Chapitre 4
N'hésitez pas à poster vos commentaires!
ATLA(C) Nick, Viacom
Il arrivèrent à l'aube à Kand-Tyeh. Il trouvèrent rapidement le fameux Petzo, un viellard au visage émacié et tanné, à qui ils confièrent l'âne. Il les renseigna sur les bâteaux en partance pour le nord :
- Ah ça, les Océans me gardent de jamais refaire voile vers le nord ! Mais le capitaine Kurtak ne craint pas les courants qu'on recontre là-haut, ils vous amènera surement jusqu'à l'île des Nomades. Vous le reconnaitrez facilement, il a une coupe bizarre.
Quand ils quittèrent le centre ville et arrivèrent sur la digue, Katara sembla reprendre son souffle. La mer s'étalait, remuante et immuable, si séduisante, à perte de vue. Katara retrouvait son élément, sa sœur. Ressourcée, elle regarda les bâteaux amarés le long des quais.
- Je crois que j'ai trouvé le bateau de Kurtak, dit-elle.
- Comment ? s'étonna Zuko.
Elle désigna un bâteau à voile qui n'était manifestement pas une fabrication de maitre du feu.
- Kurtak, ça sonne très… tribu de l'eau, tu ne trouves pas ?
Elle s'avança, déterminée, vers le voilier. Elle interpella un homme qui était à bord, il l'aida à monter et lui indiqua une direction. Elle disparut un instant, puis reparut et fit signe à Zuko de s'approcher.
- Je nous ai trouvé une navette pour les îles de l'Air.
Zuko monta à bord du bâteau. Il était très différent des navire de l'armée du feu. Ça va, c'est en bois mais ça a l'air solide… Est-ce que c'est vraiment conçu pour transporter plusieurs personnes ? Comment ça peut avancer sans charbon ?
- Oh, ajouta-t-elle, j'ai servi au capitaine la même histoire qu'à Shua, tu ne m'en veux pas ? C'est tout ce que j'ai trouvé…
Le capitaine Kurtak sortit de sa cabine et se planta au milieu du pont. Il avait les mêmes yeux bleus que Sokka, et la barbe rèche de Hakoda. Il devait également avoir son âge. Ses cheveux brun étaient tressés en arrière et ses bras étaient bariolés de tatouages et de cicatrices. Il donna quelques ordres à ses matelots puis salua Zuko. Son regard s'arrêta sur le côté droit de son visage.
- Bienvenu à bord, jeune homme. La demoiselle Katara m'a expliqué que vous fuyiez un parent despotique… Je comprends. Vous savez, moi je suis pêcheur et commerçant, je vis en-deçà de ces chamailleries politique. Je n'ai jamais été mal accueilli dans aucun port et j'ai pu partager mon expérience avec celle des marins du monde entier.
Il se tut puis reprit, moins grave,
- En tout cas ça fait plaisir de rencontrer quelqu'un des tribus ! Mon garçon, je te félicite d'avoir gravé un si joli médaillon de fiançaille sans être maître de l'eau. C'est du beau travail !
Katara le remercia et demanda s'ils pouvaient se poser quelque part. Elle ajouta qu'après un peu de repose, ils seraient ravis de donner un coup de main à l'équipage. Kurtak sourit
- C'est très gentil de votre part, miss, mais ça risque de travailler mes marins si ils vous voient trop. Vous savez, une femme à bord ! Ceux qui ne sont pas supersticieux sont loin de leurs épouses depuis longtemps et… vous savez, une femme, à bord…
Il semblait hésiter à se montrer plus explicite, il regarda Zuko et ajouta
- Par contre on a toujours besoin de bras ! Mais tu vas te reposer parce que je veux pas te voir travailler dans cet état-là. Et on va vous donner des chemises parce que vos liquettes tiendront pas le coup ! Je vais demander au mousse de vous conduire. Rienzo ! Conduis les passagers à la cabine !
Puis il recommença à donner des ordres de tous côtés et à vérifier que tout était en ordre.
Zuko et Katara entrèrent dans la cabine, guidés par Rienzo, un marin aux longs cheveux noirs qui devait avoir leur âge.
