02h03 .. Dammit

Il faut vraiment que je me défasse de cette stupide habitude. Poster la nuit, en voilà une idée ! Mais c'est le seul moment où j'ai le temps, de me poser, de réfléchir de laisser venir. C'est de ma faute peut-être si on écrit mieux la nuit ?

Voilà comme annoncé le chapitre sept de Corps à Corps qui reprends doucement vie entre mes doigts malhabiles. Le chapitre huit et déjà bien entamé et je compte le finir vite fait pour sauter sur le chapitre neuf et vous les rendre, tous, dans les temps ! En attendant, trève de blablatage intempestif (ma spécialité) et place au texte, en espérant qu'il ne vous déçoive pas, même s'il est un peu plus.. envolé que les autres ^^ (et long! trèèès long! ^^)

Gros bisous à tous merci d'être là !

Mad

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Corps à Corps

Chapitre VII

C'est d'un pas hésitant que je pénètre dans l'aile droite de l'écurie. Je me voudrait indifférent, me rêverais nonchalant mais voilà, dans la vie on ne peut pas tout avoir et je suis plus anxieux que jamais..

J'ai retardé au mieux ce moment, laissant les minutes couler sur les longues jambes de Galva, les heures fondre comme la fourche sur les bottes de paille fraîche mais après avoir nettoyé sept box et vidés ma caisse de pansage, j'ai bien dû me rendre à l'évidence: il fallait que je vienne. Et puis Nott m'aurait tué..

J'ai peur. J'avance presque à reculons, le cœur battant. Je ne pourrais plus l'éviter cette fois, nous serons trois et je serais obligé d'affronter son regard gris. Si seulement Nott pouvait me faciliter la tâche en omettant subitement notre sainte complicité.

Lui qui a tout compris.. Mais qu'a-t-il compris au juste?

La jalousie de Malfoy quant à notre nouvelle relation ? Évidente.

Mes provocations de la veille ? Pas très difficile.

Et s'il avait compris le « plus », s'il avait saisit cette petite nuance dans notre relation que je tente de dissimuler au mieux? S'il avait compris.. Et puis quoi? Mon attirance?

Illusoire. Simple réaction normale face au provocations de Malfoy, face aux images auxquelles j'ai été confronté ce soir là, dans l'écurie.

Ma colère? Nous sommes ennemis depuis que nous nous connaissons. Lui le petit fils de riche qui se paye le droit de faire partie des meilleurs et moi, paysan débarqué de nulle part.

Mon besoin? Ce manque de lui, de ses réflexions sarcastiques, de son mépris, de ses coups, cette relation de dépendance qui me prends aux tripes et me tue à petit feu ?

Si c'est le cas, j'ai un sérieux problème. Cette sensation c'est quelques chose que je viens à peine de découvrir, de m'avouer.

Quelque chose dont je ne peux désormais plus me passer...

Je m'arrête près de chaque cheval, retardant encore la confrontation. Qu'est-ce qui peut bien m'attendre au bout de ce couloir ? Rien ne peut atteindre mon invincible courage.

Quittant à regret la belle jument de Parkinson, je finis par allonger la foulée. Plus vite j'en aurais fini, mieux ça sera.

Des filets de voix me parviennent, bribes de conversation déjà entamée. J'avance dans la lumière vacillante de l'unique ampoule, guidé par le ton grave que je reconnais comme appartenant à Nott.

- Je t'ai dit qu'il viendrait.

- Je t'ai dit que je m'en fichais.

- Tu as fait une promesse Draco.

- C'est exact. Et je la tiendrai.

Il se sourient. Dans l'ombre je vois Malfoy qui debout à côté de la tête de Pizarro et Nott, est accroupi près de sa jambe.

- Qu'est-ce que tu lui met?

- Je lui applique de l'argile.

- Pourquoi?

- Je l'ai beaucoup travaillé en carrière aujourd'hui et j'ai forcé un peu sur ses tendons, vu la rigidité du sol..

- Quels sont les effets?

- L'argile est sensé calmer, soigner parfois...

- Il y a des effets secondaires?

