Note de Tuturne : Hello ! C'est moi qui poste aujourd'hui. J'espère sincèrement que ce premier chapitre, bien que court, vous donnera envie de lire la suite, ne serait-ce que pour découvrir les rôles improbables que nous avons attribués aux différents personnages dans le cadre de cet UA. Bonne lecture !
Chapitre 1
- VOIII ! IL EST FRAIS MON POISSON ! VENEZ VOIR MON BEAU SAUMON TOUT FRAIS ! VOIII ! ET CES BEAUX AILERONS DE REQUIN ! VOOOIIIIIII !
Derrière son stand de poissons frais, Squalo tentait d'appâter le client et de vendre ce qu'il avait pêché le matin même. En fait, attirer les vieilles dames avec leur panier en osier n'était pas franchement difficile pour un beau jeune homme de vingt-deux ans au visage angélique et aux longs cheveux argentés non moins célestes. Même ses hurlements à réveiller des pierres tombales ne pouvaient faire fuir les potentiels acheteurs. Les autres marchands se sentaient apaisés par la présence de leur bruyant collègue. C'était leur quotidien depuis quatre ans et cette monotonie plus ou moins tranquille les rassurait.
Ce matin là, Squalo vendit presque tous ses ailerons, sa spécialité. Il avait acquis une certaine réputation depuis ses débuts sur le marché de Namimori grâce à ses talents de pêcheur, mais aussi et surtout grâce à son mentor, l'homme qui, par deux fois, l'avait accueilli sans poser de question et qui lui avait tout appris. Yamamoto Tsuyoshi n'avait pas hésité une seule seconde à prendre à nouveau sous sa protection son plus fidèle soldat que son fils avait retrouvé dans la rue. Il l'avait logé et nourri et Squalo avait pu connaître à nouveau le bonheur d'avoir une famille malgré la perte de ses parents puis de ses frères d'arme. Cependant, il ne pouvait pas accepter de recevoir autant sans rien donner en retour. Il avait insisté pour aider au restaurant et s'était ainsi essayé au job de plongeur. Hélas, c'était surtout les bénéfices qui plongeaient avec toute la vaisselle cassée qu'il fallait systématiquement remplacer. Tsuyoshi lui avait été reconnaissant pour avoir au moins épargné sa porcelaine la plus précieuse et lui avait assuré qu'il pouvait se contenter de son principal emploi. Mais Squalo n'était pas résolu à vivre aux dépends de la famille Yamamoto et, devant son insistance à travailler pour lui comme avant, Tsuyoshi l'engagea pour livrer les commandes avec son fils.
Le cœur enfin léger, Squalo alternait entre ses deux job avec l'énergie et la motivation de la jeunesse. L'importante somme d'argent qu'il devait à son banquier suite à quelques placements qui, par un malheureux concours de circonstances, se révélèrent mauvais, ne serait bientôt plus qu'un vague souvenir. Il pourrait alors profiter librement du temps qu'il lui était accordé de passer avec l'adorable lycéen qu'était Yamamoto. Il n'en demandait pas davantage pour être heureux.
Après une journée particulièrement lucrative au marché de Namimori, Squalo rentra chez lui, satisfait. Absolument rien ne pouvait gâcher sa bonne humeur, ce jour-là, et même la compensation exorbitante qu'il avait dû verser à la mafia locale – un groupe de voyous qui s'étaient autoproclamés protecteurs de la ville – n'avait pas entaché sa joie. La raison de son bonheur ? L'argent bien sûr ! Son commerce marchait comme jamais, à croire qu'il était né pour être poissonnier. S'il continuait sur sa lancée, il pourrait rembourser ses dettes d'ici sept à huit ans plutôt que les quinze ans qu'avait estimés son banquier. L'argenté pénétra dans la maison des Yamamoto – qui était devenue la sienne – par le restaurant de sushi pour saluer Tsuyoshi et échanger quelques mots avant d'aller se coucher. Il ne fit pas trois pas dans la salle qu'il fut hélé par le traiteur débordé :
- Oi ! Squalo ! Tu tombes à pic, c'est le rush de dix-neuf heures et je dois livrer d'urgence un client très important ! Takeshi est déjà en livraison, tu es le seul disponible alors prends ça, enchaîna Yamamoto senior en lui fourrant dans les mains plusieurs boîtes de sushis au thon rouge King Size.
