Chers lecteurs pugnaces qui malgré tout êtes encore là : MERCI !
Ce chapitre je le dois entièrement à ma super, merveilleuse, incroyable bêta Valmorel (qui écrit aussi des fics, oui oui ! Et qu'il faut aller lire d'urgence, oui oui oui!) qui a eu le courage et la patience de me relire et de me corriger, ce qui n'est pas une mince affaire vous pouvez me croire... (que tous les illettrés analphabètes dans la vallée lèvent le doigt \ o /) ). C'est donc vraiment à elle que reviennent tous les honneurs !
Comme d'habitude je tiens à m'excuser auprès de tout ceux à qui je n'ai pas encore répondu (et malheureusement il y en a beaucoup...) je vais vraiment essayer de rattraper mon retard dans ces prochaines semaines (bientôt les vacances, hourra!) !
Merci mille fois de me lire encore, vous êtes incroyables ! Bonne lecture (je l'espère ^^) et à tout bientôt !
Votre Mamad :)
Corps à Corps
Chapitre 11
La douche se déroule dans un silence de mort. Je suis retourné chercher mon cheval et l'ai attaché en faisant bien attention à ce que Pizarro soit placé entre César et lui. Mais c'est au tour de Pizarro de passer au jet maintenant et même s'ils ne peuvent pas s'atteindre, le cheval de Malfoy et le mien passent leur temps à se provoquer.
C'est bien la troisième fois que Théo nous demande si tout va bien et cette fois le « Demande à Potter » ainsi que le « T'inquiètes ça va, c'est rien » fusent en même temps.
Je me tourne vers Malfoy hors de moi.
- Comment ça « demande à Potter » ? Et pourquoi tu fais la gueule toi aussi ? C'est pas à toi qu'on a fait la morale aux dernières nouvelles !
- Justement, tes chers petits amis t'ont engueulé et depuis tu es silencieux et morne comme si tu ruminais des propos dégueulasses à notre encontre.
- Le psy pour traiter la paranoïa tu connais Malfoy ?
- Ho ! On se calme !
Nott a hurlé. Même César et Galvano ont cessé leur chamailleries pour le regarder avec un air estomaqué.
- D'abord vous m'expliquez ce qui s'est passé, non, toi tu te tais Malfoy ! Harry je t'écoute.
Sa soudaine autorité me rend tout à fait docile.
- Rien de bien grave, j'ai croisé Ron et Herm' dans les écuries et ils ne sont pas tout à fait ravis que je traîne avec vous.
- Tu leur manque, c'est tout.
J'admire la rhétorique Théodorienne.
- Il n'y a pas que ça... Ron est toujours remonté contre Draco et je pense que ce sera difficile de vous défendre sans cesse sans me prendre de bec avec lui...
- Comme si tu nous défendais.
Malfoy, sans courage et sans surprise, a murmuré sa remarque. Théo lui jette un regard meurtrier mais ce n'est rien face à ma colère frisant l'hystérie.
- Mais tu plaisantes ou quoi ? Tu crois que je serais là sinon ? Je n'arrive pas à croire que tu puisses encore dire ça après tout ce qui s'est passé ! Merci le soutien !
Il baisse les yeux, fixant intensément le bout de ses bottes, grattant le sol.
- Tu demandes des choses que tu n'es pas capable d'appliquer toi-même. Tu me demandes d'oublier mes préjugés à ton encontre alors que tu doutes encore de mon attitude. C'est lamentable.
Sans relever les yeux il marmonne dans sa barbe. La seule phrase audible sonne comme un :
- Comment j'pouvais savoir moi.
- Tu peux deviner non ? Comme le grand garçon que tu es ?
À mon grand étonnement Nott ne s'interpose pas pour le défendre. C'est finalement Pizarro qui brise la glace en faisant un léger écart, ennuyé de sentir le jet glacé constamment braqué sur sa cuisse.
- Pardon mon garçon, murmure Théo et sa tendresse fait office de pansement à notre dispute.
J'entends même Malfoy murmurer un « 'dsolé. » avant d'enchaîner sur « mais je te trouve bien impertinent pour un esclave. ».
