Chapitre 7
Comme je m'y étais attendue, le lendemain fut difficile. En descendant déjeuner aux côtés de l'éternel trio de Gryffindor, j'eus droit aux insultes de Draco et d'une grande partie des Slytherin – qui, parmi eux, serait assez fou pour ne pas suivre leur prince ? – et à la nourriture lancée par dessus mon épaule. Je les évitais à chaque fois, lançant silencieusement un Protego lorsqu'une cuillère de confiture de citrouille s'approchait trop près de mon uniforme.
Harry et Hermione m'entraînèrent rapidement dans le couloir, suivit de Ron qui ne comprenait pas grand chose.
– Je croyais qu'il devait te laisser tranquille ?
La brune le fit taire d'une tape sur la tête.
– N'y fait pas attention, souffla-t-elle.
Harry m'attrapa le bras, me tirant en direction du cours de potions, et je vis au bout du couloir le regard noir de mon second père.
Assise dans les derniers rangs de la salle de classe de Potions, je m'efforçais de ne pas prêter attention aux innombrables papiers envoyés dans ma direction – j'en avais ouvert un qui m'avait craché au visage.
En Métamorphose, j'évitais les divers sorts lancés par Draco, ne répliquant pas. Le cours de Sortilège n'étant pas en commun avec les Slytherin, il me permit de souffler un peu, mais dès les retrouvailles en Défenses Contre les Forces du Mal, les insultes fusèrent de nouveau sous le regard désolé de Severus. Que pouvait-il bien faire ? Même en tant que leur directeur de maison, il aurait été seul face à tous … Comme je l'étais.
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Et cela dura. Une semaine, puis deux … Ron avait été mit au courant de l'histoire, et le trio s'obstinait à vouloir me servir de ''gardes du corps''. Chez les Slytherin, Blaise était le seul à me lancer des regards désolés.
Le mardi de la troisième semaine, il m'aborda pour la première fois depuis notre rencontre dans la Salle Commune. Le couloir était désert.
– Je n'aurais jamais cru que tu tiendrais aussi longtemps …
Je lui fis un pâle sourire.
– Ça fait des jours qu'on ne te voit plus aux repas … Tu manges correctement au moins ? s'inquiéta-t-il. Tu devrais éviter de jeûner ainsi, tu te fais du mal …
– Ne t'inquiètes pas, je suis forte, lui souris-je de nouveau.
– Pourquoi ne ripostes-tu pas ? Tu as pourtant la puissance nécessaire pour échapper à de telles idioties !
Je baissai les yeux.
– Tu ne comprends pas, Blaise … Je pourrais le blesser. Et puis c'est comme si je l'avais mérité …
Il grimaça.
– Alors tu voulais vraiment le faire chanter …
Je relevai la tête et lançai :
– Jamais je n'oserais !
– Mais tu as dis que … reprit-il, un peu perdu.
– Je n'ai pas bien choisis mes mots. Ça l'a blessé et ça a suffit pour qu'il me déteste …
Je baissai les yeux de nouveau.
– Je voulais juste l'aider.
– Malfoy …
Un nouveau sourire se perdit sur mes lèvres.
– Appelle-moi Andy.
– Tu sais, Andy, reprit-il avec un léger sourire, ça lui fait très mal cette histoire avec Potter … Il sait qu'il n'a aucune chance, mais il ne peut pas l'oublier.
Je soupirai et m'adossai au mur.
– C'est là qu'est son erreur. Il croit qu'il n'a aucune chance … Mais moi je sais qu'il peut l'avoir. Moi j'ai confiance en ses sentiments.
Il secoua la tête.
– Mais enfin, Potter le hait depuis sa première année !
– Si Dray s'était montré un peu plus agréable avec Ron, Harry serait allé vers lui. Mais le Draco d'il y a six ans était un petit con arrogant qui ne voulait que suivre les traces de son père …
Il tiqua à mes mots mais je continuai :
– Aujourd'hui il n'est qu'un adolescent amoureux et désespéré …
– Il n'empêche que je ne vois pas comment Potter pourrait être amené à ne-serait-ce que l'apprécier un peu !
Je retins un rire.
– La réponse est dans ce que je viens de dire ! Il est amoureux. Et Harry est un Gryffindor, il est facilement touché par ce genre de sentiments purs …
– Et Dray est un Slytherin.