- Du calme Dray, regarde au lieu de me faire passer un interrogatoire!

Je souris. Il a un air sérieux que je ne lui connait pas et la façon dont il fixe Nott comme s'il voulait se souvenir de ses moindres gestes m'attendrit malgré moi. Foutu imbécile.

- On essayera d'en mettre à Cez' après ça..

- Je crains qu'il n'apprécie guère...

Nott ricane.

- Raison de plus !

Ils échangent à nouveau un sourire complice et je me sens déjà de trop. Pourtant je continue à avancer, spectateur silencieux de cette scène inhabituelle.

Nott a des gestes précis, mesurés, il masse l'arrière de la jambe de ses mains fines et agiles. Pizarro ne bronche pas et se laisse câliner par Malfoy, dont les mains sont nettement plus grandes et fortes.

Ils passent au box suivant et j'avance dans la lumière. Mais j'ai beau me tenir là, droit devant eux, ils font semblant de ne pas me voir.

La situation pourrait paraître bizarre, voire irritante aux yeux de n'importe qui, mais je me vois comme le peintre de ce tableau étrange, observateur muet. Si je prends part à cette scène, je romps le charme qui l'entoure.

Le blond entre le box de son cheval en le repoussant d'une voix ferme. Il me ramène à mes début avec Galva et je me surprends à sourire. Lorsqu'il a enfin passé le licol derrière les oreilles de César et l'a attaché dans le couloir, Nott s'approche prudemment.

- Viens mais pas trop près. Et avance tout doucement.

Nott se retourne et me fait signe de le suivre. Cette fois je suis vraiment coincé et je m'exécute sans rien dire. J'ai l'impression de faire partie de ce décor sans pour autant y avoir ma place. C'est vraiment singulier.

Malfoy commence a descendre ses mains le long de la jambe de son cheval, certainement pour l'habituer au massage inhabituel. Le César se tends et sous la lumière tombante de l'ampoule qui se balance il me paraît encore plus magnifique que sur la piste. Je lance un rapide coup d'œil à Théo qui admire également le sublime animal. Malfoy lui parle comme a un enfant apeuré et les oreilles de César ne cessent de s'agiter. Et puis lentement nous voyons ses muscles se détendre un à un, il finit par baisser la tête et mâchouiller dans le vide. Le blond affiche un sourire tendre.

- Potter, tu veux bien me passer l'argile au lieu de rester planter là?

Je sursaute sous le choc mais alors qu'une réplique cinglante m'effleure les lèvres, il se retourne en me souriant, une lueur amusée de gamin effronté brillant dans ses yeux. Trop abasourdi pour faire quoique ce soit, je lui tends le pot que Nott vient de me glisser dans la main.

- Merci ! Me fait-il en souriant toujours.

- De.. heu.. de rien.

Théo nous surveille du coin de l'œil en ricanant dans sa barbe et le blond se retourne encore quelque fois pour me regarder.

- Vous avez quoi au programme demain?

- Saut avec McGo. Je sens que Zarro va en baver. Et toi?

- Dressage avec Snape. Notre matière préférée, n'est-ce pas César ?

La grand cheval se contente de tourner un peu la tête avant de se remettre à chercher quelques brins de paille sur le sol. Malfoy sourit à nouveau tout en continuant à appliquer l'argile. Je suis toujours dans l'incapacité de parler.

- Et toi Potter?

Il me sourit encore, un vrai et franc sourire qui m'envoie une décharge électrique dans le bas du dos. Il y a quelque chose qui ne tourne pas rond avec ce sourire, quelques choses qui ne tourne pas rond au fonds des yeux gris. Je dois rêver, ou avoir atteint une dimension parallèle. Je m'entends répondre:

- Je.. je ne.. je ne sais pas.. il.. le programme a été affiché ?

- Depuis bien une semaine Harry !

Nott me fixe avec un air un peu inquiet. Je me retourne vers Malfoy qui rigole doucement tout en plongeant ses main dans un seau d'eau chaude.

- Il y en a un qui à cours avec le graisseux demain et qui ne le sait pas encore...