- C'est une cabine réservée aux invités. Le capitaine prend souvent des passagers. Souvent des clandestins ou des fugitifs. Nous on s'en fiche, si on nous demande, on sait pas… On est tous un peu en fuite, au fond… Bonne journée !
Une fois le jeune mousse parti, Zuko regarda plus attentivement l'intérieur de la cabine. Le mobilier était sommaire, il n'y avait pas de hublot. Sur une table brillait une chandelle et au mur pendait une carte du monde avec de gros traits bleus qui le traversaient dans tous les sens. Kurtak avait-il parcouru toutes ces routes tracées ? Katara s'assit sur la chaise et Zuko sur le lit.
- On aurait dû prévenir les autres qu'on était en chemin, qu'on était libre et qu'ils ne devaient pas s'inquiéter… soupira Katara.
- Si ma mère a pu contacter le Lotus Blanc, ils sont au courrant, répondit-il. Envoyer un message par un autre biais, c'est prendre le risque qu'il soit intercepté et qu'on soit découvert. « Mauvais plan » dit-il avec le ton de Sokka.
Katara le regarda avec un air triste puis soupira encore, baissant la tête :
- Sokka me manque… Aang et Toph me manquent…
- Tu leur dira quand tu les verras. Ça sert à rien de s'appitoyer sur son sort.
- Pourquoi tu dis ça ? Je ne m'appitoie pas !
- Tu es toujours en train de te plaindre. Si tu aimes les gens, dis-leur quand tu les as en face de toi, n'attends pas qu'il disparaissent ! Ne larmoies pas sur leur absence !
- Au moins je ressens quelque-chose ! Toi tu…
- On a déjà eu cette conversation ! coupa-t-il.
La jeune maitre de l'eau resta un instant silencieuse, perplexe.
- Tu… tu devrais te reposer, dit-elle doucement.
Il voulut réagir vivement, dire qu'il allait très bien, qu'il n'était pas fatigué, que c'était le milieu de la journée mais elle le coupa d'un signe de la main. Elle poursuivit
- Tu n'as pas dormi la nuit dernière puisque nous étions en route, et la nuit précédente, tu l'as passée à parler avec ta mère. Tu dois être épuisé. Et triste.
Elle hésita. Elle se redressa et le regarda droit dans les yeux avant d'ajouter
- Je tiens beaucoup à toi et je te le dis, puisque je t'ai en face de moi. C'est pour ça qu'il faut que tu dormes, maintenant.
Il soutint son regard puis baissant les yeux, s'allongea sur le lit. Il s'endormit pratiquement aussitôt.
--
Quand il se réveilla, il était seul dans la cabine. Il se leva et se précipita dans la coursive. Il sortit sur le pont et réalisa qu'il avait dormi toute la journée : le soleil arrosait le pont de ses rayons violacés Il retrouva Katara assise avec Rienzo à la proue. Elle portait une chemise de marin et ses cheveux étaient attachés et noués en chignon- il faillit ne pas la reconnaître.
- Bonsoir, dit-il en s'approchant
- Bien reposé ? demanda le mousse
- Très bien, merci, répondit Zuko avant de se tourner ostensiblement vers Katara : Et toi, ça va ?
Elle sourit et fit un mouvement large pour désigner la mer, ça voulait dire « Je suis chez moi, tout va pour le mieux ». Il s'assit à sa gauche. Rienzo racontait comment il s'était retrouvé mousse à dix-sept ans parce qu'il avait perdu ses parents très jeune.
- C'est le cap'tain qui m'a recueilli, en quelque sorte. Depuis je vis sur l'eau. Ma terre natale me manque parfois, mais rien ne vaut la liberté et l'océan.
Il rejeta en arrière sa longue chevelure. Katara avait le regard plein d'empathie
- Oh ça a dû être dur pour toi.
- Au début c'était un combat de tous les jours pour tenir le coup mais aujourd'hui, je suis heureux, j'ai des projets.
- Ah ? s'enquit Katara, buvant ses paroles
- Quand je serai en âge, j'aurai mon propre bâteau. Mais je ne ferai pas comme les autres marins, ils sont stupides : ils laissent leurs femmes seules au port. Ma femme voyagera avec moi et notre bâteau sera notre maison. On vivra d'amour et d'eau fraîche…
- Salée, fit Zuko.
