Chapitre 5 : L'examen final - Découverte d'une lueur
Le passage de la porte s'effectua aussi rapidement que la transposition avec l'orbe. Un escalier immense se présentait devant moi. Après avoir descendu quelques marches, je vis la plus grosse bataille que je n'avais jamais vue. Des créatures d'une taille largement supérieure à la mienne se battaient contre les forces de l'Alliance et de la Horde réunies. Je voulus aller les aider mais une voix puissante m'interpela.
- Hé ! Ne t'en approche pas, petite Elfe ! Un seul de leurs coups te mettrait vite en pièce ! Laisse donc faire les professionnels... Je vois que tu dois être nouvelle ici... Prend donc cette lettre et va voir le maître de vol. Tu la donneras au général Krakork une fois que tu auras atterri. Et, au fait... Bienvenue en Outreterre...
Je le remerciai et partis vers l'être qu'il me désignait comme étant le maître de vol. Deux mages elfiques maintenaient un portail dans un coin pour des Orcs à l'air fatigué et aux blessures profondes. D'autres Orcs ainsi que des Taurens, tous visiblement blessés, essayaient de se reposer sous de vastes paravents. Je parlais au maître du vent qui me fit immédiatement préparer un coursier du vent qui décolla dès que j'y grimpais dessus.
Le sol de la région était d'un rouge exceptionnel, que je n'avais vu dans aucune des régions que j'avais parcourues auparavant. Le voyage fut rapide mais il me tardait tout de même de reposer pied à terre.
La monture atterrit dans un campement d'architecture orque. Je devinais tout de suite à qui je devais rendre la lettre. D'allure imposante dans son armure étincelante, le général Krakork inspectait des hommes qui se tenaient tous au garde-à-vous.
- Tiens, voilà qu'on nous envoie des adolescents pour se battre maintenant !
- Je ne suis pas là pour me battre mais pour passer l'examen final de démoniste...
- Ah... Bon, alors je ne peux rien pour toi... Salut.
Il se détourna et reprit l'inspection de ses troupes. Décidément, la politesse des Orcs était bien cachée... J'allais me mettre à vagabonder lorsqu'une voix m'interpela :
- Eh ! Toi ! Tu as besoin de quelque chose ? Un renseignement ?
Je me retourna et m'aperçus qu'un voleur était là, tellement bien camouflé que je ne l'avais pas remarquer avant.
- J'avoue être un peu perdue ici... Je dois asservir un démon pour réussir l'examen final de démoniste... Mais je ne connais en rien la région...
- Asservir un démon ? Hum... Je n'y connais rien en démonologie mais je sais où trouver le plus puissant des démons... Mais tout renseignement n'est pas gratuit tu sais...
Je sortis quelques unes des pièces d'argent que j'avais en poche.
- Toi, tu sais parler mon langage !
Il s'en empara avec avidité et les rangea avec empressement au fond de sa poche.
- Bon, alors voilà... Son repère démoniaque se trouve dans une autre région. Tu auras quelques journées de marche pour l'atteindre mais ça en vaut le coup, si tu arrives à prendre quelques uns de leurs trésors... Cet endroit est appelé Temple de Karabor. Voilà tout ce que je sais... J'espère avoir pu t'aider. Bonne chance et si tu as encore des renseignements à demander ou des affaires à vendre, préviens-moi...
A peine arrivée que l'on m'offrait déjà une voie à suivre... Une bonne étoile devait guider ma route... Le Temple de Karabor... Il ne me restait plus qu'à connaître sa localisation exacte et le moyen d'y accéder... Si la chance continuait d'être avec moi, je retournerais bientôt en Azeroth... Le seul problème qu'il restait était : à qui demander ? Le voleur m'avait dit tout ce qu'il savait et je ne connaissais personne en Outreterre...
- Eh ! Toi ! Au lieu de feignanter, rend-toi utile ! Nous manquons de bois et de métal. Tu dois pouvoir en trouver près d'ici. Mais prend garde aux Orcs à la peau rouge...
Le gobelin s'était adressé à moi sur un ton tellement impérieux que je préférais lui obéir. Il y avait effectivement près du campement des bouts de métaux et de bois récupérables mais ces fameux Orcs à la peau couleur de brique gardaient l'endroit. Ils étaient beaucoup plus résistants que les êtres que j'avais massacrés en Azeroth mais, aidée de Phan, ils ne m'infligèrent que des blessures superficielles comparées aux leurs qui furent fatales. Une fois suffisamment de ressources récoltées, je retournais voir le gobelin qui me remercia en me donnant un objet qui me parut sans grande utilité.
