Note de Tuturne : Hey, mais vous êtes où ? Je ne vous vois pas ! Ah mais c'est normal, ma lampe de poche est à plat. Ça ne serait pas arrivé avec des piles Leviracell. Leviracell, et vous ne perdez plus de vue vos nombreux reviewers !


Chapitre 4


Le clocher de Namimori venait certainement de sonner le douzième coup de minuit. Difficile à dire lorsque les notes électro-pop du night-club le plus branché de la ville faisaient vibrer jusqu'à vos chromosomes dans leurs petites cellules, que votre cœur battait au rythme du son dancefloor et, surtout, que vous n'aviez pas de montre. Squalo regarda la sienne en songeant aux milliers de princesses, de par le Japon, qui redevenaient souillons tandis que leurs princes se transformaient en prédateurs lycanthropes avides de chair fraîche. C'était la pleine lune. Il soupira. Si seulement lui aussi pouvait retrouver son autre nature ! Si seulement le Requin pouvait enfin cesser d'être un Poisson Clown ! Il se sentait parfaitement ridicule, là, derrière ce bar, à essuyer verre sur verre, emprisonné dans son uniforme brillant anthracite façon boule à facettes qui le moulait à l'entrejambe comme un costume de super héros. À quelques pas, sa collègue jonglait avec les bouteilles sous les regards appréciateurs des clients réguliers.

- Voi ! Bianchi, geignit-il, apprends-moi à être cool comme toi.

La barmaid lui adressa un clin d'œil frimeur derrière ses verres teintés jaunes. Elle envoya ses bouteilles frôler le plafond, fit un tour sur elle-même, ses cheveux flottant derrière elle comme la traînée de poussière d'une comète, attrapa au vol un verre que Squalo lui lança et le plaça sur le comptoir. Tour à tour, les bouteilles retombèrent, elle les saisit gracieusement et versa un peu d'alcool de chaque dans le verre puis elle tendit le cocktail à un blondinet souriant. Le public applaudit brièvement.

Les épaules du barman novice s'affaissèrent et il retourna à son observation de la cible : le jeune Lambo était en avance par rapport aux indications de Xanxus. Il se trémoussait depuis un moment sur la piste, une fille à chaque doigt, après avoir traîné devant la boîte pendant plus de vingt minutes en compagnie d'un dealer (selon le videur). Vu son allure nonchalante, sa silhouette fine et élancée et son regard bovin passant par toutes les couleurs des projecteurs, il ne devait pas avoir plus de quinze ans. Un banal adolescent bourgeois claquant les thunes de son père pour jouer les rebelles, se dit Squalo. Difficile de croire que ce garçon avait des contacts intéressants, quels qu'ils soient, mais si le patron voulait qu'il l'interroge, alors il n'avait pas le choix. L'avenir de la boîte était peut-être en jeu. Pas que Squalo se souciait de ce qui pouvait bien arriver à Xanxus et à ses mafieux mais, le connaissant, il l'imaginait très bien rejeter la faute sur lui et les Yamamoto auraient alors été en danger. Il valait mieux faire son travail proprement. Il se mit à réfléchir à un moyen d'attirer la cible au bar mais ce fut inutile : Lambo s'était débarrassé de trois de ses copines et laissé tomber sur un tabouret. Les sept clubbeuses restantes faisaient balader leurs mains sur et sous sa chemise entrouverte, à la limite de l'indécence. Bianchi lui jeta un regard noir et s'éloigna.

- Voi, je te serre un verre, gamin ?

L'adolescent étira ses lèvres en un sourire de playboy et ferma une paupière. Squalo crut qu'il lui faisait un clin d'œil et fut à deux doigts de lui hurler ce qu'il pensait des sales gosses comme lui avant de se rendre compte qu'il gardait l'œil fermé. Étrange. Les jeunes de nos jours…

- T'es nouveau, non ? balança l'adolescent. Montre-moi ce que tu sais faire.

Squalo aurait voulu jouer les artistes de cirque avec les bouteilles, lui aussi, mais sa collègue n'était plus dans les parages pour rattraper le coup en cas de besoin. Il se contenta d'incliner les bouteilles au dessus du verre. Ses cocktails n'en étaient pas moins une « tuerie » dixit Xanxus. Lambo s'empara de la boisson et la vida d'une traite, les sept copines frappant du poing sur le comptoir à une cadence de plus en plus élevée.

