serait idiot de gâcher une amitié pour un retard de quelques minutes.

-Alors vous avez entendu…

-Oui, j'ai entendu ta discussion avec Sakura.

Akodo retint bien la leçon : plus que la politesse ou la bienséance, c'était le calme et la sérénité qui pouvait lui donner le contrôle sur lui-même. Et il ne servait à rien de gâcher tout le reste et de briser des amitiés : à quoi bon retenir ses crises si c'était pour parvenir au même résultat ?

-Je suis vraiment désolé, dit-il tout penaud.

-C'est pas grave, dit Sakura.

-Bon on y va maintenant ? demanda Naruto avec impatience.

-C'est vrai, on pourrait être en retard, fit Kakashi avec un sourire qui acheva de détendre l'atmosphère.

La colossale porte frappée du sceau du Feu s'ouvrit lentement, et la team 7 s'avança entre les arbres.

-C'est loin ? demanda Akodo.

-En marchant on peut trouver ça long…fit Kakashi en haussant les épaules.

-En parlant de retard, on a un délai fixe ?

-Non, pas vraiment…il a dit qu'il voulait nous voir, il nous attendra. Mais c'est pas une raison pour trop éprouver sa patience.

-Bon, ben alors autant aller rapidement.

A ces mots, Akodo sauta sur une bonne vingtaine de mètres avant d'atterrir sur une branche d'un arbre voisin.

-Heu…fit Kakashi, l'ait incrédule.

-Hier encore il ne savait pas marcher aux arbres, et en 5 minutes il était capable de se tenir au plafond sans difficulté. Pas étonnant qu'il sache se déplacer de cette manière sans problème.

-Bon alors vous venez ? cria Akodo, avant de se rendre compte que Kakashi indiquait du doigt la direction inverse.

-C'est par là…fit le ninja copieur.

Sans difficulté, les 4 shinobi volaient entre les arbres comme des feuilles portées par le vent. Leur course était rythmée par le sifflement du vent et le claquement sec et régulier de leurs pieds sur les branches. Mais même s'ils se déplaçaient 4 fois plus vite que le commun des mortels, Kakashi savait qu'ils n'arriveraient que dans plusieurs heures. Après un temps, il décida donc de briser le silence.

-Dis-donc, Akodo, j'imagine que tu aimerais en savoir plus sur ton sensei.

-Vous me coupez l'herbe sous le pied, Kakashi-sempaï.

-Bon déjà Naruto avait tapé juste quand il avait proposé Jiraiya-sama.

-On va me coller à un ermite ?

-On va essayer de te coller à un ermite, plus connu sous le nom de Neko-sennin. (L'Ermite des chats).

-C'est qui ça ? demanda Naruto comme de juste.

Sakura soupira.

-Décidément ton ignorance m'étonnera toujours, Naruto. Neko-sennin est célèbre dans tout le Pays du Feu, c'est un ermite ninja lié aux chats, comme Jiraiya-sama est lié aux crapauds.

-Bon, bon, ça va… répliqua Naruto.

Sakura poursuivit sans faire attention.

-Neko-sennin est capable de parler aux chats et de voir par leurs yeux. On raconte qu'il est aveugle et qu'il est donc toujours accompagné par un chat qui le guide. Il a une maison quelque part dans la forêt, mais il parcourt en permanence le Pays du Feu.

-Et pour ce qui est de ses pouvoirs ? demanda Akodo.

-Il est dit que malgré sa cécité il est omniscient, qu'il peut lire dans les pensées et deviner les mensonges : personne n'a jamais réussi à le surprendre. Il est aussi capable de disparaître et de réapparaître n'importe où, de se fondre dans les ombres et de devenir invisible aux yeux des mortels. Les rumeurs disent qu'il est immortel, mais qu'il a toujours l'apparence d'un jeune homme d'une trentaine d'années. Finalement rien que de très banal.

-Tu trouves ça banal ? demanda Naruto, incrédule.

-Avant la fondation des villages cachés, le peuple voyait les shinobi comme des êtres surnaturels, des démons nés de l'ombre à qui on prêtait toute sorte de pouvoirs ; la plupart des ermites tels que Neko-sennin sont des anciens ninja, qui deviennent partie intégrante du folklore d'une région et à qui on prête toutes sortes de capacités plus ou moins véridiques.

-Mouais…tout de même, il doit y avoir un fond de vérité dans tout ça.

