- Réveille-toi ! Audrey réveille-toi ! Il est l'heure.

- Mmm. Encore cinq minutes.

Quelle heure était-il ? Oh puis de toute façon je m'en moquais ! J'étais si bien allongée sur l'herbe ! C'était tellement plus confortable que le sol froid et dur qui m'attendait dans ma chambre.

- Le jour se lève, mes parents ne vont pas tarder à se réveiller.

- Mmm, m'en fou laisse-moi dormir !

Pourquoi tout le monde ne pensait qu'à venir me réveiller. Il y avait tant de choses à faire ! Par exemple dormir.

- Audrey, ne m'oblige pas à être méchante.

Je ris intérieurement, que pouvait-elle bien me faire ? Me piquer avec un bâton ? J'arriverais à contrôler son arme. Me secouer comme un prunier ? Qu'elle essaye et je la change en boule de glace au chocolat.

Je lui tournai le dos, espérant que ce simple geste m'empêche de l'entendre. Elle soupira longuement, pensant que j'étais puérile. Tant mieux ! Elle me laisserait peut-être tranquille.

- Très bien, tu l'auras voulu.

L'idée qui germa dans sa tête ne me plut pas du tout. Je n'eu pas le temps d'esquiver qu'une énorme vague s'écroula sur moi. Trempée de la tête au pied, je regardais la responsable comme une fourmi que je rêvais d'é secondes, c'est le temps que je mis pour réagir. Folle de rage je lui couru après à travers le jardin. Elle semblait bien s'amuser. Normal, elle courait bien trop vite pour moi, même si la colère me donnait des ailes.

- Ça ne sert à rien ! Je suis plus rapide.

Rapide ? Elle allait voir. Changement de programme, place aux bonnes vieilles méthodes. Mince je n'avais toujours pas récupéré ma baguette ! Il fallait que je change de tactique. Que devais-je faire déjà ? A oui ! Tout d'abord penser comme le feu : j'étais en colère, les douches froides dès le réveil ne me plaisaient pas. J'étais heureuse, satisfaite par la perspective de ma future vengeance, et j'étais triste parce que… Parce que je… Non, je ne voyais rien.

Au bout de plusieurs minutes d'une course effrénée, Tsy réussi à me semer. Une fois seule, je me posais beaucoup de questions, pour changer. C'était le premier jour depuis cinq ans où je me sentais réellement heureuse. Bien sûr il y avait eu le jour où Eric m'avait offert la maison, le jour de ma démission et celui où j'étais partie pour la Chine… Mais tous ces moments étaient accompagnés par une pensée nostalgique.

Pourquoi tout d'un coup je me sentais bien, même mieux que durant la première partie de ma vie ? Mon cœur ne s'emballait plus à la moindre pensée triste. Mes yeux restaient secs et je me sentais toujours aussi bien. Qu'avait-il bien put se passer ? Les oiseaux commençaientà chanter, signe qu'il fallait rentrer pour la leçon.

Sur le chemin du retour j'aperçu une chose étrange sur mon îlot. A y regarder d'un peu plus près ça ressemblait étrangement à un vêtement. Il était d'un blanc parsemé de fleur rouge, on aurait dit une robe de chambre. J'essayai de me souvenir s'il était là tout à l'heure, en vain. Il appartenait sûrement à la petite chinoise. Je remontais alors le long de l'allée, l'habit sous le bras.

- Le monde appartient à ceux qui se lève top Mlle Stones, souvenez-vous en.

Je ne savais pas que maître Sushi était un sage. Mon imagination me donna cependant une image assez drôle de la situation. J'essayais de ne pas étirer mes lèvres en un sourire sarcastique. Espérons qu'il ne l'avait pas remarqué.

- Bien, jeune fille. Etant donné que vous connaissez déjà votre élément maître, aujourd'hui nous allons essayer de savoir quelle est votre incarnation. Pour commencer mettez votre kimono.

Mon quoi ? Ah oui ! Le linge que je portais toujours, il pensait que c'était à moi. Tsy ne m'en voudrait pas je pense si je lui empreintais. Je me dépêchais d'enfiler la robe de chambre et sortie mon carnet pour prendre des notes.