- Un autre ! commanda le jeune homme en expirant bruyamment.

Ses copines l'imitèrent et vidèrent à leur tour un verre du fabuleux cocktail Dents de la Mer. L'une d'entre elles s'évanouit tandis que les six autres la regardaient vomir en gloussant.


Lambo avait bien trop bu, ce soir-là. C'était son premier soir d'indépendance après que son père, un richissime éleveur italien, l'eut envoyé faire ses études au Japon. On ne pouvait pas attendre de lui qu'à quinze ans il fasse sagement ses devoirs un vendredi soir, seul dans sa chambre d'étudiant et qu'il aille se coucher de bonne heure. Il avait quitté la résidence en douce pour aller s'éclater comme n'importe quel jeune le week-end. Mais après une soirée bien arrosée où il s'était fait plein de copines, Lambo s'était retrouvé à dormir au milieu des ordures à l'arrière de la boîte de nuit. Un homme qui passait par là l'avait ramené chez lui, lavé, changé, et couché dans un lit moelleux aux draps immaculés. Lorsqu'il s'était réveillé le lendemain matin avec une gueule de bois terrible et que son sauveur lui avait apporté une aspirine, il s'était dit qu'il avait eu de la chance de ne pas tomber sur un pervers sexuel. Ce fut alors que l'homme s'était présenté.

- Je m'appelle Reborn, avait-il dit d'une voix profonde, un petit sourire au coin des lèvres. Je suis détective mais je suis très gentil. Ton internat ne veut plus de toi alors tu peux rester ici. Cependant, tu devras me payer un loyer… avec ton corps.

D'un geste sec, il avait débouclé sa ceinture et sorti une paire de menottes de sa poche. Pas de chance, c'était effectivement un pervers sexuel, sadomasochiste de surcroit, et qui bossait avec la police. La totale.

Squalo cligna plusieurs fois des yeux en comptant de dix à un en mandarin afin de réprimer le bâillement qu'il sentait venir du plus profond de son âme. Il se sentait comme bercé par les paroles de Lambo qui n'en finissait pas de raconter en détails les malheurs de sa courte existence. Son regard dériva vers une table un peu en retrait. Deux clients semblaient y entretenir une discussion animée. L'un deux était le jeune blond qu'avait servi Bianchi un peu plus tôt. Il ne l'avait pas remarqué lorsqu'il était au bar mais il portait une blouse blanche, comme celle des laborantins ou des médecins, par-dessus un t-shirt rayé ainsi qu'un diadème. Curieux look, pas franchement tendance. Son interlocuteur n'était pas tellement plus à la mode que lui mais, au moins, il était en civil. Une longue mèche de cheveux vert fluo surmontée d'une crête rouge lui tombait à côté du visage, il n'avait pas retiré ses lunettes de soleil et semblait en proie à une crampe à l'auriculaire. C'était étonnant que le videur les ait laissés rentrer. Nul doute qu'ils étaient des « amis » de Xanxus. Et nul doute que le punk était gay.

Ils ne faisaient pas partie de la boîte, Squalo les voyait pour la première fois. Ils étaient sûrement des associés, des collaborateurs ou n'importe quoi. En tout cas, ils devaient faire régulièrement affaire avec le patron.

- Hé-ho ! Ça vient, ce cocktail ? grommela Lambo.

Squalo recentra son attention sur son client. Il avait la manie de s'égarer un peu trop dès qu'il s'agissait de son amant. Il lui remplit son verre. Toutes les copines avaient à présent disparu, tombées comme des mouches les unes après les autres.

- … Et donc, reprit l'adolescent, complètement bourré, Reborn a ramené ces types, un soir. Des types louches ! Des flics, quoi. Allons bon, ces gens sont un vrai fléau !

Il pointa un doigt mal assuré vers le torse du barman en fronçant les sourcils.