Rienzo lui lança un regard qui signifiait probablement « Avec quoi tu viens ? »
- L'eau de mer est salée, tu devrais savoir ça.
Katara comprit avant Rienzo et rit
- Toi, tu fais de l'humour ! c'est fabuleux ! Quand je dirai ça à Sokka, il ne le croira pas.
- C'est très drôle, grogna le mousse. Et quels sont tes projets, le fugitif ?
Zuko le fixa Ah tu veux que le ton monte ? attends un peu que je m'énerve, blanc-bec! et regarda Katara. Ils avaient bien des projets, mais rien qui regarde Rienzo. Était-il seulement au courant qu'il y avait une guerre ? Croirait-il à leur mensonge ?
- Je veux… retrouver un membre de ma famille que j'ai déçu. Et lui prouver que j'ai changé.
- Ah, donc vous ne vous mariez pas ?
Ce nul était plus vif que prévu. Autant enfoncer le clou
- J'ai besoin de l'approbation de ce proche avant, parce que ça compte beaucoup pour moi. Il est comme un père.
- Voilà Katara, je suis désolé mais tu es fixée sur les intentions du beau balafré à ton égard : tu seras le trophée qui garantit son « changement ».
Zuko se redressa et empoigna le col du marin
- Encore une remarque comme celle-là et tu vas pouvoir vérifier la température de l'eau !
Katara posa sa main sur le bras de Zuko et il lâcha Rienzo. Il lui rappelait quelqu'un. Quelqu'un d'énervant… mais qui ?
- Je suis désolé, feinta le mousse en ramenant ses cheveux derrière ses épaules. Je m'excuse !
Le reprendre sur sa faute de grammaire était irresistible, pourtant Zuko résista.
- Tu es un nerveux, tu devrais te mettre aux infusions, ça te calmerait, lança Rienzo.
- J'ai vécu sans tes conseils jusqu'ici et je pourrai très bien continuer de m'en passer.
- Dommage pour toi, je pourrais t'en apprendre pas mal, sur les femmes par exemple.
Zuko regarda Katara, elle avait l'air aussi étonné que lui par l'audace de Rienzo. Mais elle avait cette espèce de petite lueur vaguement admirative dans les yeux.
- Qu'est-ce que tu veux dire ?
- Si tu ne sais pas de quoi je parle, ça ne m'étonne pas que tu t'emportes un peu. Surtout si tu voyages avec la belle Katara…
Celle-ci rougit.
- Alors leçon numéro un, mon grand : les femmes, c'est comme la mer, tu sais pas que c'est salé tant que tu n'a pas plongé dedans.
Katara le regarda étrangement. Zuko serrait les poings. J'espère pour toi que tu sais nager. Rienzo allait loin pour l'humilier mais il dépassait les limites sans s'en rendre compte.
- Okay, je vois que c'est le sujet qui fâche.
- Tu vois bien.
- En parlant de vue, d'où tu tiens cette si sayante cicatrice ?
Je te demande d'où tu sors ta stupidité, non, alors fiche-moi la paix ! Katara intervint avec ses airs maternels qu'elle réservait d'ordinaire à Aang
- Je ne crois pas que Zuko veuille parler de ça. Si tu crois que c'est facile à vivre…
- Katara, ne parles pas de ce que tu ne connais pas ! la coupa Zuko.
Elle sursauta et retint une sorte de couinement. Elle le fixait, blessée et écoeurée.
- Si tu veux savoir, Rienzo, cette charmante chose qui me bouffe la moitié du visage est un petit cadeau de mon père. J'ai reçu ça et l'ordre de partir. Parce que j'ai eu le malheur de le contredire. Question suivante !?
- Boh, tu ne m'intéresses pas outre mesure donc… non, répondit le mousse. Par contre, ce qui m'intrigue, c'est pourquoi Katara, ce bijou, ce rayon de soleil sur l'océan,… Pourquoi elle te suit ?
Elle regardait Rienzo exulter, convaincu d'avoir remporté ce ridicule combat de coq. Elle regardait Zuko détourner les yeux, déjà honteux de s'être emporté. Elle revint au marin et répondit avec le plus d'assurance possible :
- Je l'accompagne parce que je l'aime.
Il les regardait tous les deux puis souffla :
- Vraiment ? Autant donner de la confiture aux cochon-oies !