- Voi ! Ça peut au moins attendre que je passe aux toilettes, non ?
- Non ! répliqua le plus âgé d'un ton sans appel. Ce client est tellement important que j'ai failli fermer le restaurant pour faire la livraison moi-même alors voilà l'adresse, fit-il en glissant un bout de papier dans sa poche. File comme le vent, petit !
Il le poussa à l'extérieur d'une tape dans le dos et Squalo rattrapa de justesse les boîtes qui menaçaient de tomber. Il jeta un œil à l'adresse – la livraison était au nom d'un certain Hibari – et glissa le papier dans sa poche avant de s'installer au volant de sa voiture. La demeure se trouvait un peu en retrait par rapport au centre-ville, dans l'un des quartiers les plus huppés.
Il gara sa voiture le long du mur qui entourait la maison et passa, sans s'annoncer, l'imposant portail (il n'y avait pas de sonnette). Il remonta lentement l'allée pavée qui traversait le jardin dans le plus pur style japonais et soigneusement entretenu et il eut furtivement la sensation de faire tâche dans ce décor trop parfait à son goût. Finalement, cela importait peu. Il frappa à la porte, empli du désir de terminer au plus vite cette livraison et rentrer chez lui pour se reposer.
Il réussit tant bien que mal à garder les boîtes de sushis en équilibre pour toquer à la porte et un homme coiffé d'une banane lui ouvrit immédiatement.
- Bonsoir, livraison de Takesushi ! Je suis bien chez M. Hibari ?
- Oh, bonsoir ! C'est bien ici, laissez-moi vous débarrasser de…
- Kusakabe-san, un intrus c'est infiltré ! coupa une voix d'homme au loin.
- Pardonnez-moi, fit l'appelé à Squalo. Pouvez-vous apporter la livraison au bureau qui se trouve au fond du couloir ?
- Euh, oui, pas de problème, répondit l'argenté, pris de court.
L'homme fila à toute vitesse, laissant le livreur sur le palier. Ce dernier, pénétra timidement dans la demeure. Outre le silence assourdissant et l'ordre, il y avait quelque chose de bizarre ici. Cette ambiance lui était familière, ça sentait le yakuza à plein nez… Mais ce n'était peut-être qu'une impression.
Arrivé devant la porte, Squalo dut répéter une nouvelle fois son numéro d'équilibriste de boîtes-repas pour libérer sa main. Il s'apprêtait à frapper à la porte lorsqu'une voix qu'il aurait pu reconnaître entre mille attira son attention.
- Que les choses soient claires : nous ne signerons aucun contrat rédigé par toi !
Le poing que l'argenté tenait serré se mit à trembler. Ce n'était pas possible, ça ne pouvait pas être lui !
- Calme-toi, Dino, il faut savoir faire preuve de souplesse en affaire, lui intima un homme qu'il ne connaissait pas.
Squalo eut l'impression de recevoir un seau d'eau glacée sur la tête. Le doute n'était pas permis, celui qui l'avait sauvé et détruit les siens était derrière cette porte : Dino Cavallone.
- Hibari-sama a raison, je suis un homme très occupé et vos petites combines pour fermer le club de Xanxus ne me semblent pas très rentables… fit d'une voix traînante celui qu'il identifia comme étant son banquier.
Mais qu'est-ce qu'il fichait ici, celui-là ? Il fricotait avec la mafia ?
- Arrêtes de bluffer, Mammon ! Je sais pertinemment que tu as perdu beaucoup d'argent dernièrement à cause de tes mauvais placements. Enfin, ce sont tes clients qui ont payés les pots cassé grâce à tes contrats véreux… l'accusa le Cavallone.