-C'est bien ce que je dis, crétin ! Disparaître à volonté, devenir invisible, se fondre dans l'ombre…tu prends les capacités d'un bon ninja, tu ajoutes un peu d'exagération populaire, tu secoues le tout et tu obtiens ce genre de légende.

-Aaaah, ok, j'ai compris.

Sakura secoua la tête comme pour dire « Mais qu'il est con », mais Akodo voyait bien son sourire qui lui disait « C'est Naruto tout craché ».

Akodo connaissait bien les légendes du Pays du Feu, et il avait naturellement entendu parler de Neko-sennin, l'ermite qu'on ne pouvait trouver que s'il le voulait, aussi mystérieux et inquiétant que son animal tutélaire. Mais curieusement, contrairement à beaucoup d'autres êtres légendaires, Akodo ne savait pas grand-chose sur lui, en dehors de ce que tout le monde racontait, aucun détail précis…finalement, malgré l'explication de Sakura, il n'était pas très avancé : tout ça n'était que racontars et rumeurs, rien qui pouvait lui dire qui était véritablement cet homme qui allait devenir son sensei…enfin du moins s'il acceptait.

Après quelques secondes de réflexion, Kakashi poursuivit.

-Il y a certaines choses moins connues à propos de Neko-sennin, des rumeurs plus inquiétantes et qu'on raconte moins souvent.

Tous prêtèrent l'oreille.

-On prétend que Neko-sennin peut commander à la vie et guérir les pires blessures ; plus encore, des légendes racontent qu'il est capable de tuer d'un geste ou même d'un regard.

Là encore, ça se rapprochait pas mal des capacités d'un bon ninja…mais Akodo savait au moins pourquoi on l'avait choisi : Saito-san avait bien dit que pour enseigner à Akodo, il fallait maîtriser parfaitement son chakra, qui était après tout considéré comme source de vie. Si Neko-sennin avait un tel contrôle sur son chakra, il était effectivement le mieux placé.

-Et est-ce qu'on sait quoi que ce soit de sa personnalité ? demanda le genin, qui finissait par être fatigué de toutes ces légendes.

-…Neko-sennin est très difficile à approcher, et c'est encore plus dur de s'en faire un ami.

Sakura sourit.

-Laissez-moi deviner : vous le connaissez, pas vrai ?

-Exactement, comme Honshû. Je l'ai connu pendant la dernière guerre, mais je ne lui ait pas rendu visite depuis près de 10 ans.

-Je vois maintenant pourquoi il vous a invité en particulier…mais pourquoi avoir voulu me voir ? demanda Akodo.

-Ca…va savoir.

Akodo sentit que quelque chose clochait : si Kakashi connaissait Neko-sennin, pourquoi ignorait-il ça ? Mais le jônin poursuivit sans lui laisser le temps de répliquer.

-Pour finir…beaucoup de gens cherchent Neko-sennin, et ce pour une seule et unique raison : il est capable de voir les morts, de leur parler et même de les appeler dans le monde des vivants.

Une chape de plomb s'abattit sur la team 7, qui réalisa ce que Kakashi voulait dire par des rumeurs inquiétantes.

Akodo garda le silence…un nom revenait dans sa mémoire, un nom auquel il évitait de penser.

-Nekomata. Il est lié à Nekomata.

Kakashi le regarda calmement.

-Exact.

-C'est qui déjà, Nekomata ?

Akodo soupira.

-Décidément tu ne connais rien à rien Naruto…Nekomata est encore plus connu que Neko-sennin.

-Mais je le connais, ça me rappelle quelque chose…

-Non toi tu connais Gamabunta, pas Nekomata, fit Sakura.

-Ah, oui…

Akodo poursuivit.

-Nekomata est un être très ancien, aussi puissant que Gamabunta, mais au caractère très différent. Il a l'apparence d'un chat à deux queues, mais la légende dit qu'il est capable de prendre n'importe quelle forme, et qu'il use de ce pouvoir pour attirer les gens à leur mort. Ensuite il invoque leurs âmes et joue avec, un peu comme un chat avec une souris.

