Chapitre 2 : La vie chez les Orcs
La poussière de l'endroit m'irritait et me salissait. Je voulus me laver et me rafraichir un peu. Je me mis donc à chercher un point d'eau. Lorsque j'apperçus les palmiers d'une oasis, j'avais cru enfin trouver mais je m'arrêta quand je vis que des créatures à l'air hostile habitaient ici. Elles avaient des bustes humains et le reste du corps d'un cheval et s'amusaient à créer des nuages orageux au-dessus de leur tête. Je profita de leur inattention pour m'approcher du point d'eau. Je bus comme jamais je n'avais bu. Enfin abreuvée, je voulus m'ôter la poussière qui me recouvrait. Je me pencha sur la surface de l'eau et hurla. Je releva la tête et m'apperçus que j'avais alerté les créatures. Je m'enfuis, le plus vite que je pus, et ne m'arrêta que lorsque je me sentis en sureté. Je m'étais effrayée moi-même : je n'étais plus moi-même. Le reflet que j'avais vu dans l'eau ne pouvait être moi. Je n'avais plus ma peau bleutée, mes cornes dressées sur ma tête. Les remplacaient une peau pâle, de longues oreilles pointues percées chacune de trois boucles d'oreilles à leur extrémité, des yeux verdâtres et des cheveux aussi foncés que la nuit. J'étais devenue plus petite, plus fine. C'est alors que je compris le pouvoir cette orbe. J'allais devoir vivre dans ce corps, ce corps qui était le mien et, pourtant, m'apparaissait comme étranger. Je n'avais pas fait attention que je courrait avec des pieds et non plus avec des sabots, que ma queue ne battait plus l'air derrière moi au moindre mouvement. Il allait falloir s'y faire...
Et je m'y suis faite... Je vis aujourd'hui dans ce corps qui m'est devenu familier, avec lequel je marche, je cours, je maudit, je torture, je tue.
Un papillon voleta devant mon regard et me replongea dans mes souvenirs...
Un papillon qui voletait... Des bâtiments hauts et colorés... Un soleil radieux et de la poussière et du sable partout, suivant le gré du vent ... J'étais enfin arrivée au but de mon voyage. "Demande ton chemin pour atteindre la puissante cité de Thrall, Orgrimmar. Le reste, ce sont tes choix qui décideront de ton avenir. N'en veux pas à l'Alliance pour ce qu'elle t'a fait, tu combattras peut-être un jour avec elle. Bonne chance ma fille. Je te souhaite de vivre heureuse."
C'est donc ici que débutera ma formation. Mais deux questions m'interpelèrent : quelle formation choisir ? A qui devrais-je m'adresser pour la débuter ? Je me souvins alors que mon père m'avait dit qu'il avait suivi une formation de guerrier étant jeune.
Je pénétra dans cette immense cité. Des Orcs en armure gardaient le passage, disposés de part et d'autre des rues. Si on pouvait vraiment appeler cela des rues... Tortueuses, descendant puis remontant, on pouvait dire que cette ville ne souffrait pas d'un plan régulier... Je m'approcher d'un garde et lui demanda :
- Euh... Excusez-moi... On m'a dit que je pouvais devenir guerrière ici. Je dois faire quoi ?
- Allez voir le maître des guerriers, Grezz Ragepoing, dans le Hall des braves, situé dans la Vallée de l'Honneur. Mais faites attention à vous dans La Herse, des gens mal attentionnés pourraient vous aborder...Et si vous pouviez lui glisser un petit moi sur moi, ce serait gentil...
Il me montra la direction à suivre, je le remercia et partit. Lorsque je rentra dans le quartier qui devait être La Herse, je m'apperçus que la lumière, pourtant très présente dans cette région, ne filtrait que très peu à travers les larges voiles tendus entre les toits. Je serra la poignée de la dague accrochée à mon côté et marcha, tranquillement, essayant de camoufler la peur qui me saisissait. Très peu de gardes dans cet endroit... Des odeurs horribles qui prenaient la tête, difficiles à identifier... Les quelques torches bordant la rue ne rassuraient pas non plus, créant de longues ombres sur les murs des maisons...