- Surveille tes paroles, chien de garde ! coupa le banquier. Mes contrats respectent à la lettre la législation en vigueur ! Ce n'est pas de ma faute si les clients sont assez stupides pour les signer.
L'argenté n'en revenait pas : Mammon l'avait bien eu ! Il avait perdu toutes ses économies et, en plus de ça, il devait rembourser les pertes de cette enflure ? Il sentit la rage l'envahir et s'apprêtait à faire irruption dans le bureau pour déboîter d'un seul coup son banquier et Dino !
- Calmez-vous ou je vous mords à mort, tous les deux… menaça celui qui semblait-être le boss. Je t'interdis d'insulter mon bras-droit, Mammon.
Mammon, Dino et Squalo, derrière la porte, se figèrent puis, après un long silence tendu, les négociations reprirent :
- Les habitants de Namimori sont de plus en plus méfiants à ton égard et ils commencent à s'adresser à tes concurrents. Inutile de te dire que cela engage des pertes considérables à ta société. Nous pouvons t'aider à regagner cette clientèle… reprit le blond.
- C'est une offre qui ne se refuse pas, je suppose… soupira l'homme d'affaire. Mais dites-moi, pourquoi vous tenez tant à vous débarrasser de ce club de strip-tease minable, Varia…
- Quality, termina Hibari d'un ton d'où perçait une pointe de rage contenue. Cet endroit rassemble tous les rebuts de Namimori, c'est une atteinte aux bonnes mœurs de la ville. Malheureusement, pour éviter les troubles, je dois réussir à mettre fin aux activités de Xanxus en toute légalité et c'est là que tu entres en scène, Mammon.
Squalo ne pouvait supporter d'en entendre davantage. De rage et de frustration, il abattit son poing contre le mur du couloir : il avait passé quatre ans de sa vie à rembourser de l'argent qu'il ne devait pas ! Sans compter le responsable de la destruction de son clan qui se tenait tranquillement derrière cette porte à monter des plans pour faire d'autres victimes ! Le bruit alerta les hommes dans la pièce et Dino fut envoyé voir ce qui se passait.
À peine eut-il franchit le seuil que l'argenté, furieux, se jeta sur lui et l'attrapa par le col de sa chemise pour l'attirer à lui. L'ex-épéiste était hors de lui, les mots se bousculaient dans sa tête avec force mais il était incapable de les assembler pour en faire des phrases. Malgré tout, son regard haineux et meurtrier parla pour lui. Le bras-droit de Hibari, stupéfait, ne pipa mot. Il n'arrivait pas à croire que l'homme qui lui faisait face était celui qu'il avait sauvé quatre ans auparavant. La seule erreur de parcours qu'il avait faite depuis qu'il était au service du brun.
- Tu-tu es… commença le blond en choisissant ses mots.
- Le livreur de chez Takesushi, coupa Squalo en lui refourguant les boîtes-repas avant de s'en aller en toute hâte.
Il se précipita à l'extérieur et fit vrombir son moteur pour s'éloigner le plus rapidement possible de cette baraque de malheur. Sous le choc, il ne remarqua pas la voiture qui l'avait suivi jusque chez les Yamamoto.
Ce fut l'esprit encore préoccupé par sa rencontre avec Dino que Squalo se rendit sur le marché le lendemain. Il ne voulait pas admettre qu'il était ébranlé car il n'en connaissait pas lui-même la raison.
- VOOOIII ! hurla-t-il sans grande conviction bien que sa voix fut toujours aussi tonitruante.
- Hé bien, Squalo, fit le marchand voisin tout en tendant un sac d'aubergines à une petite vieille. Tu ne sembles pas en forme. Tu as des soucis ? Je peux te dépanner, tu sais, si tu as besoin d'argent.