Je ris enfin et réalise qu'eux seuls ont pu me redonner le sourire malgré tous les événements de cette journée. Peut-être est-il temps de changer de cercle ? Les paroles d'Hermione me collent à la peau.
Tu as changé Harry. Tu n'as vraiment pas l'air bien.
Pas bien du tout en effet. Encore moins lorsque Draco me lance un regard gentil et que mon sang chute dans le fond de mes chaussures.
Encore moins bien ou peut-être, définitivement mieux lorsqu'il me pousse du coude en me traitant de sale esclave. Encore mieux, oui, vraiment mieux lorsqu'il me confie César pour la première fois, évitant que sa majesté ne tire au renard. (1)
Nous finissons par les préparer à l'extérieur, Zarro comme son patron faisant office de médiateur entre César et Galvano. Pour finir, ils trouvent leur équilibre, exactement comme nous. Quoique je doute de l'attirance de mon cheval pour le monstre noir.
La balade est absolument idyllique, nous les laissons marcher à leur rythme dans les bois tout en discutant, rigolant, échangeant anecdotes et ébouriffées de cheveux - ce que Malfoy supporte beaucoup moins bien que Nott et moi. Arrivés au grand pré nous décidons de nous permettre un grand galop à travers champs.
L'un après l'autre nous les lançons dans l'allure, les retenant du bout des doigts. Alors c'est l'extase, les chevaux tirent mais rien de trop méchant, nous gardons nos distances de façon à ce qu'ils ne se rattrapent pas et je me laisse porter dans le vent. L'allure saccadée de Galva devient très vite fluide, il y a assez d'herbe pour le laisser se défouler véritablement, redevenir un animal sauvage et il en oublie d'avoir peur, de m'arracher les mains. À un moment je coince le bout des ses rênes entre ma cuisse et le quartier de la selle et me penche en arrière, les bras en croix l'espace de quelques secondes (2). Malfoy qui se retournait pour vérifier que tout aille bien m'adresse un sourire éclatant, Théo qui a dû m'apercevoir décide d'en faire de même. J'ai l'impression de rêver.
Vers la fin du champs, mon incorrigible cheval décide de retourner embêter l'étalon noir qui ne se laisse par faire l'entraînant dans une chevauchée délirante. Nous finissons échevelés et essoufflés les arrêtant avec peine, mais surtout morts de rire de les voir se comporter comme des enfants.
C'est presque mélancoliques que nous retrouvons le chemin qui mène au domaine. Galva s'ébroue en passant devant et César lui jette un regard désintéressé. Je prie sans trop d'espoir pour que cette paix tacite dure un peu plus longtemps que le retour. Malfoy croise alors mon regard et joint ses mains en levant les yeux au ciel, mimant une prière. Nott éclate de rire en même temps que moi.
Dans le box, je bouchonne (3) tendrement le dos du champion pendant qu'il mange sa ration. Il a l'air en forme, totalement détendu et son poil brille comme jamais. Je me souviens de ses soucis de peau, de pieds, de souffle et ne peut m'empêcher de m'attendrir devant ce seigneur si fragile. Sa tête magnifique repose dans le fond de la mangeoire où il souffle et semble trier ses grains du bout du nez. Je pose ma tête contre son flanc en l'écoutant respirer. Son odeur empli mes narines et les larmes commencent à me piquer les yeux. Pourquoi est-ce que tout est aussi compliqué ? La simplicité de son regard doux posé sur moi, de notre entente inexprimable, inexplicable me tord les tripes. Sans lui je ne serai rien.
Je repense au divorce de mes parents et au poney club où je trouvais refuge. Puis la découverte de Poudlard, mon sourire retrouvé et le sourire de ma mère qui lui faisait écho. Mon premier boulot comme secrétaire pour Dumbledore et puis Galva, Galva, Galva. Mon cheval.
Avant lui je n'étais rien, un débutant un peu doué qui avait l'art et la manière de convaincre ces grandes bêtes anxieuses de lui faire confiance. Un gamin un peu trop passionné qui se lançait corps et âme dans un sport incluant des êtres doués d'une intuition et d'une sensibilité totalement différente.
