Je fus tiré du lit à quatre heures du matin par un bruit des plus désagréables. Qui aurait cru que les réveils sonnaient même au paradis ? J'allais arranger ça. Après un sort très bien réussi, il ne restait de l'appareil que des petits morceaux éparpillé sur le sol. Comme le silence pouvait faire du bien !

Puisque j'étais réveillée, autant en profiter. Je pris tout mon temps pour me préparer. Une longue douche chaude, un soin du visage, une petite séance de maquillage et une sélection pointue pour savoir ce que j'allais mettre, voilà un programme qui me mettait de bonne humeur !

Ma valise était prête, mon lit était fait et ma maison était parfaitement propre, tout ça avant que le soleil ne se lève. C'est donc sous les étoiles que je pris mon petit-déjeuner.

D'après ce que je savais, le voyage en portauloin donnait la nausée. Un bol de céréales devrait me suffire dans ce cas. Mon estomac était noué et ma tête tournait. L'excitation sans doute.

Ça me faisait drôle de quitter le pays où j'avais grandi, même si je savais que je reviendrais. J'avais peur et j'étais impatiente en même temps. Je ne pouvais plus tenir en place, les secondes s'écoulaient doucement, comme pour prolonger mon supplice.

Je relus le billet pour la centième fois. Le départ était prévu sur le port de Sydney à midi tapante. Aucun retard ne pouvait être toléré. J'étais pour ainsi dire prête en avance. Puisqu'il n'était que six heures du matin. Un petit tour à la bibliothèque ne me ferait pas de mal. Je n'avais pas fini de lire les manuscrits. Celui que je choisis était particulièrement sombre.

L'histoire parlait d'une femme battue par son père, puis par son mari et qui avait vu son fils mourir sous ces yeux. Elle n'avait plus aucune échappatoire et ne supportait pas de survivre à son enfant. Après un habituel passage flou, elle se tenait debout devant une tombe, probablement celle de sa progéniture. Ses sanglots résonnaient à mes oreilles et je sentais que sa mort était proche. Elle saignait au niveau des yeux. Mon dieu ! Elle pleurait du sang ! Était-ce possible ? Je n'eus pas besoin d'un voyage en porteauloin pour avoir envie de vomir. Sur la dernière page, un mot était écrit. Les lettres étaient déformées et parfois illisibles.

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Toi qui lis ce livre, méfie-toi de tes choix. Ils peuvent t'être fatales ou te condamner dans ton passé.

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Que signifiait cette phrase ? Et qui l'avait écrite ? J'en avais assez des mystères ! Je résoudrais celui-là une fois avoir découvert qui était vraiment Eric.

Il était l'heure de partir. Après avoir vérifié que tout était fermé, je transplanai au port. La foule ne manquait pas, les touristes venaient en masse pour visiter la ville. Mauvaise nouvelle pour moi car je ne savais pas du tout où aller. Je longeai le quai à la recherche de gens vêtu de robe de sorciers. Peine perdue, il m'était impossible de voir à plus de trois mètres autour de moi. J'allais mettre des heures !

J'aperçu un homme qui me fixait bizarrement. Il avait beau être petit et pas très corpulent, je n'avais pas le temps de lui demander ce qu'il me voulait. Après dix minutes de marche je me rendis compte qu'il me suivait. Son chapeau couvrait ses cheveux et le col de son manteau remontait jusqu'à son nez. Je le connaissais peut être.

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« Je peux vous aider ? Lui demandais-je.

L'homme releva sa montre et me montrait l'heure : midi moins le quart.

- Vous êtes Audrey Stones ?

- Euh oui. Pourquoi ?

- Suivez-moi.

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J'ignore ce qui m'y avait poussé mais j'obéis. Nous passâmes dans une grande allée remplie de monde et partîmes dans la direction du centre. J'allais rater mon voyage, mais je continuais à le suivre. Nous nous arrêtâmes dans une ruelle si petite qu'on dut marcher l'un derrière l'autre. L'endroit était désert et aucune lumière ne parvenait jusqu'à nous. Des murmures s'élevaient de la grande avenue derrière moi, des rires aussi. Nous fûmes alors rejoints par une bande de sorciers, tous vêtus comme des moldus (un peu bizarrement je dois dire), qui avaient l'air très pressés.

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" Regroupez-vous s'il vous plait. Nous allons partir."

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Toutes les personnes présentes se mirent en cercle autour d'une boîte de conserve, moi y comprit. Chacun d'entre nous posa sa main sur l'objet en attendant le moment fatidique. J'étais à côté d'une femme en short et en manteau polaire trop grand pour elle. Au premier coup de midi, je me senti aspirée dans un tourbillon infernal. La sensation dura une éternité et je me sentis comme une banane dans un mixeur. Le contact avec le sol fut assez violent et très embarrassant vu que j'étais la seule à être tombée.

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« Bienvenue dans la cité interdite ! S'il vous plait ne sortez pas tous en même temps et passer par la porte de derrière. »

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La cité interdite ? Je n'en croyais pas mes oreilles ! Je me trouvais dans l'un des monuments les plus connu de Chine, et il n'y avait personne d'autre que nous.

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« Cette partie de la cour intérieure est interdite au public, aussi soyez discret.. »

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Les voyageurs sortirent un par un de la pièce. On aurait dit un cabinet. L'endroit était simple et assez petit mais la vue y était magnifique. Ce fut bientôt mon tour de m'en aller. Je me jetai un sort de désillusion puis passai la porte.

La cour était remplie de monde. Des touristes aux employés, des habitants de la ville aux journalistes étrangers… Le lieu grouillait de vie et de joie. Un enfant courrait après un oiseau alors que ses parents essayaient de le rattraper. Deux jeunes gens contemplaient la façade du palais, main dans la main. En bas des escaliers, un vieil homme attendait. Etait-ce lui ?