Le poissonnier se contenta d'un grognement inintelligible et d'une mine encore plus sombre. Des soucis ? Des sushis, plutôt ! Au thon rouge, King Size. Ah, Cavallone, cet enfoiré ! Non… Mammon ! Sans oublier Hibari. Il ne savait pas à qui il en voulait le plus. Et dire que les trois hommes qui lui avaient fait le plus de mal s'étaient trouvés réunis dans la même pièce. Si seulement il avait eu son épée, il lui aurait suffi de quelques… non, même pas, rien qu'un seul coup et ces trois-là étaient bons pour la morgue. Mais aurait-il eu le courage de tuer Dino ? Bien sûr ! C'était un membre du clan Hibarin. Il méritait lui aussi sa vengeance. Mais il l'avait épargné et lui avait donné de l'argent pour s'enfuir. Maintenant qu'il y pensait, Squalo était sûr que Dino ignorait qu'il avait été victime des sales combines du banquier. Autrement, il ne lui aurait pas permis de mettre les pieds dans son QG. Sans doute même qu'il l'aurait buté ! Peut-être qu'il lui suffirait d'en informer le Cavallone pour qu'enfin…
« PAN ! »
Un coup de feu tiré en l'air, un crissement de pneu suivi des hurlements de la foule coupèrent court aux pensées du squale. Une grosse berline aux vitres teintées fit irruption sur la place et une demi-douzaine d'hommes en noir armés jusqu'aux dents en sortirent. Ils se dirigèrent d'un même mouvement vers lui, deux d'entre eux lui immobilisèrent les bras tandis qu'un autre lui enfonçait un sac en tissu sur la tête. Il fut balancé sans ménagement à l'arrière de la voiture qui démarra en trombe sous le regard stupéfait des clients et des commerçants.
Il se tortilla dans tous les sens pour tenter de faire lâcher prise à ses ravisseurs mais se calma instantanément lorsqu'il sentit s'enfoncer dans ses côtes un objet donc la nature ne faisait pas l'ombre d'un doute. Il resta docile sous la menace du pistolet, attendant de savoir où il était emmené et ce qu'on lui voulait. Les hommes ne prononcèrent pas un mot et bougèrent à peine, ne donnant aucun indice sur leur identité. Tout ce que Squalo pouvait deviner, c'était qu'il avait affaire à des gens organisés et certainement sans scrupule.
La voiture s'arrêta après une dizaine de minutes. Squalo en déduisit qu'ils n'avaient pas quitté la ville. Un point positif car s'il parvenait à s'enfuir, il ne se retrouverait pas perdu au milieu de nulle part et pourrait même espérer les semer. Grâce à ses années d'expérience au sein du gang des Épéistes, il ne perdit pas un seul instant son sang-froid et était même à l'affût du moindre indice sur l'endroit où il se trouvait, l'oreille tendue. Toujours fermement tenu par les poignets et le canon froid du pistolet désormais sur sa tempe, il fut traîné dans un bâtiment puis dans des escaliers et enfin, on le balança dans une pièce, seul, avant de refermer la porte derrière lui. Il retira le fichu sac de sa tête et observa l'endroit en se relevant. De toute évidence, c'était le bureau du grand patron. Une moquette aux longs poils gris anthracite épais et moelleux, un bureau de la taille de son stand et un fauteuil en cuir qui avait l'air au moins aussi confortable qu'un jacuzzi. Décidément, il détestait les gens friqués. Il jeta un coup d'œil par la baie vitrée qui lui faisait face et repéra, non loin de là, le coin où se trouvait la place du marché. De mieux en mieux. Il pouvait même rentrer à pied. Il entrouvrit la porte et risqua un regard dans le couloir. Il y avait deux, non, trois fois plus d'hommes que dans la voiture. Toute tentative de fuite était vaine. Il prit place, résigné, dans un des fauteuils en face du bureau – bien moins confortables que celui du boss – et attendit patiemment qu'on veuille bien venir lui expliquer ce qu'il fichait ici.
