Chapitre 8


Alors que les jours défilaient, la fin du mois d'octobre approchait à grands pas. Harry avait commencé à se confier à moi, me racontant ses sentiments, les attentions qu'il portait à Draco … Ron, Neville, Seamus et Dean – que j'avais appris à connaître avec le temps – me parlaient de plus en plus comme à une amie. Ginny, souvent accompagnée d'Hermione, m'observait de loin, toujours un peu sur la défensive. Draco et les Slytherin ne m'approchaient plus, c'était à peine si j'avais le droit à un regard … Severus restait aussi gentil avec moi, à sa façon, et Minerva et Albus passaient plus de temps avec moi.

Ce dernier n'avait encore trouvé aucun moyen me permettant de rentrer à mon époque, mais cela ne faisait que deux mois que j'étais là, et je pouvais encore supporter quelques temps. Les résultats obtenus en un si court laps de temps me réjouissaient, même si l'écart qui se creusait entre Draco et moi continuait de m'attrister …

Chez les sorciers, Halloween avait toujours été une grande fête. Aussi, personne n'avait été surprit lorsque, une semaine avant l'évènement, Dumbledore déclara qu'un bal serait organisé dans la Grande Salle.

Les couples s'étaient vite constitués. Ron, ne voulant pas reproduire la même erreur que lors de sa quatrième année, ne tarda pas à inviter Hermione qui, rougissante, accepta. Ginny proposa à Harry de l'accompagner mais, dans un gazouillement ressemblant à « … 'Vais pas y aller … 'Déteste les rassemblements », il refusa gentiment. Dean l'avait alors remplacé avec un sourire.

De la bande de Gryffindor ne resta ainsi qu'Harry et moi-même. En milieu de semaine, alors que nous étions seuls dans la Salle Commune, Harry demanda soudain :

– Tu y vas, alors ?

– Je ne sais pas, répondis-je sincèrement. Avec qui pourrais-je y aller ? Mais toi, tu n'as toujours pas invité Dray ?

Il rougit et baissa les yeux.

– Ça va pas ? Imagine un peu la scène ! Non seulement tous sauraient que je suis gay, mais en plus on se moquerait de moi ! Sans compter qu'il n'y a aucune chance pour qu'il accepte ; au mieux, il m'ignorera complètement, au pire il en profitera pour me rabaisser encore ! C'est comme creuser ma propre tombe ! Autant aller voir Voldemort tout de suite …

– Ah, les histoires de cœur, m'exclamai-je exaspérée. Harry, il serait temps que tu en parles à tes amis.

Il soupira, se laissant tomber dans un fauteuil.

– Comment veux-tu que je leur dise ? Tu me vois y aller et leur lâcher « Hello, vous saviez pas ? Je suis gay ! » ?

– C'est parce qu'ils sont tes amis qu'ils comprendront ! Tu te fais du mal à tout garder pour toi !

Un nouveau soupir lui échappa et il se prit la tête dans les mains.

– Je sais. Mais là, maintenant, je peux pas … Après le bal, je leur dirais après le bal …

Je lui souris et me levai.

– Bien, puisque tu es décidé, je vais voir Draco !

Il sursauta et me fixa, choqué.

– Q-Quoi ?

– Je vais voir Draco, répétai-je. J'essaie de renouer avec lui.

Il blêmit alors que je m'éloigner vers le portrait de Fat Lady.

– T-Tu ne lui dis rien, pas vrai ?

– Ne t'en fais pas. Je te laisserais l'honneur de lui annoncer que ton cœur lui est entièrement dévoué, souris-je avec un révérence.

Je franchis le portrait, saluant son habitante, et descendis les escaliers jusque dans les cachots.

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Dans la Salle Commune des Slytherin, Blaise lisait tranquillement assit dans un fauteuil de velours. Il était seul, excepté un première-année affalé sur une table non loin de la cheminée.

Je saluai mon parrain d'un sourire et m'assis face à lui, attendant qu'il ait finit son passage de lecture. Au bout d'un petit moment, il referma l'ouvrage qui disparut, sans doute envoyé dans son dortoir, et m'offrit un large sourire.

– Dray est à la douche, dit-il, il revient d'un entraînement de Quidditch. Tu arrives toujours lorsqu'il n'est pas présentable ! Quelle chance tu as !