- Bon. Nous avons vus récemment que l'eau représentait la tristesse, la douleur ou tout ce qui a un aspect proche de la souffrance Aujourd'hui nous allons canaliser cette tristesse, la mettre à la poubelle et l'oublier. Elle ne servira à rien.

Quoi ? En quoi cela avait-il un rapport avec le sujet ?

- L'eau ne vous aime pas mais elle coule dans vos veines depuis assez longtemps pour avoir de l'importance. Réagissez ! Il faut que vous trouviez qui vous êtes. Sans quoi nous ne pourrons pas avancer. Et pour cela il faut que vous oubliiez la tristesse.

Je restais muette face à ces paroles. Je ne savais pas exactement ce qu'il me disait, mais j'en savais assez pour ne pas vouloir le comprendre.

- Tout d'abord pensez exactement comme le feu. Devenez le feu, puis si ça ne marche pas oubliez le feu et faites pareil avec l'air et la terre. Vous avez tout compris ?

- Oui, enfin je crois. Comment saurais-je si ça marche ou pas ?

- Oh vous le verrez le moment venu. Passons à la pratique.

Je me mis en colère, puis je me sentis heureuse et pour finir je ne laissais libre cours à aucune de mes émotions. Rien ne se passait. Qu'avais-je fait de travers ? Je recommençais une fois, puis deux, puis trois… Au bout d'une heure je n'en pouvais plus.

- Ca m'aurait étonné.

Mon instructeur souriait comme un enfant à qui on aurait promis une grosse surprise.

- Qu'est ce qui vous aurait étonné ?

- Que vous réussissiez du premier coup. Vous n'en connaissez pas assez sur les éléments.

Il n'aurait pas put me le dire plus tôt ? Je pouvais toujours m'énerver, cela ne servait à rien.

- La bibliothèque regorge de trésor. Vous y trouverez ce que vous cherchez, et bien plus si vous le désirez. Passez une bonne journée.

Encore une fois je m'étais bien fait avoir. C'était drôle mais j'avais l'impression que ça arrivait souvent ces derniers temps. Je supposais que le cours était fini, direction la bibliothèque. Quoi qu'il puisse m'attendre là-bas, je comptais bien le découvrir.

Il y avait en tout et pour tout trois pièces immenses remplies de livres, tous très mal rangé. Cinq cent quatre-vingt-onze ouvrages entassés les uns sur les autres. Plus de la moitié traitaient sur les différentes « forces de la nature ». Un quart de ces livres étaient en chinois, les autres étant dans toutes les langues étrangères possibles et imaginables. Au total je trouvais trois livres en anglais sur le sujet. Autant commencer par quelque chose.

Tout ce qui était écrit, je le savais déjà. Quelle déception ! Dans les grandes lignes ils racontaient le fonctionnement de la magie asiatique, l'utilisation très complexe des éléments et des descriptions très courtes de l'eau, du feu et de l'air, la terre étant inutile à leurs yeux.

Il m'avait fallut une heure pour fouiller la maison à la recherche d'information, et voila tout ce que je trouvais. J'étais maudite.

- Tu t'en sors ?

Du renfort ! Je n'y croyais plus. Ce n'était ni Tsy, ni Maître Sushi mais la vieille femme. Je ne lui avais jamais adressé la parole, elle me répugnait avec ses yeux difformes, son nez crochu et ses cicatrices parsemées sur ses rides. J'avais de la peine pour elle.

- Je n'ai rien trouvé d'intéressant. Vous pouvez m'aider ? Juste me traduire deux ou trois livres, je ne vous en demande pas plus. S'il vous plait.

- J'ai bien peur de ne pas être d'un grand secours. Mais je vais te donner un indice. Les choses ne commencent jamais là où on les attend. Bon courage.

- Non ne partez pas ! Attendez !

