Le (petit) mot de La-Mama : Bonjour, bonsoir ! Revoilà Threesome qui ne comptera, à partir de maintenant, plus que deux membres. Pour honorer pleinement le travail accompli grâce à A2, qui signe sa dernière collaboration avec nous dans ce chapitre, nous conserverons notre actuel nom de plume.

Je profite de cet espace pour vous prier de bien vouloir excuser le report de la publication du mois dernier et tiens par la même à vous rassurer : nous ne vous avons pas grugé ! En effet, ce chapitre, deux fois plus long que les précédents, rattrapera, je l'espère, le contenu que vous avez manqué le mois dernier.

Maintenant, place à notre sponsor : les hochets à épines BabyBel sont heureux de vous présenter ce chapitre. Avec son alliage carbone plus léger pour une prise en main adaptée aux nourrissons, vous pourrez vous aussi vous débarrasser de votre jumeau dès le berceau ! Disponible en trois coloris : pourpre, noir et violet.

Attention : l'ingestion du produit est fortement déconseillée.


Chapitre 5


La rue piétonne était bondée et la populace déambulait joyeusement sous les premiers rayons printaniers, représentant une masse de clients potentiels pour les commerçants de la ville. Tandis qu'au milieu de tout ce beau monde était assis Xanxus, plus charismatique que jamais, à la terrasse d'un bar de grand standing. La chaleur de l'après-midi l'avait contraint à délaisser son habituel costume pour un polo griffé Eden Park et un jean de chez Hugo Boss et il avait habillé son regard d'une paire de solaires signées Ray Ban. En face de lui, une belle brune à l'air farouche remuait lentement son cappuccino. Elle portait un top rouge qui moulait agréablement ses formes ainsi qu'un jean taille basse délavé et déchiré par endroit. Son look et son air dangereux n'avaient rien à envier au patron du Varia Quality.

- Je suis venue en civile, comme tu me l'avais demandé. Qu'est-ce que tu me veux ? lança Lal Mirch sans préliminaires.

L'homme eut un sourire de prédateur, attrapa son vers de cognac et le descendit d'une traite avant de répondre :

- Écoute, ma jolie…

Il ne put terminer sa phrase qu'il entendit le cliquetis d'une arme à feu et sentit un objet dur contre sa cuisse, sous la table.

- Non, toi « écoute », mafieux de mes deux : tu m'as fait venir ici sous la menace alors que je suis Inspectrice de police. Tu as du culot… Xanxus, siffla-t-elle avec mépris.

- Hu…

Le sourire scabreux du brun s'agrandit alors qu'il jouait avec les glaçons restés au fond de son verre. Un serveur passa en face d'eux à ce moment précis et le brun commanda un second verre d'alcool malgré toute l'incongruité de la situation. Pour sauver les apparences la jeune femme fut contrainte d'en faire autant et opta pour un cocktail.

- Range cette arme, Mlle l'Inspectrice, il serait dommage qu'il arrive, je ne sais pas moi, une bricole ou deux à ton fiancé… L'infiltration sous couverture comporte certains risques, répliqua le patron de bar, mine de rien.

La jeune femme rangea son arme et approcha son visage de celui de son vis-à-vis. Un regard étranger aurait facilement pu les prendre pour un couple.

- Que sais-tu exactement ?

- Ton fiancé Colonello travaille actuellement comme comptable chez le banquier Mammon dans le but de trouver des preuves suffisantes pour l'inculper de fraude fiscal et d'escroquerie. Or, Mammon est un homme extrêmement prudent et dangereux. Si la moindre rumeur d'un infiltré court dans sa boîte, il redoublera de vigilance, trouvera le traître et le fera abattre. Ni plus, ni moins.

Lal Mirch réenclencha la sécurité de son pistolet semi-automatique et le rangea dans son sac à main. Son expression était indéchiffrable malgré le poids de la nouvelle, mais Xanxus savait qu'il avait touché du doigt la faille de l'impassible Inspectrice.

- Si tu plombes mon enquête, en plus de fermer ton club miteux je t'enverrai au frais pour les huit prochaines années, kora ! Tu sortiras peut-être à temps pour assister aux fiançailles de ton adorable fille, menaça la brune.