Je ris doucement avec lui. Petit à petit, la conversation vira sur le sujet d'Halloween.

– Draco a fait fuir toutes les belles filles ! Et comme je suis toujours avec lui, il n'y en a pas une qui souhaite m'approcher, m'avoua-t-il avec un soupire.

– Harry est libre, espérons que Dray tentera sa chance avec lui, pour une fois …

– Trouillard comme il est, ça m'étonnerait, répondit le métisse. Et toi ? Tu as trouvé quelqu'un ?

– Non, il me faut être libre durant la soirée, ils risquent d'avoir besoin de moi …

– Allons-y ensemble.

Je relevai les yeux vers lui.

– Pourquoi pas ? Au moins je sais que tu ne me demandera pas de danser avec toi, ajoutai-je dans un rire.

– Quel dommage … Mais au moins je suis fixé. Je promets de ne pas être dans tes jambes !

Il m'adressa un clin d'œil auquel je ris doucement. Puis, me levant, je pris congé.

– Je ne vais pas l'attendre, il le prendrait sûrement mal s'il me voyait ici. Prends soin de lui, assure-toi qu'il soit magnifique pour le bal !

– Compte sur moi ! Je l'ai à l'œil.

Sortant des cachots, je me dirigeai vers le bureau de Severus. Mon plan pour Halloween était fixé, et j'avais bien besoin d'en discuter avec quelqu'un.

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Me faufilant par la porte de ses appartement, j'entrai sans bruits, quand soudain je sursautai.

– MALFOY !

Je rentrai la tête dans les épaules, esquissant un sourire gêné au regard du professeur de Défenses Contre les Forces du Mal, adossé à la porte de sa salle de bain.

– Hem … Bonsoir, professeur, souris-je innocemment.

– Et lèche-bottes avec ça ! Que faites-vous là ?

– Je rends visite à un ami, mais il me semble occupé, je me trompe ?

Il sourit alors et m'indiqua un fauteuil d'un mouvement de la tête. Je m'assis avec un large sourire alors qu'il disparaissait dans une pièce. Il revint quelques secondes plus tard chargé d'un plateau avec deux tasses de thé.

– Merci.

– J'ai fais une tarte aux pommes, tu en veux ?

Je le fixai alors, un peu choquée.

– Tu as fais ?

Il soupira d'exaspération.

– Où est le problème, cette fois ?

– T-Tu veux dire que tu as mis un tablier, que tu as coupé les pomme en tranches, que tu as mis le plat au four ?

– C'est en effet de cette façon-là qu'on fait les tartes aux pommes, miss Malfoy. En voulez-vous ou non ?

Embarrassée, j'acceptai. Il se leva alors et disparut de nouveau dans la pièce d'à côté. Intriguée, je me levai et le suivis.

La pièce que j'avais cru être sa salle de bain était en fait une cuisine – totalement différente de la pièce que j'avais visité un mois plus tôt. Severus était accroupit devant un four, sortant un plat garni d'une tarte aux pommes à l'aide de maniques grises. Lorsqu'il posa le tout sur le comptoir, je soupirai de soulagement, attirant son attention.

– Quoi ?

– J'ai eu peur un moment de te voir avec des maniques à fleurs comme une parfaite mère au foyer.

Il grogna.

– Quelles bêtises racontez-vous encore ? marmonna-t-il.

Revenant au salon, il me servit une part que je goûtai avec une certaine appréhension … Étouffant une exclamation à la première bouchée, je lui souris, lui faisant hausser un sourcil.

– C'est délicieux ! Encore meilleures que celles de Draco !

– Évidemment, dit-il simplement.

Tout en mangeant la part de gâteau, je ne cessais de le fixer.

– Quoi encore ? s'énerva-t-il.

– Je ne m'attendais pas à ce que tu cuisines, c'est tout. Je veux dire, tu aurais pu en commander une aux Elfes du château …

Il soupira.

– Est-ce que tu demandes à des Elfes de faire des potions ?

– Heu .. Non, mais …

– Eh bien, miss Malfoy, c'est la même chose ! Je suis avant tout diplômé de Potions, il est normal que je pratique aussi la Cuisine, qui est un art qui s'y rapporte en tous points.

Je ris doucement.

