Chapitre 12

"Comme je te l'ai dit, nous sommes en fuite. Tu saurais où nous pourrions nous réfugier ?"
"Eh bien... Ici ? Le temps que le danger soit éloigné..."
"Le problème, c'est qu'il ne s'éloignera pas," intervint Ruki.
"Il est même tout ce qu'il y a de plus proche," continua Uruha.
"Beaucoup trop proche..." termina Aoi.

Lui, il restait là, le visage tourné vers le sol, à réfléchir en attendant que le liquide fasse son effet.

"Il n'y a pas un endroit qui soit vide, abandonné ? Un endroit par exemple... Où on pourrait construire un village ?" interrogea-t-il.

Tous le regardèrent avec étonnement, restant bouche bée devant ses paroles. Enfin, le druide blond réagit.

"Euh... Il doit y avoir celà par ici... La forêt au Sud n'est pas dangereuse, après en être sortis vous trouverez un endroit désertique. Là, vous pourrez installer quelques habitations."
"Merci beaucoup."

Reita souriait. Décidemment, depuis qu'il avait rencontré Ruki, sa vie avait bien changé... Il avait même l'impression d'être plus audacieux qu'auparavant. Son nez le démangea, preuve que la mixture faisait enfin son effet, refermant la plaie béante d'un combat mené quelques années plus tôt. Tous se dispèrsèrent un instant pour aller chercher des vivres en attendant la fin du traitement de Reita, en dehors de Ruki, qui décida de rester auprès de son amant.

"C'est une excellente idée. Nous serons au calme et rien ne pourra y faire."
"Personne ne pourra te toucher," murmura l'Amacan en caressant la joue de Ruki. "Personne ne t'excluera. Tu ne seras même pas obligé de rester avec moi si tu ne veux pas."
"Qui te dis que je ne veux pas rester avec toi ? Reita, être à tes côtés c'est la seule chose que je demande !"

L'intéressé sourit, et embrassa l'homme qu'il aimait, celui avec qui il voulait être. Il lui caressa les cheveux, ne cessant d'admirer ces jolis yeux bleus, ce visage si adorable. Soudain s'échappèrent des lèvres rondes du plus petit quelques notes, quelques mots. Et il se mit à chanter quelque chose qui ressemblait à une chanson d'amour, sur un ton mélancolique et triste, mais son visage illuminant toute tristesse.

"C'est magnifique," souffla Reita en écoutant son amant chanter. "Magnifique..."

L'Ocillien chanta encore un moment, jusqu'au retour de ses amis. Il n'avait pas envie que eux l'entendent : il chantait pour Reita, point final. Les premiers arrivés furent Kai et Yune, qui discutaient potions, des herbes médicinales à la main, puis Aoi et Uruha qui s'étaient occupés de la nourriture.

"Voilà," lança l'Ocillien blond en déposant quelques gibiers sur la table. "Ca devrait nous suffire pour l'instant."

Lui et Aoi semblaient avoir ramené assez de victuailles pour qu'ils puissent tous manger pendant plusieurs jours. Etant donné qu'ils s'étaient privés pendant leur voyage, ils profitèrent de ce festin miraculeux pour reprendre des forces, se nourrissant presque avidement. Les deux heures finirent par se terminer, et Yune retira le bandage autour du nez de Reita, le débarassant de la mixture. Il eut un petit sourire de satisfaction.

"Ca a très bien fonctionné... On ne voit presque plus rien mais il va te rester une cicatrice..."
"Pas grave," répondit le guerrier. "Vous avez fait ce que vous avez pu, je vous en remercie."

Les voyageurs se levèrent et remercièrent leur ami.

"On se reverra un de ces jours," dit Kai en lui serrant la main.
"Merci," ajouta simplement Reita.
"Ca fait plaisir de t'avoir revu," murmura Ruki, "et merci pour Reita."
"Merci pour tout, Yune, au plaisir de te revoir," fit Uruha.
"A un de ces jours, et merci pour tout. Je suivrais ton conseil," termina Aoi.

Son conseil ? De toute évidence, c'était un conseil qui concernait Uruha... Ces deux-là, décidemment, ils étaient clairement amoureux l'un de l'autre, mais aucun des deux ne semblait décidé à faire le premier pas. Il allait faire une remarque à ce sujet, quand son amant soupira.

"Qu'y a-t-il ?" demanda le guerrier Amacan.
"Aoi et Uruha sont désespérants, tu ne trouves pas ?"
"Si... Enfin si on parle de la même chose."
"Si tu penses au fait qu'ils ont l'air tout à fait stupide à se regarder comme ça sans s'avouer leurs sentiments, alors oui, on parle de la même chose."
"Effectivement, on parle de la même chose."

Ils éclatèrent tous deux de rire, tellement le comportement de leurs compagnons de route était ridicule. Leurs mains s'entrelacèrent pour ne plus se lâcher, et leurs regards se croisèrent dans un sourire tendre. Reita ne se sentait plus capable de vivre sans Ruki, avec qui il avait développé une relation presque fusionelle depuis qu'ils s'étaient rencontrés. Tout chez son amant l'émerveillait, à tel point qu'il était capable de passer des heures à l'admirer sans faire le moindre geste, sans ressentir la moindre fatigue, la moindre faim. Il avait simplement soif. Soif de connaître chaque détail concernant Ruki, chaque petite particularité qui faisait de l'Ocillien ce qu'il était. Mais cette fois une discussion s'était engagée au sujet de leurs deux amis, et il y mettait tout son coeur.

"Tu crois qu'on devrait forcer les choses ?" demanda l'homme aux yeux bleus, le regard pétillant de malice.
"Pourquoi pas ?"