Zuko n'eut pas le temps de faire un geste, Katara avait, d'un grand jet d'eau, propulsé le marin à la mer. Elle se leva et regagna la cabine.
- Il l'a cherché ! dit Zuko en l'y rejoignant
- Oh tu ne mériterais pas un meilleur traitement ! répliqua-t-elle
- Quoi ? Attends, tu te moques de qui ? Avant que j'arrive, tu buvais ses paroles ineptes !
- Et alors ? En quoi ça te dérange ?
- Tu as raconté ce super mensonge selon lequel nous sommes le couple parfait alors tu ne vas pas cramer notre couverture !
- Notre couverture ? C'est toi qui t'es lancé dans cette petite joute verbale ridicule !
- Oh Mai arrête, j'ai vu comment tu le regardais, avec ses beaux cheveux et son beau visage symétrique !
Elle s'arrêta, ses mots restèrent bloqués quelque part entre son cerveau et sa gorge.
- Je ne suis pas Mai…
Il se raidit, surpris.
- Qu'est-ce que Mai vient faire là-dedans ?
- Tu m'as appelée « Mai ». Et tout à l'heure, tu as dit qu'on avait déjà eu une conversation…
Il la regardait, décontenancé. Pourquoi l'avait-il appelée Mai ? Elles n'avaient rien en commun, comment avait-il pu les confondre ?
- Excuse-moi, Katara. Je suis encore un peu fatigué… Et ce gars…il fallait bien le remettre à sa place !? Il était aussi arrogant que… que Jet !
- Tu connais Jet ?
Le monde lui parut très petit. Il voulu lui retourner la question.
- Je l'ai rencontré, lui et ses « Freedom Fighters », quand mon oncle et moi faisions route vers Bah-Sing-Se, expliqua-t-il. J'imagine que c'est toi qui lui a inspiré son envie de changer de vie, de prendre un nouveau départ ?
- On peut dire ça comme ça, sourit-elle.
- Tu inspires souvent ce genre de vocation.
Ils pouvaient respirer tous les deux, l'orage était passé, ils ne devaient plus rester en apnée. Elle devait pourtant ajouter
- Jet est mort. Le chef du Dai-Li l'a tué.
- Désolé.
- J'aurais pu le sauver. J'avais l'eau de l'oasis. Mais je n'y ai même pas pensé… Si je l'avais fait je…
- Tu n'aurais pas pu sauver Aang. C'est pas très élégant à dire, mais le monde a plus besoin de Aang que de Jet. Tu as plus besoin de Aang que de Jet…
- Mmh ? tu as sans doute raison.
Quelqu'un frappa deux coups secs à la porte et entra. C'était Kurtak. Il avait l'air mi-fâché, mi-amusé.
- Miss Katara, dit-il, j'aimerais que vous vous absteniez de jeter mes hommes à la mer.
- Je vous demande pardon, capitaine. C'est que Rienzo m'a fait comprendre ce à quoi vus faisiez allusion lorsque vous m'avez acceptée à bord. Désormais, je ne quitterai pas cette cabine, afin de ne pas « distraire » vos marins.
- Très bien, voilà qui est sage de votre part. Par contre toi, mon gars, je t'attends sur le pont en forme et en uniforme demain à la première heure.
D'abord surpris qu'on lui donne des ordres, Zuko finit par saluer Kurtak
- À vos ordres, capitaine.
--
Katara passa donc la journée suivante seule dans sa cabine. Sur ordre du capitaine, Rienzo vint lui présenter ses excuses et lui apporter à manger. Elle accepta les deux avec un sourire bienveillant.
En début de soirée, c'est un Zuko épuisé, aux bras couverts d'échimauses et aux mains abimées et douloureuses qui vint la rejoindre.
- Quand je pense que je faisais subir ça à mon équipage ! soupira-t-il
Katara libéra la place sur le lit et s'assit à son chevet. Elle lui prit les mains et jeta un œil à ses paumes.
- Laisses-moi voir… Comment tu t'es mis dans un état pareil ? Tu t'es brûlé…
- Les cordes.
- Et tu as plein de cloches…
- Les cordes
- Et tu as les bras couverts de bleus ! Il t'ont passé à tabac ou quoi ?