Nott part d'un franc éclat de rire et je me perds dans les prunelles grises animées de cette lumière inconnue en souriant faiblement.

Jamais il ne m'a fixé avec cet air amical. Jamais il ne m'a adressé un seul sourire. Je n'ai eu droit qu'aux coups et aux insultes et au mépris, bon dieu que se passe-t-il?

Je ne peux détacher les yeux de cette personne qui masse les jambes de son cheval avec calme et précision, une tendresse infinie dans le regard, cette personne qui rigole avec Nott et me fait prendre part à cette scène de pure amitié en quelques regards. Cette personne qui est capable de mettre les mains dans la boue et les genoux dans la paille pour le bien être d'un autre que lui-même. Et j'ai beau le détailler, suivre chacun de ses gestes, le fixer à en perdre le souffle et la notion du temps, j'ai beau sentir cette petite douleur au niveau du cœur qui me crie que je suis encore vivant, ce type assis juste devant moi, je ne le connais pas. Et une pensée complètement irraisonnée tourne en boucle dans mon esprit, ce type, ce foutu blond qui se plie en deux parce que Théo vient de faire une blague un peu vaseuse sur Snape, ce type au sourire qui illumine les écuries, j'ai terriblement envie de devenir son ami.

- Depuis combien de temps tu n'as pas eu cours avec Snape ?

- Heu.. je.. deux ans je crois..

Il ancre son regard au mien, goguenard et je me sens défaillir.

- Bien, donc je me permet de te rappeler bases: tout ce que tu va faire à ce cours, ça doit te faire mal.

- « L'apprentissage dans la douleur. » imite Théo de sa voix caverneuse.

- Exactement ! On ne peut rien retenir de ce qui ne nous brise pas !

Ils rient à nouveau et je sens plus que je ne vois le regard de Malfoy dévier sur ma cuisse. Ma cicatrice. Je titube.

Je ne dois pas y penser, il ne faut pas que j'y revienne.. plus jamais. Et puis, c'est comme une vague et je suis noyé sous les images.

Une nuit d'encre. Pas de lune pour éclairer mes pas. La peur et ses coups sourd contre mes temps, son poids au fond de mon ventre. Mon souffle erratique qui me revient en écho. J'ai l'impression qu'on peut entendre les battements affolés de mon cœur à des kilomètres à la ronde. La porte des écuries ne m'a jamais parût aussi grande aussi lourde et mes mains sont tremblantes.

Silence, même les chevaux dorment. L'odeur de foin, la paille qui crisse sous mes pas. La plaque métallique aux grandes lettres dorées.

VOL DE MORT

Le licol accroché un peu trop haut sur la porte, la selle, la bride. Ses yeux noirs, ses crins trop longs. Sa transpiration sur moi. La sangle, le mors, des gestes mille fois accomplis.

On sort. L'air de la nuit me fait du bien et il piaffe à mes côtés. Ses fers contre le parvis. Je me retourne brusquement, j'ai tellement peur qu'une lumière s'allume, qu'une fenêtre s'ouvre.

Mais rien, le sable du rond de longe étouffe le bruit de nos pas.

Il est trop grand, trop énervé, trop brutal. Je m'y reprends à plusieurs fois avant de bondir sur son dos.

Il m'embarque, je le contrôle à moitié, le remet au pas. À chaque galop c'est l'envolée, impossible de le rassembler sous moi.

Il a trop de force, de puissance, je panique. J'entends son hennissement rauque qui brise mes dernières forces. Il se cabre, je me retiens de justesse. Et puis soudain, il bondit dans les airs.

Je n'entends plus rien, que je bruit sourd de ma chute. J'entrevois son corps immense au-dessus de moi. Je vois des étoiles, il y en a plein le ciel. Mes yeux se ferment.

Des étoiles, il y en a plein qui explosent comme des feux le long de ma cuisse. Je vois son sabot énorme se poser à quelques centimètres de ma main. Il défonce la porte du rond de longe et s'enfuit au triple galop sur les pavés.