Un large sourire se peignit sur mon visage et je lui lançai un regard taquin.
– Je ne vois pas le rapport. Tu es bien sorti avec Seamus pendant deux ans alors qu'il est Gryffindor et toi Slytherin !
J'entendis vaguement un gazouillis s'étouffer dans sa gorge et il me fixa, choqué.
– Comment tu sais ça ? On a fait attention à être discrets !
– J'ai mes sources ! fis-je avec un clin d'œil. Quoi qu'il en soit, le fait qu'ils soient deux hommes ne pose pas de problèmes, pas plus que leur maison – dès la sortie de Poudlard, elle ne comptera plus … Et leurs caractères peuvent s'accorder tout autant !
Il pencha la tête.
– Comment ça ?
– Dray peut être adorable, mais il se ferme aux autres et rares sont les personnes qui, comme toi, peuvent accéder à ses vraies pensées. Harry est pareil. Depuis qu'il est enfant, on lui a toujours dit ce qu'il devait faire. C'est pareil avec Voldemort … Il a enfermé ses sentiments dans son cœur et ne montre aux autres que ce qu'ils veulent voir … Du moins, sauf à ses amis. Ensembles, ils pourraient s'ouvrir et s'accorder.
– Jamais je n'aurais cru possible le fait de t'entendre dire que Draco est « adorable » après ce qu'il te fait subir … Tu dois vraiment l'aimer, ajouta-t-il en fronçant les sourcils.
J'acquiesçai doucement.
– Je l'aime … comme un père.
Il fronça d'avantage les sourcils.
– Un frère, tu veux dire ?
– Non non, un père.
Il voulu répliquer, mais la cloche retentit dans le couloir. Presque aussitôt, Hermione sortit d'une salle de classe et se précipita vers moi.
– Pardon Andy, j'ai été retenue par un livre sur ...
Voyant Blaise face à moi, elle s'arrêta et fronça les sourcils.
– Tout va bien ?
– Bien sûr, souris-je. Nous discutions.
– Granger, salua Blaise avec un signe de tête méfiant.
Elle lui répondit tout aussi méfiante, et je lui adressai un large sourire.
– A la prochaine !
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A la fin de la semaine, je vis enfin les harcèlements de Draco s'arrêter. Le week-end fut bien venue, et je dormis sans la crainte de croiser mon père au détour d'un couloir le lendemain.
Dès le samedi matin, je décidai de me remettre en forme. Je me levai avant le soleil, amenant Eanna avec moi, et me rendis près du lac. M'asseyant dans l'herbe humide, j'attendis le lever du soleil et avec lui celui des sirènes. Le chant mélodieux me fit doucement fredonner et je retrouvai le sourire avec que l'oiseau voletait avec grâce et enthousiasme autour de moi. Je me sentais mieux, apaisée, comme vidée de toute cette tristesse qui m'avait habitée ces trois dernières semaines.
Puis, quittant les êtres des eaux, je me frayai un chemin dans les couloirs jusqu'à la cuisine au sous-sol.
Dobby m'accueillit avec un grand sourire, coiffé d'un étrange chapeau vert-feuille qui me rappelait vaguement quelque chose … Il avait à sa charge un certain Creature et je me souvins par la suite qu'il s'agissait de l'Elfe de Maison de la famille de Sirius dont Harry avait hérité à la disparition de celui-ci.
Je pris un petit-déjeuner complet, discutant avec Dobby – et subissant les murmures de Creature sur la pureté du sang qui affirmait que « Les vénérables Malfoys, au moins, sont une famille respectable, toujours pure et sans défaut ; que dirait la vénérable Maîtresse si elle voyait son nom souillé par les traitres de ... » Dobby ne lui avait pas laissé continuer.
Le ventre plein, observant Hogwarts s'éveiller, je pris avec un sourire le chemin du terrain de Quidditch. Depuis presque un mois et demi que j'étais entrée à Gryffindor, je n'y avais pas remis les pieds. Ma magie risquait de s'user si je ne l'entrainais pas …
Après l'entraînement physique traditionnel, je me plaçai au centre du terrain, imitant tout ce que j'avais fais avant ma répartition, enchaînant les attaques, défenses vers un ennemi invisible, révisant les sorts informulés les plus simples, sans baguette, parfois avec …
Je fus brusquement arrêté par une vague d'Expelliarmus que je contrai se justesse d'un Protego informulé. Me retournant vers la provenance du sort, j'abaissai ma baguette. Le terrain semblait désert …
– Harry ? Je déteste parler au vent, sors de là !
