Avant dernier chapitre! Bonne lecture :)
Rob avait indiqué à Dean où trouver les clés de la salle de coffre et le jeune chasseur entreprit de fouiller les tiroirs du petit bureau, un écouteur sur l'oreille droite qui lui répétait de l'aimer tendrement, de l'aimer vrai, tandis que l'oreille gauche restait à l'affut d'une apparition malvenue de Lowell Klingle. Il mit enfin la main sur le trousseau et se dirigea aussi prudemment et rapidement qu'il put jusqu'au sous-sol, où il tourna un peu avant de trouver une veille porte poussiéreuse et rouillée.
« Nous y voilà, Lowell… » Murmura-t-il. La porte n'avait pas du être ouverte depuis des années et il lutta pour l'ouvrir sans la déformer. Attirer l'esprit de Lowell dans la salle des coffres ne servirait plus à rien s'il n'arrivait pas à fermer la porte correctement ensuite. Il vérifia qu'il arrivait à la refermer sans problème et entra dans la petite pièce lugubre, que seule la lumière tremblotante de sa torche éclairait.
« Bon… c'est parti. Hum. » Si papa me voyait en train de chanter du Elvis pour attirer un fantôme, je crois qu'il éclaterait de rire avant de me foutre une bonne baffe, pensa-t-il. Tous les sens aux aguets, il tenta un timide et maladroit « You ain't nothin' but a hound dog…. cryin' all the time. » Elle n'était pas si mal cette chanson, en fin de compte. « Weeell, you ain't never caught the rabbies and you ain't no friend of miiiiine! Allez Lowell, montre moi ta belle gueule ! You ain't nothin' but a hound dog… » Il continua plusieurs minutes, chantonnant vaguement en tournant en rond. Le contenu de l'ipod commençait à lui donner mal au crâne.
Toujours rien. Il décida de passer à l'offensive. « Hé, Lowell ! Tu sais qu'Elvis n'était qu'un imposteur ? Il ne composait même pas ses chansons ce gros nullard ! En plus, il est mort en s'étouffant avec un hamburger ! » Il ignorait si ce qu'il disait était vrai, mais ça n'avait pas d'importance. « Et puis, écoute-moi ces paroles toutes moisies : Love me tendeeeeer, love me sweet, neeeever let me gooooo. You have made my life compete… euh, complete, and I looove you sooo! Love meeee tendeeeeer, loooove me truuuue, all my dreams full-killed ! » Il beuglait à plein poumons, aussi faux que possible.
L'atmosphère se glaça d'un coup et Dean arrêta de chanter. Lowell se dressait entre lui et la porte, bien décidé à lui apprendre à respecter son idole jusqu'à ce que mort s'en suive.
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Faisant les cents pas dans la salle de restaurant, Sam commençait à trouver le temps long. Rob remarqua sa nervosité. « Tout va bien se passer, hein ? »
Sam soupira. « Mon frère sait un peu trop bien comment énerver les créatures surnaturelles, si vous voulez mon avis. » il se passa la main dans les cheveux. « Et même si on enferme Lowell dans la salle des coffres, ce n'est que du temporaire. Rien ne garantit que ça suffira pour qu'il relâche son emprise sur l'hôtel et qu'on puisse faire sortir les clients sans risque. Il faut vraiment qu'on trouve ce qui le retient ici. »
« Qu'est-ce que vous voulez dire par là ? » Rob faisait de son mieux pour ne pas perdre pied.
« En général, les esprits sont en quelque sorte rattachés à leur cadavre et il suffit de brûler les restes pour s'en débarrasser. »
« Vous brûlez des cadavres ? » Réalisa le gérant de l'hôtel, horrifié.
« Chasser les fantômes n'a rien de glamour. » répondit Sam avec franchise. « Le problème avec Lowell, c'est qu'il a été incinéré et qu'on a donc pas de corps à faire disparaitre. Parfois, les esprits s'accrochent à des objets qui avaient une grande importance pour eux. Ou alors à des morceaux de leur corps, comme une mèche de cheveux par exemple… » Un détail qui l'avait frappé quelques heures plus tôt commença à lui revenir en mémoire. « Dites, mon frère m'a dit que Lowell Klingle avait du succès en tant que sosie justement parce qu'il ressemblait beaucoup à Elvis, mais son fantôme n'a qu'une couronne de cheveux à la base du crâne… Rob ? »
« Une mèche de cheveux… » balbutiait Rob, blême.
Sam attrapa le petit homme par le bras. « Rob, vous savez quelque chose ? »
Le gérant leva un regard implorant et désespéré. « Lowell avait… des cheveux magnifiques, comme Elvis et… et mon père m'a raconté que vers ses trente ans, il a commencé à les perdre alors euh… il s'est fait confectionner une perruque avec ses propres cheveux, pour pouvoir être toujours parfait… et, et mon père en était très jaloux et, et… »
Sam le regarda avec des yeux ronds. « Vous êtes en train de me dire que votre père a tué Lowell pour lui voler sa perruque ? »
Rob fondit en larmes et ce n'était pas beau à voir. « Je crois ! Non, je ne sais pas ! Peut-être ! J'en sais rien ! » C'était la réponse évasive du siècle.
Le cadet des Winchester secoua légèrement l'homme par les épaules. « La perruque, vous savez où elle est ? » La réponse fut un gargouillis incompréhensible. « Articulez ! Mon frère est en train de risquer sa vie pour la connerie de votre père ! »
L'homme s'effondra, liquide. « Dans la salle des coffres ! »
« La salle des coffres, celle où est Dean en ce moment ? » Ce voyage à Las Vegas se passait de mieux en mieux.
« Non, la nouvelle… Elle est au sous-sol aussi, mais dans une autre aile de l'hôtel. » réussit à articuler Rob entre deux reniflements.
« Allons-y tout de suite. » il empoigna le gérant qui ne résista pas et le dirigea vers la sortie de la salle, puis se retourna vers le reste des clients. « Si l'un d'entre vous essaie de sortir d'ici avant que mon frère ou moi soyons revenus, je compte sur les autres pour l'assommer. Compris ? » Un vague murmure général lui servit de réponse et il sortit, trainant Rob derrière lui.
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Dean se jeta sur le côté pour tenter de rejoindre la porte, qui se referma brusquement, emportant avec elle son beau plan de survie. Il se retourna pour se retrouver nez-à-nez avec Lowell, qui plaqua une main glacée et puissante comme un étau contre sa gorge et commença à serrer.
Dean sentit ses pieds se soulever de terre et tenta désespérément de faire parvenir de l'air jusque dans ses poumons, tandis que des étoiles noires dansaient devant ses yeux. La torche tomba et s'éteignit, plongeant la pièce dans les ténèbres. Le chasseur palpa maladroitement l'arrière de son jean et parvint à resserrer les doigts sur son arme, qu'il pointa droit devant lui et fit feu. L'étau meurtrier disparut immédiatement et il tomba à genoux, haletant.
Il cherchait sa torche à tâtons quand une force invisible le souleva de terre et l'envoya s'écraser contre un mur, à moins que ce ne fût le plafond. Il retomba lourdement, complètement désorienté, son corps endolori criant au supplice. La main glacée du fantôme le traversa pour tenter d'écraser son cœur. Il fit feu une nouvelle fois et la douleur cessa. A bout de souffle, il parvint à recharger à l'aveuglette le petit fusil des deux dernières cartouches de gros sel, priant en silence pour que Sam n'ait pas suivi ses consignes et vienne à sa rescousse.
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