Rien à faire, elle était déjà loin. Je voyais qu'elle aussi aimait la philosophie. J'étais dans de beaux draps. Il fallait absolument que je trouve quelque chose avant de pouvoir faire le prochain cours. Réfléchissons, les choses ne commencent jamais là où on les attend. Que voulait-elle dire par là ? C'était si difficile ! Comment pouvais-je m'en sortir.

Après une journée de travail acharnée, j'avais une monstrueuse migraine, j'étais fatigué et j'avais mal par tout. Je sais, lire n'est pas douloureux, sauf si on reçoit une pile entière de bouquins sur la tête. De toute évidence je devais poursuivre mes recherches le lendemain. La nuit portait conseil.

Je me levais à l'aube. Non pas parce que j'étais pressée de poursuivre mes recherches mais parce que le sol était encore plus inconfortable que je ne l'avais crue. La journée d'hier m'avait fait comprendre une chose : il valait mieux pour moi que j'évite la lecture un certain temps. Je savais que certaine personne avais peur des livres, au point de refusé de lire un simple catalogue. Aussi je préférais ne pas courir le risque de développer de pareilles frayeurs.

Le jardin était devenu mon lieu préféré en trois jours. Aussi c'est là-bas que je me réfugiais pour résoudre l'énigme de la vieille dame. Allongée dans l'herbe je regardais les nuages jouer avec le soleil. Rien de tel pour se détendre. Je pris un brin d'herbe entre mes doigts et commençais à le faire tournoyer, l'esprit ailleurs. Je pensais à tout et à rien, laissant libre court à mes souvenirs. Le végétale s'éleva dans les airs au fur et à mesure que je passais les scènes de ma vie dans ma tête. Il fut bientôt rejoint par plusieurs de ses congénères et ensemble ils effectuèrent un magnifique balai aérien.

Sous mon regard admiratif, ils progressèrent autour de moi comme si j'étais le centre de leur spectacle, la terre aurait pu s'arrêter de tourner que je n'en aurais eus rien à faire. Toute cette magie, c'était moi qui l'avais créée. Et pourtant je n'en ressentais aucune fierté, juste du bonheur.

C'était peut-être là mon commencement. Après tout ni le feu ni l'air ne m'intéressait à cet instant. Seule la terre captivait mon attention. Et alors que les brins d'herbe continuaient à virevolter, l'arbre majestueux que j'aimais tant les accompagnait dans leur folle danse.. Je ne pus m'empêcher d'éclater de rire. L'espoir de ma réussite était plus présent désormais.

Les jours qui suivirent, je passais la plus part de mon temps dehors. Repliée sur moi-même, je ne parlais plus à personne. Tsy venait me voir de temps en temps. Elle s'asseyait en tailleur et me regardait m'entraîner, silencieuse. Parfois elle joignait sa magie à la mienne et faisait virevolter l'eau avec mes fleurs et mes feuilles.

Même si j'avais déjà réussi à soulevé un arbre, j'eu beaucoup de mal à exploiter mes connaissances. Mon travail ne portait pas ses fruits. Je me décevais de plus en plus. Je voulais atteindre la perfection, prouver au monde entier que j'en étais capable. Mais plus je continuais, moins j'y arrivais.

- Cela ne suffit pas, me répétait sans cesse mon amie. Il te manque quelque chose.

Oui mais quoi ? Et comment pouvais-je l'obtenir ? Un matin, la petite chinoise m'entraîna hors de la maison. Vêtue d'un jogging et d'un débardeur, elle semblait très excitée.

- Je veux te montrer quelque chose, m'avait-elle dit.

Elle me tira en direction de la vallée. Et fit le trajet presque en courant.

- Dépêche-toi ! Me criait-elle.

J'avais beau faire de mon mieux, je n'arrivais pas à la suivre, si bien qu'elle dut m'attendre plusieurs fois avant de reprendre sa course. Même si j'aimais voir Xaomi, nous n'avions pas le temps de faire du shopping. Ma camarade passait devant les stands sans même leur jeter un regard.

