Blondie

Chapitre racontant l'histoire de Blondie, mais toujours sous le point de vue de notre belle Vera Gorski. (Pour les âges dans les 5 prochains chapitres, j'ai gardé les âges des actrices, pour qu'ils soient proportionnels avec l'année 1961, puisque le film se déroule dans les années 60)

En ce début de l'année 1946, je ne voyais plus d'espoir dans ma vie. Pourtant, à 25 ans, je devais logiquement apprécier la vie et me foutre de tout sauf des hommes et de l'alcool! Laissez-moi vous dire que si je l'avais choisi, je ne me serai pas retrouvée à travailler pour un patron aux mains baladeuses dans un bordel bourré d'hommes à problèmes et de filles faciles! Car oui, à ce moment là, je trouvais les femmes qui travaillaient ici… sales! Elles me dégoûtaient. Pas une ne m'inspirait sympathie ou amitié! Elles étaient à cette époque toutes plus jeunes que moi, mais tellement plus expérimentées. Une telle couchait avec un Russe, et croyait avoir visité la planète entière! De la prétention comme ça, je pouvais m'en passer!

Alors, en cette soirée d'hiver, quand la porte principale s'ouvrit pour laisser entrer Blue, mon supposé sauveur, je savais que j'aurai enfin une raison d'être là. Car cette jolie petite fille aux cheveux noirs et aux yeux larmoyants m'inspirait, elle, toute la sympathie et l'amour du monde.

Dans un couloir des plus sombres, elle ne voyait que des hommes. Des hommes en complets appuyés sur les murs, assis devant des portes, bavardant et rigolant entre eux. Avec Blue qui poussait violemment derrière son petit dos, son entrée ici ne fût pas des plus agréables. L'ampoule à la lumière crue se balançait au rythme de la musique qui jouait, de l'autre côté de ces massives portes de bois vernis qui cachaient le théâtre. Son regard passait d'un petit blond à un grand brun, et son visage se décomposa de plus en plus. Aucune figure maternelle, aucune femme.

Certes, j'étais là, mais elle ne me vit pas tout de suite. J'étais appuyée sur le grillage de sécurité et je discutais avec le secrétaire du moment, un jeune homme avec qui je m'entendais plutôt bien. Quand la porte principale claqua contre le mur en s'ouvrant, mon regard quitta celui du secrétaire. Je vis d'abord Blue, une expression excédée au visage, et ensuite la fillette. Plus j'observais ses yeux, plus je savais ce qu'elle cherchait. Cette petite avait perdue sa mère, et elle cherchait une femme, rien que ça, pour la réconforter. Je me plaçais en plein dans son champ de vision, au milieu du couloir. À présent, c'est moi que les hommes regardaient. Juste pour ça, ils eurent droit à la colère de Blue, plus possessif que n'importe lequel de mes précédents amants. Quand mon patron se mit à crier, elle se dégagea de son emprise et couru le plus loin qu'elle le pu dans le long couloir aux portes multiples. Elle se cogna contre mes jambes, sa tête rebondissant sur mon ventre plat. Ses grands yeux bruns levés vers moi, la bouche ouverte dans l'incompréhension et la joie, elle se serra contre mon corps sans hésiter. Devant une telle confiance, je ne pu faire autrement que de laisser mon cœur si dur fondre un peu, en l'approchant d'avantage de moi. Puis, je m'agenouillais à sa hauteur pour lui parler, car je voyais Blue s'apprêter à venir la prendre avec lui de nouveau.

- Olá, querida …, je lui murmurais en souriant gentiment.

J'aurai voulu prendre mon temps pour la rassurer, mais le temps pressait. En plus, mon français était des plus pathétiques, je ne le parlais pas encore couramment. Mais cette petite fille semblait toute disposée à m'écouter.

- Quel âge as-tu?

- 8 ans, Madame…

- On joue jeu, kay?

- Kay, elle me chuchota timidement en imitant mon accent polonais.

- Je être Vera Gorski, toi? Tu inventer un nouveau nom.

- Je… euh… Blondie!

J'éclatais d'un rire franc, parce que la fillette avait les cheveux d'un noir de jais impressionnant. Mais je la laissais avec ce choix qui était sien, et qui semblait la satisfaire. C'était la première enfant que Blue trainait ici, mais je savais d'avance quel serait son avenir. Un avenir où son vrai nom ne lui serait jamais utile, car elle voudrait que personne ne sache ce qu'elle est devenue. À partir de ce jour, j'ai commencé à avoir un peu plus de respect pour les femmes qui travaillaient dans le bordel.

Quand Blue arriva à mes côtés en me tendant la main, je l'ai refusée pour la première fois en 5 ans à son service, et j'ai plutôt pris celle de la jeune Blondie dans la mienne en me relevant. Il m'a regardé, insulté.

- Blue… Être la première chose que je demander à vous. Je veux m'occuper d'elle, j'arrivais à articuler difficilement à cause de la langue et de l'émotion dans les yeux de cette gamine.