- Tch ! Mon affaire est irréprochable au regard de la loi, répondit-il du tac-au-tac, éludant volontairement la partie concernant sa situation familiale.

Il ne put cependant faire taire totalement le sentiment d'insécurité qui l'avait traversé. L'inspectrice était un adversaire de taille. Elle était aussi bien informée sur lui que lui sur elle. Ses menaces ricochaient contre le mur de son insensibilité pour lui revenir en plein visage. Sans compter son inflexibilité qui l'agaçait au possible. Paradoxalement il appréciait le statu quo qu'elle avait instauré et il ne pouvait s'empêcher de la considérer en égale.

- Plutôt que de se tirer dans les pattes, reprit Xanxus, nous pourrions nous entraider. Je n'ai rien à cacher, seulement les flics pas discrets qui tournicotent autour de ma boîte, ça rebute les clients. J'ai perdu beaucoup d'argent à cause de ces conneries…

- La preuve que tes clients ne sont pas honnêtes, le coupa Lal Mirch.

- Je me fiche bien du pédigrée des clients tant qu'ils paient leurs consommations, répliqua le patron de bar d'un ton sans appel.

Ce dernier profita du passage d'un serveur pour commander une nouvelle fois à boire et la jeune femme choisit le jus de fruit le plus cher de la carte, un truc bio à ce qu'il paraissait.

- Je n'ai aucune raison de plomber ton enquête sur Mammon, d'autant que les circonstances m'en font un ennemi. En échange de mon silence je te demande de clore les investigations concernant le Varia Quality, acheva Xanxus avec bonhommie.

L'inspectrice se renfrogna, passablement emmerdée par l'assurance de son interlocuteur. Cependant elle devait bien admettre que l'affaire « Varia Quality » stagnait depuis plusieurs semaines. Ils manquaient tellement de preuves qu'elle en était presque à croire que le propriétaire du club était clean. Elle avait tout à gagner à suspendre la surveillance du club : mettre l'intégralité des hommes dont elle disposait sur l'affaire « Mammon », bien plus pressante, et sauver la couverture de Colonello. D'un autre côté la perspective de céder à la menace lui filait des boutons. Mais ce qui était en jeu dépassait la seule considération de sa fierté, l'homme qu'elle aimait était en danger. Elle ne doutait pas de ses compétences, il était le meilleur de l'équipe, meilleur qu'elle d'ailleurs. Ça elle pouvait l'avouer sans honte. Cependant il était hors de question de prendre le moindre risque pour sa sécurité.

- Admettons que je cesse d'enquêter sur ton bar, qu'est-ce qui me garantit que tu ne me trahiras pas ?

En guise de réponse le brun plongea sa main dans sa sacoche pour en sortir un dossier cartonné plutôt conséquent qu'il posa sur la table. Lal Mirch prit le paquet de feuilles et les parcourut en silence. C'était un rapport complet de Basil sur les agissements de Colonello avec clichés à l'appui qui prouvaient les liens qu'entretenait le pseudo-comptable avec la police. La jeune femme passa un doigt distrait sur les négatifs dont Xanxus lui faisait magnanimement cadeau.

- Toutes les preuves sont là, il n'y a pas d'autres tirages que ceux présents dans le dossier. Voilà pour ma bonne foi.

Elle referma le dossier et le glissa dans son sac à main.

- Je retirerai mes hommes ce soir. Si tu me trahis je te ferai tomber, avec ou sans preuve.

Elle se releva, attrapa son sac et s'éloigna sans accorder un seul regard au brun. Ce dernier l'observa s'éloigner, lorgnant sans honte les courbes sensuelles de la jeune femme. Un sourire victorieux et carnassier se peignit sur son visage, qui se changea en éclat de rire lorsqu'il vit la note qu'elle lui avait laissée.


Ça y était, il allait mourir. Les jeux étaient faits, et Spanner en avait pleinement conscience. Il fixait sa mort se diriger lentement vers lui et sentait Shôichi lui briser l'avant-bras tellement il s'y cramponnait avec désespoir. Un gémissement craintif s'échappa de sa gorge lorsque le Boss s'arrêta enfin devant eux et un silence écrasant prit place alors que Xanxus souriait jusqu'aux oreilles, d'un sourire cruel, terrifiant. Il allait mourir, c'était certain et pas plus tard que tout de suite. Il ferma les yeux et regretta un instant de ne pas avoir pu profiter plus longtemps des câlins du rouquin tétanisé derrière lui, puis attendit.