- C'est comme les… les… les profs ! s'exclama-t-il, tout heureux d'avoir trouvé une comparaison pertinente. Les profs, comme les poulets, ont la sale habitude de se mettre en couple et après, évidement, ils se reproduisent entre eux.

Il vida la moitié de son verre. Squalo était affalé contre la bouteille, le regard dans le vague, prêt à le servir autant qu'il le faudrait.

- En fait, c'est surtout la poulette que j'aime pas. Elle enquête sur... euh… bah… ici. Je suis sûr qu'elle cherche à faire fermer le club.

Squalo se redressa brusquement. C'est que ça devenait intéressant ! Peut-être qu'il approchait du but et qu'il pourrait enfin mettre fin à son service, aller prendre une bonne douche et se plonger au fond de son lit pour au moins trois heures, quatre avec de la chance.

- Et si le club ferme, o-o-où est-ce que je vais passer mes soirées, moi, hein ? Mes copines vont être tristes… Bah, vous êtes où, les filles ?

- Voi ! Euh… et cette poulette, enfin, cette flic, elle s'appelle comment ? T'as une idée ?

Lambo lui jeta un regard suspicieux. Squalo crut s'être grillé pour avoir manqué de subtilité mais c'était juste l'alcool qui faisait faire au garçon des mimiques bizarres.

- Ah, ça ! J'oublierai jamais son nom, à cette emmerdeuse ! Je l'écrirai en lettres de sang sur sa pierre tombale si elle arrive à ses fins. Elle s'appelle… elle s'appelle…

- J'te resserre un verre ? demanda Squalo en retenant son souffle.

Lambo acquiesça, se le vida d'un coup dans l'estomac et ouvrit la bouche…

La porte du fond choisit cet instant précis pour s'ouvrir dans un énorme fracas. Un homme d'une vingtaine d'années, de taille moyenne et à la crinière d'argent mi-longue se rua dans la salle en hurlant. La musique s'arrêta, les danseurs et les conversations cessèrent et même le temps se suspendit.

- Tch ! Espèce d'enfoiré ! Oser me faire ça à moi ! hurla le fou-furieux en direction de la partie privée du club. T'es peut-être le boss, salopard, mais ne crois pas qu'on largue Gokudera Hayato impunément !

Squalo comprit qu'il assistait à une scène de rupture entre ce Gokudera et son amant à lui… avec qui il avait couché pas plus tard que le matin même ! Sous le choc, il ne réagit même pas quand Yamamoto apparut, tout sourire, aux portes de la salle. Il sentait juste la colère monter et gronder en lui comme si le bruyant importun avait soulevé une tempête dans son esprit. Il ignora le salut de la main de son ami et ne pensa plus qu'à ce qu'il ressentait comme une trahison de la part de Xanxus. Il pensait qu'il n'avait que des maîtresses, que lui, il était spécial. Mais il s'était bien foutu de lui ! Voiiii ! Cet enfoiré allait payer !

Gokudera acheva de blâmer son ex, se tourna vers Yamamoto, le regard assassin, et se dirigea droit sur lui, résolu. Tout portait à croire qu'il allait lui coller un pain et Yamamoto, les yeux clos, attendit le coup, le visage crispé d'anticipation. Encore une fois, il s'était trouvé au mauvais endroit au mauvais moment. Il était juste venu pour saluer Squalo et voilà qu'il allait devenir la malheureuse victime d'un fou furieux. Ça lui apprendrait à faire le mur et à prétendre avoir la majorité pour entrer en boîte !

Il y eut bien un choc mais pas où il l'attendait. Gokudera heurta son épaule de plein fouet et fut rudement projeté au sol. Apparemment, il avait tenté de le bousculer pour atteindre la porte et n'avait pas prévu que le garçon, d'apparence frêle sous sa chemise, tînt en réalité de l'armoire à glace.

- Hahaha ! Désolé ! fit Yamamoto, pas rancunier, en tendant une main secourable à l'homme à terre tout en massant de l'autre son épaule endolorie. Le baseball, ça muscle plus qu'on le croit !

Il le gratifia d'un sourire radieux auquel Gokudera répondit par un effroyable rictus. Il saisit sa main et tira dessus avec force pour se relever et envoyer du même coup l'autre manger le sol.