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« Excusez-moi, vous êtes monsieur Sushi ? »

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L'homme me regarda comme si j'étais un monstre sorti de nulle part, puis éclata de rire. Je remarquai que je n'avais pas annulé mon sortilège. Je m'empressai de le faire. Le vieillard me regarda avec des yeux de merlan frit. J'avais du me tromper. Je partis à la recherche de mon « maître » mais une main me retint le bras. Le vieux monsieur avait reprit son sérieux et me regardais droit dans les yeux.

- Bienvenue Mlle Stones. Je suis maître Anagata Sushi. Je serais votre hôte durant votre séjour.

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Il détachait chaque syllabe comme si j'étais une demeurée. La manière dont il secouait la tête tel une poupée que l'on met sur la plage arrière d'une voiture me fis pouffer. Le sourire aux lèvres, il me tira en dehors de la cité.

La ville ressemblait à toute celle que je connaissais. Les voitures n'arrêtaient pas de klaxonner, les piétons était toujours pressés et les gens s'ignoraient les uns les autres. Sur ce point je ne fus pas trop dépaysée.

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- Nous allons prendre un taxi.

- Pourquoi ne pas transplaner tout simplement ?

- Transpla-quoi ?

- Vous savez, passer d'ici à chez vous en quelques secondes.

- Non je ne sais pas. Comment faites-vous pour admirer le paysage ?

- Nous ne le voyons pas.

- Dans ce cas, pas de transplation. Nous allons prendre un taxi.

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Ça allait nous prendre des heures rien que pour sortir de la ville ! J'espère qu'il n'était pas pressé. Apparemment non puisqu'il passa tout le trajet à me décrire l'histoire du pays. Pour faire bonne figure je pris quelques notes mais je ne fis pas trop attention aux détails. Personnellement j'aurais préféré ne pas l'écouter, mais Eric voulait tout savoir. Il allait être servit.

Nous descendîmes au pied d'une immense colline et attendîmes patiemment. Au bout d'une heure j'aurais cru que quelqu'un viendrait nous chercher, mais non. Nous continuions à attendre. J'avais mal au fesse à force de rester assise sur un rocher. J'avais faim et j'étais fatigué.

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- Pourquoi restons-nous là sans bouger ?

- Je veux vous montrer quelque chose. Le couché de soleil est magnifique ici.

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Je regardais ma montre, il n'était que deux heures de l'après-midi ! J'avais beau protester, il ne m'écoutait plus. Assis en tailleur, il était déconnecté du reste du monde. Je n'avais rien prit pour m'occuper, mes valises étant déjà à destination. Je ne pouvais les récupérer qu'une fois arrivée.

Je m'endormis au bout de deux heures à l'ombre d'un arbre. Le son qui me réveilla était bien pire que celui de mon réveil (et oui, c'était possible). Maître Sushi était en train de chanter à tue-tête. Ignorant ma présence il hurlait ses paroles comme s'il voulait que le soleil l'entende. Je sortie doucement ma baguette, histoire de lui apprendre qu'il ne fallait pas me réveiller brutalement. Je n'eu pas le temps de lui jeter un sort qu'elle me sauta de mes mains.

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- Quel drôle de bout de bois ! Pourquoi le gardez-vous ?

- …

- Peu importe, vous le récupèrerez à la fin de votre apprentissage.

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Ma baguette ! Il venait de me prendre ma baguette ! Comment j'allais pouvoir faire de la magie ?

Il me fit un clin d'œil et parti en direction du sommet de la colline. Il s'était écoulé seulement dix minutes pourtant j'en avais déjà assez.

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- Combien de temps allons-nous marcher ?

- Oh ! Je dirais environ une heure.

- Quoi ! Il devait se moquer de moi, ce n'était pas possible autrement.

- Profitez bien du paysage.

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Sa dernière parole confirmait l'hypothèse de ce que je venais de découvrir. Il avait de la chance que je n'avais pas ma baguette ! Je passai le reste du chemin à ruminer ma colère tandis que lui prenait un malin plaisir à me raconter sa vie. Là au moins je n'avais pas à prendre de notes.

Nous arrivâmes au sommet, dans un petit village perdu. J'avais les pieds en feu et la gorge sèche. Aucune fontaine à l'horizon, il fallait encore attendre.

Toutes les habitations étaient en bois. Les fenêtres n'étaient que de simples trous avec un morceau de tissus dessus et de grands rideaux en bambou faisaient office de porte. La pauvreté régnait en maître sur les lieux. Le peu de personnes dehors ressemblaient à des porcs qui venaient de se rouler dans la boue.

La nuit était tombée, laissant une traînée d'étoiles sur son passage et pas un seul nuage ne venait cacher le ciel. Ça aurait pu être joli si je n'étais pas aussi fatiguée. La lune éclairait la rue, à défaut de luminaires.

La maison dans laquelle nous rentrâmes n'était pas mieux que les autres. Il devait y avoir des termites vue l'état de certaines poutres. Le parquet grinçait sous notre poids et les araignées de manquaient pas.

Monsieur Sushi était parti à toute vitesse dans une des pièces au fonds de la maison, me laissant visiter les lieux comme je le voulais. J'avais cependant trop faim et trop soif pour tout voir. Je choisis de commencer par chercher la cuisine, choisissant des portes au hasard.

Manque de chance la troisième porte que j'ouvrais était un petit salon ou « Maître » faisait du yoga. Il changea de position pour me voir. Ses yeux étaient remplit de malice et son visage arborait un grand sourire. Je n'avais jamais vus un homme aussi souple ! Encore moins à cet âge-là. C'était presque surréaliste.

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- Bonjour, me dit-il. Puis je vous aider ?

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