Merci à Sauterelle pour sa review, ça fait tout chaud dans mon cœur! :)
*.*.*
« Tu disais ? » Grogna Sam quand il fut remis de sa douche glacée.
Dean ne trouva rien à répondre et se plaça prestement devant le comptoir d'accueil en formica rose du plus mauvais effet. Un petit homme roux et dégarni leur tournait le dos, affairé à fouiller dans ses papiers. L'aîné des Winchester se racla la gorge. « Hum euh… Harrison Robson Hardy ? »
L'homme se retourna. « Appelez-moi Rob. »
'Tu m'étonnes.' Pensa Dean. 'Tout sauf Harry Hardy.' Il sourit et brandit une fausse carte d'identité. « Rob, je suis Mick Jones et voici mon collègue Lou Gramm, du Las Vegas Review-Journal. On souhaitait écrire un article sur l'histoire de votre hôtel, mais je vois qu'il y a une convention de sosies d'Elvis, c'est encore mieux ! » Il adressa un sourire forcé à son frère qui semblait vouloir faire de son mieux pour ressembler à un gardien de prison. « On va prendre une chambre double pour la nuit. » Il tendit une de ses fameuses cartes de crédit au gérant qui remplit les formalités puis leur tendit la clé de leur chambre.
C'est toujours quand on est chargé de bagages que l'ascenseur de l'hôtel est en panne. Et même si le Bello Flam-inn'go n'était pas l'un de ces gigantesques hôtels qui ont fait la réputation de la ville, il comptait tout de même huit étages et la chambre était au sixième. C'est donc en sueur et légèrement essoufflés que les frères pénétrèrent dans ce qui pouvait sans conteste entrer dans le top dix des chambres les plus mal décorées qu'ils aient jamais vues. Papier peint rose-coucher-de-soleil avec des mini-guitares électriques en motif sur les murs. Moquette bleu lagon. Colonnes rococo qui encadraient deux lits de princesse de conte de fées. Poignées de portes en forme de micros. Et la salle de bains ressemblait à ce qu'une Barbie® sous prozac et lexomil aurait pu dessiner.
Dean jeta son sac sur l'un des lits d'un air las. « Toute cette guimauve me donne mal au cœur. Je descends interroger Harry Hardy qui se fait appeler Rob. » dit-il en sortant sans laisser le temps à son frère de réagir.
Sam se retourna. « Euh ouais, sympa… » Son téléphone sonna. Bobby. Son cœur s'emballa, peut-être que le vieux chasseur avait trouvé un moyen de sauver Dean… « Bobby ? Tout va bien ? Tu as trouvé quelque chose pour Dean ? » Reste calme, Sam. Reste calme.
A l'autre bout du fil, le chasseur à la casquette soupira. « Oui, ça va. Juste un début de piste sur le démon qui détient le contrat de Dean. Je… je ne sais pas encore si mes informations sont fiables, mais si c'est le cas, alors c'est un démon extrêmement puissant, plus puissant que celui qui a tué tes parents et… » il hésita. « Apparemment, il fout même la trouille aux autre démons. Je vais continuer mes recherches, mais en attendant, ne te fais pas remarquer. »
« C'est Dean, Bobby. Je ne peux pas le laisser… » un fracas provenant de la chambre d'à côté le fit s'arrêter. « Je dois te laisser, il se passe quelque chose. Tiens-moi au courant. »
« OK. Sois prudent. »
Sam raccrocha, prit une arme et fonça en direction du bruit. Il frappa à la porte de la chambre voisine, d'où provenaient des cris étouffés. « Hé ! Tout va bien ? Ouvrez la porte ! » Cria-t-il. Le bruit de lutte continua. Décidant de ne pas perdre plus de temps, Sam flanqua un puissant coup de pied qui ouvrit la porte relativement peu solide à la volée et découvrit, suspendu dans les airs et dépassant dangereusement de la fenêtre, son voisin de chambre, les yeux écarquillés de terreur. Un sosie d'Elvis chauve, pâle comme la mort et avec une plaie tout autour du cou était en train d'essayer de le faire tomber du sixième étage. Le jeune chasseur ne perdit pas une seconde de plus et tira sur le fantôme, qui s'évapora en un instant. Sa victime retomba lourdement sur le rebord de la fenêtre, et Sam sauta pour le rattraper avant qu'il ne glisse vers l'extérieur et le ramena en lieu de sureté, enfin, si l'on peut dire.
L'homme, d'une quarantaine d'année, tremblait de tous ses membres et pleurait d'une frayeur hystérique. Quand il se fut un peu calmé, il bredouilla. « Mais… mais… c'était quoi, ça ! »
Sam remarqua le costume soigneusement étalé sur le lit. « Vous êtes là pour la convention ? » demanda-t-il.