- Hé bien, mignonne ! Tu t'es perdu ? Tu veux de l'aide ?
Je me retourna vers la voix qui venait de m'interpeler et découvrit un elfe, à moitié ivre vu la démarche qu'il prenait pour s'avancer vers moi.
- Non je sais où je vais merci.
- Allez, viens je vais te montrer un coin secret. Y a que moi qui le connais.
D'instinct, je savais qu'il vallait mieux éviter de le suivre. Je me détourna de lui et continua mon chemin, lorsque je me sentis retenue par le poignet.
- Allez viens. Tu ne crains rien avec moi, je te protègerais des vilains qui rodent.
Il s'était rapproché assez près pour que je sente son haleine d'ivrogne. Ecoeurée, j'essaya de retirer mon bras de son étreinte mais il résita et tint bon.
- Lâchez moi ! Vous me faîtes mal ! Arrêtez !
Il ne voulait pas céder. Plus je me débattais, plus il resserrer sa prise et m'attirait vers lui. Son corps puant l'alcool et la sueur se rapprochait de plus en plus. J'allais en avoir la nausée lorsque ma main libre se posa sur la garde de ma dague. Je le regarda, pleine d'horreur mais aussi de rage.
- Lâchez moi ou vous allez le regretter !
- Toi ? Tu penses que tu vas réussir à me faire mal ?
Il éclata d'un rire sonore, dévoilant ses dents à moitiés gatées. Je saisis ma dague, la retira de son fourreau et la lui planta dans la jambe. Il hurla de douleur, me relâcha et crispa ses mains sur sa plaie. Je profita de ce moment pour m'enfuir, attendant derrière moi les insultes qu'il proférait.
Je rigola intérieurement. C'était la première fois que je blessais quelqu'un... Maintenant, je ne comptais même plus le nombre de blessés, graves ou légers, voir même de morts que je faisais tout les jours. J'utilisais toujours la même dague. Sans le savoir au début, cette lame était une arme redoutable, d'une précision et d'une rapidité à toute épreuve. Je la sortis de son fourreau accroché à ma ceinture. Sa lame brillait d'un éclat verdâtre devenant parfois bleuté. Les runes à sa surface s'animaient parfois, selon l'émotion que je ressentais au combat. Enfin, est-ce que je ressentais encore quelque chose à tuer un être ?
J'atteignis enfin ce qui, je le supposais par sa taille, le Hall des Braves. L'endroit était immense et y régnait une atmosphère lourde. Des voix parlaient à l'intérieur, de plans de bataille apparemment. Je m'avança, doucement. Lorsqu'ils m'apperçurent, le silence se fit dans la salle. J'étais gênée, mal à l'aise.
- Excusez-moi, on m'a dit de venir ici pour m'adresser un à certain Grezz Ragepoing. C'est pour devenir guerrière.
Ils éclatèrent tous d'un rire tonitruant. Je rougis, encore plus gênée.
- Qu'est-ce qu'on nous ramène pas de nos jours...
- Tu vas encore devoir faire des miracles Grezz, mais là, je doute de tes compétences ...
L'Orc auquel ils s'adressaient tous écrasa du doigt la larme qui coulait sur son visage. Ils pleuraient tous de rire. Il vint vers moi, dans son armure imposante et commença à me parler sur un ton de rustre.
- Alors comme ça, toit, petite créature elfique, tu voudrais devenir une guerrière ? Tu sais le poids que pèse une épée ? Et une bonne armure en plaque forgée par un bon forgeron ? Un bouclier bien massif ? Tu penses pouvoir te mouvoir avec tout cela sur ton dos ?
- Et bien...
- Tu penses que, frêle comme tu es, tu arriveras à suivre le rythme des combats imposé ?
- Je...
- Tu penses que tu sauras trouver la faille dans l'armure de ton adversaire pour l'exploiter à tes fins ?
- J'aimerais juste ...
- Tu penses que tu sauras choisir entre une épée à deux mains et une bonne hache ?
- ...
- Tu penses que tu sauras faire la différence entre un forgeron nain et un humain ?
- Non ! Je ne pense pas !
