Chapitre 17

Aoi s'éveilla lentement, près de son amant. Tous les deux, encore nus, avaient passé la nuit sur l'herbe, l'un contre l'autre. La chaleur d'Uruha contre son corps le fit sourire, et il lui caressa la joue avec tendresse, attendant patiamment que l'androgyne se réveille. Celui-ci dormair tranquillement, gémissant par moments, pour ensuite se blottir dans les bras du brun qui se demandait à chaque fois ce qu'il se passait...

"De quoi peux-tu bien rêver, mon Ange ?"

Aucune réponse. Uruha se contenta de se blottir contre son amant, soupirant de bonheur. Le guerrier brun eut un léger rire, glissant ses bras autour du corps étendu à ses côtés. Une voix, au loin, appelait leurs noms; et Aoi prit conscience qu'il valait mieux qu'on ne les trouve pas maintenant. Il récupéra leurs vêtements, et amena le jeune guerrier blond à un endroit à l'abris des regards, le blotissant tout contre lui. Uruha se réveilla, très lentement, contre le corps chaud de son amant. Les prunelles couleur noisette apparurent peu à peu au brun, qui souriait tendrement. Un autre sourire, un peu bête, pour sa part, illumina le visage du blond.

"Bonjour," souffla-t-il doucement, posant sa tête contre le torse de son aimé.
"Bonjour," répondit simplement Aoi.

Ils s'embrassèrent, très légèrement; le goût de l'alcool flottait encore sur leurs lèvres. Tous les deux n'étaient pas très bien réveillés, et il y eut un moment de brouillard. Moment paisible qui fut brisé par les voix des autres, qui discutaient tranquillement.

"On devrait les rejoindre," murmura l'androgyne, l'air inquièt.

Les vêtements retrouvèrent leurs propriétaires d'origine, et les deux jeunes hommes se relevèrent, rejoignant, main dans la main, le reste de leur petit groupe. Kai avait préparé un petit-déjeuner, et ceux qui étaient déjà levés s'y étaient assis; ce fut lorsqu'enfin, Reita et Ruki arrivèrent, que les discussions allèrent de bon train.

"J'y pense," dit Ruki, qui n'avait rien perdu de sa franchise, "on ne connaît même pas vos noms..."

L'un d'entre eux se leva.

"C'est exact, pardonnez-moi," répondit-il. "Je suis Shou. A ma droite, Tora."

Il désigna un homme brun, le plus grand d'entre eux, au regard perçant, qui semblait vous pétrifier sur place.

"A sa droite, Nao."

Cette fois, Shou désigna celui qui avait une chevelure blonde et brune, à l'air sympathique, mais effrayant.

"A ma gauche," reprit-il, "Hiroto."

Le plus petit d'entre eux. Blond, les cheveux en désordre, il semblait prêt à déchiqueter quiconque l'insulterait.

"Et enfin, Saga."

Un regard mystérieux, un calme imperturbable, c'était probablement le plus impressionant de tous. Et quelle finesse...

"Bien. Nous sommes ravis de vous avoir parmis nous; mais, pardonnez mon impolitesse, il semblerait que nous ne nous soyons pas présentés non-plus."

Le druide s'arrêta un instant, reprit son souffle, et sourit.

"Je suis Kai. A ma droite, Ruki, et Reita. A ma gauche, Aoi, et enfin Uruha."

Tous les cinq s'inclinèrent respectueusement, souriant toujours; notemment Aoi et Uruha dont les esprits se perdaient dans leur nuit mouvementée..

"...se remettre au travail."

Cette fin de phrase, que perçut Aoi, le ramena à la réalité. Le village. Il fallait s'occuper du village. C'était nécessaire pour pouvoir continuer à vivre sur cette terre épargnée par la cruauté des dieux... C'est ce qu'ils firent, tout le jour durant; et alors que tous allaient s'accorder une pause, des chevaux s'arrêtèrent à l'entrée de leur petit village. Un homme roux descendit de celui qui se trouvait le plus en avant.

"Alors c'est ici qu'ils se trouvent..."

Aoi le vit faire garder son cheval, et se rapprocher des habitations. Son visage, CE visage... Le brun réunit son amant et Kai un peu plus loin, paniqué.

"Il est ici..."

Pour le calmer, Uruha le prit doucement dans ses bras et le berça.

"Sht, calme-toi... Explique-toi calmement."
"L-le chef... Il... Il est ici, je l'ai vu arriver... Je veux pas... Je veux pas !!!"

Il ressemblait à un enfant perdu. Il se sentait comme tel. Il ne voulait pas qu'Uruha reparte, il ne voulait plus l'imaginer dans le lit de cet homme, il ne voulait pas, il ne voulait plus...

"Aoi , calme-toi... Je suis là, je reste avec toi. Promis."
"Mais lui, il..."
"Allez vous mettre à l'abri," conseilla Kai. "Je m'en occupe."
"Merci..."

Ils partirent le plus calmement possible. Mais à chaque mot que prononçait leur ancien chef, le blond se tendait, comme craignant de devoir repartir avec lui. Aoi, pourtant victime des mêmes craintes que celui qu'il aimait, chercha à le rassurer d'un baiser sur la joue, puis l'embrassa.

"Ça ira... Kai sait parler. Il saura parler au chef, et si ça ne lui plaît pas, on lui fera comprendre. D'accord ?"
"...D'accord."

Il se calma, le visage tordu en une moue enfantine, qui arracha un rire à Aoi. Celui-ci embrassa avec son tendresse son aimé, en lui caressant doucement les cheveux.

"Viens," murmura-t-il. "On devrait se préparer des armes, pour aller chasser."

L'autre acquiesca en souriant, et suivit Aoi dans la forêt, à la recherche de bois et d'un peu de silex. Ils pensaient enfin être au calme, mais le jeune guerrier brun remarqua une tache de sang. Puis une autre. Et encore une.

"Uruha..."

Il attrapa la main de son amant, et suivit la piste de sang. Un animal blessé ? Non, c'était un sang bien trop rouge pour être celui d'un animal. Là, la piste touchait à sa fin, près d'un arbre... Un corps y était appuyé.