Chapitre 13
Il marchait en silence, aux côtés d'Uruha. Comment lui dire ? Il n'en avait aucune idée. Il avait bien essayé plusieurs fois, mais quelque chose l'en avait toujours empêché. Leur nombre encore une fois l'empêchait de parler, d'autant plus qu'il devait être attentif à tout ce qui l'entourait. Il reprit un instant son rôle d'éclaireur, marchant une fois de plus quelques mètres devant les autres, pour effacer de sa tête ces pensées trop difficiles à garder pour lui. Il aurait voulu en parler, mais à qui ? A son meilleur ami, mais justement, son meilleur ami était Uruha, et il se sentait incapable de lui en parler. Terrible dilème pour lui. Mais Aoi se reprit, pensant que ce genre de pensées étaient dignes de celles d'une jeune fille, mais surtout pas d'un guerrier.
"Aoi ?"
Une main s'était posée sur son épaule, et la voix d'Uruha avait prononcé son nom presque trop doucement, contre son oreille. Il sursauta en se retournant, pour voir le visage souriant d'Uruha qui se trouvait à ses côtés.
"Aoi, tout va bien ?"
"Si on excepte le fait que tu m'aies fait peur, oui, tout va bien. Tu ne devrais pas être à l'arrière ?"
Uruha haussa les épaules, une mine boudeuse sur le visage.
"Pas franchement envie de voir Reita et Ruki se bécotter. Et puis personne n'a remarqué que je n'y étais plus. A part toi, évidemment," expliqua l'androgyne, la voix lasse.
Aoi le regarda un moment, détaillant mentalement chacune des courbes du visage du blond, ses yeux, ses cheveux qui retombaient lassivement sur ses épaules, ses mains à la fois féminines et masculines, son corps fin mais musclé. La seule pensée à peu près cohérente qui lui vint à l'esprit fut qu'Uruha était décidément magnifique. Et sa voix grave, qui contrastait avec son physique, ne faisait qu'augmenter son charme.
"Hum, Aoi, tu te perds encore dans tes pensées, là," le rappela son ami qui, de toute évidence, le connaissait assez pour savoir comment il se comportait quand il avait l'esprit ailleurs.
"Ah... Oui, désolé," s'excusa le guerrier brun, se sentant rougir légèrement.
Uruha eut un sourire incroyablemet tendre, qui menaçait de faire craquer Aoi, et ce dernier se sentit incroyablement stupide à cette seconde précise.
"Tu sais que tu ressembles à une pucelle, là ?" demanda Uruha avec un sourire moqueur.
"Oh, c'est ça, fiches-toi de moi," rétorqua l'autre.
"Je ne me moque pas," répondit le blond en haussant les épaules. "Tu es mignon comme ça."
Aoi se sentit rougir encore plus. Uruha le trouvait mignon ? C'était trop pour lui. Il s'arrêta sur place, perdant son regard dans le vide. Que penser ? Il n'osait même plus réfléchir. Yune lui avait pourtant bien dit d'avouer la vérité à Uruha, mais il s'en sentait incapable. Et le voilà qui restait planté là, à rougir comme une vierge, incapable de prononcer un mot. Il se sentait décidément nul, et résolut d'avouer, ici et maintenant, ce qui le tourmentait.
"Uruha..." murmura-t-il. "J'ai quelque chose à te dire. D'important."
Il jeta un oeil alentour pour vérifier que les autres n'étaient pas encore à leur niveau, puis entraîna son ami un peu plus loin. Il prit une grande inspiration et se lança.
"Uruha, je-"
Ses mots furent interrompus par les lèvres de son ami posées sur les siennes. Le guerrier blond s'écarta ensuite, laissant à Aoi le temps de respirer, et de rougir une nouvelle fois.
"Ah... Désolé, Aoi, impulsion... Je t'ai trouvé tellement beau que-"
L'index du brun s'était posé sur les lèvres gourmandes pour les faire taire, et Aoi attira à lui Uruha pour l'embrasser à son tour. Les mots devinrent alors pour eux tout ce qu'il y avait de plus inutile au monde, alors que le blond appronfondissait avec douceur leur baiser, comme craignant que celà déplaise à Aoi. Incontrôlablement, ses bras entourèrent le corps de son amant, afin de l'attirer au plus près de lui. Ils s'enlacèrent ainsi un long moment, jusqu'à ce que le reste du groupe ne les rejoigne. Ils se détachèrent alors que leurs mains se liaient, et se remirent à marcher, conscient de la distance qu'ils se devaient, en tant qu'éclaireurs, d'avoir avec leurs amis.
"Tu parles d'un éclaireur," murmura Aoi au sujet de lui-même.
"Tu es un excellent éclaireur," corrigea Uruha en déposa un nouveau baiser sur ses lèvres.
"Il y aurait eu du danger que je ne l'aurai même pas vu..."
"Il n'y en a pas eu."
"Tu as toujours réponse à tout ou tu cherches juste à me faire tourner en bourrique ?"
"Les deux ?"
Aoi lui donna une tape sur le bras. A peine avait-il avoué ses sentiments que déjà Uruha se fichait de lui ! Malgré tout, il aimait cette façon d'agir. Il aimait cette façon dont son amant se fichait de lui, cette façon qu'il avait de dire les choses, son air détaché malgré ses actes, tout. Même s'il avait effectivement ressenti une jalousie intense à l'égard de leur chef, la nuit où...
"Aoi..."
"Oui ?"
"On va avoir un petit problème."