Xanxus pour sa part observait d'un œil amusé le stress prendre le contrôle de chaque molécule du corps de son mécanicien attitré:

- Bah alors qu'est ce qui se passe, Spanner ? Faut pas être tendu comme ça ! commença le brun avec un enthousiasme certain.

Il se rapprocha ensuite du visage de son employé, le regardant bien droit dans les yeux avant de le gratifier d'un nouveau sourire qu'il accompagna d'une grande tape dans le dos, avant de s'éloigner, toujours souriant :

- T'es tout pâle, faut le dire si t'as besoin d'un jour de congé, hein ? Bon, si on me cherche je suis à la cave ! annonça le grand patron avant de disparaître dans l'escalier.

- Respire, Spanner ! Allez, avale ou crache ! tenta tant bien que mal de conseiller Shôichi à son amant qui était en train de s'étrangler avec son bâton de sucette. Ça va ? demanda-t-il en larmes après avoir débarrassé le mécanicien de la sucrerie assassine. Mais qu'est ce qui se passe ? C'est pas le Boss, hein, c'est un robot ? Un espion ? Je… comprends pas… acheva le rouquin sujet à une nouvelle crise de stress.

Spanner qui reprenait son souffle put venir en aide à son petit-ami qui se pliait en deux de douleur sous le poids du trop plein émotionnel de ces deux dernières minutes.

Le blond n'avait rien compris au début : Xanxus était simplement rentré de son rendez vous, mais au moment où la porte s'était ouverte, il avait senti l'aura d'une personne à la confiance en soi débordante. Spanner s'était retourné doucement en tremblant et une goutte de sueur avait glissé timidement le long de sa tempe à la vue du sourire de psychopathe qu'affichait son patron. L'ingénu de mécanicien n'avait jamais rien vu de plus flippant que ce sourire et avait compris qu'une catastrophe se préparait. Sans parler de cette accolade ! Il lui avait carrément décollé un poumon ! Et le coup des jours de congé ? Non, le doute n'était plus permis.

- Shôichi...

La voix soudainement grave de son amant fit se calmer le DJ du club si bien que ce dernier fut en mesure de relever la tête malgré la douleur :

- Je crois que...

Toujours plié, il observa néanmoins le visage du blond prendre une expression de plus en plus paniquée et tendue et attendit la fin de la phrase laissée en suspend :

- ... Spanner ? finit-il par demander.

- ... Le Boss... est...


- … d'excellente humeur ! Et toi, mon petit requin ? jubila le patron devant Superbi qui courait d'un bout à l'autre du cellier.

- Super ! Génial ! Je m'éclate comme un dingue ! ÇA NE SE VOIT PAS NON ? explosa Squalo en échappant la caisse à vin qu'il tenait dans les mains.

Le squale, hors de lui, se tourna vers son Boss, pour attendre sérieusement une réponse de sa part. Exalté depuis sa victoire contre Lal Mirch, Xanxus le regarda de haut en bas et, d'un grand sourire qui lui ferma les yeux, répondit :

- Non, pas du tout, j'ai plutôt l'impression que tu en chies à mort, lança-t-il sur le ton de la conversation avant de partir observer le corps de son sous-fifre – pour ne pas dire esclave ou larbin – trempé d'un vin raffiné, et commença à avoir une des meilleures idées de sa vie.

- Non ? Sans blague ? C'est trop dingue ce que tu me dis là, connard ! ÇA FAIT UNE SEMAINE QUE J'AI ARÊTTÉ D'ÊTRE CUISTO, JE PRENDS TROIS DOUCHES PAR SOIR ET JE PUE QUAND MÊME LA FRITURE QUAND JE ME COUCHE !

- Je sais, c'est pour ça que j'ai arrêté de venir te...

