Audrey est de retour pour un nouveau chapitre! profitez en =)
Pourquoi m'avoir encouragée ? Etait-ce bien son but au moins ? Il faut dire que ses paroles m'inquiétaient plus qu'elles me réconfortaient. Mais l'heure n'était pas aux séances de raisonnement, cette journée m'avait complètement épuisée. Les nuits précédentes me rappelant que je n'étais pas faite pour dormir dans une penderie pour chihuahua, je me rendis au pied de mon arbre préféré. Mon petit ami à plume devrait l'aimer lui aussi, du moins je l'espérais. Je ne voulais que son bonheur, et le mien par la même occasion.
Allongée sur l'herbe, je repensais à mon expérience hors du commun. J'ignorais si j'étais la seule à y avoir mis les pieds, mais je me sentais privilégiée d'avoir pu pénétrer dans un tel lieu. Au bout de cinq minutes je n'y songerais plus, trop fatiguée pour pensée à quoi que ce soit. Mais avant de sombrer dans un long et paisible sommeil je me posais une dernière question : Que m'arriverait-il si j'y retournais ? Et alors que je tombais dans les bras de Morphée, je laissais mes interrogations peu à peu s'effacer.
J'avais décidée de l'appeler Gribouille. Ne me demandez pas pourquoi je n'en sais strictement rien. Juste que je trouvais que ça lui allait bien. Une chose était sûre en tout cas : il adorait m'embêter. Je ne m'en étais pas rendu compte hier, profitant des nombreux avantages qui s'offraient à moi, mais aujourd'hui son chant si harmonieux ressemblait à une alerte incendie. Il avait de la chance d'être mignon.
Je n'étais pas au bout de mes peines avec un animal pareil : évitant à tout prix de se fatiguer pour trouver à manger, il venait picorer dans mon assiette. Au début je ne m'en inquiétais pas, mais je compris vite qu'il était loin d'avoir un appétit d'oiseau. Je dus me battre avec lui pour pouvoir manger deux petits nems. Cette bête était bien plus forte qu'on pouvait le croire.
Après son copieux repas et un bon gros rot, il s'en allait à tires d'ailes, puis revenait, puis repartait, puis revenait… A chacun de ses retours il poussait des cris si aigus que mes tympans ne pouvaient le supporter. Il continuait sans cesse ce petit manège pendant une heure ou deux, fier de lui. Imaginez dans quel état je me trouvais le soir. Encore quelques jours comme ça et je devenais sourde.
Mais ce n'était pas le pire. Croyez- moi si vous le voulez mais il était extrêmement capricieux. Impossible de lui demander quoi que ce soit. J'avais beau lui faire peur, le gronder, lui crier dessus ou essayer de l'intimider du regard, il n'en faisait qu'à sa tête. Pire qu'un enfant de trois ans, il lui arrivait de faire des caprices. Parfois il me tirait dans une direction par la manche et si je ne le suivais pas il boudait. Je n'aimais pas le voir triste, cela me fendait le cœur. J'essayais de lui remonter le moral mais en vint. Finalement je le suivais et il recommençait à gazouiller.
Cela faisait maintenant trois semaines que je l'avais. Trois longues semaines où je m'étais efforcée de l'éduquer, en vint. Finalement j'avais perdu tout espoir de réussir. Les courtes nuits de sommeil et les quelques miettes que je mangeais à chaque repas ne m'aidaient pas beaucoup. Epuisée, je m'étalais de tout mon long sur le sol rugueux du l'îlot, profitant de quelques minutes de répit pour me reposer. Le cahier où je notais mes découvertes me servait désormais d'oreiller. Les nouvelles informations se faisaient rares, à tel point que j'envisageais, avec découragement, que je devrais rester un peu plus longtemps. Je pouvais sentir la tristesse me traverser toute entière, attaquant chaque parcelle de mon corps comme un poison. Des larmes me coulèrent sur les joues.
Personne n'était là pour les chasser. Personne, depuis maintenant cinq années ne me réconfortait. Personne, sauf un petit animal qui venait de se poser sur mon front. Avec son bec il attrapait chaque goutte sortant de mes yeux, faisant preuve de toute la délicatesse du monde.. Ce geste me toucha énormément, à tel point que j'avais envie de l'embrasser très fort. Au lieu de ça je me mis à lui caresser doucement la tête. Je me dis alors que j'avais de la chance de l'avoir malgré tout. Certes il n'était pas parfait, mais il restait malgré tout à mes cotés, et moi je serais toujours là pour lui.