- Omph ! s'exclama Yamamoto en s'écrasant par terre.

Il se retourna sur le dos à temps pour apercevoir la Fureur d'Argent quitter le club en arrosant copieusement de jurons quiconque se trouvait à proximité. Les yeux rivés sur la porte, un sourire béat collé au visage, Yamamoto réalisa que son cœur battait la chamade et que la sensation était tout à fait plaisante.

- Je… je crois que je suis amoureux !

Le poids écrasant d'un silence gêné se fit sentir dans toute la boîte de nuit. Shoichi, le brave DJ, annonça d'une voix tremblante la reprise de la soirée et remit la musique en vitesse. Les spasmes de stress s'emparèrent de tout son corps et il tomba à genoux, penché en avant, les bras serrés sur son ventre.

- S… Spanner… appela-t-il difficilement.

Le technicien se précipita avec flegme pour l'aider à se relever et à rejoindre les loges où, à l'abri des regards, il pourrait se reprendre.

- Allons bon, je ne t'intéresse plus, barman ? demanda Lambo en tirant sur la manche de Squalo.

Celui-ci secoua la tête pour s'éclaircir les idées et se garda bien de lui dire que ça n'avait pas été le cas un seul instant. Il parvint à obtenir l'information pour laquelle il avait vécu cette soirée de l'enfer : la flic gêneuse se nommait Lal Mirch. Il allait enfin pouvoir quitter le service.


Furieux à nouveau en repensant à la Tornade Argentée, Squalo décida d'aller prendre une douche brulante, histoire de se décontracter les muscles après tout ce remue-ménage. Tout en pestant intérieurement sur Xanxus à propos de Gokudera, il ouvrit le robinet d'eau chaude à fond avant d'ôter ses vêtements et entra dans la cabine au carrelage sophistiqué.

- Alors, t'as l'info ? fit une voix grave derrière lui.

Squalo se retourna et fut scandalisé d'apercevoir son boss accoudé à l'évier de la salle de bain.

- VOI ! Mais ? Comment tu…

- J'ai un passe-partout, se justifia Xanxus en présentant une carte rouge habilement tenue entre son index et son majeur.

- Un passe-partout… partout, PARTOUT ? insista Superbi qui se demandait jusqu'où ce tyran au regard de braise pouvait violer son intimité.

Ce dernier haussa un sourcil et, tout en le dévorant des yeux, laissa son vis-à-vis se retourner, gêné, et commencer à lui faire son rapport sur la soirée.

Ce qu'il y avait de bien dans une salle de bain, réalisa le brun en effeuillant les pétales de tissus recouvrant sa peau, c'était que le moindre son y résonnait agréablement. Gémissements, soupirs extatiques sans oublier le bruit sec et rapide d'un énergique claquement de bassin contre une belle paire de fesses bien rebondies. Xanxus en avait l'eau à la bouche… Comme l'eau qu'il pourrait longuement lécher sur le corps du squale, pensa-t-il en entrant à son tour dans la cabine.

Ce fut à ce moment-là que Squalo se retourna afin de mettre à exécution la petite vengeance qu'il avait mise au point et qui consistait, à l'instar de Lambo, à oublier momentanément le nom que voulait le maniaque de la gâchette pour le faire languir un peu. Il fut cependant déstabilisé par cet intrus, nu comme un ver, qui commençait visiblement à se tendre sous quelques fantasmes fraîchement imaginés.

- Il s'agit… d'une femme nommée Lilly… euh… non… Lilo… Lilas… lilali… lala… laaaa~aaa, bafouilla Squalo pour Xanxus qui se rapprochait indubitablement de sa proie acculée au mur de la douche.

Le brun porta sa main à la gorge de Superbi et la referma avec force sans pour autant rendre l'autre aphone mais presque :

- Elle s'appelle comment ? fit Xanxus sur le ton de l'affirmation, laissant transparaître un petit « dis-moi comment elle s'appelle ou tu ne verras pas le soleil se lever » qui ramena Squalo à la réalité.

- Lal… Mirch, essaya tant bien que mal d'articuler ce dernier d'une voix rauque, ses deux mains sur le poignet du Boss.

