Chapitre 2


La lumière du jour me réveilla le lendemain matin. J'ouvris lentement mes yeux verts et me redressai dans mon lit. M'étirant, j'étouffai un bâillement avant de me frotter les yeux. Du coin de l'œil, je vis l'infirmière changer les draps de quelques lits d'un coup de baguette, puis elle se tourna vers moi.

– Bonjour miss Malfoy ! Avez-vous bien dormit ?

– Oui, très bien, souris-je.

Elle se rapprocha de mon lit, les poings sur les hanches.

– Cela fait une bonne heure que je tente de vous réveiller, mais sans succès …

Gênée, je me frottai la nuque.

– Oui, je … J'ai un véritable sommeil de plomb, mon frère me le dit souvent … Je tiens de mon père.

Elle haussa un sourcil avant de sourire.

– Ah, oui, c'est vrai, Minerva m'a expliqué la situation. Êtes-vous vraiment l'enfant de ces deux gamins ? … Oh, je suis désolée, mais cela m'est tellement étrange. Il y a à peine trois mois, je soignais encore monsieur Potter ici-même, après une énième bagarre avec monsieur Malfoy ! Comprenez que j'ai du mal à vous croire.

Je souris et repoussai les couvertures, m'asseyant sur le lit.

– Ils m'ont raconté qu'ils passaient leur temps à se battre. Je peux comprendre que vous ayez des doutes, mais je vous assure que c'est la vérité. C'est tout aussi étrange pour moi de me retrouver ici …

L'infirmière soupira alors que je me levai.

– Vu le temps qu'ils passent à se jeter des sors à la figure, cela m'étonne même qu'ils soient encore en vie !

Puis son sourire revint.

– Bien, il est temps de vous habiller, Minerva ne va pas tarder.

J'acquiesçai avant de m'immobiliser.

– Heum … Mrs Pomfrey ?

– Oh, je suppose que vous me connaissiez à votre époque, vous pouvez m'appeler Pompom ! s'exclama-t-elle.

J'acceptai sous la condition qu'elle cesse de me vouvoyer. Puis, embarrassée, je lui demandais où je pouvais trouver des vêtements propres et décents. La veille, j'étais arrivée en pyjamas, et celui-ci était trempé. M'indiquant qu'un robe de sorcier m'attendait déjà dans la salle de bain, elle s'éclipsa dans son bureau alors que je m'empressais d'aller m'habiller après avoir rapidement fait mon lit d'un sort informulé.

Je soupirais de plaisir en sortant de la salle de bain. Entre les vacances de Noël d'où je revenais et mon arrivée en pyjamas dans la Forêt Interdite, j'avais l'impression de ne plus avoir porté de robes de sorciers depuis une éternité !

Minerva m'attendait déjà dans l'infirmerie, et je la saluais avec un sourire qu'elle hésita à me rendre. Elle me conduisit de nouveau au bureau du directeur, puis me laissa avec lui.

– Bonjour, Andy, as-tu bien dormi ?

Je souris à l'entente de mon prénom. Sa familiarité me mettait à l'aise, et je me sentais comme j'aurais pu me sentir avec un grand père … Si seulement j'en avais connu un.

– Bonjour professeur.

Je m'assis face à lui, et il reprit d'une voix douce et enjouée.

– Andy, le temps que je trouve un moyen de te faire retourner dans ton époque, il te faudra suivre les cours à Poudlard.

J'acquiesçai.

– Pour cela, j'aimerais en savoir un peu plus sur toi. J'aimerais que tu me racontes un peu ta vie à ton époque, ce que tu as étudié à Poudlard …

Je restai une seconde silencieuse, le fixant, alors que lui-même ne me quittait pas des yeux. Impossible de lire ne serait-ce qu'un infime détail dans ces yeux bleus, impossible de savoir à qui il pensait. Je retins un sourire. Comme me l'avait dit Harry, le professeur Dumbledore était un excellent Occlumans. Je sentis alors comme une présence dans mon esprit … Et un excellent Legilimans aussi !

– J'apprécierais, professeur, que vous ne forciez pas mes barrières, soufflai-je.

Il fronça les sourcils et je souris.

