Bonne et heureuse année à tous!
Chapitre onze "Je n'ai pas peur"
Gohan avait suivit son épouse jusqu'à leur chambre, dans le manoir, puis il s'était excusé auprès d'elle. Videl lui avait sourit, comprenant qu'en ces temps sombres, il ait besoin de sortir, et l'avait regardé gagner la fenêtre d'où il s'était envolé.
Il avait dû parcourir la moitié du globe au moins avant d'apercevoir l'île ou s'entrainait son ancien sensei. Silencieusement, il la gagna et se posa sur la plage qu'il parcourut à pied jusqu'à trouver le Nameck.
Le guerrier extra-terrestre méditait, assis en tailleur à un mètre du sol. Il ne réagit pas quand Gohan s'installa près de lui mais le jeune homme était persuadé que l'ancien démon avait senti sa présence.
- Il dort. Finit par dire le Nameck. Il a utilisé beaucoup d'énergie.
Gohan tourna la tête vers la cabane, à l'ombre de la forêt de l'île, ou il sentait le ki de Trunk. Puis il reporta son regard sur la mer, devant lui et demanda :
- Tu as eu une explication ?
- Une dispute avec Goten.
Comme il s'en doutait. Hormis le jour de l'enterrement de Bree, il y a quatorze ans, toutes les colères du petit prince étaient dues à une dispute avec Goten. Gohan avait bien tenté de les rabibocher tous les deux mais c'était peine perdue. Chacun restait campé sur ses positions. Alors l'ainé Son veillait sur Trunk comme il veillait sur son petit frère, aidé dans sa tâche par Piccolo.
- Rien d'autre ?
- Non.
En quatorze ans, ni l'un, ni l'autre n'était parvenu à faire parler Trunk sur l'évènement qui l'avait traumatisé. Car c'était le terme exact. Un évènement l'avait si profondément marqué que le jeune demi-Saïyen ne s'autorisait plus à vivre normalement. Gohan avait bien une idée, dont il avait fait part à son ancien sensei cela n'avait fait que renforcer leur désir de protéger le jeune homme.
- Je vais aller le voir. Finit par dire Gohan.
Il se leva et marcha jusqu'à la cabane dans laquelle il vit, allongé sur l'unique lit, le demi-Saïyen, parfaitement éveillé.
ooOoo
Sur le balcon de la suite Dali, elle se sentit respirer à nouveau, puis rire nerveusement alors que la panique la quittait. La panique oui, c'était le bon mot. Pendant quelques secondes, lorsqu'elle était entrée, Bree avait replongé des années en arrière, et elle avait perdu pied.
Dans son dos, derrière la misérable vitre de verre transparent, mais qui lui donnait l'impression d'être derrière un mur en titane, Yamcha remuait enfin, avançant dans la chambre d'un pas hésitant, mais elle l'ignora. Elle ne voulait pas le voir.
Soudain, elle se rendait compte de toute la portée de son acte. Elle s'était donnée à celui qui, sans une seule once de pitié, avait dévoré ce corps qui était le sien. Bree se tourna pour observer Yamcha qui lui, avait fini par s'installer sur le canapé, la télévision allumé sur un match de Hockey. Allait-il recommencer ? Il en avait le droit. Et maintenant qu'ils partageaient la même chambre, il en avait l'occasion. Elle était… à sa disposition.
- Je te dérange ?
Bree sursauta et se retourna. Planant non loin d'elle se tenait Goku. S'il lui avait sourit lorsqu'elle l'avait regardé, cela n'avait duré qu'une seconde. Il avait ensuite retrouvé la mine sérieuse qu'il arborait à la veille de chaque bataille.
- Oui. Répondit-elle franchement.
- Ha. Je peux te parler ?
Elle soupira puis acquiesça. De toute façon, ce n'était pas comme si elle allait pouvoir se débarrasser de lui si facilement. Mais à sa surprise, il ne se posa pas sur le balcon, comme elle s'y était attendue, non, d'un geste rapide, il se glissa derrière elle, passa un bras sous ses genoux, un autre derrière son dos.