Chaque jour je découvrais une nouvelle facette de Severus. Et celle-ci me plaisait d'autant plus que je pourrais lui commander des gâteaux pour Noël …

– Sinon, que vouliez-vous ?

Il était courant qu'il passe du tutoiement au vouvoiement sans transitions. Si au début je l'avais pris comme un changement d'humeur soudain, j'avais vite compris qu'il n'y faisait aucune différence. Qu'il m'appelle Andy ou Miss Malfoy ne signifiait rien de particulier … Sauf peut-être une volonté de sauvegarder sa réputation de professeur intransigeant.

– A propos du bal de ce week-end, j'ai réussis à faire en sorte qu'Harry et Draco soient les seuls à être libres dans leurs maisons.

– Allons bon. Vous avez vous aussi trouvé quelqu'un ?

– Blaise m'a invité. Comme il veut autant que moi le bonheur de Draco, il a tout de suite accepté de m'aider.

Il détourna les yeux.

– Ne me dis pas que tu n'y va pas ?

Un grognement me fit comprendre que j'avais visé juste.

– Avoue que c'est parce que tu ne sais pas danser !

– Fiche-moi la paix, gamine, gronda-t-il alors que je commençais à rire.

Son sourire en coin fit redoubler mon hilarité.

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A peine une heures avant le début du bal d'Halloween, alors que tous les Gryffindor allant à la fête achevaient de se préparer dans leurs dortoirs et salles de bains, entraînant de joyeuses scènes de disputes à propos de l'ordre de passage devant les miroirs, j'avais préféré me reposer dans la Salle Commune, armée d'un livre de potions de septième année emprunté à la bibliothèque. Harry, allongé sur le canapé à mes côtés, dormait d'un sommeil assez agité.

Il eut soudain un sursaut, attirant mon attention.

– Harry ?

Je posai mon livre sur une table basse, m'approchant de lui. Alors que je posais ma main sur son épaule avec l'intention de le réveiller, il se redressa brusquement, les yeux écarquillés et le souffle irrégulier.

– Harry, tout va bien ? Encore un cauchemar ?

– Draco …

– Quoi ?

Il se leva d'un bond, me bousculant au passage.

– Il a Draco ! Il le torture !

– Harry, calme-toi, qu'est-ce que …

Il se tourna brusquement vers moi.

– Comment veux-tu que je me calme ? hurla-t-il.

– Si tu m'expliquais, je …

– Ça recommence, reprit-il paniqué, comme l'an dernier ! Voldemort a enlevé Draco, il le torture quelque part, il …

– Calme-toi, Harry. C'était juste un rêve, Draco va bien.

– Comment tu peux en être si sûre ? hurla-t-il se nouveau.

Je soupirai. Plongeant mes yeux dans les siens, je lui souris doucement.

– Tu ne veux pas au moins vérifier avec la Carte avant de faire une bêtise ?

Sans attendre il s'engouffra dans l'escalier menant à son dortoir. Un grand bruit de déménagement retentit jusqu'en bas, puis il redescendit, lançant un simple « Désolé Neville ! » par dessus son épaule.

Étalant la carte sur la table, il s'accroupit face à elle et bafouilla quelques secondes avant de prendre une inspiration et de prononcer plus distinctement la phrase habituelle.

Durant quelques minutes je le vis fouiller la Carte des yeux avec une lueur d'affolement, puis il souleva un autre morceau du parchemin, dévoilant les cachots des Slytherin. La main tremblante, il effleura l'icône au nom de Draco Malfoy, poussant un profond soupire de soulagement.

Il s'assit sur le tapis, basculant la tête en arrière.

– Ça va mieux ? soufflai-je.

– Je suis désolé, dit-il. J'aurais dû m'en douter. Il m'avait envoyé une fausse vision aussi, l'an dernier, quand …

Il ne finit pas sa phrase mais je devinais qu'il faisait allusion à son parrain. Mais soudain il sursauta à nouveau, et se tournant vers moi il me prit par les épaules.

– Andy. S'il m'a envoyé ces images, ça veut dire qu'il sait pour Draco … Il … Il peut s'en servir contre moi … Andy, il va s'en prendre à Dray, il pourrait …

– Harry ! On va le protéger. D'accord ? A nous deux, on le protègera. Voldemort ne le touchera jamais.

Il ferma les yeux un moment, inspirant pour se calmer.