- Non, c'est les cordes. J'ai passé ma journée à tirer, enrouler, dérouler, ramasser, retenir et éviter toutes ses fichues cordes ! Si je vois encore une seule cor…
- Je vais soigner ça.
Et elle fit sortir de sa gourde un long filet d'eau qui s'enroula autour des bras et des mains du jeune homme. Elle y posa sa main et la cabine fut emplie de cette lumière bleue qui allait si bien à la maitre de l'eau. Zuko la regardait faire, attentif, et toujours aussi intrigué par cet air de profonde concentration qu'elle avait quand elle guérissait quelqu'un. Et toujours surpris de retrouver ses membres intacts après.
- Merci beaucoup, Katara.
--
Il se réveilla au premier coup de cloche. Sans hublot, il était difficile de savoir l'heure qu'il pouvait être mais tout son corps lui criait « trop tôt ! ». Il se redressa sur le lit, sentit sa nuque et ses épaules protester. Il alluma une chandelle et chercha la chemise bleue en toile rugeuse. Elle était sur le dossier de la chaise. Chaise sur laquelle Katara dormait. Quel rustre tu fais, la laisser dormir là et prendre le lit pour toi ! se dit-il. Il se remémora leur conversation de la veille- et leur dispute précisement au sujet du lit. Katara avait insisté pour qu'il le prenne en argumentant qu'elle pouvait dormir toute la journée si elle voulait. Ce n'est pas une raison ! Mais comme pour le coq-âne, elle avait eu gain de cause… enfin, presque comme pour l'âne…
Il hésita un instant à la réveiller. Il devait porter cette chemise, le capitaine avait été très clair sur ce point. Zuko pensa qu'il serait peut-être possible de soulever Katara et de la reposer endormie sur le lit. Il passa le bras gauche de la jeune fille par-dessus son épaule et attrpant son dos d'un bras et le creu de ses genous de l'autre, il la souleva.
- Tu es plus lourde que tu en as l'air, grinça-t-il
Il pivota et s'apprêta à la déposer quand on frappa rapidement à la porte. Katara sursauta, il la lâcha et elle tomba comme une pierre sur le lit, sonnée.
- Oui ? qui est-ce ?
Rienzo- décidément celui-là, il n'en rate pas une !- passa sa tête dans l'entrebaillement de la porte et demanda si Zuko comptait se lever, parce que le capitaine l'attendait.
- J'arrive ! grogna le maitre du feu.
Le mousse disparut en lançant « Ouais mais ne traîne pas ! »
- Je suis désolé, dit Zuko à Katara, je ne voulais pas te réveiller.
- Ne t'en fais pas, j'ai toute la journée pour dormir !
- Je vais demander au capitaine si tu ne peux pas te promener un peu malgré tout- tu vas devenir folle à rester enfermée.
Il enfila en vitesse la chemise frippée et chaude et s'enfut dans l'ombre de la coursive.
Katara resta donc seule dans sa cabine. Zuko avait raison, elle allait devenir dingue. Heureusement, Kurtak vint lui tenir un peu compagnie en début d'après-midi, en lui apportant une épaisse soupe typique des tribus de l'eau. Comme elle lui faisait part de son ennui, il l'autorisa à aller jeter un œil en cuisine.
- Tu verras, notre chef, Linokko est un maitre de l'eau. Il est timide mais sympa.
Profitant de cette maigre liberté qui lui était alouée, Katara se rendit à la cuisine dès que Kurtak la laissa seule. Le chef cachait mieux que le capitaine son appartenance aux tribus mais Katara repéra les bijoux typiques et les yeux clairs. Il semblait entre deux âges. Elle se présenta poliment et lui demanda si elle pouvait lui tenir compagnie. Le chef rougit mais accepta.
- Vous êtes un maitre de l'eau ? demanda-t-elle
- Oui. Mais je ne suis vraiment pas très bon. Ma maitrise ne dépasse pas les usages domestiques. Vous semblez d'avantage apte à vous battre, d'après ce qu'on raconte.
Katara ne savait pas si Linokko approuvait son mouvement d'humeur contre Rienzo ou pas, aussi préféra-t-elle ne pas répondre. Le chef poursuivit, bienveillant :
- Il est un peu fanfaron mais il y a du bon chez Rienzo.