Comme à chaque fois que je voulais savoir quelque chose, je me rendis à la bibliothèque. Rien ne me coûtait d'aller voir si je pouvais trouver un livre sur le dressage des oiseaux. Non ? Il y avait peu de chance pour que je trouve mon bonheur dans la maison de mon hôte. Cependant qui ne tente rien n'a rien et je passais une bonne heure à fouiller chaque étagère.
Comme je m'y attendais, il n'y avait rien. Pas même un livre chinois dont la couverture m'aurait mit la puce à l'oreille. Mon pauvre gribouille ne serait jamais un gentleman, mais je voulais avant tout qu'il se conduise avec un minimum de savoir-vivre. L'après-midi était ensoleillée et pas un seul nuage ne venait obscurcir le ciel. Accompagnée de mon fidèle ami, je me rendis au lac. J'aurais parié tout le chocolat du monde que Tsy y était, et j'avais raison.
Etendue sur l'eau comme une étoile de mer, elle souriait de toutes ses dents à la surface céleste. Un regard complice avec Gribouille me fit comprendre qu'il avait eut la même idée que moi. J'avais une vengeance à accomplir. Laissant la jeune femme aux griffes de mon animal à plume, je me cachais derrière les buissons du sentier pour profiter du spectacle.
Sans aucun bruit, la petite bête plongea dans l'eau et remonta aussitôt vers la surface. En une fraction de seconde, il aspergea la chinoise en poussant de grand cri. Surprise, cette dernière se mit à gesticuler dans tous les sens, se laissant par la même occasion emporter sous l'eau. J'avais mal au ventre à force de rire. Son visage rougit par la colère ressemblait à une tomate trop mûre. Gribouille aussi semblait bien s'amuser. Il n'arrivait même plus à battre des ailes.
« Audrey ! »
Je ne pouvais pas répondre, trop occupée à me rouler par terre.
- Tu vas me le payer !
Là je n'avais plus du tout envie de rire. Mieux valait être torturée pendant des heures que de subir sa revanche. Sachant qu'il était inutile de courir, je restais planté là, prête à subir ce qui m'attendait. Volant à ma rescousse, l'impitoyable Gribouille s'engagea dans une tentative désespérée pour me venir en aide. Inutile de préciser qu'il avait échoué, attrapé au vol par l'infâme demoiselle en robe de chambre.
- Pourquoi voulais-tu me voir ?
Bonne question, je ne m'en souvenais plus. Ah si !
- J'aimerais savoir s'il y a une bibliothèque à Xaomi. Avec des livres en anglais si possible.
- Très bien. Et avec ceci ? Un petit peu de poudre de fée ?
- Je ne rigole pas.
- Moi non plus. Les habitants de Xaomi ne parlent pas anglais, ils n'ont donc pas besoin d'avoir des livres dans cette langue.
- Mais pour les touristes ?
- Chérie, tu es la première étrangère depuis une bonne cinquantaine d'années.
Génial ! C'était bien ma chance.
- Pourquoi vouloir acheter un livre en anglais ? Je croyais que tu avais prit des tonnes de roman.
- J'en ai prit des tonnes. Il me faut juste quelques informations.
- Sur quoi ?
- L'éducation des bêtes à plume brailleur et avec un estomac plus gros que le mien.
- Tu es sur de pouvoir trouver un tel livre, même chez toi ?
- Il doit bien en exister dans le même genre.
- Peut-être, mais ce n'est pas à Xaomi que tu en trouveras.
- Tsy j'ai besoin d'aide. Il faut absolument que j'arrive à m'occuper de lui, j'y suis très attachée.
Il ne manquait plus que la petite larme au coin de l'œil et j'aurais été parfaite.
- Oh ! C'est trop mignon ! Je pourrais t'aider mais….
- S'il te plait ! Je t'en supplie.
- J'attends les mots magiques.
Charmant jeux de mot.
- S'il te plait ?
- Non.
- Alors quoi ?
Elle me chuchota dans l'oreille une phrase si horrible qu'un frison me parcourut
- Dit ça.
Je la regardais comme si elle était folle. En continuant comme ça elle allait ressembler de plus en plus à son père.
- Hors de question !
- Dis- le ou je ne t'aide pas.
Avec une grimace j'essayais de sortir les mots qu'elle m'avait chuchotés, mais rien à faire, ils restèrent coincé dans ma gorge.
- Tu… Tu es….
Je pris une grande inspiration et sorti la monstrueuse phrase d'une traite.
- Tu es la reine incontestée du savoir. Avec toute la grâce et la bonté dont tu fais preuve chaque jour, je te demande à genou de m'aider à résoudre mon problème.
Rien que le fait de lui avoir dit me donnait la nausée. Elle paressait satisfaite. Un de ses jours j'allais la tuer.
oOoOoOoOo
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- Tu es tombée sur la tête ou quoi ?