– Écoute, repris-je, tu vas aller te préparer pour le bal et je vais en faire de même. On se retrouve dans la Grande Salle et tu pourras le voir avec son éternel sourire arrogant de petit bourge' égoïste, d'accord ?

Il me sourit faiblement et se releva.

– Allez, vas-y.

Alors qu'il disparaissait dans les escaliers, je murmurai le mot de passe de ma chambre et m'y engouffrai.

Le souvenir du décès de son parrain était encore présent, comme marqué au fer rouge dans son esprit. Dans mon présent, mon père m'avait raconté ce qui s'était passé lors de sa cinquième année, et une vingtaine d'années après, ce souvenir lui faisait encore mal. Après tout, pensais-je en me changeant, il n'était pas si étonnant qu'il ait si peur que Dray soit une énième victime du serpent-mytho-mégalomane …

Enfilant ma robe de soirée aux tons pourpres, je coiffais mes cheveux en catogan, m'assurant d'être présentable – j'entendais déjà la voix scandalise de mon père lancer « Une Malfoy n'est pas présentable, elle est parfaite ! ». Caressant en passant la tête d'Eanna, j'en profitai pour la nourrir avant d'ouvrir la fenêtre pour la laisser sortir. Elle voleta quelques minutes dans la pièce et s'envola avec un léger cri.

Je sortis enfin de ma chambre pour trouver Harry en compagnie de Ron, Hermione, Ginny et Dean. Je leur fis un large sourire auquel ils répondirent, puis tous s'engagèrent vers le portrait.

– On est déjà en retard, le bal vient d'ouvrir ses portes ! s'écria Ginny avec bonne humeur.

– On arrive, partez devant, fit Harry ne me retenant.

Je lui lançai un regard surpris puis souris aux autres qui disparurent derrière le portrait de Fat Lady, laissant la salle Commune vide.

– Harry ?

– Je voulais juste te remercier.

– Tu sais bien que c'est pas la peine.

– Peut-être, mais j'ai l'impression que t'es la seule à me comprendre, même Ron et Hermione ne se rendent pas compte que … que je suis simplement amoureux !

Je lui souris.

– On verra ça plus tard, 'Ry. Allez, on y va. Tu as un blond à séduire, ajoutai-je avec un clin d'œil.

Le portrait s'ouvrit et il sortit en lâchant un rire noire.

– J'espère pas tant tu sais …

– Ah bah te voilà enfin ! s'écria une voix grave.

Je vis alors Blaise, les bras croisés devant nous. Je lui fis un large sourire en m'excusant.

– Je sais que je suis en retard, désolée.

– C'est rien, sourit le métisse.

Je me retournai vers mon père qui s'était figé.

– Heum … Je crois que vous vous connaissez déjà, dis-je mal assurée.

Souriant de nouveau à Harry, je continuai.

– Allez, va t'amuser avec Ron et Hermione. Et n'oublie pas, il ne craint rien.

Il acquiesça et tourna les talons en soufflant un « Bonne soirée. ». Je soupirai.

– Il s'est passé quelque chose ? demanda Blaise.

– De mauvais souvenirs, dis-je simplement.

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La porte de la Grande Salle s'ouvrit sur une majorité de sixièmes et septièmes années. Je remarquai avec amusement le bar au milieu de la salle et souris en y voyant Ron déjà accoudé.

Les tables avaient été retirées pour laisser la place à chacun de circuler tranquillement.

Ginny discutait avec son cavalier, Hermione à ses côtés.

Je repérai rapidement Harry, adossé à une colonne, dans l'ombre, la tête baissée.

– Andy, tu viens ?

Je souris à Blaise qui m'attendait quelques pas plus loin et lui montrai une tête blonde à l'autre bout de la Salle, dont le regard orageux ne se détournait pas de la silhouette du Survivant. Il rit doucement.

Plus la soirée avançait, plus je désespérais de voir mes parents faire le moindre geste l'un envers l'autre. Résignée, j'allai voir Harry.

– 'Ry, va danser ! Oublie tes problèmes, fais-moi confiance.

Il hésita un instant.

– Encore quelques minutes, Andy. Après j'y vais, promis.

Avec un soupire amusé, je repartis vers Blaise qui dansait depuis quelques pistes déjà. Attrapant son bras au vol, je l'attirai vers moi un peu à l'écart.