Mais un silence me répondit et je redressai ma baguette.
– Severus ? tentai-je.
– C'est que tu connais du beau monde, dis-moi, lança une voix claire derrière moi.
Je me retournai brusquement, mais je n'eus pas le dire de réagir qu'un Expelliarmus envoya ma baguette au loin.
Dray se tenait là, baguette pointée vers moi, un mauvais sourire aux lèvres. Je levai les mains en signe de reddition.
– C'est fou comme tu sembles moins fière sans ta baguette, Malfoy, lança-t-il en appuyant sur mon nom.
– Draco, arrête ça … Baisse ta baguette.
Il rit froidement.
– Tu as peur ? Tu trembles.
Je reculai d'un pas alors qu'il avançait.
– Oui, j'ai peur. Baisse ta baguette, Dray, je ne veux pas te blesser.
Il grimaça.
– Tu ne me seras jamais supérieure, sale Gryffin ! Endo- …
Mais avant qu'il n'ait finit sa phrase, je lançai un Stupefix sans baguette et il tomba raide sur le sol. Soupirant de soulagement, je m'y laissai tomber à mon tour. J'avais réussis à lui lancer le sort sans le blesser, et … Je me précipitai vers lui, soudain paniquée.
– Dray ? Tu ne t'es pas fait mal ?
J'écartai sa baguette, repris la mienne avant de mettre fin au sortilège.
– Je suis désolée, dis-je en l'aidant à se relever, je ne pouvais simplement pas te laisser lancer un Impardonnable !
– Lâche-moi ! hurla-t-il soudain.
Je sursautai et baissai la tête, m'éloignant un peu de lui.
– J-je sais que tu es en colère après moi, pour l'autre fois, mais … Je veux que tu saches que je n'ai jamais voulu te blesser, encore moins te faire chanter ! Je veux juste t'aider à …
Je m'arrêtai, ne voulant pas dire quelque chose qui risquait d'aggraver les choses. Ramassant sa baguette, je la lui tendit.
– J-je vais y aller …
Je couru alors vers le château, rejoignant la Salle Commune sans un regard en arrière.
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Arrivée en haut de la Tour de Gryffindor, je soufflai le mot de passe à Fat Lady et entrai. Il devait être près de huit heures désormais, et la Salle devait commencer à se remplir ...
– Toi !
Je sursautai et levai les yeux. Devant moi, Ginny Weasley se tenait debout, et une petite voix dans ma tête me souffla qu'elle était passée en « mode furie avec un bonus XP pour chaque coup porté (1) » …
Alors qu'elle approchait à grand pas vers moi, je lui fis un sourire gêné.
– Bonjour ? tentai-je.
– Je ne veux pas, de ton « Bonjour » ! Quelle est exactement ta relation avec Harry ?
J'écarquillai les yeux.
– Pardon ?
– Je vois clair dans ton jeu, Malfoy ! Tu es toujours collée à lui, tu veux le séduire pour le trahir ensuite, n'est-ce pas ?
Je l'arrêtai avec un éclat de rire. Lui posant une main sur l'épaule, je me laissai tomber dans le fauteuil le plus proche et lui souris franchement.
– Tu as tout faux, Ginny, je ne veux pas Harry de cette façon-là.
Elle haussa un sourcil.
– Et pour Malfoy ?
Je me mordis la lèvre, mon rire s'arrêtant brusquement.
– Non, je ne veux pas de Draco non plus, dis-je en baissant les yeux.
Peut-être pouvais-je lui dire ? Elle avait le droit de savoir, c'était un peu un membre de la famille … Et puis, elle pouvait bien me comprendre, non ?
Alors que j'ouvrais les lèvres avec l'intention de tout lui révéler, un grand bruit en provenance de l'escalier du dortoir des garçons m'arrêta, me remettant les idées en place. Non, tout devait rester secret pour l'instant.
Harry sortit en se frottant la tête, suivit de Ron qui se fondait en excuses. Je me reconstituai un sourire.