Elle m'emmena plus loin, en direction de l'autre colline. Je n'y étais jamais allée, probablement puisqu'elle était interdite. Mon maître m'en avait vaguement parlé comme étant un endroit sacré qui aidait les gens dans le besoin. Chaque personne ne pouvait s'y rendre qu'une seule journée dans leur vie. Ceux qui enfreignaient cette règle disparaissaient mystérieusement.

- Je ne peux pas aller plus loin, tu vas devoir continuer seule.

- Tsy, pourquoi m'avoir conduite ici ?

- Il faut que tu trouves ce qui ne va pas et ça ma chère Audrey, ce sera à toi seule de le chercher.

J'hésitais à poursuivre le chemin, ignorant ce qui m'attendait au bout. Mais le sourire de mon amie m'encouragea à avancer. D'un pas hésitant, j'entamai la route de ma destinée. Le trajet était différent de celui qui menait chez mon hôte. L'endroit était désert. Aucun arbre, aucune pierre ne venait s'introduire dans le paysage. La terre était dure comme la roche : aride et desséchée.

Contrairement à l'autre colline, le parcours qui menait au sommet était assez court. Le soleil me tapait sur la tête et mes jambes me lançaient à chaque foulée. La chaleur me faisait transpirer et mon manque d'eau se fit très vite sentir. Je vis alors une grille en fer forgé qui barrait le sentier. Une immense porte trônait devant moi, me donnant la possibilité d'aller plus loin. Je la poussais de toutes mes forces afin de pouvoir entrer, elle était déverrouillée. De l'autre coté se trouvait un lieu des plus beaux que je n'avais jamais vus.

Un petit coin de paradis s'offrait à moi. Des milliers d'arbres fruitiers poussaient un peu partout, accompagnés de fleurs toutes aussi nombreuses. D'énormes rochers s'entassaient les uns sur les autres, créant par la même occasion une barrière infranchissable. Un petit lac en plein milieu de cette vision époustouflante m'offrait de quoi me désaltérer.

Des écureuils jouaient dans le feuillage d'un vieux chêne alors que des colonies d'oiseaux occupaient chaque branche à leur portée. L'un d'eux capta mon regard et nous restâmes là sans bouger. Je n'avais jamais vu une telle créature auparavant. Vêtu de bleu et de blanc avec un collier noir, il semblait heureux de me voir.

Ses ailes se déployèrent et l'emportèrent jusqu'à mon épaule. Il se posa alors avec grâce et vint frotter sa tête contre ma joue. Il était si mignon ! Comment ne pas craquer face à une si jolie petite frimousse ? Il ne me quitta pas une seconde. Je parcourus l'endroit avec lui et profitais de la chaleur pour aller me baigner. Il m'accompagna même dans l'eau, m'aspergeant le visage à chaque fois qu'il passait au dessus de moi à tire d'ailes.

Je passais le reste de la journée à me détendre avec mon nouvel ami. Le soir n'allait pas tarder à tomber, il valait mieux que je rentre. L'oiseau me regarda m'éloigné et me rejoignit à l' instant où je franchis la grille. Le magnifique paradis disparut alors, me laissant pour seul souvenir mon petit compagnon à plumes. C'était malin ça ! Comment allait-il rejoindre son chez lui maintenant ? A l'évidence il n'en avait rien à faire.

- Tu veux rester avec moi c'est ça ?

Je ne m'attendais pas à une réponse, aussi je fus étonnée de le voir hocher la tête. Très bien, puisqu'il le voulait. Je reparti en direction de la maison, passant le chemin à discuter avec mon oiseau. Il me répondait toujours avec des petits cris aigus ou des acrobaties très drôles. Il fallait le voir pour le croire mais il semblait me sourire. Son bec fendu en deux, il ne tarda pas à s'endormir dans le creux de mon coup.

De retour sur l'autre colline je fis attention de ne réveiller personne. Manque de chance Tsy m'attendait sur le pas de la porte. Son regard s'illumina alors que ses yeux se posèrent sur la boule bleue lovée sur mon épaule.

- Et bien tu as trouvé quelque chose on dirait.

Le regard attendrit que je posais sur l'animal la fit rire aux éclats.

- Bonne chance Audrey.


Alors qu'en pensez vous? Review? =)