- Il a insulté mon ami. Et ça, je ne le tolère pas.
Le maitre de l'eau acquiéça. La communauté était une des valeur les plus précieuse dans les tribus, il comprennait que Katara ne laisse personne attaquer- verbalement en l'occurrence- quelqu'un à qui elle tenait. Il semblait réticent à la violence mais approuvait le principe.
- Alors, le cap'tain m'a dit que vous étiez du Pôle sud ?
- Oui, mais j'ai dû aller au Pôle nord pour trouver un maitre…
Cette après-midi là fut plus agréable que la précédente. Katara aida Linokko du mieux qu'elle pouvait et ils partagèrent des astuces sur la maitrise de l'eau et sur la cuisine.
--
Katara regagna sa cabine avec deux assiettes bien chaudes de bouillabaisse en début de soirée. Elle espérait y retrouver Zuko mais il n'y était pas. Elle l'attendit, en se disant qu'il devait pouvoir réchauffer leurs assiettes avec sa maitrise du feu et qu'ils mangeraient ensemble. Mais il n'arrivait pas. Elle avait un mauvais pressentiment.
C'est alors qu'elle entendit des cris et des huées sur le pont. Elle se précipita. Les matelots formaient un cercle, elle ne parvint pas à se faufiler.
- Crève, fils de chien !
- On va te montrer ce qu'on fait aux tyrans !
- Tu croyais pouvoir échapper à une bonne correction !?
Le marin juste devant Katara donna un coup de coude à son voisin et beugla
- Je l'ai reconnu tout de suite, c'est le prince banni. J'espère que Rozo va l'étripper.
- Tu parles ! Après ce qu'ils ont fait !
Et de partout volaient des insultes « assassin ! » « tyran ! » « salaud ! » et des rires gras. Katara força le passage et arriva au centre du cercle. Là, Zuko se battait comme un tigre, mais les autres étaient nombreux. Chaque fois qu'il tentait de s'échapper, les marins le ramenaient au milieu en lui assénant des coups qui lui coupaient le souffle ou lui faisaient perdre l'équilibre. Il tenta un poing de feu mais la fureur des marins n'en fut qu'accentuée Il avait la lèvre ouverte et plusieurs entailles sur les bras. Sa chemise bleue était déchirée mais Katara ne pouvait pas voir s'il était blessé. Elle voulut se lancer dans la bataille, l'aider, mais un marin la retint en la ceinturant avec force. Ce que Zuko vit et sa distraction permit à deux hommes de le coincer, l'un lui retenant les épaules et l'autre lui enserrant la gorge de son bras épais. Un troisième s'avança alors, très grand, l'œil noir et armé d'un couteau dont il semblait bien vouloir se servir. Katara criait, suppliait pour qu'ils le laissen, mais la foule criait aussi
- Vas-y Rozo, tues-le ! Fais en de la bouillie !
- Penses à ce qu'ils ont fait à ta sœur, Rozo, égorge le comme un porc !
Et il envoya un coup de poing dans le ventre de Zuko, puis un dans la mâchoire.
- Alors, tu en veux encore ?
- Je… je suis désolé… mais je ne suis pas responsable… vous vous méprenez… vous laisser la colère vous aveug-Ouch !
- Tu me traites de menteur, le banni ?
Et il ponctua sa phrase d'une raffale de coups.
- Encore ?
- Non !
Cette fois, c'est son couteau qu'il planta dans le ventre de Zuko. L'étreinte du marin se relâcha autour de Katara qui se libéra et bondit en avant, au centre du cercle. Elle attira à elle une énorme vague qui balaya le pont, faisant tomber une partie des marins. Elle en éleva une seconde, plus haute, qui s'abbattit sur le cercle comme un coup de tonnerre. Elle gela l'un des trois assaillants de Zuko et frappa le deuxième avec son fouet d'eau, il bascula en arrière. Enfin elle fit face à Rozo qu'elle entoura de pieux de glace acérés.
- Je peux briser cette coquille de noix en moins de temps qu'il n'en faut pour le dire, je peux tous vous envoyer à la mer et m'arranger pour que jamais les flots ne vous recrachent - jamais, je peux tuer sans ciller le moindre d'entre vous qui oserait encore lever la main sur lui !