Il m'avait regardé longuement, le visage rouge et colérique à cause de la façon dont les hommes me dévoraient du regard plus tôt. Me voir si calme, avec enfin une source de bonheur dans cet enfer, l'avait peut-être attendrit, mais j'en doutais. Dans tous les cas, il m'avait dit oui et était parti sans un mot de plus. En me couchant cette nuit là, je paierai mon insolence, je le savais. Mais pour le moment, tout ce qui m'importait, c'était cette petite puce à la main moite qui ne me lâchait pas d'une semelle…

Je lui fis visiter l'endroit, et le lui présentait comme un hôtel. Elle fronça les sourcils quand je lui montrais certaines chambres, mais la gamine ne semblait pas assez fortunée pour avoir déjà vu de vrais hôtels auparavant. Restait la question de savoir où elle allait dormir… J'avais bien ma propre chambre, mais Blue m'y rejoignait tellement souvent… Peut-être qu'avec la petite avec moi, il arrêterait? Mais je ne voulais pas me servir d'elle de cette façon. Je décidais donc de l'installer dans une petite chambre vide juste à côté de la mienne, au cas où elle aurait besoin de quoi que se soit.

J'aménageais cet endroit pour qu'elle oublie un peu la tristesse qui l'entourait. Un petit lit, beaucoup de couvertures, une lampe et quelques livres dénichés à 2 sous chacun. L'argent ne coulait pas à flots ces temps ci, mais je m'étais permise un écart pour Blondie. J'avais acheté un ourson à un dollar, brun, doux et réconfortant. Je savais que si Blue découvrait un si gros manque dans son coffre, les supplices de la chambre à coucher ne seraient plus les seuls que je subirais. Mais le sourire de la fillette quand je lui avais remis son nouveau compagnon valait toutes les gifles du monde, toutes les insultes de la Terre…

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J'avais eu la chance de voir Blondie grandir avant que les quatre autres filles n'arrivent dans ma vie. À 12 ans, elle avait malheureusement compris le but de l'endroit, et savait comme moi ce qui lui était réservé pour l'avenir. Sur le coup, elle avait paniquée. Pendant presque 1 mois elle ne me parlait plus, étant persuadée que j'étais derrière ce complot. Mais quand Blue lui annonça que c'était son idée à lui, et qu'elle ne commencerait à travailler que quand il le jugerait favorable, elle avait accouru dans mes quartiers pour s'excuser.

Pour son âge, la jeune fille était franchement maigre. Pas de courbes, la peau sur les os, mais un visage à faire damner. L'année de ses 13 ans a été déterminante quand à son avenir ici. Elle avait pris des formes, du poids et de la maturité. Chaque fois que Blue la regardait avec un œil trop intéressé, je lui rappelais qu'on ferait une fortune avec sa virginité, et il se concentrait alors plutôt sur mon corps. Je souhaitais de tout cœur qu'il change d'idée et qu'elle ne couche pas avec l'homme qui aurait le plus d'argent, mais je n'osais pas encore l'affronter. Quoi qu'il en soit, un peu après ses 14 ans, elle cogna à ma porte en pleine nuit, me réveillant en sursaut…

Les joues barbouillées de larmes et le regard désespéré, elle s'effondra dans mes bras dès que je me levais de mon lit. Je ne portais rien mais elle s'en fichait complètement, tout ce qu'elle voulait, c'était la femme qui lui avait servie de mère dès ses 8 ans. Je caressais son dos nu sans comprendre, et j'attendais qu'elle se calme. Je l'éloignais doucement de moi pour l'observer, et essayer de voir ce qui la bouleversait à ce point. Je passais tout en revue; les mains, les bras, les jambes, les pieds, le visage… Le reste était caché par sa nuisette blanche… tachée de rouge. Et là je compris. Je fus presque soulagée de savoir que ce n'était que ça, mais en même temps j'en avais peur. Blue s'informait souvent de ses règles : il comptait sur cet évènement pour la faire entrer dans le monde du travail. J'avais aussi peur car personne ne lui avait jamais expliqué ce phénomène. Se serait à moi de le faire, comme tout ce que j'avais accomplit avant qui la concernait.

En la guidant jusqu'à la grande salle de bain qui était la mienne, je lui dis tout ce qu'elle devait savoir sur les menstruations, dans mon français qui c'était nettement amélioré. En la lavant patiemment cette nuit là, je lui appris ce qu'elles impliquaient, les changements qu'elles amèneraient. Quand finalement elle s'endormie dans mes bras, épuisée et le ventre endolori, je savais que ma petite fille devrait bientôt affronter le monde, avec toutes ces embûches et ces déceptions…

Fin du chapitre sur Blondie! Le prochain; Rocket! D'ici une semaine environ!

Reviews?

Je vous aiiiiime!

Anna Bella :) xxxxxxx