- Gardez votre bien. J'aimerais juste vous poser une question.
- Le temps, c'est de l'argent alors faites vite.
- Que savez-vous du Temple de Karabor ?
- Pourquoi veux-tu savoir de telles choses ? Ne me dis pas que tu comptes y aller ?
- Non, juste par curiosité... On m'en a parlé et je voulais savoir ce que c'est et où il est situé...
- Sache, jeune fille, que personne n'en est ressorti vivant. Une armée entière aurait du mal à l'intérieur... Situé au fin fond de la Vallée d'Ombrelune, il est devenu le repère d'une armée démoniaque. Le chef de cette troupe, ancien Elfe devenu démon, se prétend même comme étant le futur maître d'Azeroth... Ne tente jamais d'y entrer !
Le futur maître d'Azeroth ? Cette expression fit écho dans ma tête... Le cauchemar du massacre de ma mère me revint une fois de plus à l'esprit... Je croyais de moins en moins au fait que ce ne soit qu'un simple songe...
Le gobelin s'éloigna en grommelant, me laissant songeuse. Pour les impressionner tous, il fallait que je l'asservisse, lui, le "futur maître d'Azeroth"... J'arriverais à leur prouver ainsi que je valais quelque chose, que Kaelystia, Grezz Ragepoing et les autres s'étaient tous trompés sur mon compte... Mais vu la réputation qui le précédait, la tâche s'annonçait ardue... Il allait déjà falloir trouver ce territoire... Si Alamma avait été là pour me guider... Non, ne plus penser à lui, je devais franchir cette étape seule...
Tout en réfléchissant, je me mis à vagabonder dans le campement jusqu'au moment où je percuta quelqu'un. Je relevai la tête et m'excusai. Il s'agissait d'un Tauren. Grands, au regard paisible, les Taurens défendaient et respectaient la nature sous toutes ses formes.
- Vous me semblez pensive, jeune Elfe... Ou bien seriez-vous perdue ? Si je peux vous aider, je le ferais avec grand plaisir.
- Je voudrais me rendre à la vallée d'Ombrelune mais je n'ai aucune idée quant à la direction à suivre.
- Je me rends à Shattrath. Cela vous approchera déjà de votre destination, si vous voulez bien voyager avec moi...
- Si vous dites que cela me rapprochera, alors je suis d'accord.
Nous nous mîmes donc en route. En discutant avec lui, j'appris qu'il était chaman depuis un certain temps, une classe fort plaisante d'après lui. Nous traversâmes une bonne partie de la Péninsule des Flammes, dont j'avais appris le nom grâce à lui, passâmes peu de temps dans le Marécage de Zangar pour terminer dans la Forêt de Terrokar. Nous nous relayons la nuit pour les tours de garde, bien que nous essayons tout de même de choisir des endroits d'allure paisible.
Au bout de quelques jours, nous arrivâmes enfin à Shattrath.
- Bon, je dois te laisser ici, d'autres affaires m'appellent. Ce fut un plaisir de voyager en ta compagnie.
J'avançais le long d'une allée qui dominait une vaste partie de la ville. Des Draeneis mais aussi d'autres êtres étaient en bas. Sur mon passage, certains levèrent les yeux vers moi, me regardant d'un air misérable et malheureux. Je détournais mon regard de ces pauvres personnes pour lesquelles le destin n'avait pas dû être très clément. J'arrivais jusqu'à un endroit abrité où régnait une agitation comme je n'en avait pas vue de telle, hormis celle devant la Porte des Ténèbres. Je surplombait une sorte de place où se trouvaient quelques dizaines de personnes, toutes différentes et pourtant formant un tout assez uni, se parlant les uns les autres et semblant tous se comprendre.
Un Elfe de Sang facétieux provoquait des Draeneis qui semblaient appartenir au même ordre de par le costume qu'ils portaient et qui lui coururent après à travers toute la place. Un Tauren à l'armure et aux lames étincelantes lui reprocha son audace, lui prédisant que des sanctions pourront lui être appliquées. Une Draenei, à la robe de grande facture était assise au centre de la place, bavardant avec qui voulait bien lui accordait attention. Une chasseuse Elfe de la Nuit essayait de calmer une panthère immense en lui lançant quelques morceaux de chair que le fauve dévora après avoir lancé un puissant rugissement. Une autre Elfe de la Nuit se tenait dans un coin, des dragonnets semblant monter la garde près d'elle. Bien d'autres personnes étaient présentes, bien moins remarquables et quelques voleurs devaient sans doute être camouflés, cherchant quelques occasions de pratiquer leur art.