- J'ai pas fini ! poursuivit Squalo en s'auto-félicitant de ne pas avoir laissé l'autre terminer sa phrase. J'AI PERDU AU MOINS CINQ KILOS À FORCE DE RESTER DEVANT TES FOURNAUX DE MERDE ! TOUT ÇA POUR QUE TES CLIENTS DÉBILES LAISSENT MES LÉGUMES DE CÔTÉ ! ILS ÉTAIENT BONS MES LÉGUMES ! ILS ÉTAIENT EXCELLENTS ! ON LEUR A PAS LAISSÉ LEUR CHANCE ! AVOUE ! hurla-t-il accompagnant ses paroles d'un regard meurtrier et d'un coup de poing magistral sur la table.

- J'en sais rien, répondit Xanxus avec insolence et toujours un sourire au coin des lèvres, je mange pas de légumes, je trouve ça dégueulasse.

- Ta gueule ! T'as tord ! C'est plein de fibres et de vitamines ! Et tout ça pour quoi, hein ? Me retrouver barman à nettoyer le vomi des clients qui ne tiennent pas l'alcool, ou à leur foutre une mandale quand ils touchent aux serveuses ? vociféra l'argenté, toujours sur les nerfs.

Puis Xanxus sans prévenir se leva, passa son bras autour de la taille de son vis-à-vis pour prendre son menton entre ses doigts, avant de chuchoter contre ses lèvres :

- Perso, c'est pas aux serveuses que j'ai envie de toucher là ...

Squalo sentit un muscle chaud s'immiscer entre ses lèvres et torturer sa langue sans aucune douceur. L'homme en face de lui léchait, mordait, suçait à lui en faire perdre haleine. L'argenté s'agrippa à la chemise de son Boss lorsque ce dernier l'effleura du bout des doigts en faisant descendre ses mains le long de sa colonne pour se poser au niveau de ses reins. Cela faisait longtemps que ces mains ne l'avaient pas caressé et le corps de Squalo réagit au quart de tour, tandis que sa raison s'était fait battre par l'envie d'en avoir plus, juste un peu plus…

Xanxus continua d'embrasser son amant et le fit reculer jusqu'à une petite table de bois avant de passer ses mains sur ses fesses afin de le soulever pour le faire assoir dessus. Superbi passa ses bras autour de son cou sans réfléchir, les yeux fermés, la tête anesthésiée par le baiser de Xanxus. Cette délicieuse et violente torture prit malheureusement fin lorsqu'un gémissement de frustration plus qu'audible s'échappa des lèvres du requin au moment où son vis-à-vis caressa son entrejambe à travers le tissu de son pantalon. Xanxus s'écarta, observa son requin rougir violemment. Embarrassé, ce dernier préféra repousser son amant et retourna vers les casiers à bouteille.

- T'es venu ici pour quoi ? demanda-t-il enfin tout en sélectionnant les bouteilles dont il avait besoin, afin de se soustraire à la gêne que provoquait le regard perçant de son Boss.

Contre toute attente, Xanxus ne poursuivit pas son repas pour réclamer son plat principal après une entrée plutôt alléchante et acheva de mettre son plan à exécution :

- Tu sais, je ne suis pas aussi méchant que tu as l'air de le croire...

Il ricana devant le haussement de sourcil de Superbi, qui n'en croyait, apparemment, pas un mot, et continua :

- Si, je t'assure, demande à Spanner, je lui ai donné des jours de congé pas plus tard que tout à l'heure...

Le brun laissa sa phrase en suspend, puis leva ses yeux carmins vers le squale, visiblement interloqué.

- Où est-ce que tu veux en venir ?

- Et bien...je ne sais pas, je suis de bonne humeur aujourd'hui, je me disais que peut être...

- ...

- ...

- ... OUI ET BEN PEUT-ÊTRE QUE QUOI ? brailla l'ex-épéiste à court de patience.

- Qu'une promotion te ferait plaisir.

Au fil des années, Xanxus était passé maître dans l'art de la manipulation. Il avait balancé sa dernière phrase d'une traite, y mettant tout l'impact nécessaire. Il savait pêcher mieux que personne et son requin venait de mordre à l'hameçon comme une sardine.

- D'accord, répondit l'argenté sans réfléchir une seconde.