Eux, moi et le monde se déchirant autour.
J'essuie mes joues contre le poil de Galva qui ne m'en voudra pas, occupé comme il est à savourer sa nourriture. Sa respiration m'apaise et la fatigue me gagne d'un seul coup.
C'est ce moment là que choisi Malfoy pour me rejoindre.
- Potter t'as pas oublié mon box j'espère ?
En me voyant appuyé ainsi contre mon cheval son expression change immédiatement.
- Désolé, je te dérange ? Sinon je le fait hein.
- T'inquiètes Malfoy, tu as gagné ton pari, je te dois bien ça.
J'embrasse une dernière fois le chanfrein de mon cheval en lui souhaitant bonne nuit avant de refermer doucement la porte du box. Malfoy suit chacun de mes gestes sans rien dire. Cela doit être sa façon à lui de s'enquérir de mon état.
- T'inquiètes c'est bon, je ne suis pas fatigué à ce point.
Il murmure un « ah » sans conviction. Pris d'une pulsion salvatrice je le pousse violemment contre le mur et pars en courant avant qu'il ne me rattrape et en fasse de même. Notre langage familier revient, notre violence feinte qui ferait presque mal parfois mais nous éclatons de rire et les blessures s'envolent. Lorsque je me prends les pieds dans les cailloux dehors il me retient, lorsqu'il manque de se taper la tête contre le mur je le tire de l'autre côté. Les codes ont changés, ils se font plus précis et plus indicibles.
Nous atteignons le box de César hilares. Quelques box plus loin, Nott sort de celui de Candy.
- J'ai vérifié ses pieds mais elle ne fait toujours rien. Je demanderai à McGo d'appeler le maréchal ferrant demain.
- Quelle conne.
Je devine sans peine qu'ils parlent de Parkinson et son aptitude exceptionnelle à ne jamais s'occuper de sa jument.
- Je croyais que c'était ta copine ?
Draco baisse les yeux, mâchoires serrées.
- C'est beaucoup dire.
Sentant la tension revenir, Nott se tourne vers moi.
- Harry, ça te dirait de venir regarder un film dans ma chambre ce soir ? Y'aura peut-être Zabini et Crabbe ça peut être sympa de vous présenter, ce sont les moins chiants. Tu pourrais aussi inviter Granger et Weasel.. euh Weasley.
Draco ne peut retenir un petit rire et s'excuse en se retournant. Je félicite l'initiative de Nott.
- Pour Herm' et Ron tu peux oublier, ils sont de retour en ville et je ne pense pas qu'ils vont se bouger pour mes beaux yeux. Mais volontiers si je ne suis pas trop crevé ! Tu viens aussi Malfoy ?
Le visage de l'intéressé s'assombrit à nouveau.
- Peux pas. Dois retourner chez moi ce soir.
- Mais je croyais que tu passais...
- Je rentre probablement demain. Mais ce soir c'est pas possible.
Nott le fixe d'un air à la fois outré et consterné et même si je ne parviens pas à saisir tous les messages implicites qu'ils s'envoient en quelques secondes, ça n'a pas l'air des plus folichon. Finalement Théo nous abandonne avec quelques railleries supplémentaires pour bien nous faire comprendre qu'il nous aime quand même.
Enfin surtout Malfoy.
- Bon on va le faire ce box ?
Mon nouveau patron me regarde avec une lueur mesquine dans les yeux. Je le soupçonne d'avoir versé le camion de purin sur son propre cheval dans le seul but de m'emmerder. Nous franchissons les quelques mètres qui nous séparent du box et en arrivant, stupéfaction : pas de cheval avec qui traiter.
- Draco, puis-je savoir où est passé ta monture ?
- Au pré. L'air de la nuit lui fait du bien. Et c'est le seul moment où il ne va pas provoquer toutes les juments qui passent.
Nous rions tous les deux et il me tend la fourche avec cette lueur indéfinissable dans les yeux, passant de l'amusement à une sorte de … tendresse ?