Je sautais en bas et écoutais les discussions alentours. Certains mots attirèrent mon attention et j'écoutais le reste de la conversation.
- ... la dernière expédition a encore échoué... Je vais finir par croire que ce démon est imbattable pour nous. S'il venait à attaquer la Porte par lui-même, je ne sais même pas si nous tiendrons le choc...
- Tu m'étonnes pas ! Avec une armée comme la sienne, il faudrait réussir à allier parfaitement l'Alliance et la Horde pour réussir à obtenir un résultat... Mais d'ici à ce que ce miracle arrive, il sera sorti de son maudit Temple Noir...
Un démon invaincu dans un temple... Serait-ce donc celui que je cherche ?
- Excusez-moi, vous parliez du Temple Noir... Savez-vous où il est situé ?
- Pourquoi ? Ne me dis pas qu'une gamine comme toi voudrais y mettre les pieds...
- Si... Enfin, non... Simple curiosité...
- Encore une folle...
Ils s'éloignèrent de moi en me lançant des regards soupçonneux. Pourquoi refusait-on de me renseigner ? Je m'avançais vers le guerrier qui avait arrêter de suivre le voleur pour s'asseoir dans un coin. Je m'assis non loin de lui, cherchant toujours la réponse à ma question.
- Bel endroit, n'est-ce pas ? Après de bonnes journées de tuerie, je trouve qu'il est assez agréable de se reposer un peu par ici... Bien que les nouveaux soient assez taquins envers les Draeneis de l'Aldor, je trouve les gens assez sympathiques dans cette ville. C'est aussi la seule où l'Alliance et la Horde sont en paix...
- Vous semblez assez bien connaître la région...
- Avec l'expérience que j'ai, c'est normal ! J'ai foulé de mes sabots le sol de toutes les contrées d'Azeroth et d'Outreterre ! Et j'ai tué bien des créatures durant mes périples !
- Oh, vraiment ? Alors vous devez savoir où se situe le Temple de Karabor, non ?
- Ce nom ne me dit rien... Tu es sure de toi ?
- Hum... Le Temple Noir alors peut-être ?
- Ah, ça oui ! C'est un endroit très dangereux et il faut une bonne équipe pour espérer en ressortir vivant... Et encore, sans essayer de tout visiter... Tu sais, un démon redoutable y habite et sa garde rapprochée veille soigneusement sur lui... Illidan Stromrage pour certains, le Traître pour d'autres ou encore le futur maître d'Azeroth pour ses adeptes... J'aimerais bien faire partie de l'expédition qui mettra un terme à sa vie...
- Pourriez-vous m'indiquer où il se situe ? J'aimerais juste en voir l'entrée... Je sais très bien que je ne pourrais jamais le battre seule... C'est juste pour voir dans quel genre d'endroit peut habiter un démon de son envergure...
- Tu as de quoi écrire ?
Je sortis de mon sac un bout d'étoffe, une plume et un pot de teinture que je gardais habituellement pour colorer mes étoffes une fois découpées et cousues entre elles. Il me dessina une sorte de carte avec un chemin à suivre.
- Voilà le meilleur chemin pour y aller. Avec une bonne monture, tu dois pouvoir y accéder en quelques journées de marche. Bonne chance...
Je remerciais ce Tauren qui était enfin celui qui me dévoilait la route. J'allais enfin pouvoir passer l'examen final...
Le voyage ne dura en effet que quelques journées, avec peu de haltes. Les hauts murs du Temple me déroutèrent un instant mais je me ressaisis vite et prépara une pierre qui capterait et remettrait mon âme dans mon corps si jamais un coup mortel devait m'être porté. J'avais un stock suffisant de fragments d'âme pour créer autant de pierres que nécessaire. Je me glissais dans une brèche du mur et me retrouvais dans ce domaine démoniaque.