– T'aurais pus faire attention, idiot ! Je vais avoir une bosse maintenant !
– Je t'ai dis que j'étais désolé !
Je m'approchai d'eux.
– Quel boucan de si bon matin, souris-je.
Décidément, je ne devais pas fléchir. Pour l'instant, personne ne devait savoir. C'était plus prudent pour moi, et surtout pour eux …
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Au déjeuner, je reçus une lettre d'un hiboux Grand Duc. Je crus un instant qu'elle venait de Draco, et je fus un peu déçue en voyant qu'il s'agissait de Dumbledore. Il souhaitait me parler le soir-même, près du lac. Avec un sourire je glissai un morceau de poulet dans le bec de l'oiseau qui s'envola avec un petit cri satisfait.
Ginny ne me lâcha pas d'une semelle ! Bien décidée à avoir un temps de répit, je me réfugiai à l'infirmerie.
– Pompom ! M'exclamai-je en la voyant debout au milieu des lits.
– Andy ?
Elle m'offrit un large sourire.
– Je commençais à désespérer de te voir un jour, miss Malfoy !
– Mes parents avaient besoin de beaucoup d'attention, ris-je doucement.
– Et maintenant ?
Je soupirai et me laissai tomber sur un lit non loin d'elle.
– Maintenant c'est pire ! Au lieu de s'en prendre à Harry, Draco s'acharne sur moi … Mais au moins, ils ne se battent plus.
Pompom s'assit à mes côtés, posant une main réconfortante sur mon épaule.
– Décidément, il n'y avait que toi pour leur faire oublier leur petite guerre …
Ne sachant que répondre, je lâchai un énième soupire. Avec un regard compatissant, elle me prit dans ses bras.
– Ça s'arrangera.
Intérieurement, je me retins de rire de la situation.
Ma relation avec les professeurs était vraiment étrange. Entre Minerva, Pompom, Albus et Severus, je pouvais dire que j'étais bien entourée ! Ce dernier tout particulièrement m'était d'un grand soutient ! Je ne me serais jamais permise de le considérer comme un père, mais il était pour moi comme un oncle ou un parrain dans les bras duquel je pouvais me réfugier si quelque chose n'allait pas … Et je ne le connaissais que depuis un mois … Mais avec toutes les éloges que mes parents m'avaient fait de lui – Draco de son grand cœur malgré sa carapace, Harry de sa bravoure et de ce qu'il avait enduré pour venger ma grand-mère – je n'avais pas réussis à le détester au premier regard, comme ça avait été le cas avec mon oncle Ron ou même mon père. Oui, Severus était vraiment quelqu'un d'important pour moi.
Remerciant Pompom après une petite heure passée au calme, je sortis du château et me dirigeai vers le terrain de Quidditch. De là où j'étais, je pouvais voir des balais voler, et je m'arrêtai en reconnaissant l'uniforme vert et argent des Slytherin. Il valait peut-être mieux pour moi que je n'aille pas voir l'entraînement de mon père, il risquerait de prendre ma présence comme une offense … Encore …
Mais alors que j'allais rentrer au dortoir, une silhouette retint mon attention. Le Saule-Cogneur se dressait à quelques mètres de moi, me rappelant mes deux premières années à Poudlard. Combien de fois avais-je franchis le passage pour me prendre à Pré-au-lard sans surveillance ? Avec un sourire, je pris un bâton quelconque et appuyai sur la racine sortant du sol en prenant soin de ne pas me faire assommer par l'arbre capricieux. Me faufilant jusqu'à son tronc, je m'y adossai avec un soupire de bien-être. Fermant les yeux, je profitai du calme et du silence pour faire un léger somme.
Mais quelque chose – en l'occurrence, quelqu'un – vint une fois de plus contrarier mon programme. Je sentis une présence à mes côtés et j'ouvris les yeux pour rencontrer deux émeraudes identiques aux miennes.
– Harry ? Comment as-tu fais pour passer ?
Il haussa les épaules.
– Tu es assise sur la racine.
– Oh …
Je me décalai, lui laissant la place de s'asseoir à mes côtés. Un silence suivit, ponctué par le bruissement du vent dans les feuilles de l'arbre. Ce fut mon père qui le brisa, le regard porté sur le château.