Je ne vois plu rien, n'entends plus rien. Il n'y a que le froid, la douleur et la honte, le goût âpre du sable dans ma bouche. Et l'envie farouche de me fondre dans ce ciel constellé.

Je recule. Il ne fallait pas que j'y pense, il ne faudrait plus jamais que j'y pense, plus jamais. Mais il y a l'ambiance étrange de notre petite scène, cette intimité feinte au fond de cette écurie pleine de chaleur. La nuit est tombée, je ne sais trop quand, je vois quelques étoiles briller à travers le carreaux au-dessus du mur. Il y a le sourire de Malfoy qui me fait tourner la tête à tel point que je l'appellerais presque Draco..

Il faut que je sorte.

Je glisse quelque mots d'excuses à Nott, prétextant du travail, un lourd sommeil, n'importe quoi et je m'enfuis. Je cours plus que je ne m'avance vers la lumière bleue qui filtre derrière la grande porte rouge. J'entends un appel, puis plus rien. Il faut que je parte ou je vais mourir asphyxié.

Une fois dehors je respire l'air par grande bouffée en me prenant la tête dans les mains. Ce n'est pas possible. Cette scène n'a pas pu exister, jamais.

- Potter arrête-toi !

Théo à laissé le soin au blond de me rejoindre. De me retenir. Nott, petit enfoiré.

- Potter s'il te plaît !

Sa voix est grave à bout de souffle. Presque teintée de regrets. Je suis tellement surpris que je me retourne vivement. Il est plus près de moi que je ne le pensais mais il s'approche encore. Sa poitrine se soulève fortement, il m'a couru après. Tout cela est tellement irréel.

- Pourquoi ..pourquoi tu dois toujours t'enfuir avant la fin?

- La fin de quoi Malfoy ?!

- Je ne sais pas.. on a jamais pu y arriver..

Il me sourit, un peu triste, un peu mélancolique peut-être. Mais au lieu de fondre, je m'échauffe.

- Tu sais quoi Malfoy? J'abandonne ! Tu es définitivement la personne la plus impossible à cerner au monde !

- Mais..pourquoi voudrais-tu me cerner ? Tu ne fais pas partie de ces gens qui mettent les autres dans des petites boites avec des petites étiquettes pour être sûr d'avoir un petit monde bien rangé! Et ne me dis pas le contraire, je sais que tu ne l'es pas!

Je le regarde, plein de colère et de contradictions et j'ai peur que toute cette colère sorte dans l'état des choses, complètement incohérente et brûlante, mais quelque part j'ai terriblement besoins de cette colère. Elle me rends puissant et impuissant à la fois. Entier et incomplet. Et il faut impérativement qu'elle sorte.

- Tu vois, je ne sais pas comment te prendre! Tu es mon ennemi et maintenant tu me dis des choses sur moi que personne ne m'a jamais dit et tout cela.. ça n'a strictement aucun sens! Quel est le putain de mode d'emploi avec toi Malfoy ?

- Et si..si tu essayais de me prendre comme je suis ?

Cette fois c'est trop.

- Comme tu es ? C'est à dire ? Te prendre comme le mec sympa et drôle qui me fait adhérer à la secte des bons cavaliers à grand renforts de sourires et de coups d'œil amusés? Ou le mec qui me passe à tabac dès qu'il en a l'occasion en me crachant les pires insultes au visage?

- Je..

- Tu vois, tu es un paradoxe sur pattes Malfoy ! Alors excuse-moi d'être complètement révolté !

- Mais .. attends..

- Attendre quoi ?

- Je..

Ses traits se tendent et il fixe le sol. S'il commence à me frapper je crois que j'ai assez de haine en moi pour le massacrer.

- Je m'excuse encore pour ce que je t'ai fait.

- Alors ça c'est la meilleure!

- Non arrête Potter! Arrête maintenant, merde! Tu vois, tu n'accepte même pas d'entendre ce que j'ai à dire !

- Je crois que j'en ai assez entendu merci..

Faisant demi-tour je m'éloigne à grandes enjambée. Mais je ne peux m'empêcher de l'écouter me crier ces mots que je ne veux pas entendre. Pour l'amour du ciel si seulement je pouvais ne plus l'entendre.