Si mes rêves prennent le pas sur ma raison maintenant j'ai du souci à me faire. Je commence mon travail avec application en essayant d'oublier la brûlure de son regard sur ma nuque.
- Tu n'imagines pas à quel point ça me fait chier de ne pas venir avec vous ce soir.
Je souris en plantant les dents de métal dans la paille.
- Boh, tu ne vas pas rater grand chose, juste Zabini et moi entrain de nous étriper pendant que Crabbe filmera avec son portable.
Il rit de ce rire clair que je ne lui entend que très rarement et qui me donne toujours autant de frissons.
- Rien que pour ça, ça en vaut la peine.
Son ton aussi a changé, comme si toutes les barrières qu'il s'efforce d'ériger jours après jours avaient fini par s'écrouler. Mais la tension qui le quitte me contamine et plus il paraît agréable, sympathique, avenant, moins j'ai envie de le regarder.
- Je sais que Nott vous passera ce film qu'il adore, « Heureux qui comme Ulysse » un film français génial.
Ce que je sais moi c'est qu'il doit prendre cet air rêveur que j'aime beaucoup lui voir, que j'ai appris à mes dépends à aimer lui voir.
Son accent trébuche à peine sur les mots que je ne comprends pas et qui filent dans sa bouche en une douce mélodie.
- Tu parles le français ?
- Pas beaucoup, juste ce qu'il faut pour aller « au cinéma » régulièrement à « Paris ». Et comprendre les ordres de mon « maître d'équitation».
Je ferme les yeux, fasciné par cette teinte nouvelle dans sa voix lorsqu'il change de langue.
- C'est aussi beau qu'on dit Paris ?
- C'est magique Potter. Je t'emmènerai si tu veux.
Il a dit ça comme ça, comme il aurait dit n'importe quoi, comme si ses antécédents de dragueur devaient le rattraper juste maintenant mais ça vibre, poussière d'interdit en suspend dans l'air, et j'ai beau ravager la paille du box de César, il y a toujours ce silence qui nous colle à la peau et refuse de s'en aller.
Au bout de dix bonnes minutes sans un mot je recule, content du résultat de ma dure labeur. Malfoy s'avance et fait semblant de soulever la paille pour vérifier dans les coins. Je profite qu'il soit penché en avant pour lui mettre un coup de manche sur les fesses.
Sa réaction ne se fait pas attendre et je me retrouve plaqué contre une paroi du box, me retenant de rire du mieux que je peux. Je sens la poigne ferme de ses mains enroulées autour de mes épaules pendant qu'il me secoue en répétant « Tu te crois malin sale esclave ? Hein ? Tu te crois malin ? »
Petit à petit les gestes se font moins violents et je cesse de me débattre, reposant simplement entre son corps et le bois. Petit à petit ses doigts desserrent leur emprise, il n'y a plus que ses paumes qui enveloppent ma peau d'un chaleur bienvenue par-dessus le t-shirt. Les pouces se sont même frayés un passage au-dessous des manches.
Cette constatation brise l'étau fragile qui nous retenait attaché à un semblant de complicité amicale et l'ambiguïté de la situation nous assomme : je le regarde droit dans les yeux, encore essoufflé, les joues rougies par l'effort et le rire, les yeux brillants, je ne me débat pas. Son regard est plein de la même intensité et ses mains reposent contre mon corps, il ne me frappe pas.
Il ne lui en faut pas plus pour s'écarter brutalement en marmonnant une excuse à base de brouette pleine et filer dans le couloir.
Ce subit retournement de situation me fait perdre tous mes moyens et je laisse reposer ma tête contre le mur, yeux fermés, en massant la base de ma nuque. Mes premières pensées vont vers ces pas qui s'éloignent et le bruit ridicule de roulettes qui les accompagnent, qui me fait sourire.
Je songe à cette attirance qui gâche tout, qui nous infuse de la gêne à petite dose jusqu'au moment où il craque, comme à chaque fois, et prend ses distances. Je songe qu'il faut vraiment que je me calme, que je trouve un moyen de passer au-dessus de ça mais au fond de mon esprit, le bruit de pas a changé et s'amplifie à nouveau.