– Si vous souhaitez savoir quelque chose, il va sans dire qu'il vous suffit de me le demander avant d'entrer dans mon esprit.

Il resta une demi-seconde stupéfait, puis son regard pétilla de nouveau de cette lueur bienveillante.

– Je vois que tes parents t'ont appris de grandes choses, sourit-il.

Je retins un rire. J'avais un instant eu peur qu'il ne le prenne mal, mais j'étais soulagée. Prenant note de mon comportement, je me promis mentalement de brider mes capacités par la suite, afin de ne courir aucun risques.

Me calant plus confortablement dans le fauteuil et commençai mon récit.

– Par où commencer … J'ai toujours été très aimée et très choyée par mes parents. Papa … Enfin, Harry a insisté pour que j'aille dans une maternelle puis une école primaire Moldue, il disait que la magie n'était pas importante à mon âge. Il faut dire qu'il m'a évité d'être assaillie par les fans et les curieux. Jusqu'à mon entrée à Hogwarts, je n'ai jamais vraiment su qui mes parents étaient, ni ce qu'ils avaient fait. Pour moi, ils avaient aidé pendant la guerre, puis ils s'étaient installés loin des grandes villes pour oublier.

Par la fenêtre du bureau, juste derrière le directeur, je pouvais voir le ciel azur parsemé de nuages. Faisant abstraction de tout ce qui n'était pas mon passé, je me replongeai dans mes souvenirs, tentant de les rendre clairs et ordonnés.

– Mais même à l'école primaire, le jugement des autres est très dur. Plus encore quand on a deux pères, ou quand certaines anormalités apparaissent autour de vous. Heureusement, mes parents m'ont aidé à surmonter ça. Le regard des autres, ils l'avaient sur eux depuis qu'ils étaient enfants, ils savaient comment l'oublier, comment passer outre. Et puis, pour moi, mes parents n'ont jamais été étranges. Certes ils étaient sorciers. Certes, ils étaient deux hommes. Mais à la maison, il y avait tant d'amour et de chaleur qu'ils étaient de bien meilleurs parents qu'auraient pu l'être n'importe quelle famille que mes camarades appelaient ''normales''.

Je fis une courte pause, me remémorant mon entrée dans le monde les grands, dans celui de la sorcellerie.

– Puis j'ai reçu ma lettre d'entrée à Poudlard. Je me souviens encore le bazar que mes parents ont mit ! ajoutai-je avec un léger rire. Draco avait traîné les Zabini jusque dans la cuisine en transplanant, et Harry avait invité tous les Weasley, sans exception. Je peux vous dire qu'il y avait du monde dans la cuisine ! Et le soir venu, Harry m'a tout raconté. Il m'a raconté l'histoire de Voldemort, celle de ses parents, celle de Sirius, puis la sienne, celle de Draco … Si je me souviens bien, on y a passé la nuit. C'est uniquement à onze ans que j'ai appris qui étaient mes parents. Quand j'y pense aujourd'hui, je me dis qu'ils ont bien fait. A peine avais-je mis un pied dans le Poudlard Express, j'étais déjà assaillie de tous les côtés par les questions sur mes parents.

Il eut un sourire quelque peu fataliste, mais ne m'interrompit pas.

– A Poudlard, j'ai vite hérité des biens de mon père. La Carte des Maraudeurs et la Cape d'Invisibilité, précisai-je. J'ai été envoyée à Gryffindor. Draco a un peu râlé – une Malfoy à Gryffindor, ça aurait fait râler n'importe qui – mais tout le monde l'a vite accepté. Je me suis fais un bon petit groupe d'amis. Comme je m'entraînais beaucoup à la maison, j'ai vite acquis un bon niveau de magie, et à la fin de ma cinquième année, Draco a insisté pour me faire passer en septième. Il a un peu joué de ses relations au Ministère, je crois. Donc voilà, j'ai fais trois mois de septième année avant d'atterrir ici.

Il sembla méditer quelques secondes mes paroles, puis un sourire franc et réconfortant apparut sur son visage.

– Merci pour ton récit, fit-il.

Je replaçai une mèche blonde derrière mon oreille.

