Chapitre 5

Après un regard un peu perdu, le brun baissa les yeux, réfléchissant probablement.

"Je ne sais pas trop," répondit-il. "J'ai envie de répondre 'oui' par réflexe, mais franchement, j'en ai aucune idée."

Uruha se prit à rire légèrement, puis s'assit aux côtés de son ami.

"Merci, Aoi. T'es vraiment un ami rare."
"Merci à toi," sourit l'autre. "Par moments je me demande ce que je ferais si tu n'étais pas là."

Le blond eut un sourire, et serra finalement la main du brun dans la sienne, la caressant avec douceur, et de manière réconfortante. Le druide, un homme brun d'une vingtaine d'années, au sourire enchanteur, entra, et eut un sursaut en voyant la plaie sur l'épaule d'Uruha, qui apparement était bien plus grave que le guerrier ne le croyait. Il fut soigné en urgence.

"Ta vie est en danger, Uruha," expliqua le mage, "tout comme l'est celle d'Aoi..."

Ce dernier détourna le regard au moment où l'autre lui jeta un oeil.

"Aoi," fit la voix tremblante du jeune guerrier, "c'est faux, hein ? Dis-moi que c'est faux..."

Aoi ne répondit rien, le regard toujours tourné de l'autre côté, sa main se refermant sur la couverture qui recouvrait son corps blessé. Le peu de son visage que pouvait voir Uruha était crispé. Aoi était en danger de mort. Aoi était en danger de mort et lui ne l'apprenait que maintenant.

"Aoi... Dis quelque chose..."
"Laisses-le se reposer," l'interrompit le druide. "Il en a besoin."
"Mais s'il se repose, il va..."
"On ne peut plus rien faire."

Le temps s'était arrêté pour Uruha. C'était la dernière fois qu'il voyait Aoi, il était là, pour les derniers instants de sa vie. Il n'osait pas y croire.

"Je ne veux pas..." murmura-t-il. "Pas maintenant..."
"Il y a bien une solution," expliqua le druide, "mais c'est pratiquement impossible à réaliser."
"Dites toujours," proposa le blond, dont la seule volonté était de voir son ami guérir.
"Bon, si tu y tiens... Il me faut des racines de mandragores. Mais elles ne poussent que dans les grottes à cette saison, et leur cri est mortel pour quiconque l'entend..."
"Je relève le défi," lança l'androgyne, le regard planté dans celui du druide.
"Ta propre vie est en danger, et tu comptes faire une chose pareille ?"
"Je ne vais pas faire une course pour notre druide, je relève le défi que m'impose Kai."

Le jeune homme soupira, avant de hausser les épaules.

"Très bien. Fais comme tu voudras, mais ne reviens pas en pleurant. Et rappelles-toi : il t'es interdit de mourrir. Le chef lui-même t'a posé cette interdiction."

Sans même répondre, le guerrier blond partit à la recherche de la racine tant convoiter. Ne pas faire crier ou pleurer la mandragore. Ne pas mourir. Sauver Aoi. C'était tout ce qui lui importait. Sauver Aoi. Il trouva une grotte déserte, et rechercha, des heures durant, la fameuse racine au cri mortel. Des feuilles familières finirent par attirer son attention : une des mandragores semblait bien portante, vigoureuse, jeune : exactement ce qu'il lui fallait. Avec douceur et délicatesse, il la sortit de terre, ne la pressant pas, la rassurant d'une voix douce, ses mains maniant avec expertise la plante aux vertus médicinales. Il apporta cette racine endormie à Kai, la transportant comme on transporte un bébé.

"Voilà ta racine. A toi de jouer."