Sortir de ce trou puant ! La fée des marchants existait, ce vieillard ne lui avait pas menti en lui vendant cette arête magique, il en aurait pleuré. Fini les inventaires, les poivrots et les vieux pervers !

- Paaarfait ! conclut Xanxus en se levant, il en aurait pleuré... mais pas pour les mêmes raisons. Tu passes serveur, ton nouvel uniforme t'attend dans ta chambre... je peux t'aider à le passer si tu veux, ajouta-t-il d'une voix chaude accompagnée d'un regard significatif.

- Non c'est bon, répondit Superbi en rougissant, se débarrassant enfin de son nœud pap' à la con. Je pense pouvoir me débrouiller pour mettre un costard, termina-t-il en se dirigeant vers la sortie.

Jusqu'à la dernière phrase de son Boss, il y avait cru. Il avait vraiment et naïvement pensé que, de bonne humeur, Xanxus l'avait sorti de la merde alcoolique dans laquelle il macérait depuis des semaines.

- … Quel costard ?


L'ambiance était chaude ce soir là au Varia Quality, en témoignait la file d'attente à l'entrée et le bar bondé. La masse des consommateurs potentiels se tenait serrée et tous étaient collés les uns contre les autres par la force des choses en attendant la fin du premier show de la soirée. Ils espéraient entrer rapidement, d'autant que la sélection était sévère à l'entrée. Tenue correcte exigée, sous peine de se faire reconduire plus ou moins gentiment par le videur King Mosca, fleuron de la technologie Mosca et de son génialissime inventeur : Spanner. Alors que les spectateurs de la représentation suivante commençaient à entrer, la silhouette d'un grand type en habits décontractés s'extirpa des ténèbres de la ruelle adjacente. Les mains enfoncées dans les poches de son manteau, il longea les barrières destinées à canaliser la foule et se dirigea droit vers le videur. Ses baskets émettaient un couinement désagréable à chaque pas qui foulait les dalles humides tout en piétinant à demi son treillis taché de cambouis et trop long. La capuche bordée de fourrure qui lui couvrait la tête empêchait quiconque de déterminer son identité, pourtant, il suffit d'un regard pour que King Mosca lui ouvre ladite barrière et lui permette l'accès au club. Tous fixèrent, médusés, l'individu louche qui venait de gruger impunément la file.

Du côté du bar du cabaret, Squalo se faisait difficilement à sa « promotion ». Comme si le travestissement en soi n'était pas assez humiliant, il avait fallu que son enfoiré de Boss lui fasse porter du rose ! Et comble de l'horreur il était la seule « serveuse » vêtue de cette couleur ! Sans compter son imbécile de patron qui ne cessait de le dévorer des yeux… Squalo ravala son ressentiment et prit – d'une voix douce mais néanmoins masculine – la commande de la table toute proche de celle de Xanxus. Pour transmettre les commandes il devait fatalement longer la table où se trouvait le brun qui s'était sans doute posté là exprès et qui ne manquait jamais une occasion de lui palper le postérieur, ce qui avait le don de le lui faire monter les nerfs. Pour qui se prenait ce dom juan à deux balles avec ses techniques de drague de pervers à la con ? Les cheveux de Squalo ondulèrent de rage et de pulsions meurtrières particulièrement sanglantes, mais son passé de mafioso était loin derrière lui à présent. Et le connard qui le harcelait était son adorable patron qui le tenait en laisse par la menace.

Il força un sourire sur son visage et accueillit comme il se devait le nouveau client qui, pensa-t-il, avait vraiment une drôle de dégaine comparé au standing recommandé par l'établissement.

- Sexy… siffla l'inconnu. Avec des serveuses pareilles je comprends que Xanxus fasse du chiffre.

L'ex-épéiste qui reconnut immédiatement à qui il avait affaire se retint d'incruster son poing dans la figure de l'insolent et, à la place, le conduisit à une table isolée où le grand patron ne pouvait pas les voir.

- Voi ! Qu'est-ce que tu fous là, Dino ? s'emporta-t-il.

- Je ne suis qu'un homme, Squalo, j'ai moi aussi besoin de me détendre, répliqua le blond en souriant.

- T'es complètement barré de te rendre seul en territoire ennemi !

- La fin justifie les moyens, je dois régler un truc important te concernant, répondit le manieur de fouet d'un ton énigmatique.