C'était un lieu sombre et humide. Des créatures, visiblement aquatiques de par les écailles qui recouvraient leur corps, se trouvaient là, ouvrant des gueules menaçantes. Malgré ma discrétion et mon esquive, une d'elles me mordit profondément, déchirant la manche de ma robe et ouvrant une large plaie. Un coup de Phan détourna son attention et me permit de m'enfuir de ce lieu à travers une sorte de canalisation qui débouchait sur une vaste cour. Des guerriers en armure étaient là ainsi que des démons à la taille imposante. Franchir leurs rangs ne fut pas tâche aisée et nombre de pierres d'âme furent utilisées. Il est d'ailleurs assez étrange de jouer avec la mort ainsi, quittant son corps pour le regagner dès que l'attention de l'adversaire était détournée. Ce procédé me donna encore plus confiance en moi pour continuer d'avancer dans ce repère lugubre. Il me donnait l'impression d'être immortelle, à condition de tenir assez suffisamment longtemps la douleur des coups pour pouvoir recréer une autre pierre d'âme. Malgré cela, je restais en vie mais mon corps cicatrisait mal et les plaies commençaient à se faire ressentir à chaque résurrection.
Une fois cette cour traversée, une autre s'offrit à moi après une volée de marches. Des satyres, créatures mi-hommes, mi-monstre, protégeaient cet endroit. En rangs beaucoup plus serrés que les précédents, ils m'infligèrent beaucoup plus de peine à franchir la cour. J'étais maintenant dans de vastes et luxueuses salles aux cousins colorés et aux tapis moelleux sous le pied. Des Elfettes de Sang aux regards aguicheurs étaient regroupées dans les coins de chaque salle. Je préférais passer aussi discrètement que possible plutôt que de me battre avec ces femmes aux ongles aiguisés. De nouveau un espace dallé mais qui, cette fois, étaient une large allée déserte. Une femme à six bras dont quatre possédaient une lame et à l'air hostile en gardait le bout. Une porte sur la droite m'offrit une échappatoire à ce combat qui aurait été perdu d'avance. Une nouvelle série de marches déboucha sur une salle où se trouvaient plusieurs êtres, tous Elfes de Sang. Semblant discuter entre eux, je profitais de cette inattention pour raser les murs et passer par les escaliers qui en laissaient place à d'autres, allant toujours plus haut. Je sentais que je me rapprochais de mon but, que le maître des lieux n'était plus bien loin. Au fil des marches, je sentis l'air de plus en plus frais me battre le visage. Une fois arrivée en haut, je m'arrêtais, complètement stupéfaite...
Tout correspondait... Une nuit noire... Une pleine Lune éclairant le démon au centre de cet espace pavé... Le vent faisant danser ses cheveux... Ses ailes démoniaques qui frémissaient... Et ses lames, ces deux énormes lames vertes et acérées... Mon cauchemar était-il prémonitoire ? Allais-je donc périr au cœur de cet antre des ténèbres sous le coup mortel qu'il me portera ? J'avais fait beaucoup trop de chemin pour m'arrêter maintenant... Il fallait que je vois ce que le destin avait prévu pour moi...
- Désolée Phan, mais il faut que je le fasse seule...
Après un grognement de sa part, je le renvoyais dans sa dimension. J'étais désormais seule face à mon destin, seule face à ce démon... Non, je ne reculerais pas...
- Asservir démon !
Des chaînes jaillirent de mes mains pour enserrer le corps d'Illidan. Il se retourna vers moi, étonné sur l'instant. Il poussa un rire sonore en me regardant. Il gonfla ses muscles et brisa ainsi mes chaînes aussi facilement qu'une feuille de papier. D'un pas à la fois imposant et aérien, il s'avança tranquillement vers moi, brandissant ses lames d'émeraude. Je fouillais rapidement dans mon sac mais n'y trouva aucune pierre ni même le moindre fragment d'âme. Je paniquais : ma mort serait réelle cette fois-ci, la menace n'était plus qu'un simple rêve... Je voulus m'enfuir mais en me retournant, mon pied heurta un pavé mal emboîté et je chutai violemment à terre. Je n'avais plus le temps de me relever, ni même d'essayer de m'enfuir. Ma mort se présentait à moi avec un sourire carnassier. Un bandeau sombre lui cachait une partie du regard. Mais je ne faisais plus attention à son visage, ni même à son corps : seules ses lames redoutables se rapprochant occupaient mon esprit. Il n'avait plus qu'un pas à faire. Il commença à élever son bras. Le coup mortel n'allait plus tarder... Dans une dernière vision de folie, je crus voir un être s'interposer... Un, voir peut-être même deux... Je ne savais plus raisonner, ni même écouter le moindre de mes sens... Tout n'était plus qu'une question de secondes... Je ne voulais pas sentir le coup, sentir la douleur, le sang se répandre hors de moi, mes organes se tordre et se déchiqueter sous ses glaives... Je fermais les yeux sur cette dernière vision cauchemardesque et perdis conscience...
Adieu...
