Chapitre 2

"Oui," répondit le blond d'une voix suave, "désolé du retard."
"Ce n'est rien," répondit le chef, un homme aux cheveux roux, assez imposant mais pas gras, pas plus beau qu'un autre, mais pas laid non-plus; il avait un charme qui lui était unique.

L'androgyne s'approcha à pas lents de lui, dévoilant peu à peu ses jambes longues, fines et blanches, son torse pas tellement musclé mais joli, et mince, presque maigre. Il se débarassa enfin de son dernier habit, et s'assit sur les genoux du chef déjà nu.

"Qu'attendez-vous de moi, ce soir ?" demanda le blond près de l'oreille de l'autre.
"Que tu m'emmènes voir le Paradis, avant que tous nous vivions l'enfer," répondit le roux du tac au tac.

Obéissant docilement, le plus jeune de deux descendit le long du torse de l'autre en y déposant une série de baisers qui laissèrent un sillon humide sur leur passage. Les lèvres pleines, rondes et délicieuses du blond atteignirent enfin le bas-ventre du chef de clan, le couvrant de baisers légers et voluptueux, s'entrouvrant de temps à autres pour le lécher, se refermant presque aussitôt pour déposer un nouveau baiser; et lorsque l'homme d'âge mûr, gémissant, sembla prêt, Uruha en prit le membre durci entre ses lèvres, l'y faisant glisser avec douceur et surtout lenteur. Ces gestes dénués d'amour lui paraissaient désormais aussi simple que de dire 'bonjour', et lentement, très lentement, il fit faire à sa bouche des mouvements de va-et-vient qui ne furent pas pour déplaire à son chef, tant celui-ci gémissait de plaisir au rythme des mouvements du blond... Ce dernier accélérait encore et encore, toujours plus jusqu'à ce qu'enfin, il sente dans sa gorge ce liquide amer et délicieux, celui du plaisir de l'homme roux qui avait la main posée dans ses cheveux.

"Ca vous a plu ?" demanda Uruha d'un ton mièvre, restant séduisant malgré l'absence totale d'attirance qu'il avait pour cet homme.
"Comme toujours, Uruha," rétorqua le roux, "mais j'en veux plus, tu le sais bien..."

Dans un soupir, l'androgyne l'attira dans le lit encore fait qui trônait dans la tente. Il s'y allongea, invitant l'autre à s'installer au dessus de lui. Fixant le chef de clan dans les yeux, Uruha traça de ses doigts un chemin le long du sillon humide toujours présent sur la peau du plus âgé. Et puis, les doigts, longs, fins, atteignirent à leur tour l'entrejambe tendu du roux, le caressant de part et d'autre, puis reprenant les mêmes mouvements que les lèvres de l'androgyne. Puis, Uruha souleva son bassin, enroulant ses jambes autour du corps puissant et musclé qui se trouvait au-dessus de lui. Sans autre préliminaire, sans le moidre mot, le chef pénétra le jeune guerrier dans un soupir rauque, doublé de celui du blond. La peau diaphane fut troublée de sueur lorsque l'autre commença à bouger son bassin d'avant en arrière, s'accrochant désespéremment aux draps. Les gémissements s'intensifiaient, la vitesse augmentait, leur plaisir et leur ivresse aussi. Alors que l'androgyne se sentait perdre pied, ne plus avoir de corps, la semance amère du roux l'expédia encore plus haut, quelque part où on voyait les étoiles briller sans avoir à ouvrir les yeux.

"Merci," gromella le chef en tendant ses habits à Uruha. "Reviens la nuit prochaine si tu es encore en vie."
"Bien," répondit simplement le blond en se rhabillant.

Il se dirigea vers la tente qu'il partagait avec Aoi. Il fut supris d'y trouver le brun éveillé, une expression inquiète sur le visage.

"Aoi ? Aoi, tout va bien ?" demanda-t-il.
"Uruha," répondit l'autre, "tu couches avec notre chef ?"
"Pardon ?"
"Je vous ai entendus. Je n'arrivais pas à dormir, et..." il baissa les yeux, l'air perdu. "..Et je vous ai entendus..."

Voyant son ami au bord des larmes, il s'approcha de lui et le prit dans ses bras, pour être aussitôt repoussé.

"Me touche pas ! ...Réponds, c'est tout..."
"Et si c'est oui," murmura Uruha d'une voix coupable, "je te dégoûterais ?"

Le brun le regarda dans les yeux, ne comprenant apparemment pas.

"Pourquoi tu me dégoûterais...?"
"Je sais que tu aimes les femmes et que tu les admire plus que tout, alors je dois-"

Le blond fut interrompu par un doigt posé sur ses lèvres.

"Je ne pourrais jamais t'en vouloir pour ce genre de choses, voyons... Mais ne me touche pas."
"Tu te contredis, Aoi," rétorqua Uruha, la voix boudeuse.
"Non. Je t'ai dit que ça n'était pas pour ça que je t'en voudrais. Mais je t'en veux quand-même."