- Si c'est pour me recruter je te le redis, c'est un non définitif et…

Superbi ne put formuler son rejet total jusqu'au bout car le Cavallone, l'avait attrapé par le poignet pour le faire assoir sur ses genoux.

- Squalo… susurra-t-il à son oreille d'une voix incroyablement suave et chaude.

L'argenté ne put s'empêcher de rougir de plaisir et d'excitation au son d'une telle voix, mais alors même qu'il commençait à se détendre, il sentit une main ferme enserrer son avant-bras. Il fut tracté vers l'avant et se retrouva debout, collé au torse de son patron. Avant même qu'il ne comprenne ce qui lui était arrivé, le bras musclé de Xanxus entourait ses épaules dans une attitude on ne peut plus possessive.

- Hey, Bucking Horse ! l'interpella-t-il tout en le dardant d'un regard purement hostile de mâle Alpha qui protège sa femelle, mes serveuses ne sont pas des filles publiques, alors fais gaffe à où tu poses tes mains !

Ne semblant pas appliquer ses propres conseilles, Xanxus posa la sienne, sans la moindre gêne, sur la fesse de Squalo qu'il pressa fermement. Ce dernier ne put s'empêcher de frémir et ses doigts froissèrent la chemise du patron qu'il avait agrippée sans s'en rendre compte. Rouge comme jamais, l'argenté jeta un véritable regard assassin à son aîné qu'il invectiva mentalement à défaut de pouvoir le faire en réalité. Lorsque Xanxus eut retiré sa main et prit la tangente – parce qu'il avait une montagne de trucs plus urgents à régler – Squalo et Dino eurent tout le loisir d'admirer le superbe macaron orné de la mention « Varia Quality » qui ornait le postérieur fleuri.

L'ex-épéiste marmonna toute une farandole d'injures destinées à son crétin fini de Boss, les poings comprimés de rage. Cet enfoiré allait définitivement lui payer cette humiliation ! Dino le regardait, partageant sa colère mais sans rien montrer d'autre qu'un sourire amusé et apaisant. S'il voulait posséder son petit requin, il avait intérêt à se faire plus entreprenant que son rival. Fort heureusement, il n'était pas venu sans ses armes. Il était même lourdement équipé pour un outsider.

- Je détiens une info qui pourrait t'intéresser, lança le Cavallone en couvant le serveur d'un regard tendre qui le déstabilisa.

- D-dis toujours… bégaya Squalo en croisant les bras sur sa poitrine.

Le Cheval Ailé esquissa un sourire et lui fit signe de s'assoir sur ses genoux, ce que l'argenté fit sans l'ombre d'une hésitation.

- Ça concerne le gang des Épéistes… commença Dino à voix basse, tout près de son oreille.

Le visage de « la serveuse » se décomposa et il s'empressa de répondre :

- Voi ! Dis-moi ce que tu sais sur ma Famille !

- Ça ne sera malheureusement pas gratuit (sa main remonta le long de la cuisse du travesti) et comme tu ne veux pas rejoindre nos rangs… insinua le manieur de fouet en haussant les épaules.

- Je ferai tout ce que tu voudras, chuchota l'argenté à mi-voix, mais je ne peux pas rejoindre le gang Hibarin.

Face à l'intensité de la détresse de Squalo, Dino se sentit presque coupable de son stratagème… Mais seulement presque, car à l'amour comme à la guerre, non ?

- Tout ? insista Bucking Horse.

- M'oblige pas à le répéter, enfoiré, grinça Squalo.

- Je veux un paiement…

Il passa sa main dans la chevelure de Squalo et colla presque la bouche à son oreille.

- … en nature, acheva-t-il tellement bas que même l'ex-épéiste ne fut pas sûr d'avoir bien entendu.

Dino en profita pour faire glisser sa langue depuis le cartilage jusqu'au lobe qu'il mordilla. La température de l'argenté grimpa.

- Quand le spectacle débutera, quitte la salle et attends-moi dans le hall.

Sur ces dernières paroles, Squalo fit mine de reprendre son service. La lumière s'éteignit peu de temps après, suivie du lever de rideau.