Ils savaient maintenant qui était le futur sensei d'Akodo…et le jeune genin n'était finalement pas sûr de vouloir de ce maître ; après tout, un portrait pareil avait de quoi décourager n'importe qui : si cet ermite était tel que la légende le décrit, sa personnalité était loin d'être engageante…un homme mystérieux, taciturne, sinistre et macabre, qu'on osait approcher que lorsqu'on voulait se mêler des affaires des morts…comment aurait-il pu se préoccuper du sort d'un enfant comme lui, qui avait encore toute une vie devant lui ? Le souvenir de ses parents lui revint à l'esprit…peut-être que Neko-sennin s'intéressait à ses parents, pas à lui…Akodo sentit ses pensées s'assombrir. Comme disait Naruto, toute légende à un fond de vérité, et la légende ne lui plaisait pas.

-On arrive, fit Kakashi.

La mer sylvestre s'ouvrit soudain et le soleil inonda leurs visages. Ils s'arrêtèrent sur une large branche et contemplèrent le spectacle de la demeure de l'ermite.

Plus qu'une clairière, il s'agissait d'une ancienne carrière ; un grand cercle ouvert, délimité par des parois rocheuses hautes comme trois hommes. Là où n'était que la roche nue, la forêt était venue, pour former un bosquet, plus ou moins dense selon les endroits. Née d'une cascade, une petite rivière traversait la carrière, faisant résonner son chant discret entre les arbres silencieux, que la roche protégeait du vent, les plaçant dans une inquiétante immobilité. Près de la rivière reposait un large rocher haut de 2 mètres, qui était posé comme une frontière entre le flot tranquille et le refuge du maître des lieux : une petite cabane étroite, paraissant chétive dans un tel décor. Et pourtant rien dans l'immensité des roches ou l'immobilité des arbres n'égalait cette maison : en posant son regard sur elle, Akodo eut l'impression qu'elle emplissait la carrière entière, comme si son apparence malingre cachait une force cyclopéenne, encore soulignée par l'imposant silence du lieu. Aucun oiseau ne faisait entendre son chant, pas même l'éther insaisissable…seul la cascade se manifestait, avec un calme étrange, comme si tout ici devait être silencieux, affaibli.

Les quatre shinobi s'approchèrent lentement, en silence, comme s'ils étaient dans un temple. L'endroit imposait le calme ; mais Akodo ne le ressentait pas comme la demeure des Hyûga : cet endroit n'était pas serein, il était différent…comme sans vie. Lorsqu'il arrivèrent devant la maison, Akodo aperçut une vieille connaissance : comme de juste, Fude était là, posté sur le toit, les fixant de son regard d'ambre. Pendant quelque secondes, ils n'osèrent pas approcher : dans ce royaume silencieux, le mystérieux félin semblait être un gardien inflexible, leur interdisant de passer de sa simple présence. Kakashi s'avança tranquillement et salua Fude de la main, comme un ami. Le chat sauta sur le seuil, attendant qu'on lui ouvre. La tension se dissipa immédiatement, comme si Fude l'avait détendue en agissant selon son apparence, comme un chat ordinaire.

-Attendez ici, et ne rentrez que si je vous fais signe, leur dit Kakashi avant de s'approcher de la porte, la main tendue pour frapper.

Avant qu'il n'ait pu le faire, une voix lui parvint de l'intérieur, comme anticipant son geste.

-Entre, Kakashi.

Naruto et Sakura furent bien évidemment surpris de la prescience de leur hôte, mais l'attention d'Akodo fut attirée par autre chose : le timbre de cette voix. Il était monocorde, distant ; il l'avait entendue à plusieurs mètres, mais Akodo avait l'impression que la voix n'avait fait que chuchoter. Kakashi ouvrit le shôji de l'entrée, jeta un coup d'œil à l'intérieur, puis leur fit signe. Il entra, suivit par Naruto et Sakura. Mais quand Akodo voulut entrer, il fut arrêté par quelque chose, comme si une puissante main s'était plaquée sur sa poitrine, l'empêchant de franchir le seuil.

-Qui est-ce ? fit la voix.

Akodo observa la pièce unique pendant quelques secondes. Et il eut du mal, car elle était plongée dans une demi-obscurité : les quelques fenêtres étaient toutes fermées et ne laissaient passer que quelques rais de lumière. Dans les ténèbres, Akodo vit une pièce carrée tapissée de tatamis, très dépouillée ; au centre trônait un âtre où rougeoyaient quelques braises mourantes ; au fond, deux shôji abritaient sans doute des rangements ; on pouvait voir un futon replié dans un coin. Faisant directement dos à la porte, le maître des lieux était agenouillé devant une petite table basse, penché, comme s'il écrivait. Vêtu d'un simple yukata blanc sur lequel se détachait un catogan d'ébène, le Neko-sennin avait le bras gauche tendu vers la table, bougeant imperceptiblement comme s'il ne faisait usage que de son poignet ; sa main droite était tendue, index et majeur joints et pointés vers le genin. De dos, Akodo ne put le détailler, mais il fut frappé par une chose : même de dos, l'aspect malingre de l'ermite lui apparaissait clairement.