- Quand j'ai pété les plombs avant-hier dans les écuries, il y avait une raison. J'étais frustré et en colère, parce que ces excuses même si Nott m'a harcelé pour que j'aille te les présenter, quand je me suis retrouvé face à toi, quand tu m'a regardé avec la plus grande colère du monde.. je .. je les ai pensées. Vraiment. Je croyais en ce que je disais, j'étais convaincu de la véracité de ces paroles, je savais que je m'en voulais à mort pour ce que j'avais fait. J'ai..j'ai même bafouillé Potter pour l'amour de dieu !

Sa remarque est empreinte d'une telle naïveté que je me surprends à rire doucement. Il est presque touchant dans son aveu, l'aristo. Sans savoir vraiment ce que je fais, je me retourne et l'attends. Il me rejoins en quelques enjambées, la tête basse.

- Je suis désolé.

Mes yeux dans les siens, je ne sais plus vraiment où j'en suis. Je suis à cours de mots, de gestes, je ne sais plus où je vais. Abasourdi. Je suis abasourdi.

- Et on fait quoi maintenant ?

- J'en sais rien... On pourrait commencer par se serrer les coudes pour ce foutu concours ! Tu sais comment je suis, arrogant, prétentieux et je déteste perdre...

- Oui j'avais remarqué... Mon cou s'en souviens il me semble.

- Merde, je suis désolé pour ça aussi. Vraiment !

- Je...

Il attends plein d'espoir, on dirait un gamin le jour de Noël. Je vais certainement m'en vouloir, mais il y a quelque chose de plus fort que toute cette haine que j'ai contre lui et cette chose me pousse à faire n'importe quoi.

- Je ne sais pas vraiment où je vais en te disant ça mais.. mais j'accepte tes excuses.

Il sourit tout d'un coup, me sourit vraiment. La lueur dans ses yeux fait chauffer mes joues. Il faut que je me reprenne.

- Mais j'aimerais comprendre! Pourquoi ce subit retournement de situation ?

- C'est compliqué c'est.. C'est bien sûr en partie grâce à Nott..

Je remarque qu'il a dit « grâce » et non « à cause » et sourit intérieurement. Avant de me brimer pour cette attitude de midinette mono-neuronale.

- Il m'engueule depuis un moment tu sais, c'est pas mon meilleur ami pour rien.. Il m'a fait remarquer que nous n'avons plus douze ans, qu'on est plus entrain de se rouler dans la paille pour savoir qui montera Pompon le fjord au spectacle de Noël.. Qu'il faudrait que je grandisse un peu dans ma tête et tu ne sais pas à quel point ça me tue de t'avouer ça.

Si je sais. Le regard qui fuit, la main qui vient gratter l'arrière du crâne, la voix un peu plus aiguë, je connais par cœur.

- Il avait raison tout ce temps. Mais c'était plus fort que moi, tu m'énervais tellement, toi le petit péquenot débarqué de nulle part de la boue pleins les bottes et des rêves pleins les yeux, ce gamin paumé que tout le monde a instantanément adoré, adulé. Tu étais la petite vedette, ouverte et sympa que tout le monde voulait comme ami. Si tu savais combien de temps il m'a fallut avant d'oser adresser la parole à d'autres que Théo. Mais toi, tu es arrivé et tu as tout transformé ici, tu as amené avec toi tout le soleil et la chaleur, et les grandes tablées et les rires et je n'y comprenais plus rien. Je t'ai détesté immédiatement, parce que tu étais bon sans avoir à subir la pression continue qu'on avait exercé sur moi toutes ces foutues années, tu t'épanouissais sans douleur, tu progressais dans la paix. Tes points faibles étaient devenues les seules choses auxquelles je me raccrochait. Une fois entouré de Weasley et Granger tu es devenu invincible. Tu as même réussi à sortir avec la fille belette, que Zabini essaye de se taper depuis qu'il peut poser ses fesses sur un Shetland! Tu étais tout ce que je n'étais pas et pour cela tu étais.. Détestable, haïssable même.