– Va dire à Dray de l'inviter à danser, dis-je en essayant de couvrir la musique de ma voix.

– Il va se prendre un vent …

– Fais moi confiance, Blaise. Dis-lui de mettre un masque, ça devrait aller.

Le métisse acquiesça et se dirigea vers Draco, lui chuchotant mon idée. Il rougit et refusa en premier lieu, mais les arguments de Blaise semblèrent le convaincre.

D'un coup de baguette, il fit apparaître un masque blanc qu'il plaça sur son visage. Je vis ses épaules tressaillir puis il se reprit et s'avança vers le brun à l'autre bout de la salle. Il s'inclina devant lui et je pus voir avec amusement Harry rougir violemment. Il chercha un instant mon regard que je détournai. Du coin de l'œil, je le vis accepter l'invitation de Draco. Un large sourire satisfait s'étira sur mes lèvres et je me tournai vers Blaise, lui faisant un clin d'œil.

Le reste de la soirée, je suivis des yeux mes parents sur la piste de danse. S'il avait semblé très gêné au début, Harry paraissait à présent beaucoup plus détendu, même très à l'aise dans les bras de Draco, même s'il ignorait son identité. Blaise m'invita à danser lorsque le rock laissa place aux slow, et je me retins un instant de bénir Dumbledore en voyant Harry s'empresser de tirer Dray sur la piste de danse.

Je souris, émue.

Au bout d'un moment, je les vis s'éloigner vers les couloirs. M'excusant auprès de Blaise, je lui soufflai un « Je m'en occupe. ».

Sortant à mon tour de la Grande Salle, je les retrouvai au détour d'un couloir. Me cachant au coin, je jetai un œil vers eux. Harry était adossé au mur, Draco se tenant juste devant lui.

Le brun releva alors la tête vers le masque blanc et amorça un geste pour le retirer, mais Draco retint rapidement sa main.

– Je veux te voir, murmura mon père.

– Désolé, fut la seule réponse de Dray.

Je le vis lever une main hésitante et la poser sur les yeux d'Harry, lui cachant la vue, alors qu'il retirait son masque de l'autre. Doucement, il posa ses lèvres sur celles du brun qui sembla répondre au baiser.

J'eus alors l'impression d'être de trop dans ce décor, et je m'apprêtais à partir lorsque Draco rompit doucement leur échange. Il glissa jusqu'à son oreille et je pus entendre « Oublie-moi. » avant qu'il ne fasse volte-face, laissant derrière lui un brun rougissant et stupéfait.

D'abord blasée par ce comportement, je compris doucement son attitude. Harry était sensé le détester, alors quelle aurait été sa réaction s'il avait su qui se cachait derrière le masque ? Moi, j'avais tous les éléments, je savais quels étaient les sentiments d'Harry, mais Dray, lui, les ignorait. Il était normal qu'il ait peur de sa réaction …

Harry sembla soudain reprendre ses esprits. Il prit le chemin de la Tour de Gryffindor, le regard dans le vide, sans même me voir.

Passant devant la Grande Salle, je fis un signe de main à Blaise pour le prévenir que je partais, puis je me précipitai dans notre Salle Commune à la suite de mon père. Ne l'y voyant pas, je montai directement dans son dortoir.

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A cette heure-ci, tout le monde était dans la Grande Salle, aussi ne vis-je que mon père, effondré sur son lit. Je m'approchai et m'assis à ses côtés.

– Harry ?

– Hn.

– Ça va ? hésitai-je.

Il se redressa en soupirant.

– Je viens de passer une soirée géniale avec un mec à qui j'avais l'air de plaire – chose rare et exclusive – et qui, très franchement, me plaisait assez pour que j'ai l'impression d'être avec Draco. Ô miracle, il m'embrasse, mais alors que j'allais enfin savoir qui il est, je me fais rejeter comme un mal-propre avec comme seul conseil un « Oublie-moi » pas franchement amical. Oh oui, je vais très bien ! cracha-t-il.

Un soupire m'échappa.

– Je ne te savais pas si cynique. Dray déteint sur toi …

– Andy, s'il te plaît, c'est pas le moment, fit-il en replongeant sa tête dans son oreiller.

– Hey, je ne pense pas que tu te sois fais rejeté, lui soufflai-je plus doucement.