Les marins reculèrent, surpris et terrorisés.
- Est-ce que je me suis bien fait comprendre ?
Un homme, plus téméraire ou plus bête, osa lui crier
- Comment tu peux le défendre, c'est un fils du feu- et pas n'importe lequel !
- Parce que vous attaquer à un seul homme alors que vous êtes vingt, c'est valoir mieux qu'eux ?
Rienzo apparut à ce moment, soutenant le capitaine qui boitait. Katara lut le mot « Mutinerie » sur les lèvres du mousse. Kurtak n'avait donc rien à voir avec ce règlement de compte. Katara se sentit comme rassurée. La plupart des matelots semblaient fidèle au capitaine car ils le saluèrent, étonné de le voir blessé. Il s'adressa à ses hommes :
- Je sais que beaucoup d'entre vous n'ont rien à voir avec la mutinerie menée contre moi par Rozo. Même si vous n'approuvez pas toujours mes décisions, vous avez toujours montré que vous aviez confiance en moi et cette confiance nous a toujours ramené à bon port. Je vais fermer les yeux sur cette rixe, aussi écoeurante soit-elle, et vous inviter tous à regagner vos postes dans les plus brefs délais. Tout contrevenant sera mis aux fers et abandoné sur le premier ilôt à portée de brasse.
Les hommes ne rouspétèrent pas et le pont se vida rapidement. Kurtak regarda Katara et les trois hommes qu'elle avait immobilisés.
- Je les jèterais bien à la mer sans autre forme de procès ! Je suis navré de cet incident.
- Je ne vous en blâme pas, capitaine, vous n'êtes pas responsable. Aidez-moi seulement à porter Zuko à notre cabine, il est mal en point.
Le capitaine et Rienzo le portèrent et le déposèrent sur le lit. Le mousse jeta un œil dégouté aux blessures qui lui couvraient le torse et les bras. Kurtak proposa son aide mais Katara les invita à la laisser en les remerciant encore. Elle avait assez perdu de temps !
Zuko avait perdu connaissance, il semblait gravement blessé, ses vêtement étaient poisseux, son visage méconnaissable. Katara lui ôta sa chemise et constata l'étendue des dégâts. Il poussa une sorte de râle.
- Ooh non ! fit-elle. J'ai vu pire, tu ne vas pas y rester cette fois !
De l'entaille profonde laissée dans le ventre de Zuko par le coup de couteau coulait un long filet de sang qui l'inquiétait. Elle revit le dos éclaté de Aang, ce trou béant par lequel la vie s'échappait, la vie qu'elle avait retenue en lui grâce à l'eau de l'Oasis. Elle fut prise d'angoisse, sentit ses côtes se contracter comme pour remettre.
- Concentre-toi !
Elle enroba ses mains d'eau claire et les appliqua sur la blessure. Fermant les yeux, elle vit les veines courir à travers le corps de Zuko, elle vit probablement comme Toph voyait, grâce à sa maitrise, les nœuds d'énergie et les endroits où l'eau était retenue, accumulée. Elle sentit l'hémorragie et elle l'arrêta, elle repéra les contusions et les soulagea. Il vivrait. Elle en était sure à présent.
Elle se concentrait sur les coupures et écorchures qui quadrillaient son épaule gauche quand il poussa un grognement de fauve. Il ouvrit l'œil du côté de sa cicatrice avec une expression inquiète. Elle posa sa main sur la joue du jeune homme, pour l'apaiser.
- Reste calme. Je m'occupe de toi.
- Ce serait pas mal si c'était toi la demoiselle en détresse et que je vole à ton secours, à l'occasion.
- Heureuse d'entendre que tu n'as pas la mâchoire cassée : je n'aurais rien pu y faire.
- La prochaine fois, c'est moi qui te sauverai.
- La douleur t'égare.
Il voulut répondre mais elle plaqua ses mains sur son visage et commença à soigner sa lèvre ouverte et son arcade sourcilière gonflée. Elle avait cet air appliqué qui l'intriguait tant. Il résolut de se taire et se la laisser travailler.
- Voilà, tu es comme neuf ! annonça-t-elle après un temps indéfinissable.
- Merci Katara. Sans toi, je… je ne serais probablement plus là pour en parler.