Je le fixe en souriant toujours. Je ne savais pas qu'il était capable de parler autant, d'avoir l'air gêné, de ressentir. Je ne savais pas pourquoi on se détestait et je n'ai jamais cherché à savoir. Cette haine était vitale, comme le seul feu qui m'animait.

- Mais.. il y a un truc que je ne comprends pas.. tu as toujours été meilleur que moi partout pourtant ?

- Et alors? C'est toi qu'on félicitait pour tes progrès, toi qui brillait, peu importe que je sois meilleur ou non, ce que je voulais c'était inspirer le respect que tu inspirais, dégager ce que tu dégageais, à cheval comme à pieds. La compétition me rendait vivant. Amer et cruel certes, mais vivant.

J'ai envie de lui dire que je comprends, que c'était pareil pour moi, mais c'est tellement étrange de se retrouver ainsi, face à face, tellement.. semblable.

- Et maintenant ?

- Maintenant, j'avance dans le noir Potter. J'avance à tâtons dans le noir.

On se regarde droit dans les yeux et tout devient évidence. C'est un sentiment vertigineux et j'ai trop peur de tomber.

- Bon.. on pourrait peut-être devenir..coéquipiers ?

Que ce mot sonne étrange dans ma bouche ! Mais il n'a pas vraiment l'air de s'en rendre compte.

- Je ne demande pas mieux.

Nous nous sourions encore dans la nuit et il tends sa main. J'ai terriblement peur, ça fait comme du plomb dans mon estomac et même si je redoute la chute, cette fois je ne fuirai pas.

Sa main est chaude et douce autour de la mienne et j'ai l'envie furtive de ne plus la lâcher. Je me sens bêtement et simplement en sécurité. Complètement idiot.

Ce type a décidément un don pour me rendre dingue.

On finit par se lâcher mais ses yeux brillent toujours et je sais que les miens aussi. Des images récentes me reviennent, je me rapproche de lui, instinctivement, et sa main vient enserrer mon épaule.

- T'as intérêt à assurer demain, prodige Potter!

Mes joues doivent avoir pris une jolie teinte pourpre et sa voix grave me fait trembler. Mais il fait nuit et il n'a pas l'air de l'avoir remarqué. Du moins je l'espère.

- T'inquiètes, j'assurerai.

Ma promesse sonne faux et trop vrai à la fois. Ma voix qui chancèle.. Il n'a pas pu la manquer cette fois. Et sa main sur mon épaule me ramène à des souvenirs difficiles. Où sommes-nous Malfoy ? Dans quelle dimension avons-nous étés emportés ?

(Who are you, what are you living for? Who are you, what are you fighting for ?)

Sa main lâche doucement mon épaule, trop doucement et son regard balaye rapidement les environs.

Trop rapidement.

- Bon.. il faut qu'on y aille, on a une grosse journée demain. Et j'ai bien l'intention de te ridiculiser sur le parcours!

- Malfoy !

- Draco. Mon prénom c'est Draco.

C'est quoi ces tiraillements dans ma poitrine?

- Draco...

- Désolé pour ces railleries... déformation professionnelle.

Je lui souris, encore et toujours et alors qu'il me rends ce sourire au centuple, je le regarde s'éloigner.

Regarde ses mèches blondes qui dansent devant ses yeux pleins de lumière. Devine son sourire même lorsqu'il baisse la tête. Le regarde se retourner plusieurs fois et mimer son propre air arrogant.

Le fixe jusqu'à ce qu'il disparaisse dans l'écurie et abandonne mon envie de murmurer.

Cette fois c'est toi qui part avant la fin Malfoy.

Mais c'est trop tôt pour ce genre de phrase et je saurais attendre. Attendre quoi ? Je ne sais pas vraiment. Qu'il fasse jour certainement?

Attendre aussi, peut-être, de savoir ce que sont ces tiraillements dans ma poitrine ?

Attendre, mais pas longtemps, le jour point déjà quelque part.

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Chez moi Harry, chez moi le jour est près de poindre.. enfin "près" tout es relatif..

Bref ^^ Alors cet "envolé trop long" ?