Chapitre 18

"Eh..." murmura Uruha en s'approchant du corps.

Arrivant près de celui-ci, qui respirait difficilement, il écarquilla les yeux. L'homme était conscient, les yeux mi-clos, et tenait une herbe médicinale contre l'une de ses plaies. Ça ne l'aurait pas étonné si de longs cheveux blonds n'avaient pas recouvert le visage du druide...

"Yune...?!" murmura Aoi.

Le brun s'approcha à son tour, et secoua légèrement le jeune homme.

"Yune, c'est nous, Uruha et Aoi," dit-il.

L'autre releva lentement les yeux, et le regarda, puis sourit tout doucement, avant de se redresser une peu.

"Vous allez bien... Tous les deux," souffla-t-il. "Où... Où sont..."

Il semblait avoir de plus en plus de mal à parler. Aoi l'appuya contre lui, et le fit se relever.

"Calme-toi, Yune. Kai est en train de discuter avec le chef... Ça va aller. Ça va aller, ne bouge pas."

Il confia Yune à Uruha, et alla chercher Kai; par chance, il avait réussi à convaincre leur ancien chef, et celui-ci s'en était allé... En revanche, le druide semblait dans une colère noire.

"Kai !" articula, épuisé, le jeune brun.
"Oui ?"

Kai s'était retourné brusquement, lançant un regard noir à Aoi; le guerrier n'y prêta pas attention, par habitude. Il lui expliqua simplement ce qu'il s'était passé, et dans quel état se trouvait l'autre druide. L'attitude de Kai à son égard changea du tout au tout : ses yeux s'écarquillèrent, et un air inquièt prit place sur son visage. Aoi l'emmena jusqu'à l'endroit où lui et son amant avaient trouvé l'autre druide. Seulement, le visage inquièt d'Uruha et le sang qui glissait sur le corps de Yune les inquiétèrent au plus au point; et Kai se jeta presque dans les bras du blessé.

"K-Kai..." souffla Yune en tremblant, alors qu'il sentait le druide glisser son corps contre le sien.
"Sht..." Kai tremblait aussi. "Reste calme. Je vais m'occuper de ça. Uruha, Aoi," ordonna-t-il, "il me faut de la mandragore, du gui, et des baies."

Les amants acquiescèrent, et partirent à la recherche des plantes demandées; et ils revinrent quelques temps plus tard, veillant sur le druide blonde qui n'était maintenant qu'à moitié conscient. Ruki arriva, et jeta un oeil au corps étendu sur le lit de Kai.

"...C'est..."

Il regarda Aoi et Uruha, l'air inquièt, semblant avoir la gorge bloquée.

"C'est Yune...?" demanda-t-il finalement, avant de venir s'asseoir sur le bord du lit.

Aoi acquiesca en se mordant la lèvre; et il alla se rassurer dans les bras de son amant. Uruha le serra contre lui avec tendresse, et Ruki se tourna vers eux, plantant ses yeux océan dans ceux de ses amis.

"Vous devriez retourner aider les deux autres..."

Reita entra à son tour, regardant les deux amants.

"Kai vous propose d'échanger avec nous... On va veiller sur lui," expliqua-t-il, avant de rejoindre le jeune homme aux yeux bleus, qui se réfugia dans ses bras en pleurant silencieusement.

Les deux autres acquiescèrent, et sortirent pour continuer la construction du village. Ils rejoignirent les cinq autres. Les discussions allèrent de bon train, et de nouvelles amitiés se créèrent. Bientôt, deux nouvelles habitations furent construites, et quelques-unes complètement terminées. Aoi et Uruha avaient pu compléter la leur, et certains avaient commencé à se fabriquer des armes pour la chasse. Le travail allait beaucoup plus vite maintenant que leur nombre était doublé; sans compter que les autres n'étaient pas comme eux. C'était, à l'origine, de simples villageois, fuyant l'incendie de leur village.

De son côté, Kai avait passé la journée à soigner et veiller sur Yune, qui avait commencé à reprendre ses esprits et se remettre de ses blessures. On le vit arriver avec le druide châtain à l'heure où celui-ci préparait le diner, et il salua ses amis.

"Décidemment," dit-il, "chaque fois qu'on se revoit, vous êtes un peu plus nombreux..."

Ils se mirent à rire, et les présentations furent faites. Yune semblait un peu perdu, mais avait gardé son franc-parlé.

"Au fait..." fit Kai en se tournant vers son ami. "Comment es-tu arrivé ici ?"
"Ah..." Le druide blond soupira. "Je me doutais que tu poserais la question..."

Il avait pris un air et une voix faussement dramatiques, et, désormais, ses bras reposaient sur ses genoux.

"Yune !" rit le châtain. "Réponds !"
"D'accord, d'accord." Son regard se perdit dans le vide. "...J'ai appris qu'il se dirigeait par ici Alors... J'ai voulu l'en empêcher. Mais, on ne défend pas les fuyards, et mes maigres pouvoirs ne m'ont pas aidé. J'ai simplement... Reçu le châtiment mérité."
"Tu ne le méritais pas, Yune. C'est nous qui sommes partis," murmura Ruki.

Le druide aux longs cheveux blonds se tourna vers le jeune homme aux yeux bleus.

"Tu crois que ça change quelque chose, pour eux ?"

Uruha, de son côté, se recroquevilla, tremblant, provoquant l'inquiétude du guerrier brun.

"Ç-Ça ne change... Absolument rien, p-...pour lui."