– C'est ici que j'ai rencontré Sirius pour la première fois, dit-il doucement. Pendant ma troisième année … Il a voulu tuer Queudver, mais je l'en ai empêché … Et à cause de moi, Voldemort est revenu …
– Tu n'es responsable de rien, Harry, lui souris-je. Si Face-de-serpent est revenu, c'était écrit. Si Sirius n'est plus là aujourd'hui, c'était écrit aussi.
Je le fixai de profil. Ses yeux s'étaient abaissés et remplis d'une légère brume. Tout son corps s'était tendu à la mention de son parrain …
– Tu tueras Voldemort, Harry. Je le sais. C'est écrit.
Il acquiesça douloureusement. Puis, après un court silence, il reprit :
– Comment as-tu su pour … Malfoy ?
Je souris. Comme je l'avais attendu, cette question !
– Disons que je suis moi-même une Malfoy, j'ai l'œil pour ce genre de choses, fis-je avec un clin d'œil. Plus sérieusement, tu comptes le dire à Ron et Hermione ?
Il sursauta.
– Tu veux que je leur dise tout ?
– Peut-être pas tout. Tu peux y aller par étape. Déjà, dis-leur que tu es gay. Ça te soulagera et les garçons du dortoir ne te harcèleront plus avec les « Et les filles alors ? » à longueur de temps.
– Comment sais-tu que Seamus a … Peu importe. Je ne compte pas leur dire. Ils le prendraient mal. Ron déteste Malfoy, et même si Hermione ne me rejette pas, elle ne comprendra pas.
Il baissa de nouveau la tête.
– Ce n'est pas comme si j'avais une chance d'être avec lui … Il passe toutes ses nuits avec des filles, ce n'est un secret pour personne à Poudlard !
– Il ne t'est pas venu à l'esprit que peut-être il voulait cacher la vérité aux yeux des autres ?
Il eut un rire noir.
– Tu plaisantes ! Malfoy, gay ? Le sex-symbol de Poudlard est forcément hétéro' … Ça crève les yeux que je n'ai aucune chance.
Je soupirai et laissai ma tête partir en arrière avec une exclamation de lassitude.
– Tu es aussi têtu qu'un hippogriffe ! Enfin, Harry, réfléchis une minute ! Si tu condamnes tes rêves avant même de les avoir envisagés, rien ne se réalisera ! Tu l'aimes, alors fonce !
– Je ne peux pas, Andy, soupira-t-il avec un sourire triste. Tu penses que je n'y ai pas pensé ? Bien sûr que je meurs d'envie de le coincer dans une salle de classe, de tout lui dire et de fuir la guerre loin d'ici avec lui ! Mais tu sais qui je suis, et tu sais aussi bien que moi que je n'ai pas le droit ! Je suis condamné à rester ici …
– Harry …
– Tu parles d'une vie ! lâcha-t-il soudain en enfouissant son visage dans ses mains. Je finirais mort ou assassin, comment veux-tu que j'ose m'approcher de lui si c'est tout ce que j'ai à lui offrir ...
Je crus percevoir un sanglot dans sa voix et je posai une main compatissante sur sa nuque. Mon père faisait toujours ça lorsque j'allais mal …
– Ron et Hermione te soutiendront toujours. Ils t'aiment, tu le sais bien. Même s'ils ont du mal à l'accepter, ils ne te laisseront pas tomber. Pas après tout ce que vous avez traversé ensembles. Et si cela les dégoute, explique-leur que tu restes le même ! Je serais là, si tu as besoin de soutien. Mais dis-leur, ça ne te fera que du bien …
Je me relevai sur ces mots. Je sentais presque les larmes se rassembler derrière mes yeux, il ne fallait pas que je pleure devant lui encore une fois …
– On devrait y aller ! lançai-je avec entrain. Ils vont commencer à se demander où nous sommes.
Devant la Salle Commune, je lui souris.
– Tu n'as pas à leur dire maintenant. Simplement, pense-y.
Il ouvrit la bouche avant de s'interrompre et de hocher la tête. Je lui souris de nouveau. Mais soudain une tornade se jeta littéralement sur lui.
– Harry ! hurla une tête rousse.
Ginny, suspendue au cou de mon père, me jeta un regard noir. Ne me retenant plus, j'éclatai de rire.