- Je… J'ai eu si peur, quand il t'a frappé, j'ai cru… J'aurais pu tous les tuer. Comme l'autre nuit. Je les aurais réduit en fricassée pour les requin-loutres.
Elle se mordit la lèvre, hésita, avant d'ajouter :
- Je ne supporte pas qu'on s'en prenne à ceux que j'aime.
Il tenta de se redresser mais la douleur l'arrêta dans son mouvement. Il fallait qu'il se repose.
Quelqu'un frappa à la porte. C'était Linokko. Il apportait deux assiettes fumantes de fricassée de poisson, ayant supposé qu'elle aimerait manger chaud, cette fois. Elle le remercia chaleureusement et il lui répondit par un clin d'œil en sortant.
Katara aida Zuko à s'asseoir. Elle lui conseilla d'utiliser son bras gauche, le droit étant encore faible. Elle s'assit à côté de lui sur le lit, lui tendit son assiette et ses baguettes. Un instant, il crut la voir en train de lui donner la becquée et disant « Une bouchée pour mamaaaan… ».
- Tu n'es pas ma mère ! grogna-t-il, étonné par sa propre réaction. Tu ne dois pas faire tout ça. Si Aang et Sokka se laissent faire, c'est très bien pour eux mais pour moi tu…
- Alors toi aussi tu trouves que j'agis de manière maternelle ?
- Tu veux une réponse franche ? Oui. Tout le temps. Tant que tu ne m'aimais pas j'y échappais mais depuis quelques jours… Pas que ce soit désagréable mais tu ne dois pas perpétuellement te sacrifier pour les autres.
Il ne savait pas s'il était aller trop loin. Elle n'eut pas l'air fâché du tout, elle répondit même avec le plus grand calme.
- Je n'ai pas l'impression de me sacrifier. Ça me fait plaisir de m'occuper des autres. C'est moi, je suis comme ça.
Il pensa « ce n'est pas nécessaire » « gardes ton incommensurable générosité pour d'autres » « ne te forces pas pour moi » mais toutes ces manière de dire lui parurent offensantes.
- Je sais pas comment te le dire… mais j'aimais mieux quand tu t'en prenais à moi, c'était un peu un traitement particulier.
Un traitement de « faveur » ?
- Tu es trop gentille. Et moi, je ne le suis pas du tout alors j'ai l'impression que tu t'obliges à être… toi. Quand tu me criais dessus, avant, j'étais sur que tu le voulais, que tu te libérais un peu. Sinon, j'aurais pas encaissé ça aussi longtemps sans me défendre !
Elle semblait confuse. Son visage passait de l'étonnement au soulagement et Zuko était incapable d'y deviner sa réaction. Elle ouvrit plusieurs fois la bouche pour parler, se rétractant chaque fois. Il eut la vision d'un petit poisson mais se retint de sourire, appréhendant la moment où elle se déciderait à parler. Et si elle le détestait toujours, qu'elle s'était forcée à être sympathique, voire maternelle avec lui ? Il s'était imperceptiblement attaché à Katara, à cette tempête dissimulée sous la glace, à cette oasis réconfortante dans son désert de doutes, à ce havre rafraichissant.
Il ne vit pas venir la gifle. Elle siffla dans l'air avant de claquer contre sa joue et sa « bonne » oreille. Katara reniffla.
- Tu es vraiment aveugle ! siffla-t-elle
- Ah, là je te reconnais ! dit-il, souriant malgré la douleur.
Katara sembla alors très absorbée par son assiette dont elle engloutit le contenu en un temps record. Zuko était plus perplexe : la bouillie de poisson brunâtre ne l'inspirait pas tellement mais son estomac criait famine. Il déclara forfait et ingurgita méthodiquement l'étrange repas sans rechigner.
- C'est pas joli à voir mais c'est plutôt bon ! J'imagine que c'est une spécialité des tribus de l'eau ? dit-il en posant son assiette au pied du lit.
Il n'obtint pas de réponse et remarqua seulement le poids sur ses jambes : Katara s'était laissée aller et dormait, affalée en travers de la couchette, le dos et la tête cherchant appui sur le mur. Zuko sourit et s'allongea sans la déranger, puis s'endormit, épuisé.
Lâchez vos reviews!