-C'est Akodo, le fils de Mayumi, répondit Kakashi.

Akodo sentit la pression sur sa poitrine se dissiper.

-Entre, Akodo-kun.

Le genin entra lentement, comme si son corps y rechignait. Il enleva ses sandales et les déposa à côté de celles de sa team, et s'avança dans la pièce, se postant aux côtés de Naruto et Sakura.

-Mes condoléances pour ta mère, fit l'ermite, sans pour autant se détourner de son travail.

Akodo ne répondit pas : cette impression d'insensibilité revenait. La dernière personne qui lui avait présenté ses condoléances était Honshû, mais lui les avait présentées en face, et avec plus de sympathie dans sa voix.

Le silence reprit ses droits, et le temps sembla suspendu pendant quelques secondes, tandis que le bras gauche de l'ermite recommençait à bouger doucement. On vit soudain un mouvement dans l'ombre et Neko-sennin s'arrêta d'écrire, tandis qu'on entendait un froissement de papier.

-Fude…fit-il d'une voix à mi-lasse mi-énervée.

Le chat venait de sauter sur la table et jouait dans les papiers. Presque rassuré par l'irruption d'un peu de pitrerie dans ce monde obscur et sérieux, Akodo s'avança et vit que Fude commençait à se contorsionner pour présenter son ventre velu à l'ermite, qui secouait doucement la tête.

-Baka neko…fit-il doucement, tout en caressant le ventre du chat, dont les ronronnements se répandirent dans la maison.

Après quelques instants de caresses, Neko-sennin porta sa main gauche à ses cheveux et sembla l'y faire jouer, comme pour y entortiller quelque chose.

-Bon, d'accord…

Il porta sa main gauche à sa bouche, puis joignit les mains et fit quelque gestes, avant de poser la paume droite sur le bureau.

Kuchiyose no Jutsu

Un nuage de fumée s'éleva du bureau, et une forme agile en sauta pour se précipiter à l'extérieur ; Akodo eut le temps de reconnaître un chat sauvage pêcheur, une espèce tigrée vivant près des rivières peu profondes et poissonneuses. L'ermite se releva et marcha tranquillement vers un des shôji, l'ouvrit et sortit du rangement un sac de toile. Il s'agenouilla près de l'âtre et forma un sceau ; on entendit un bruit d'eau dans la marmite qui était accrochée au dessus des braises. Neko-sennin versa une bonne quantité de riz dans la marmite, puis, d'une main, il forma un autre sceau et cracha une petite bille rougeoyante dans les buches qui s'embrasèrent immédiatement.

Les quatre jeunes affichaient une mine passablement surprise ; cet ermite qui, au premier abord paraissait infirme, aveugle et affaibli, venait de faire devant eux une démonstration exemplaire de ninjutsu et de cuisine combinés, le tout sans que sa cécité ne l'affecte. Soudainement, les légendes et les rumeurs au sujet de l'omniscience de Neko-sennin semblaient bien plus véridiques…L'ermite, sans détourner les yeux de la marmite, fit signe aux shinobi.

-Vous partagerez bien mon repas ?

Cette invitation ressemblait plus à une sommation. Kakashi, Naruto et Sakura s'installèrent près de l'âtre, mais Akodo resta debout et observa son futur sensei. La faible lumière du feu faisait danser les ombres sur la grande et mince silhouette, accentuant les plis et creux de l'habit, lui donnant un aspect encore plus maigre, presque maladif ; Akodo ne pouvait détailler son visage ou ses yeux, mais il pouvait voir clairement un faciès émacié, creusé par la maladie ou le manque de nourriture. Le jeune genin frissonna quand il examina le vêtement de l'ermite : un yukata blanc couleur du deuil, et surtout croisé droit sur gauche, la manière dont on revêt lors de l'enterrement ceux qui sont passés de vie à trépas…Akodo ne l'aimait pas, mais de ce mort vivant s'échappait une impression familière qu'il avait ressenti étant avec sa mère, et qu'il avait continué de ressentir à Konoha. Mais à aucun moment l'ermite ne le regarda : il ne cessait de fixer le feu.