– Professeur, si je dois suivre les cours cette année, j'aimerais être dans la même année que mes parents, s'il vous plaît. Comme j'ai seize ans, je devrais normalement être en sixième année, comme eux deux ...

Le vieil homme acquiesça.

– Oui, c'est ce qui était prévu. A vrai dire, je suppose que tu n'as pas besoin de suivre les cours, mais je ne voudrais pas que tu t'ennuies durant ton séjour ici. Et comme nous ne savons ni toi ni moi combien de temps tu auras à attendre, il me semble en effet préférable que tu sois en sixième année. Je suppose que tu dois bien te douter qu'il serait plus prudent de cacher ta véritable identité, mais je ne peux t'obliger à mentir à tes amis, bien entendu.

J'acquiesçai à mon tour.

– J'inventerais une histoire le moment venu.

Il sourit et se leva.

– Bien ! Puisque tout est entendu, il ne te manque plus qu'à aller chercher tes fournitures. Il est encore tant d'y aller, fort heureusement les boutiques du Chemin de Traverse ne sont jamais en rupture de stock, et même quelques semaines avant la rentrée scolaire, il leur reste le matériel nécessaire … Pardonne-moi, mais dans mon état je ne pourrais pas t'accompagner, dit-il en me montrant sa main atrophiée. Et puis, je suis facilement repérable, et je suppose que tu n'apprécies pas le regard des gens lorsque tu te promènes …

Je baissai les yeux. En lui parlant, je ne me rendais pas vraiment compte, mais l'homme qui se tenait devant moi mourrait avant la fin de l'année.

Albus – je m'étais résignée à l'appeler ainsi, du moins dans ma tête – appela Minerva et lui demanda de m'accompagner. Avec un large sourire, je saluais le vieil homme et suivis la directrice de Gryffindor. Traversant les couloirs, puis le Hall et le parc, nous rejoignîmes rapidement les grilles du château dans un silence complet. Sortant de la zone anti-transplanage, elle se tourna vers moi.

– Avez-vous déjà transplaner, miss Malfoy ?

– Eh bien … Officiellement, non, je n'ai que seize ans, mais …

Elle soupira de dépit. Apparemment, elle était habituée aux élèves ne respectant pas strictement la loi …

J'avais transplané pour la première fois avec Harry lorsque j'avais six ans. Allan avait dû attendre d'avoir à peu près le même âge que moi pour tenter lui aussi l'expérience. Il n'était pas rare que mes parents nous escortent, moi et mon frère, lorsque nous allions déjeuner chez tel ou tel ami de la famille. Bien qu'un transplanage à cet âge pouvait être dangereux, la puissante magie, et surtout la totale maîtrise d'elle qu'avaient nos parents leur permettaient de nous escorter sans trop de risques. Harry m'avait apprit à transplaner dès mes quinze ans. Même une fois marié et parent, il continuait de transgresser les règles ! Mais cela, personne à part mes amis ne le sût.

Minerva me prit le bras et je fermai les yeux. Il y eut un « POP ! » et mes yeux se rouvrirent. Devant moi s'étendait le Chemin de Traverse, aussi somptueuse et animée que dans mes souvenirs de mon époque. Cherchant Minerva qui m'avait lâchée depuis quelques minutes, je la rejoignais en courant afin de ne pas la perdre de vu.

– Commençons par le plus simple.

Elle entra dans une boutique et je l'y suivis, levant les yeux sur l'enseigne. ''Scribbulus Everchanging Inks''. Si mes souvenirs étaient bons, il s'agissait d'une papeterie, mais elle avait fermé peu après mon entrée à Poudlard, aussi je n'avais eu qu'une occasion d'y entrer.

Je détaillais la boutique, dont les étagères débordaient de plumes et d'encres diverses. Une vieille dame leva les yeux du comptoir et sourit à Minerva.

– Professeur McGonagall ! Voilà quelques années que je ne vous avais pas vu ! s'exclama-t-elle.

– Bonjour, Mrs Wayne, répondit Minerva. J'aurais besoin de quelques rouleaux de parchemin, plumes et encres aux formats de Poudlard, s'il vous plaît.