– Ah non ? Il s'est barré en courant, comment tu appelles ça, toi ?

– Harry !

– Quoi ? éclata-t-il en relevant une fois de plus la tête.

Je souris, amusée.

– Tu restes un éternel incorrigible !

– Qu- … Andy ! Je t'ai dis que …

– Harry James Potter, écoute-moi ! Tu aimes Dray, n'est-ce pas ? Alors où est le problème ?

Il grommela quelques secondes avant de se redresser, s'asseyant à côté de moi sur le lit.

– Je ne sais pas, j'ai juste un peu l'impression qu'il a joué avec moi …

– Qui, Dray ?

– Non ! Le mec avec qui j'ai passé la soirée … Je ne sais même pas qui c'est, alors j'en suis venu à me dire que peut-être …

– Quoi ? Peut-être quoi, Harry ?

– Peut-être que quelqu'un sait que je l'aime et a fait exprès de m'inviter à danser juste pour se fiche de moi !

Je le fixai une seconde, surprise qu'une telle pensée ait pu le traverser.

– Tu aurais dû le voir, continua-t-il, il était exactement comme Draco. La même taille, les mêmes mèches d'un blond presque blanc … Même ses yeux étaient du mercure liquide, au travers du masque !

– Mais …

– Si Voldemort sait combien je tiens à lui, quelqu'un d'autre a bien pu être au courant, non ?

– Je ne comprends pas pourquoi tu …

– Je ne veux pas qu'il se serve de lui contre moi ! cria-t-il.

Un long soupire lui échappa. Un léger silence plana, puis je le rompis.

– Hey, reprends-toi, petit lion, souris-je alors. Tout va s'arranger, je te le jure au nom de Merlin.

– Comment tu sais ça ? lança-t-il, acide. T'as vu l'avenir ou quoi ?

– C'est quelque chose comme ça, oui, ris-je en me levant.

Il me regarda, intrigué et déconcerté, avant de soupirer de nouveau, abandonnant la lutte.

– J'ai vraiment du mal à te comprendre …

Je ris de nouveau.

– Allez, va prendre une douche, ça va te changer les idées.

Il grogna et prit le chemin de la salle de bain.

Je descendis jusqu'à la Salle Commune, quittant son dortoir, mais à peine avais-je mis un pied sur le dallage de pierre que Ginny me sauta presque à la gorge. Ron, Hermione, Seamus, Dean et quelques autres Gryffindor que je ne connaissais pas avaient apparemment quitté la Grande Salle pour rejoindre la Tour.

– Qu'est-ce que tu faisais là-haut, hein ? s'écria la jeune rousse.

Je soupirai.

– Ginny, arrête de te faire des films, tu veux ?

Je vis du coin de l'œil une grande partie des autre élèves quitter la salle pour monter dans leurs dortoirs.

– Je veux une explication ! On en veut tous, ici !

Bientôt ne restèrent plus que Ron, avachit sur un canapé et assez embarrassé du comportement de sa sœur, Seamus, assit dans un fauteuil et discutant avec Dean, et Hermione, occupée à parcourir pour la vingt-septième fois un bouquin dont le titre-même ne me disait rien.

– Malfoy !

Harry choisit ce moment-là pour descendre du dortoir, les cheveux encore trempés.

– Qu'est-ce qui se passe ? On entend tes cris jusqu'en haut !

Je souris et me tournai vers lui.

– Gin' est jalouse, lançai-je.

Elle rougit légèrement mais son regard noir ne me quitta pas.

– 'Ry, tu avais dis que tu leur dirait tout après le bal. C'est le bon moment, non ?

Il déglutit bruyamment.

– Je ne sais pas si … Enfin, Dean et Seamus …

Je lui souris.

Même si Seamus et Harry avaient eu des différents l'année précédente, et même si Dean n'était pas son plus proche ami, dans mon présent ils étaient de très bons amis. C'était même Seamus qui m'avait apprit à parler Irlandais. Du moins, il avait commencé les cours l'année passée …

Tous deux avaient relevé la tête à l'appel de leur nom et, plongeant mon regard dans les leurs, je leur souris.

– J'ai confiance en eux, 'Ry.

Les jambes légèrement tremblantes, il se laissa tomber dans un fauteuil.

– J'ai quelque chose à vous dire, lâcha-t-il alors.


A Suivre ...