Le chat pêcheur revint en portant deux poissons dans sa gueule ; après avoir déposé son chargement aux pieds de l'ermite, il se dissipa dans un nuage de fumée. Neko-sennin étendit lentement son bras droit, replia les doigts pour ne laisser que l'index et le majeur tendus, et approcha sa main des poissons ; les 3 jeunes shinobi semblèrent suspendus aux doigts de l'ermite, attendant quelque chose d'extraordinaire. La main fine parcourut l'espace pendant quelques secondes, le bout des doigts nimbé d'une infime lueur bleutée, découpant la viande blanche en parts égales au fil de son minuscule ballet. L'ermite n'avait pas quitté l'âtre des yeux.

Sakura s'approcha de la marmite, visiblement pour surveiller la cuisson du riz. L'ermite l'arrêta d'un mot.

-Il n'est pas encore prêt.

La jeune jônin s'agenouilla près de l'âtre sans répondre, intriguée par son hôte.

-Naruto-kun, tu pourras utiliser l'eau pour ça lorsque le riz sera prêt.

Ce n'est qu'après que l'ermite ait prononcé ces paroles que Naruto sortit un paquet de râmens instantanés de son sac, l'air passablement surpris. Quelques minutes silencieuses plus tard, Neko-sennin ouvrit la marmite et en approcha sa main droite ; ses doigts se contractèrent étrangement, un peu comme s'il tentait de retenir dans sa main un être invisible qui se tortillerait comme un chat qu'on mène au bain. Un filet d'eau s'éleva dans les airs, porté par une force intangible, et suivit le mouvement de la main de l'ermite pour venir se déposer dans le paquet de râmens que Naruto venait d'ouvrir en tremblant légèrement.

Puis il servit le riz, et plaça un bol à part, dans lequel il planta deux baguettes ; il ouvrit le deuxième shôji et y déposa le bol. Akodo put y voir deux tablettes funéraires et une masse sombre et aplatie qu'il ne put distinguer des ténèbres. A ce moment, le jeune genin achevait une prière à ses parents, et lorsque l'ermite revint près de l'âtre, il eut l'impression qu'il l'observait, même si son regard restait fixé sur les flammes ; il sentait peser sur lui un regard étrangement intense, une sensation qui ne lui était pas totalement inconnue. Un bref instant, la lueur des flammes mourantes lui révéla le visage de Neko-sennin : les ombre jouaient dans les rides et les orbites creusées par la fatigue…il semblait effectivement avoir la trentaine, le même âge que Kakashi. Mais il paraissait aussi bien plus vieux, plus usé par le temps. Un dernier éclat de l'âtre éclaira complètement la face de l'ermite, et Akodo vit clairement ses paupières résolument closes.

-Itadakimasu !

Une voix rauque et inconnue s'éleva alors ; les regards de Naruto, Sakura et Akodo convergèrent vers la source, qui n'était autre que…Fude. La surprise les frappa tous, avec plus ou moins de force selon les personnes ; mais même Naruto n'osa poser une seule question.

Le repas se passa dans un silence de mort : tous mangeaient sauf Kakashi, mais pas un mot ne fut échangé. Akodo se sentait de plus en plus énervé et intrigué par celui qu'on allait lui donner pour sensei. Tout ce cérémonial lui semblait inutile. Il en comprenait l'utilité : si cet homme était si difficile à convaincre, mieux valait se montrer conciliant. Mais l'opinion d'Akodo se précisait avec chaque minute : il n'attendrait pas de savoir ce que cet homme voulait, c'était lui qui allait refuser de devenir son élève.

Kakashi fut le premier à briser le silence. Il sortit un parchemin de sa veste et le tendit à l'ermite.

-Saito-san m'a chargé de te remettre ça.

-Saito ? Dans ce cas, ça doit être important…

Neko-sennin prit le parchemin par les extrémités et le fit tourner dans ses mains pendant quelques secondes, avant de le glisser dans son yukata.

-Nous allons devoir en discuter Kakashi. Mais plus tard, en privé.