La vieille dame sourit et disparut un instant derrière son comptoir. Je m'approchais de Minerva et me postais à ses côtés, hésitante. Nous échangeâmes un regard, et elle sourit doucement. Soulagée et surtout rassurée qu'elle ne garde pas ce masque de froideur et de sévérité, je me détendis. La veille dame revint avec une montagne de parchemins et deux chaudrons pleins. Elle posa les deux derniers sur le comptoir et se mit à trier les rouleaux de parchemins.

– Je vous en met une trentaine ?

– Oui, ça sera suffisant jusqu'à la sortie à Pré-au-lard d'octobre.

Je haussai un sourcil mais gardai le silence. La veille dame m'indiqua un des chaudrons, et le me penchai pour en voir le contenu. Il était remplit de plumes de tailles et couleurs différentes. Fouillant sobrement, je ressortis une longue plume, entièrement noire. Une petite étiquette indiquait ''Quiscale Bronzé'', probablement le nom de l'oiseau. Je l'observai un instant et la levai à hauteur de mes yeux. Un sourire fleurit sur mes lèvres alors que je constatais qu'à la lumière du soleil, de légers reflets verts et pourpres apparaissaient, couleurs respectives de Slytherin et Gryffindor. Me tournant vers Minerva, je lui montrai la plume, et elle sembla réfléchir un instant, avant de la tendre à la veille dame.

– Serait-il possible de la faire graver ? demanda-t-elle.

Je sursautai et levai un visage étonné et ravi vers la directrice de Gryffindor. Me tendant un parchemin, elle me demanda d'écrire ce que je voulais y voir gravé, et, de ma plus belle écriture, j'inscrivis ''Andrea Lily Potter Malfoy''. La vieille dame eut un léger sursaut en lisant mes mots mais ne fit aucun commentaire. Elle murmura une formule qui m'était inconnue, et aussitôt je pus voir les lettres argentées se graver sur la tige. Elle m'indiqua ensuite le deuxième chaudron, remplit d'une multitude d'encriers aux couleurs variées. Je pris les plus basiques, n'ayant pas réellement besoin de couleur particulière. Un noir, un rouge. Simplement. La veille dame mit le tout dans un petit sac qu'elle réduisit magiquement, puis nous sortîmes une fois que Minerva eut payé.

Après cela, nous passâmes la matinée dans les petites boutiques du Chemin de Traverse, achetant un chaudron, les manuels nécessaires, ainsi que tout ce dont j'allais avoir besoin durant mon année scolaire. Nous nous arrêtâmes dans un café pour le déjeuner, et j'eus l'agréable surprise de voir Minerva entamer la conversation avec moi. Elle me posait des questions sur ma vie, sur mes parents, et je lui répondais avec plaisir, cachant parfois quelques détails de l'Histoire qu'elle n'avait pas à savoir.

Passant à la banque Gringotts, elle retira un peu d'argent.

Il n'aurait servit à rien de me créer un compte, car à cette époque je n'étais même pas encore née ! Albus avait la gentillesse de tout me payer, d'après ce que Minerva m'avait dit, faisant même passer mes achats de la journée sur le budget de Poudlard. Il allait me falloir trouver un moyen de le rembourser avant mon retour à mon époque ! Toute ma garde-robe fut refaite, des habits Moldue à la robe de soirée sorcière.

Après cela, nous arrivâmes à la fin de la rue, où se tenait la célèbre boutique de Ollivander's. Après une bonne demi-heure d'essayages, le fabricant m'avait trouvé la baguette idéale : vingt-huit centimètres, en bois de noisetier et crin de licorne. Très souple et rapide, d'après lui. En sortant, Minerva me conduisit directement à la Ménagerie Magique, et je manquais de lui sauter dans les bras. Je me précipitai à l'intérieur et en ressortis quelques minutes plus tard, une petite chouette de Tengmalm dans les bras, au corps très sombre et aux yeux d'un jaune transperçant. Avec un sourire, je remarquais qu'elle avait cet air fier et un peu hautain caractéristique des Malfoy. Oui, elle était faite pour moi ! Cherchant une seconde, je lui choisis le nom de Eanna Enor, l'oiseau plein d'honneur.