- Hey ! s'écria-t-elle alors qu'ils s'envolaient. Qu'est-ce qu'il te prend !
- Je veux juste qu'on soit tranquille pour que tu… il hésita.
- Que je ? insista-t-elle.
- Que tu parles franchement sans être interrompu.
Elle déglutit puis posa son regard sur la ville en contrebas. Goku avait élevé son ki pour la protéger du vent glacial de la nuit. Cela n'empêcha pas Bree de frissonner en se souvenant de la dernière fois où elle s'était retrouvée dans les bras de Carot.
Après plusieurs minutes de silence, ils se posèrent au milieu du désert. Là ou n'importe qui aurait juste vu un tas de pierre comme n'importe quel désert de rocaille, Bree reconnut sans problème l'endroit Goku et l'Autre se livraient régulièrement à des duels d'entraînement. Elle tourna sur elle-même pour observer toute la zone, ressentant quelque chose comme de la nostalgie. Mais elle ne pouvait pas être nostalgique. L'Autre aurait pu, mais pas elle.
- Tu peux m'expliquer, maintenant ? demanda Goku en coupant ses réflexions dérangeantes.
Bree le regarda un instant, méditant la réponse qu'elle allait lui donner. Il avait déjà essayé de l'interroger, mais ça avait été sans succès. Tous ce qu'ils avaient gagné, c'était que Bulma leur en voulait pour un film qu'elle s'était faite il y a des années de cela.
- Je suis vivante. Fit-elle tout bas, décidant qu'elle lui parlerait.
Il allait de toute façon la harceler jusqu'à ce qu'elle craque et là, au milieu du désert, personne ne viendrait les interrompre. Alors autant écourter la discussion au plus vite.
- Oui, tu es vivant. Reprit et corrigea le Saïyen.
- Mais pourquoi ?
- Hein ?
Bree, qui lui tournait jusqu'alors le dos, lui fit face et expliqua, presque hystérique :
- Il y a quatorze ans, j'ai été changée en ça –elle posa les mains sur son corps pour se désigner- et quelque mois après, j'étais sacrifiée pour faire venir le Diable.
- Ça n'a pas…
- Et aujourd'hui, continua-t-elle comme s'il n'avait pas parlé, je suis ressuscitée quelque jour avant qu'on apprenne qu'un vaisseau Saïyen ne s'approche de la Terre !
- Enfin, ça n'a aucun rapport, Vé…
- Non ! Pas Végéta ! Végéta, il est mort ! D'accord ? Il est mort il y a des années, compris ?
- Mais…
- Laisse-le en paix ! insista-t-elle
Goku allait répliquer mais il se tut. Il venait de comprendre la réaction de Bree. Imaginons qu'un guerrier, quel qu'il soit, se retrouve transformé en femme, soit violenté puis meurt en couche. Si ce même guerrier venait à être ressuscité, ne voudrait-il pas qu'on pense qu'entre l'homme glorieux qu'il était, et la femme qu'il est, tous deux séparé par rien de moins qu'une mort, sont deux personnes totalement différentes ? Il était évident que si. Mais cela n'expliquait pas tout du comportement de Bree.
- Et Yamcha ?
Elle se renfrogna et lui tourna à nouveau le dos. Un instant, elle se demanda ce qu'il savait exactement au sujet de Yamcha mais elle ne pouvait pas lui demander directement. Ce serait comme avouer sa faiblesse passé. Bree n'était peut-être pas Végéta, mais elle n'en était pas moins Saïyenne, elle avait son honneur.
- Comme elle se taisait, Goku explicita sa question :
- Pourquoi tu as accepté le plan de Bulma ? Nous aurions pu te protéger. J'aurais pu te protéger.