- Allons Audrey ! C'est pour son bien ! Des études prouvent que les oiseaux ne peuvent pas manger la même chose que nous, sinon ils risquent de mourir.
- Il n'a jamais été question que je fasse une chose pareille !
- Je croyais que tu voulais l'aider.
- Je veux l'aider ! Mais là c'est exagéré.
- Il n'y a pas d'autre moyen ! Tu le sais aussi bien que moi. Si tu veux le garder tu n'as pas le choix !
De ma vie je n'avais jamais été si en colère. Bien sûr je voulais garder Gribouille, mais je me refusais de faire pareille action. Le dilemme s'offrait à moi. Que se passerait-il si ça ne marchait pas ? Et si je ne le faisais pas il allait mourir. L'enjeu était beaucoup trop important pour que je compte sur le hasard.
- Va préparer le repas. Dis-je à Tsy.
Et avec un grand sourire aux lèvres, elle s'éloigna en direction de la cuisine.
Les vers de terre dans mon assiette n'arrêtaient pas de bouger. Ils avaient l'air visqueux, affreux et… pas bon. A côté de mon verre se trouvait Gribouille, un petit peu perplexe. Je ne pouvais pas le blâmer. Tsy m'encouragea du regard, essayant de cacher son sourire moqueur. Je ne lui faisais pas trop confiance sur ce coup là, mais plus je réfléchissais, plus je me disais qu'il n'y avait aucune autre solution.
Les yeux de ma petite boule de plumes se posèrent sur moi, attendant un geste de ma part. Pour la première fois il voulait que je commence la première. Il était vrai que de la nourriture qui bouge ne donne pas très faim. Moi-même j'avais mal au cœur rien que d'y penser.
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- Allez Audrey, tu peux le faire.
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Mais oui. Mais oui. Elle ne voulait pas les manger à ma place ? Je pris un de ses spaghettis vivants entre mes baguettes. Il semblait se débattre le pauvre. Si je l'avalais par la tête il n'aurait peut-être pas mal. Je fermais les yeux et m'efforçait de ne pas y penser. Si je mourais à cause de cette histoire dites à ma sœur que je l'aimais.
Ce truc avait le goût de poulet, visqueux mais pas mauvais. C'était moi qui venais de dire ça ? Pas de doute j'étais vraiment affamée. Maintenant que j'en avais prit un, c'était au tour de mon adorable Gribouille d'y goûter. Etant donné qu'il mangea toute l'assiette, j'en déduisis qu'il aimait bien. tant mieux pour lui, je lui laissais volontiers ma part.
Les jours qui suivirent, Tsy rajoutait toujours un ou deux insectes, histoire de l'habituer d'après elle. Il n'empêchait que je devais toujours en manger un avant qu'il ne se lance. Grâce à Mme Sushi j'avais le droit à une tablette de chocolat par soir. Je commençais à l'apprécier celle-là. Au bout d'une semaine le repas de Gribouille fut servi en dehors de la table.
Il ne faisait même plus attention à ce qu'il y avait dans mon assiette. A coté de ses vers de terres et ces petites mouches mortes, mes repas lui semblaient moins attrayants. Enfin ! Je pouvais manger à ma faim sans devoir partager. Bon je devais toujours lui chasser son repas à sa place mais que voulez-vous, on ne peut pas tout avoir dans la vie.
Un problème de réglé. Plus qu'une bonne centaine et il serait presque agréable de vivre avec lui. Après avoir repris trois fois de chaque plat, je me rendis dans la rue pour me dégourdir les jambes. Gribouille m'accompagnait toujours lors de mes balades, aussi c'était avec un plaisir habituel que je le senti se poser sur mon épaule.
La rue n'était pas bien longue et menait sur de vastes rochers. Il m'était déjà arrivé d'y passer un après-midi à regarder le paysage. Maître avait raison, ce n'était pas désagréable. Assise sur l'une des pierres, je contemplais la vaste vallée qui s'offrait à moi. La brise faisait danser mes cheveux et je sentis une drôle de sensation.
Je me mis debout sans pour autant me rendre compte de ce que je faisais. Mon petit animal bleu semblait excité, et alors que je regardais vers le bas, il se mit à tourner autour de ma tête. J'essayais de le chasser, reculant d'un pas à chaque nouvelle attaque. Qu'est ce qui lui prenait ? Un dernier pas et je me retrouvais dans le vide. Un instant je cru que je volais. C'est ainsi que ma chute commença, me rapprochant de plus en plus du sol menaçant : j'allais mourir.
la suite au prochain épisode ^^ une petite review en attendant? =)