J'avais hurlé ces derniers mots. Il commençait à m'énerver avec ses questions stupides. Je me rendis compte que tout les Orcs de la salle s'étaient remis à rire et cela m'énerva d'autant plus.
- Bien ! Tu viens de comprendre le premier principe de mes cours !
Je le regarda, complètement stupéfaite. Quel était donc cet étrange professeur qui semblait prôner pour la non-réflexion ?
- Bon, comme tu me sembles déterminée, je vais donc t'aider dans ta voie.
Il rigola, de son rire gargantuesque. Je me demanda vraiment comment un tel être pouvait être un maître pour les guerriers...
- Pour débuter ta formation, je vais t'écrire une lettre de recommandation pour un de mes collègues. Il te formera du mieux que tu pourras.
Je me saisis de la lettre qu'il me tendit.
- Il se situe dans la Vallée des Epreuves, au fin fond de Durotar. Tu ferais mieux de te dépêcher : la région est hostile la nuit pour des fillettes comme toi.
Je me dépêcha de sortir de ce bâtiment, leur rire bestial raisonnant derrière mon dos. J'espérais bien ne plus jamais avoir affaire à des personnes aussi grossières. Je ne connaissais que mal ce peuple d'Orcs mais le peu que j'avais vu m'avait montré qu'ils ne possédaient pas le raffinement qu'il y avait chez les Draeneis...
Je courrus le plus vite possible afin d'atteindre ma destination. Après m'être arrêtée plusieurs fois pour demander mon chemin et me désaltérer, j'arriva dans la vallée à la nuit tombante. Plusieurs Orcs étaient ici. Je m'avança vers celui qui devait être Frang, son "collègue", au vue de l'armure qu'il portait.
- Hum...Excusez-moi... Je crois que c'est à vous que je dois remettre cette enveloppe.
Assez étonne, il me la prit des mains et la parcourut rapidement des yeux, avant d'exploser de rire.
- Il y a un problème avec cette lettre ?
- Non, non,absolument aucun, me répondit-il en essayant de s'arrêter de pouffer de rire. C'est juste étonnant de recevoir des nouvelles de cette vieille crapule de Grezz.
- Est-ce bien ici que je pourrais devenir guerrière ?
- Oui, mais repose-toi pour l'instant. On démarre l'exercice demain dès l'aube.
C'était ma première nuit à la belle étoile sur le sol hordeux. Ma région et ma mère me manquaient déjà. Une étoile apparut dans le ciel...
Une étoile au-dessus de ma tête et des reliefs alentours...Un grondement sourd brisa le silence nocturne.
- Oui, je sais Phan... Ce sont de vieux souvenirs... Mais tu lis très bien dans mes pensées... Tu sais qu'il ne faut pas que j'oublie mes origines... Et pourtant, j'aimerais tellement pouvoir vivre sans... Tout oublier... Ne plus me souvenir de ces affreux moments...
L'entraînement de guerrier n'était pas ce à quoi je m'attendais... Toute la journée durant, Frang me faisait porter des bûches de bois d'un village à l'autre, sans même me préciser les raisons d'un tel transport. Je livrais mes bûches au village de Sen'Jin où les habitants trollesques me remerciaient par un poisson ou un bout de tissu. Le soleil tapait fort, à toute heure du jour mais le pouvoir de l'orbe était tel que ma peau ne changeait nullement pas de couleur. Une longue semaine passa, sans le moindre exercice à l'épée, ni même de cours concernant les techniques, les stratégies ou encore sur le choix des armes. Je finis par me poser la question sur le but de ces chargements.
- Maître Frang ? Je peux vous poser une question, s'il vous plaît ?
L'Orc ouvrit un oeil, se réveillant à moitié et me regarda.
- J'aimerais savoir à quoi sert toutes ces manoeuvres que vous me faîtes effectuer toute la journée.
- Hum... A te forger le caractère d'un guerrier...
Pensive sur ces dernières paroles, je repartis livrer mes bûches. Me forger le caractère d'un guerrier ? Plus j'y réflechissais et plus je trouvais sa raison stupide. Il y avait un détail que je voulais vérifier...