L'homme le regarda, effaré. « Je euh… ou… oui, mais euh, mais qu'est-ce que ça a à voir avec… avec le… avec… mais c'était qui, c'était quoi ? »
Sam se releva. Il fallait qu'il retrouve Dean en vitesse, mais aussi qu'il protège le pauvre gars d'une autre attaque. « En gros ? Le fantôme d'un sosie d'Elvis qui s'en prend à d'autres sosies. Venez avec moi, il faut vous mettre à l'abri. »
L'homme se dégagea d'un geste du bras. « Vous êtes fou ? Les fantômes n'existent pas ! »
Le jeune chasseur soupira. « Vous avez raison. On est dans une série fantastique américaine et tout ce que vous venez de vivre n'étaient en fait que des effets spéciaux. C'est plus plausible, là ? » Devant la mine perplexe de son interlocuteur, il continua. « Je comprends que ce soit un peu dur à digérer, mais on n'a vraiment pas le temps d'attendre qu'il revienne vous rendre visite. Mon frère et moi savons comment se battre contre ce genre de choses, alors si vous tenez à la vie, suivez-moi. » Il poussa gentiment l'homme vers la sortie et ils descendirent les marches quatre à quatre pour rejoindre Dean. Qui ne se trouvait pas à la réception.
Sam héla Rob qui se trouvait toujours derrière le comptoir. « Hé, vous avez pas vu mon collègue ? » L'homme derrière lui bredouilla un : « Collègue ? Je croyais que vous aviez dit que c'était votre frè… Aïe ! Vous m'avez écrasé le pied ! »
Le gérant les regarda bizarrement. « Il m'a posé des questions, puis il est allé dans l'arrière salle, si vous voyez ce que je veux dire. » Il appuya son commentaire d'un clin d'œil.
Sam soupira pour la énième fois de la journée et se dirigea vers la fameuse arrière salle. Quand il y pénétra, il ne put s'empêcher de penser à un Tardis. Comment une structure de cette taille pouvait tenir dans l'hôtel sans qu'on en sache rien de l'extérieur dépassait l'entendement. Il s'agissait d'un vaste espace sur deux niveaux en mezzanines ouvertes auxquelles on accédait par des escaliers circulaires. Des bandits manchots un peu partout, plusieurs tables de roulette et divers autres jeux, le tout grouillant de sosies d'Elvis accompagnés de leur femme/petite amie/coup d'un soir. Le jeune chasseur chercha les jeux de cartes pour finalement y trouver son frère assis à une table de poker avec une jolie quantité de jetons devant lui et cinq sosies d'Elvis à la mine déconfite à ses côtés. « Hé, Sammy ! Je suis en veine ce soir ! » Le sourire de Dean aurait pu éclairer toute la salle en cas de panne de courant.
Sam ne lui rendit pas son sourire. « On a pas le temps pour ça. Lowell vient d'attaquer. »
Le sourire disparut immédiatement. « Tu vas bien ? Tu saignes… » S'inquiéta l'ainé en se levant pour l'examiner.
Le cadet remarqua à l'instant qu'il avait du se couper le bras sur les débris de verre de la fenêtre. C'était superficiel et le sang avait déjà arrête de couler. Il hocha la tête avec un bref sourire. « Il a essayé de jeter monsieur euh… » « Victor McCarthy » le renseigna la victime. « Merci. Oui, donc, il a essayé de jeter Monsieur McCarthy par-dessus la rambarde du sixième étage. »
Les cinq compagnons de jeu de Dean les regardèrent avec nervosité. Déjà que ce jeune blanc-bec venait de les dépouiller de quelques beaux billets, en plus il connaissait un certain Lowell qui jette les gens par la fenêtre ? Pas bon, tout ça.
Dean fit la grimace. « Lowell est un peu en avance sur son planning habituel. La convention a du le faire sortir de ses gonds. J'ai pas obtenu beaucoup de renseignements de la part de Rob. Tout ce dont il se souvient c'est que le gars était complètement obsédé par Elvis, pas très sympathique, et qu'il ressemblait tellement au King qu'on aurait pu le confondre avec lui. Il ne se rappelle pas que quoi que ce soit ayant pu lui appartenir se trouve encore dans l'hôtel, ce qui ne nous arrange pas. »
Un détail étonna Sam. « C'est bizarre, parce que… » Un hurlement retentit dans la salle, rapidement suivi de plusieurs autres cris d'effroi. Les frères se tournèrent vers le point d'origine qui n'était nul autre que Lowell Klingle, teint blafard, du sang plein le haut de son costume blanc et les yeux luisant d'une rage meurtrière.
*.*.*