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Le soir tombé, j'abandonnai mes amis pour rejoindre le lac, après avoir récupéré Eanna dans ma chambre. La pauvre sortait de moins en moins et j'avais peur qu'elle ne s'ennuie.
Dumbledore était assit sur un fauteuil au bord de l'eau, sirotant une tasse de thé. Il m'offrit un sourire en me voyant et fit apparaître un second fauteuil. Eanna voleta joyeusement jusqu'à l'accoudoir et s'y posa, alors qu'Albus caressait doucement son petit crâne.
Comme à chacune de nos rencontres, je m'assis dans le second fauteuil et commençai à lui raconter ma journée.
Ces rencontres arrivaient entre une et deux fois toutes les semaines, me remontant un peu le moral, me permettant de déballer mon sac, de raconter tout ce dont j'avais envie – du petit coup d'œil de mon père à mes souvenirs d'enfance … Je lui parlais de mes relations à Poudlard – principalement de Severus et Pompom.
Le même rituel s'effaçait à dix heures passées, et il me conseillait d'aller dormir. Avec un sourire, je lui souhaitai la bonne nuit et rentrai dans les couloirs du château. Il me fallait voir mon père. Il fallait que je le vois, même de loin …
Rassemblant mon courage, je pris la direction de la Salle Commune de Slytherin, le mot de passe toujours en tête.
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La Salle était presque déserte. Par chance, seuls Draco et Blaise étaient présents, et je me rendis compte en m'avançant un peu que Dray était endormit dans le canapé de velours. Le métisse leva les yeux de son livre en entendant le passage s'ouvrir, sursauta en me voyant puis sourit.
– Hello, miss.
– Bonsoir Blaise, souris-je à mon tour.
Eanna émit un petit cri en guise de salut. Je m'avançai avec hésitation, m'asseyant à côté de mon père, face à mon parrain alors que l'oiseau se posait sur l'accoudoir.
– Il dort depuis longtemps ?
– A peu près deux heures.
Mon regard se perdit sur les traits du blond endormit. Il était si calme, si doux ainsi … Blaise soupira et posa son ouvrage sur une table basse.
– Il m'a raconté ce qu'il s'est passé ce matin.
Je baissai les yeux, il continua :
– Il s'en veut. Il commence à comprendre que tu voulais simplement l'aider.
Je ne détachais plus mon regard de mon père.
– Je ne sais pas comment m'y prendre, tu sais. Ils semblent tellement se détester que la moindre entente paraît impossible … Pourtant, ça ne l'est pas, je sais qu'ils peuvent être heureux ensembles …
Blaise étouffa un rire, attirant mon attention.
– Qu'y a-t-il ?
– J'imaginais juste Draco en robe de mariée, Potter à ses pieds lui demandant de l'épouser …
Son rire reprit et il le couvrit de sa main pour ne pas réveiller le blond. J'eus un sourire amusé, reposant mon regard sur ce dernier. Le rire de Blaise se calma bientôt.
– Tu n'es pas si loin de la vérité, fis-je avec un sourire en coin.
Il me fixa une minute en silence, un regard partagé entre l'amusement et l'agacement posé sur moi.
– Quand finiras-tu par me dire qui tu es réellement ? demanda-t-il.
– Je ne sais pas. Quand cela deviendra indispensable, je suppose …
Je soupirai et me levai, la petite chouette noire s'envolant vers le passage de la Salle Commune.
– Je dois y aller, maintenant, lui souris-je. Ne dis pas à Dray que je suis passée, il pourrait mal le prendre …
Il acquiesça. Doucement, je m'accroupis à la hauteur du visage de mon père et déposai un baiser sur son front.
– Tes problèmes s'arrangeront, je te le promet, murmurai-je.
Je saluai Blaise et rentrai à ma chambre.
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Cette nuit-là, pour la première fois depuis que Draco s'était énervé contre moi, je dormis bien. Je sentais que j'avais avancé d'un pas. Harry m'avait parlé de lui-même de Draco, et j'avais pu voir ce dernier sans qu'il ne me fusille du regard … Au moins, mon moral remontait !
Eanna se posant sur sa cage, je fermai les yeux dans mon lit, me laissant envahir par mes rêves.
(1) → Désolé, l'influence rôliste, j'ai pas pu m'en empêcher …
A Suivre ...