- Je sais… Tu es un guerrier extraordinaire. Tu l'as toujours été. Elle se tourna et le regarda dans les yeux. Mais Bulma a raison. La Terre m'a offert beaucoup de chose. Je dois lui rendre la pareille.
- Mais…
- Pourquoi je suis vivante ? Je ne crois pas au hasard. Réfléchissant à ces paroles, elle demanda encore : Qu'est-ce qu'il peut m'arriver de pire que ce qu'il m'est arrivé il y a quatorze ans ?
En disant cela, elle sous-entendait beaucoup de choses dont certaines ne devait pas être connues du Saïyen. Pourtant, elle se doutait que Carot savait parfaitement de quoi elle parlait.
- Mais… Yamcha.
- Je lui appartiens.
- Mais il…
- Je n'ai pas peur.
Elle se souvint un instant de la panique qui l'avait prise lorsqu'elle était entrée dans la chambre. Comment pouvait-elle affirmer avec un tel aplomb qu'elle n'avait pas peur alors qu'elle avait été terrifiée, et qu'à l'idée de retourner dans cette chambre ou il l'attendait, elle l'était d'autant plus.
- Tu es sûr de toi ?
- A cent pourcent.
Goku scruta son visage, à la recherche du moindre indice qui lui affirmerait le contraire mais hélas, Bree était maitresse de son visage et elle le dirigeait si bien qu'aucune émotion ne filtrait.
- Bon, capitula-t-il, je te ramène alors.
Il la souleva avec facilité puis s'envola en reformant une bulle de ki autour d'eux. Cependant, alors qu'ils avançaient rapidement vers l'ouest, il baissa les yeux sur la jeune fille qu'il tenait. Bree n'avait pas changé, elle avait toujours les même cheveux courts et indisciplinés, le même regard sombre qui se portait actuellement sur l'horizon, le même visage fin et magnifique.
- Avant, j'aimais ça, voler. Murmura-t-elle si bas qu'il crut d'abord rêver.
Pris d'une idée folle, ayant de vieux souvenirs de lui et du Prince ou ils faisaient la course, Goku baissa son ki pour que le vent balaie avec force la jeune femme, lui montrant la vitesse à laquelle ils allaient. Il la sentit frissonner mais elle ne lui dit rien, ne râla pas.
- Tu es prête ? demanda-t-il, utilisant pour la première fois le féminin pour lui parler.
- Hein ?
Elle ne put en dire plus, il la lâchait complètement. Durant sa chute libre, elle ne cria pas, ne se débattit pas pour s'accrocher à quelque chose qui n'existait de toute façon pas. Elle se laissait juste tomber, les bras en croix, le regard fixé sur Goku qui, figé plus haut, l'observait aussi.
Puis le guerrier s'élança. En deux seconde, il la rejoignit et la rattrapa. Elle gémit sous le choc de l'arrêt de sa chute mais n'en dit pas plus. Ne sourit pas. Ne lui cria pas dessus. Ne le remercia pas non plus. Il se mit derrière elle et posa les mains sur ses hanches avant d'accélérer. Le vent retenait Bree, collant leur deux corps et donnant l'illusion à la jeune femme qu'elle volait seule.
Le manège dura quasiment toute la nuit. Pas un seul mot ne fut prononcer entre les deux anciens ennemis et finalement, à l'aube, Goku la déposa sur le balcon de la chambre Dali avec délicatesse. Avant d'entrer, elle se retourna et lui dit :
- Tu ne pourras plus venir m'enlever comme ça, maintenant.
Goku acquiesça. Il comprenait. C'est vrai que s'ils s'embêtaient à la faire passer pour une femme « marié », lui n'allait pas tout gâcher en prenant le risque de la faire passer pour une « épouse » infidèle.
- Je te protègerai, finit-il par dire, avant de partir.
Alors qu'il était loin, Bree murmura un très discret « merci » puis, prenant une profonde inspiration, se retourna et ouvrit la porte de la bais vitrée.
A suivre…