Il ne peut pas déjà être revenu et pourtant j'entends ses bottes claquer dans le couloir de plus en plus fort, de plus en plus rapidement.
Il...court ?
Toujours sans ouvrir les yeux je reconnais son souffle erratique, le chuintement de ses pieds qui dérapent dans la paille lorsqu'il vire en s'accrochant à la porte du box pour se jeter à l'intérieur. Et puis c'est sa bouche dans mon cou, tout près de mon oreille.
J'ouvre les yeux comme frappé par la foudre. Ses mains bloquent déjà mes poignets des deux côtés de mon corps à m'en faire mal et il m'embrasse furieusement, descendant puis remontant ses lèvres de mes clavicules à mon menton, ne me laissant pas un souffle de répit.
- Qu'est-ce que tu...
- Ta gueule.
Il s'adresse à moi exactement comme il le faisait dans le manège, ce n'est pas un ordre, pas une menace, juste un fait énoncé au milieu de la tourmente, un rocher pour reprendre pied. Sa voix est abrupte, éreintée et grave, elle descend encore lorsqu'elle se glisse entre son souffle et mes gémissements.
Je sens ses mains se faufiler maladroitement sous mon t-shirt et défaire l'attache de mon pantalon. Il tremble un peu et rien ne pourrait plus m'émouvoir que les baisers humides juste derrière mon oreille que le contact de ses doigts moites et glacés contre mon ventre.
- Draco qu'est-ce que tu … Non...
- Ta gueule.
C'est presque beau dans sa bouche tant sa voix transforme les mots, les rend à leur prime état une suite de sons mélodieuse, inoffensive. C'est un orchestre, un opéra, le tragique désespéré de mes protestations et la domination de sa voix calme qui leur répond en écho, donne une cadence à notre échange.
Je sursaute lorsque sa bouche quitte le col de mon t-shirt et se repose plus bas, bien trop bas, sous le tissu relevé.
- Non... Arrête putain...
Mes doigts se prennent dans ses cheveux, j'aimerai tirer pour qu'il remonte, pour que tout ça en reste au stade de la bavure contrôlée. On va trop loin, beaucoup trop loin mais le désir se tisse à mes brouillons de plaintes, les effaçant à moitié. Sa langue... je peux sentir sa langue retracer l'espace entre mes côtes et la barrière de mon pantalon, elle me redessine, ré-écrit chaque sillon courant sur ma peau.
- Je ne... arrête...
- Potter. Ferme-là.
C'est la brûlure de cette langue accompagnée de morsures qui me fait taire une bonne fois pour toute, ou plutôt, libère un râle incontrôlable. Ses mouvements deviennent plus fins, bien plus ciblés que lorsqu'il s'attaquait à mes clavicules avec rage et c'est irrésistible. Je suis incapable de me contrôler, mes hanche bougent vers lui, mes yeux s'embrument jusqu'au point où je n'arrive plus à les garder ouverts, mes propres cris m'assourdissent.
- Oh putain, oh... Oh putain.
Des baisers, un multitude de véritables baisers qui coule de l'écrin de ses lèvres, des lignes entières qui me dévorent. Plus bas je sens sa main qui descend loin, bien trop loin qui se frotte exactement là où je crève d'envie qu'elle se frotte, là où je ne peux le permettre. J'essaye de protester encore mais ça ne donne rien, j'essaye de respirer normalement et n'en soupire que plus.
La finesse de ses cheveux me chatouille lorsqu'elle glisse entre mes doigts et la passion provoquée par ses coups de langue me rend fou. Ma peau est aspirée, mordue, malmenée et sa bouche creuse mon ventre de spasmes incontrôlables. La violence me fait perdre toute notion de temps et d'espace j'ai l'impression de tourbillonner, que nous tourbillonnons ensemble.
L'une de ses mains remonte un peu et je bénirai presque le ciel mais il s'avère qu'elle est aussi déterminée que sa comparse je réalise à peine lorsque le tissu du pantalon glisse sur mes fesses. L'interdit de cette situation me submerge de sueurs froides, j'arrive à peine à formuler une phrase cohérente :
- Non... Arrête... Pas comme ça.