La nuit était tombée lorsque nous rejoignîmes Poudlard. Minerva vint déposer toutes mes affaires à l'infirmerie, et c'est épuisée que je saluais Pompom, m'affalant sur le premier lit que je vis.

– Je suis vidée ! m'exclamai-je. Merci beaucoup Min', c'était génial !

Je n'avais pas fais attention à mes paroles, et je sursautai presque en entendant :

– De rien, j'ai moi aussi passé une très bonne journée.

Ces mots me surprirent. Elle qui avait été si froide au début commençait à ressembler à la Minerva ouverte et amusante que j'avais l'habitude de côtoyer à mon époque. Je lui adressai mon plus doux sourire, la remerciant mentalement d'être là malgré l'étrangeté de ma présence à ses côtés.

Elle quitta l'infirmerie en nous souhaitant à moi et à Pompom une bonne nuit, puis cette dernière se tourna vers moi.

– Voyons voir ce que vous avez trouvé toutes les deux !

M'asseyant en tailleur sur le lit, je rendis leur taille à toutes les sacs, quand Pompom poussa soudain un cri de surprise.

– Qu'y a-t-il ? m'alarmai-je.

– Venez-vous de faire de la magie sans baguette ?

Me crispant, je cherchai une explication et sortis rapidement ma nouvelle baguette du sac.

– Non. Elle est là.

– Ne dites pas n'importe quoi, je sais ce que j'ai vu. Pourquoi n'en avez vous pas parlé avant ? Vous avez un niveau nettement supérieur à celui des septièmes années !

Détournant le regard, je me mordis la lèvre. Je n'avais pas fais attention et avais agis par habitude.

Bien qu'ils m'aient envoyé dans une école primaire Moldue, mes parents avaient insisté pour m'apprendre la magie le plus tôt possible. Étant l'enfant de deux sorciers particulièrement puissants, ils voulaient absolument que je sois capable de contrôler ma magie. Harry avait commencé à m'apprendre à canaliser mes pouvoirs dès que j'ai su marcher. Une à deux heures par semaines, nous nous entrainions tous les deux, Harry rendant ces exercices amusants par son éternelle capacité à inventer des histoires plus passionnantes les unes que les autres. Ainsi, je participais de bon cœur à ces entrainements, et parfois Draco venait nous rejoindre. Très tôt, j'avais appris tous les sors utiles dans une maison, tout ce que tout sorcier ayant grandit dans ce monde se devait de savoir.

A mon entrée à Poudlard, j'avais rapidement atteins les sommets des résultats, mais personne n'en avait été étonné. Après tout, j'étais la fille de Harry Potter, le Survivant, et de Draco Malfoy, sorcier de sang pur.

Mais alors que mes camarades apprenaient par cœur leur leçon de Potion ou de Botanique, j'avais continué à m'entraîner, si bien qu'à la fin de ma cinquième année, je m'étais découverte la possibilité de faire de la magie sans baguette. Si j'étais née dans une famille de sorciers normale, jamais je n'aurais entendu parler de cela, mais j'avais déjà surpris Harry à l'utiliser lorsque, par simple flemmardise, il changeait la chaîne de la télévision sans rien toucher ; aussi je ne m'étais pas inquiétée outre-mesure de cette nouvelle capacité, que je gardais malgré tout secrète, comme toutes les autres. Je pouvais déjà un peu pratiquer la Légilimancie, et Draco avait commencé à m'enseigner l'Occlumancie.

C'est en partie pour cela qu'en découvrant ce dont j'étais capable, Draco avait demandé à ce que je passe en année supérieure. « Pourquoi rester dans la poussière quand tu peux t'envoler ? » avait-il simplement dit. Sur le coup, je n'avais pas vraiment apprécié. Je devrais quitter mes amis une année plus tôt, et surtout je craignais d'être mise à l'écart par les septièmes années. Mais il se trouva que tous m'accueillirent avec enthousiasme, et je pus même m'entraîner avec certains, m'améliorant dans chaque domaine.

