Chapitre 7
Vexé, il retournait auprès du chef. Leur armée avait été décimée par le clan ennemi, avec en tête un homme de petite taille mais très énergique, aux cheveux couleur des blés, et aux yeux clairs brillants de rage. Cet homme, il avait réussi à lui échapper, mais sans en être fier : en bon guerrier, il aurait du éliminer le gêneur, afin de ne pas subir à nouveau pareille défaite. Il entra dans la hutte, le regard noir, le visage rageur, et fut surpris de voir son chef encore plus en colère que lui qui jetait un vase quelconque sur le sol.
"Je les hais !" hurla-t-il. "Je les hais, eux, et leur petite pute !"
Reita avança lentement, craignant de subir le même sort que le pauvre vase dont les dizaines de résidus gisaient lamementablement sur le sol, comme autant de vies détruites.
"Leur nain," renchérit le guerrier, "est lui aussi de la pire espèce... Nos guerrier sont soit morts soit découragés, certains ont tellement peur de lui qu'ils se terrent dans leur hutte, y creusent des caves, et se refugient finalement dans ces dernières. Nous avons subi... Une défaite cuisante."
"Et ils m'ont volé le torque des dieux !" hurla le chef de clan.
"Si je puis me permettre, il leur app..."
"Non !" l'interrompit l'autre. "Ce torque, je l'ai gagné honnêtement à un jeu !"
Le guerrier blond s'éclaircit la gorge, sachant pertinnemment qu'il ne s'agissait là que d'inventions.
"Vous aviez bu trop d'hydromel et vous leur avez vo.."
"Ils me l'avaient offert !"
Ne sachant que dire de plus, il se contenta de regarder son supérieur s'agiter un peu partout et se gaver d'hydromel.
"Bois !" ordonna l'aîné. "Ca te fera du bien, Reita, tu auras l'esprit un peu plus clair !"
"...Non merci," répondit simplement le guerrier en sortant de la hutte de son chef. "Boire ne rend pas l'esprit clair," gromela-t-il, "c'est le contraire."
Sur ces mots, il se rendit dans sa propre hutte, où l'attendait déjà sa future épouse. Il lui adressa un sourire, avant de se diriger vers sa couche, s'y allongeant et sondant le plafond de son habitat. A quoi ressemblait ce guerrier, déjà ? Il était petit s'il se souvenait bien. Petit... Avec des cheveux blonds, et longs. Son regard... Un regard clair, déterminé : il était prêt à tuer tout ce qui bougeait, mais se focalisait sur l'ennemi. En y repensant, il était très beau, ce jeune homme. Très beau, mais tellement effrayant que peu de gens devaient avoir le courage de l'approcher pour une autre raison que pour le tuer. Quel gachis celà devait être... Telles étaient les pensées de Reita alors qu'il sombrait peu à peu, sentant son corps être recouvert d'un drap, probablement par sa fiancée. D'ailleurs, que faisait-il avec cette femme qu'il n'aimait même pas ? Il l'appréciait, mais c'était tout. Ses parents l'avaient choisie pour lui parce que c'était une amie d'enfance, mais son avis à lui, le lui avaient-il demandé ? Même pas. Ce que ses idiots de parents n'avaient pas pris en compte - d'ailleurs, le savaient-ils ? - c'était qu'il aimait les hommes, et non-pas les femmes, même s'il les considérait comme de véritables perles, des trésors qu'il ne fallait abîmer. Il se réveilla au souvenir de cet homme blond qui avait ravagé les siens, se sentant étrangement à l'aise. La hutte était vide, le feu avait disparu pour laisser la place à quelques braises rougeoyantes. Il se leva et sortit, désireux de faire un tour en forêt. Reita se posa près d'un arbre, observant les nuages, quand un visage se pencha sur lui.
"T'es qui, toi ?" demanda un homme pas très grand, pas très agé, avec des yeux très bleus et des cheveux très blonds.
"Je m'appelle Reita. Je viens d'Amacan. Et tu es ?"
"Ruki. Du clan Ocillien."
Le guerrier se releva. Du clan Ocillien ?
"Nous sommes ennemis, donc."
"Exactement."
"Je devrais donc te tuer, puisque vous avez mis notre clan à sac."
"Tout à fait."
"Je suppose que tu es celui qui a éliminé plus de la moitié de mes camarades ?"
"C'est ça."
"Et tu viens me voir, tu restes là, comme ça, sans crainte ?"
"De quoi je devrais avoir peur ? Tu ne fais pas grand-chose pour m'attaquer pour le moment, et puis, j'ai aucune raison de vouloir t'éliminer, moi."
Ne sachant quoi répondre, Reita se redressa un peu, invitant l'autre à s'assoir à ses côtés.
"Nous sommes tout de même de clans ennemis."
"Les clans, les clans... On n'a pas choisi dans lequel on est né, hein. Tu m'as l'air sympa, je vois pas pourquoi j'irais t'agresser."
Le guerrier Amacan était sidéré par les propos de sa nouvelle connaissance, mais pas parce qu'il n'était pas d'accord, uniquement parce qu'il n'y avait jamais pensé et que c'était terriblement vrai.