Akodo était sûr d'une chose : il avait lu le parchemin, sans même l'ouvrir. Les deux adultes commencèrent à discuter, Kakashi lui donnant des nouvelles du village. Akodo n'y prêta pas attention : toute son attention s'était focalisée sur cet étrange personnage, pas sur ses paroles. Il avait déjà ressenti ça, il connaissait ce regard…mais il ne parvenait pas à s'en souvenir précisément.

Une discussion à voix basse s'engagea entre les deux jeunes jônin :

-Dis, Sakura-chan, tu le trouves pas bizarre ce type ?

-Il est assez inquiétant surtout…j'ai du mal à croire qu'il soit vraiment aveugle…

Un semblant d'idée se mit en place dans la tête d'Akodo…

-…J'ai même envie d'affirmer qu'il ne l'est pas.

-Mouais…mais il garde les yeux fermés, alors…

…et prenait de plus en plus de consistance…

-…Comment il fait pour voir ?

-Saito-san m'a parlé de certaines techniques qui permettent de voir même dans les pires conditions, et qu'on les enseignait parfois aux ninja aveugles ou avec une vue déficiente…

…ce type n'est pas aveugle, il n'est pas aveugle, il était maintenant certain de ça…

-…Et si Kakashi-sensei connaît cet ermite, ça ne m'étonnerait pas que Saito-san le connaisse aussi : il aurait pu lui enseigner ce genre de technique. J'ai vraiment l'impression qu'il utilise une technique.

…oui il utilise une technique Akodo pouvait bien le sentait bien, et il la connaissait…mais ce n'était pas celle dont parlait Sakura…

-Enfin moi je m'en fout, c'est pas mon sensei…Dis moi Akodo ça te fais pas une sensation bizarre quand il te regarde ? demanda Naruto.

… une sensation étrange dans son regard… Et si c'était ça ?

Akodo se retourna alors vers les deux autres et répondit à son ami.

-Oui, j'ai une sensation étrange depuis le début, et je n'arrivais pas à comprendre…mais grâce à toi je crois que j'ai compris : merci Naruto, t'es un vrai boulet, mais quand tu t'y mets tu vises juste.

Naruto ouvrit la bouche pour répliquer, mais se tut lorsqu'il vit que les iris d'Akodo viraient lentement à l'airain…

-Euh Akodo ?

-Ca va ?

Un sourire narquois fut la seule réponse qu'il leur donna.

La conversation entre Kakashi et l'ermite avait cessé, et Akodo était conforté dans son hypothèse : il se sentait observe, sondé, analysé, exactement comme lors de son arrivée à Konoha. Le ninja copieur regardait Akodo avec inquiétude, mais l'ermite n'avait pas bougé d'un cil.

-C'est donc de ça que tu me parlais, Kakashi…dit-il calmement, avant de reprendre la discussion avec un Kakashi qui continuait de surveiller Akodo d'un œil.

Akodo tourna ses yeux d'airain vers Naruto et Sakura, leur présentant un sourire de satisfaction malsain.

-Akodo…j'aime moyen la tête que tu nous fais là…fit Naruto, pas rassuré.

-Vous voulez savoir qui c'est ? dit Akodo en désignant l'ermite d'un coup de tête.

-Tu le sais vraiment ?

-J'en suis pas sûr, mais je vais être fixé tout de suite.

Il se leva brusquement et braqua l'ermite d'un regard féroce. Kakashi porta la main à son fourre-tout, mais Neko-sennin l'arrêta d'un signe avant de s'adresser à Akodo, cette fois en tournant le visage vers lui.

-Qu'y a-t-il, Akodo-kun ? demanda-t-il avec un calme olympien.

Le jeune genin ricana et demanda avec insolence :

-Te fous pas de ma gueule ! Tu sais très bien ce que je veux savoir…

L'ermite resta impassible.

-Toi, le Hyûga, c'est quoi ton nom ?!

Un sourire en coin orna le visage émacié.

-Navré, Akodo-kun, mais nul ici ne porte ce nom.

Akodo grogna.

-Ton nom !

Le silence revint dans la pièce, et les regards paniqués allèrent d'Akodo, debout et fulminant presque, à l'ermite, agenouillé et tranquille. Neko-sennin fit un geste en direction du feu, qui se ranima comme sous l'effet d'une bourrasque soudaine. La lumière ravivée balaya le visage de l'ermite, qui ouvrit les yeux, révélant deux perles d'un blanc de nacre, portant les traces estompées d'un iris fantomatique.

-Kanjiro.

Fin
de la saison 1