Un sourire germa sur le visage de celui-ci et il remplaça sa paume par ses lèvres dans le cou de l'épéiste.

Squalo, toujours en colère, se dégagea et sortit de la cabine en bousculant son vis-à-vis puis se noua une serviette autour de la taille devant un brun dubitatif. Il se tourna vers celui-ci :

- Tu reviendras me voir quand t'auras viré tous tes amants bruyants et aux cheveux argentés de ton carnet d'adresse, déclara-t-il sèchement avant de claquer la porte sous le regard amusé de Xanxus.


Spanner lança un regard totalement indifférent à son bâton de sucette tout mordillé – comme à chaque fois qu'il finissait l'un de ces bonbons – avant de le jeter par-dessus son épaule sans plus de considération. Le générateur de sucettes à la fraise Mosca ®, qui venait de réceptionner parfaitement le vestige de confiserie dans la poubelle latérale prévue à cet effet, émit un « bip » discret et Spanner s'offrit un énième bonbon en forme de clé anglaise.

Son cerveau ayant retrouvé toutes ses capacités d'analyse et de réflexion grâce à l'apport en sucre, il put enfin rejoindre le DJ qui l'avait fait appeler pour une urgence, paraissait-il. Il eut un petit sourire au coin des lèvres en pensant que, décidément, ce Shoichi n'était rien sans lui. Ce garçon et sa naïveté… Il serait facile pour un technicien comme Spanner de le piéger avec la complicité de ses Mosca ® et ensuite de le…

- Ah, Spanner ! Te voilà enfin, s'écria Shoichi d'une voix affolée. J'ai absolument besoin de toi. Je ne sais plus quoi faire ! Ma double platine de mixage Mosca ® fonctionnait très bien pendant la soirée mais maintenant, plus aucun fader ne répond, les platines ne tournent plus, pas moyen d'obtenir le moindre son, encore moins de mixer…

- Shoichi, l'interrompit le blond dont le sourire s'était agrandi, détends-toi. Je suis là et ces machines, je les connais comme si je les avais faites – c'est le cas, après tout.

Le DJ, qui semblait avoir du mal à retrouver un rythme de respiration normal, s'effondra soudain en se tenant le ventre. Spanner s'accroupit en face de lui et posa une main sur son épaule.

- Il n'y a vraiment pas de quoi stresser. Donne-moi deux minutes, ni plus, ni moins, et ta table sera à nouveau opérationnelle.

Il se releva et observa la double platine de mixage Mosca ® sous tous ses angles, tenta de la mettre en marche et actionna quelques boutons, en vain.

- Alors, mon bébé, qu'est-ce que tu nous fais, là ? marmonna-t-il pour lui-même. Ça doit être l'alimentation, ajouta-t-il à voix haute.

Il rampa sous l'appareil pour vérifier les branchements et poussa une exclamation de surprise.

- Deux minutes pile ! Tu m'impressionnes, Spanner, comme toujours.

Le technicien manqua de se cogner la tête en sortant de sous la table de mixage tant il était étonné. Shoichi n'avait plus cette intonation tremblante due au stress quand il parlait. Au contraire, sa voix était grave et assurée. Spanner ouvrit la bouche mais la referma aussitôt, ne voyant pas son interlocuteur où il l'avait laissé. Il leva les yeux et trouva Shoichi debout, les bras croisés, un reflet sur les verres de ses lunettes masquant ses yeux et lui donnant l'air terriblement dangereux. Il le surplombait de toute sa hauteur, tel un prédateur en face de sa proie acculée. Spanner déglutit bruyamment avant de lui montrer le câble d'alimentation qu'il tenait dans sa main.

- Euh… C'était juste débranché, tu sais.

- Je sais.

Et Shoichi fondit sur Spanner, toujours au sol. Il le déposséda de sa sucette sans prêter attention à ses protestations – ou peut-être était-ce pour mieux les entendre – avant de s'attaquer sauvagement à la fermeture éclair de sa combinaison verte à coup de dents.


Ultime bafouille : « Entre les piles Leviracell et moi, ça a été le coup de foudre ! » Opération Satisfait ou Remboursé jusqu'au 15 juin. Voir conditions sur notre profil.