Mais il ne prend même plus la peine de me répondre. Ses doigts se plantent subitement dans mon poignet et je comprends pourquoi lorsque je sens mon caleçon descendre à son tour. Je baisse les yeux un instant le temps de voir ses lèvres humides beaucoup trop près de mon corps dénudé puis la fraîcheur de la nuit disparaît et avec elle toutes les autres sensations, remplacées seulement par celle de sa bouche autour de moi.
Ma tête vient frapper violemment contre le bois mais le choc semble indolore tant le plaisir absout tout. Je refuse de le regarder de peur de m'effondrer.
Et j'ai beau me retenir, il ne faut pas longtemps à mon corps torturé avant de s'écrouler de l'intérieur, dévasté d'éclairs et ma peau comme ma chair se fondent l'une dans l'autre comme en proie aux flammes.
Le temps court très vite au départ, avale chaque pensée dans un siphon aux flashs puissants puis, petit à petit, reprend son cours normal au fil de nos respirations. Le noir et le calme reviennent, j'ose ouvrir les yeux mais sans les baisser vers lui. J'entends Draco s'essuyer la bouche, je sens sa langue venir m'essuyer d'une autre manière et m'étonne que ce soit encore si bon alors que tout mon corps est comme anesthésié.
Il a relâché mes poignets et ses paumes tombent dans les miennes. Je serre ses mains pour l'aider à se relever, incapable du moindre autre mouvement. Nos corps se rejoignent et ses mains viennent s'accrocher à mes épaules puis se nouer derrière mon cou et je me décale pour qu'il puisse m'enserrer le plus confortablement possible. Son front rejoint le petit creux en dessous de ma gorge et nos poitrine se heurtent puis s'épousent alors que nos respirations s'apaisent.
Le monde qui nous entoure nous secoue avec plus de force qu'à l'accoutumée, l'air frais qui nous balaye par la minuscule fenêtre, le bois qui a irrité mes coudes, la marque de ses ongles dans ma peau, la paille sous nos bottes.
Je le serre contre moi et il s'abandonne en retour. Sans ouvrir mes yeux je dépose lentement mes lèvres contre sa tempe puis à la naissance de sa joue. Nous sommes parfaitement calmes mais ni l'un ni l'autre ne semble vouloir s'écarter.
Mes yeux brûlent un peu et nous nous serrons plus fort l'un contre l'autre. La simplicité du moment nous drape et j'ai la certitude que nous ne faisons qu'un avec le monde.
La fatalité nous rattrape très vite, klaxonnant hystériquement sur le parking.
- Merde mon père !
Draco essaye de se dégager, les yeux roulants de terreur et je réalise d'un seul coup la pression que cet homme exerce sur lui.
- Putain j'ai perdu mes clefs, il va me tuer !
Je me rhabille le plus vite possible un peu honteux et l'aide à fouiller dans la paille. Son visage pâlit et son front se couvre de sueur, on dirait qu'il va tourner de l'oeil.
- Assied-toi, on y arrivera jamais à deux.
Il acquiesce visiblement de plus en plus mal en point et s'appuie contre la paroi du box. Je ne peux m'empêcher de vérifier fréquemment comment il va en me retournant et le vois porter une main à son front.
- Draco ça va ?
- C'est rien je … Ça m'arrive souvent.
Sa voix monocorde et les cernes qui ressortent très nettement ne font rien pour me rassurer. Je m'active et fini par retrouver les clés en quelques minutes.
- Merci.
Il me regarde avec des yeux vides, comme s'il allait tomber.
- Tu es sûr que ça va ?
- C'est bon t'inquiètes. Aide-moi juste à me relever.
Une fois debout je le tient encore près de moi en scrutant le fond de ses pupilles. La voix de Lucius résonne depuis l'autre couloir.
- Où es-tu crétin ?
La peur revient et ses mâchoires se scellent brusquement.
- Je dois y aller.
Mais je retiens encore un peu ses mains, presque aussi terrifié que lui.
- Draco attend.