Cependant, quelques semaines avant d'être envoyée à cette époque, j'avais eu une conversation avec mes parents et mon directeur. Certes il me fallait me perfectionner dans la maîtrise de la magie sans baguette, mais il n'était jamais bon d'étaler ses pouvoirs au regard des autres et, bien que ce fût ce que j'avais toujours fait, il me fallait me restreindre, au moins dans l'enceinte du château. Bien que la guerre n'ait plus lieu d'être, la jalousie et l'envie pouvait créer de graves problèmes, et « il faut toujours garder un atout dans sa manche », avait dit Draco.

Nous avions donc convenu que mes capacités de Légilimans et Occlumans devaient rester le plus secrètes possibles, et je devais brider ma magie au maximum lorsque j'étais à Poudlard.

C'est pourquoi, alors que Pompom me fixait, à la fois impatiente et impressionnée, je ne su comment réagir. Je m'étais promis d'éviter de montrer mes pouvoirs à cette époque-là, non seulement parce que la guerre faisait rage au dehors du château, mais aussi parce que je détestais les regards de convoitise. C'était principalement pour cette raison que je n'avais rien dit de mes pouvoirs à mes professeurs, à mon époque, et que je m'étais entraînée seule ou uniquement avec mes parents.

– Andy ! En avez-vous parlé au directeur ? C'est une capacité rare que vous avez-là, une telle prouesse ne peut avoir lieu qu'avec un entraînement intensif, et des années de maîtrise de soi et de sa magie ! Le directeur lui-même en était incapable à votre âge !

Embarrassée, je soufflai un simple :

– Désolée, c'est l'habitude, je n'ai pas pu me retenir.

Espérant qu'elle se détourne de ce détail, je retournai aux sacs qui, leur véritable taille retrouvée, envahissaient le petit lit d'infirmerie.

– Regarde cette robe ! C'est Minerva qui l'a choisie. Il y avait la même en satin, mais c'était vraiment trop cher. Et …

Me rappelant un détail et ne la laissant surtout pas parler, je me précipitai sur un des sacs et en ressortis la cage de ma nouvelle chouette. Lui rendant sa taille normale en prenant bien soin d'utiliser cette fois-ci ma baguette, je la posai sur la table de chevet, me penchant à sa hauteur.

– Regarde comme elle est belle ! Je l'ai appelée Eanna Enor ! C'est oncle Seamus qui m'a appris l'irlandais. Je trouve ça plus joli que l'anglais, surtout pour les noms.

La voyant soupirer du coin de l'œil, je me redressai.

Craignant un peu ce qu'elle allait dire, je détournai de nouveau les yeux, serrant une petite mèche de cheveux blonde entre mes doigts.

– Andy, c'est incroyable, ce que vous avez fait. Je comprends que vous vouliez le cacher, mais il vous faudra au moins en parler au directeur.

J'acquiesçai doucement et, en silence, ouvris la cage de Eanna. Le petit être hulula, le cri aiguë et doux emplissant la pièce blanche, puis sautilla jusqu'à la petite porte ouverte, avant de prendre son envol. Elle se posa sur le dessus de la cage, me scrutant avec curiosité.

– Bonjour, toi, souris-je. Je m'appelle Andy.

La chouette poussa un nouveau cri, et mon sourire s'agrandit.

– C'est vrai, elle est adorable.

Je me tournai vers Pompom qui souriait à son tour, et je ressentis soudain une immense vague de gratitude envers elle. Elle acceptait de se taire, sans conditions.

– Bien ! Il est temps de te mettre au lit ! Je pense que demain, tu seras présentée aux autres professeurs. Évite de te lever trop tard.

J'acquiesçai et lui souhaita la bonne nuit. Ce ne fut que lorsqu'elle referma la porte derrière elle que je me rendis compte qu'elle m'avait tutoyée. Une complicité était née entre nous. Elle connaissait un de mes secrets, et j'avais sa promesse muette de ne rien en dire.

Me glissant dans les draps chauds, je déplaçai d'un sort informulé les nombreux sacs sur un autre lit, avant de caresser doucement le crâne d'Eanna et de fermer les yeux, un sourire toujours aux lèvres.


A suivre …