Une fois la nuit tombée, je m'aventura jusque dans l'Antre, caverne où tout les Orcs de la vallée allaient dormir. J'avais de la chance, Frang dormait peu loin de l'entrée. Je m'approcha doucement, faisant bien attention de ne faire rouler aucune pierre. Une fois suffisamment proche de lui, je la vis : la lettre était là, accrochée à sa ceinture. J'avança ma main, tremblante, saisis l'enveloppe et sortit de la caverne, aussi silencieuse que ce que j'avais fait pour venir. A la lueur de la Lune, je l'ouvris, les mains moites. Etait-ce correct de lire un courrier qui ne nous est pas adressé ? Ce n'était plus le moment de douter. Je sortis le parchemin et commença à le lire...A la fin de ma lecture, je me sentis complétement désorientée.
"Mon vieux Frang,
Le temps des campagnes en Outre-Terre avec toi me semble assez lointain [...]. La fillette qui vient de te donner cette lettre n'est surement pas prête pour devenir une guerrière mais sa détermination m'énerve. J'ai eu beau essayé de l'écoeurer, elle souhaite toujours démarrer sa formation. Fais-lui faire des tâches qui la décourageront de cette voie, elle ne sera jamais une bonne guerrière pour la Horde.[...]
Que la Horde triomphe de l'Alliance,
Grezz Ragepoing"
J'enrageais intérieurement d'avoir été aussi naïve. J'aurais dû mieux interpréter leurs éclats de rire. Mais je n'allais pas abandonner déjà. Je devais me battre, montrer ma vraie valeur, leur montrer ce qu'ils n'avaient pas su voir en moi.
Le lendemain, en amenant mes bûches de bois au village, j'eut l'idée qui allais me permettre de l'entraîner sans avoir à demander quoique ce soit à Frang. Une fois revenue à la Vallée des Epreuves, je commença à attaquer toutes les créatures que je croisais. Scorpides et sangliers, tous devinrent mes cibles d'entrainement. En quelques jours, je réalisa le plus gros massacre que cette région ait connu depuis bien longtemps. Je voyais Frang me regarder du coin de l'oeil, allongé à l'ombre, mi-amusé et mi-étonné. Chaque jour je me dépêchais de livrer mes bûches pour retourner m'entraîner. Je baignais dans le sang jusqu'à ce que la lumière devienne trop faible pour réussir à distinguer un cactus d'une créature. Plus je tuais, plus il me semblait facile de déjouer leur défense et de leur donner le coup mortel de plus en plus aisément.
Un jour, Frang se leva et vint me voir alors que j'achevais le vingtième scorpide en moins d'une heure.
- Tu sais, je crois que nous nous sommes trompés sur ton compte. Tu n'es peut-être pas si nulle que ça... Néanmoins, tu n'es qu'une Elfe de sang et une Elfe de sang ne peut pas devenir une guerrière. C'est contre votre nature. Je suis sincèrement désolé mais tu ne peux pas rester ici pour suivre cette voie-là... Désolé petite Elfe.
J'étais désorientée, je ne savais plus que faire. J'avais choisi cette formation parce que mon père m'en avait parlé, je ne savais rien des autres choix possibles. Perdue, je me mis à errer, cherchant une solution pour mon avenir...
C'était mon premier échec et ne serait pas le dernier. Quand j'y repense maintenant, j'étais peut-être destinée à subir ces échecs... Comme punition pour avoir trahi l'Alliance sans doute...Ou alors pour être née... Naître dans un monde aussi rempli de violences n'était-il pas déjà une malédiction en soi ? En tuant nonchalament toutes les créatures que je croisais, ne les envoyais-je pas dans un monde meilleur, un monde où la violence n'existe pas ? La surface du lac me renvoyait mon reflet, plus pâle que d'ordinaire, sans doute dû à la pleine Lune qui se levait, triomphante. Un spectre... Je n'étais plus que ça... Un spectre juste bon à ôter la vie aux plus faibles... Depuis que je n'avais plus de ses nouvelles, je n'étais plus qu'une ombre qui errait, maudissant tout sur son passage...