Il ne nous reste que très peu de temps mais je ne peux me résoudre à le laisser partir. J'ai l'impression affreuse que si je le lâche, il tombera et moi avec lui, que quelque chose d'horrible est sur le point de survenir.
Ses yeux s'ancrent aux miens et nous restons ainsi soudés de désespoir. Je finis par l'attraper et le serrer contre moi de toute mes forces, enfouissant ma tête entre son épaule et son cou, plantant mon nez dans le tissu de son t-shirt. J'ai envie qu'il me le donne. J'ai envie de lui dire que je ne veux pas qu'il parte, que j'ai l'impression qu'on ne se reverra plus jamais s'il s'en va, j'ai peur pour lui, je refuse de le laisser s'enfuir. Les phrases ridicules se posent sur le bout de ma langue, les « viens on fugue », « on se cachera chez Nott » « on vendra des beignets à Paris » mais leurs comparses les sanglots les assaillent de toutes part. Je n'ose plus ouvrir la bouche.
Draco tremble et je le serre d'autant plus. Il murmure :
- Je sais Potter, je sais.
Les pas de Lucius dans la cour lui envoient une décharge électrique dans tout le corps et il se dégage d'un coup, longeant le couloir à toute vitesse. Je le regarde s'éloigner, se retourner trois fois, puis reprendre une allure normale et disparaître dans le bleu de la nuit. Sa voix me fusille les entrailles.
- Je suis là, Père.
Jamais je n'aurais dû le laisser partir. Maintenant tout est fichu.
Je vois venir la gêne, les silences et les non-dits, cet instant redevenu anecdotique, bientôt secret.
« Jure-le Potter. »
Les larmes me montent au yeux mais c'est plus de colère que de tristesse et je tape dans la brouette abandonnée à l'autre bout du couloir. Comme prévu, elle se renverse et tout le crottin retiré du box est répandu sur le sol. Je suis bon pour tout recommencer.
C'est trop dur pour le moment, la folie de l'instant me submerge, qu'est-ce qui lui a prit, qu'est-ce qui m'a pris ? Et le plaisir, cette intenable intensité, ses mains sur ma peau, sa bouche encore et encore, mon Dieu, cette bouche. Le souvenir à lui seul pourrait me rendre dingue à nouveau, il brouille déjà mon ventre, avide de ses doigts.
Il faut que j'efface tout, le plus vite possible. Le rêve n'était qu'un petit jeu aux éclairages pathétique à côté de ce qui vient de se passer.
Remplir la brouette de pelletées use mes muscles et ma colère, élime ma rage, me calme progressivement. J'en viens à penser que la soirée chez Nott me fera peut-être du bien ? Même entouré de fieffés crétins, je serai mieux qu'à ruminer cet instant avorté dont il ne reste rien qu'une petite griffure à la jonction de mon pouce et mon index.
Même une balade avec mon cheval serait peu amène à me consoler, il faut que je parle, que j'oublie, que je me remplisse la tête d'autres images.
La nuit est si belle qu'elle me donne l'impression d'en être qu'une autre lumière c'est une vivacité nouvelle qui me saisit tout entier alors que je chemine avec détermination jusqu'au manoir.
(1) tirer au renard : certain chevaux ne supportent pas d'être attachés et se mettent à tirer de toute leurs force sur la corde qui le retient, cassant licol, longe, installation de la douche (ma jument dans sa jeunesse a arraché la barrière en métal permettant d'attacher les chevaux pour les doucher ^^). C'est traumatisant pour eux comme pour nous et très impressionnant.
(2) Attention : à ne pas refaire chez soi! Non je plaisante, par expérience je sais que c'est vraiment une sensation EXTRAORDINAIRE mais il faut vraiment bien connaître son cheval et ses réaction pour y aller ^^ Surtout si vous êtes entourés ! Privilégier d'ailleurs les endroits avec beaucoup beaucoup d'espace pour pouvoir facilement récupérer un dérapage. (NDV : On dirait un petit clin d'oeil au moment de HP3, quand Harry est sur l'hippogriffe :D)
(3) Bouchonner : sécher la transpiration de son cheval avec de la paille.
