Chapitre 14

Une petite armée se trouvait face à eux. Une trentaine d'hommes, pas plus, mais ils les empêchaient de passer. Le guerrier brun poussa un sifflement aigü, un signal développé dans leur village. Aussitôt, Ruki accourut, suivi de près par Reita. Le Typhon, comme on le surnommait chez les Ocilliens, fit son effet, dévastant la plupart des forces ennemis sur son passage. La finesse des attaques d'Uruha, pensait Aoi, était magnifique, et lui savait danser entre les ennemis, ne manquant jamais une cible. Reita et Ruki se battaient à peu près de la même manière; c'était incroyable de voir à quel point ils donnaient l'impression de ne faire qu'un. Jamais l'un des deux ne gênait l'autre dans le combat, et toujours leurs attaques étaient coordonées. A force de les admirer, Aoi faillit se prendre un poignard dans l'épaule, heureusement dévié par Uruha qui ne connaissait que trop son amant volage et rêveur.

"Aoi," murmura le blond en prenant son amant dans ses bras, "concentres-toi sur le combat."

Le brun acquiesca et fut relâché par Uruha, tous deux continuant inlassablement de se battre contre ces hommes sortis de nulle part. Par chance, leur nombre réduit permit à la bataille d'être courte. Rejoints par Kai, les deux couples soufflèrent un instant et s'effondrèrent au sol tant ils avaient donné de leur énergie dans cette bataille courte mais intense à cause de leur effectif peu élevé - quatre guerrier pour un druide.

"Kai," souffla Ruki, "quand est-ce qu'on y sera ?"
"Eh bien, d'après les indications de Yune... C'est juste après la clairière."
"Pardon ?!" murmura un Aoi surpris.

Tous les quatre se relevèrent, et franchit le dernier monceau d'arbres pour y découvrir un terrain fertile mais inutilisé. Il y avait tout ce qui était nécessaire : du bois pour le feu et les habitations, de la terre pour l'agriculture, et même quelques bêtes sauvages qu'ils pourraient élever pour se nourrir.

"On est au ciel ?" demanda Uruha. Aoi se mit à rire.
"C'est tout ce dont tu as besoin pour être au ciel ?" demanda malicieusement le brun.
"Non..." Son amant sembla réfléchir un instant. "Il manque quelque chose."

La surprise d'Aoi fut totale quand le blond le prit dans ses bras pour le poser sur le terrain où ils avaient prévu de s'installer.

"Là, c'est parfait."

Le petit groupe se mit à rire devant la satisfaction d'Uruha qui n'avait pas tardé à rejoindre Aoi, tous deux décidant déjà de l'endroit où ils prendraient place. Un terrain plat, pas trop loin de la forêt mais pas trop près non-plus, un endroit calme et agréable... En gros, ils avaient réussi à choisir le meilleur terrain sans même que les autres ne s'en rendent compte... Et avant tout le monde ! Pendant qu'Aoi marquait les emplacement des fondations, il voyait Uruha préparer ce dont ils auraient besoin pour construire leur habitation. De leur côté, Ruki et Reita faisaient de même, et Kai donnait de son aide de chaque côté, rassemblant en même temps quelques herbes médicinales. Il les mit de côté, et quelques heures plus tard, l'une des huttes était déjà construite; la nuit tombait déjà lorsqu'ils s'arrêtèrent pour s'y reposer tous : lui, dans les bras d'Uruha, Ruki dans ceux de Reita, et Kai, seul. Le druide semblait toujours tellement seul... C'en était attristant. Remarquant que Kai avait les yeux ouverts, il ferma rapidement les siens, étant censé dormir. La nuit se passa sans plus de questions, seulement une descente dans ce pays particulier où ce qui n'est pas réel est parfaitement possible, ce monde dans lequel il sombrait avec Uruha, dans ses bras si confortables, près de son corps si chaleureux. Morphée l'emmena visiter la forêt qui les entourait et revivre les évênements de la journée; avec quelques différences. Ils n'étaient pas cinq mais six, et quand vint le soir il n'y avait pas une mais trois habitations terminées. Elles étaient un peu plus grandes, quelques peu innovées. Quelques parties de l'endroit étaient séparés... L'idée lui semblait étrange mais agréable, ne pas entendre les sons extérieurs et ne pas sentir les odeurs, ça avait l'air reposant, quoiqu'un peu étrange sur le coup. Il se réveilla le sourire aux lèvres, sentant contre son corps la douce chaleur que lui procurait son amant blond dans les bras duquel il était toujours. L'autre dormait encore, et Aoi n'eut de cesse d'observer son visage sous tous les angles, scrutant la présence du moindre détail qui pourrait rendre imparfait son amant. Sans succès. Souriant de cet échec, il embrassa avec la plus grande douceur qu'il possédait les lèvres rondes et douces à peine entrouvertes pour laisser passer un souffle. Les yeux couleur noisette s'ouvrirent, les lèvres s'étirèrent en un sourire, et une main délicate vint lui caresser avec tendresse le visage, pour l'embrasser à nouveau et le blottir un peu plus près de l'androgyne. Ils ne prononcèrent pas un mot, pas le moindre. Du moins jusqu'à ce que se firent entendre le bruit des sabots de chevaux qui claquaient sur le sol avec une férocité certaine.