Dino s'était éclipsé de la salle de cabaret et se tenait, dos au mur, les bras croisés contre la poitrine, près d'une porte du hall qui menait aux appartements des employés. Information qu'il avait glanée on ne peut plus illégalement lors des magouilles qu'il mettait au point avec Hibari. En effet, sur ordre de son Boss, il avait été amené à consulter et à mémoriser les plans du Club à desseins plus ou moins avouables. Il tentait d'afficher un air impassible et innocent au cas où il tomberait sur une présence indésirable. Malgré sa nonchalance apparente, son sang pulsait douloureusement dans ses veines, pareil à de la lave en fusion, et ses mains moites ainsi que la boule d'angoisse logée dans sa cage thoracique lui firent redécouvrir les sensations qu'il avait éprouvées lors de son premier rendez-vous.

Ces minutes d'attente interminables laissèrent les doutes s'insinuer en lui. Squalo n'allait-il pas se rétracter ? Après tout, il était pétri d'orgueil et vendre son cul pour une information, aussi importante fût-elle, ne lui ressemblait pas. Alors peut-être avait-il accepté pour une autre raison ? Peut-être Dino avait-il ses chances contre Xanxus ? Extirper Squalo des griffes du fauve qui lui servait de patron n'était pas tâche aisée… D'ailleurs, quand bien même il réussirait, le risque de se faire mordre à mort par son propre patron était bien plus élevé que de se prendre une balle du balafré. Il frissonna, il se ferait mordre à mort, rien de plus certain. Et si Squalo l'apprenait, il pourrait se méprendre totalement sur la situation. Les rapports qu'il entretenait avec Kyôya étaient purement professionnels contrairement à ce que les apparences suggéraient. Il n'y avait absolument rien de sentimental entre eux, ça n'avait rien à voir avec l'amour sincère qu'il éprouvait pour l'ex-épéiste. En grand romantique multirécidiviste qu'il était, il ne pouvait s'empêcher de déplorer son manque de temps pour déployer tous ses talents de séducteur ! Malheureusement sa proie succombait plus volontiers aux plaquages en tous genres, contre les portes, les bureaux, les lits les mains aux fesses et les baisers sauvages, que face aux roses rouges et aux dîners aux chandelles…

La porte juste à côté de lui s'entrouvrit timidement avant de se refermer aussi sec. Intrigué, Cavallone s'approcha avec prudence, la main déjà posée sur le manche de son fouet. Soudain, le battant se rouvrit, en grand cette fois, et une poigne puissante agrippa le bras du blond et le tira à l'intérieur. Ce dernier eut à peine le temps de comprendre ce qui lui arrivait. Il eut une fraction de seconde pour se rendre compte qu'il se trouvait dans un couloir avant que la porte se referme et les plonge dans le noir complet. Profitant de l'obscurité, le bras-droit de Hibari tenta de reprendre les choses en main. Il se dégagea de la prise de son assaillant et l'immobilisa d'un claquement de fouet avant de le plaquer contre le mur en faisant pression de tout son corps contre le sien. Squalo regretta amèrement d'avoir baissé sa garde. Après tout, Dino était son ennemi, comment avait-il pu lui faire confiance si facilement ? Pourtant il l'avait sauvé par le passé. C'était certainement un malentendu, il devait l'avoir confondu avec quelqu'un d'autre… Squalo, captif, sentit la colère monter. Il pouvait bien lui trouver toutes les circonstances atténuantes qu'il voulait, il était bel et bien ficelé comme la volaille qu'il se sentait être à cet instant. Ses mains étaient étroitement liées dans son dos par une lanière de cuir qui, par une prouesse technique, passait également autour de son cou et faisait pression sur sa gorge, l'empêchant de crier et de se débattre sous peine de suffocation. Mais bien que réduit à la soumission la plus totale, le requin ne put s'empêcher de s'agiter :

- Voi ! C'est moi, Ducon ! réussit-il à prononcer alors que les liens se resserraient sur sa gorge.

Un sourire inquiétant qu'il ne put voir étira les lèvres du manieur de fouet :

- Je sais, susurra-t-il à l'oreille de son captif avec une intonation aussi suave que sadique.

Squalo ne put réprimer le tremblement d'excitation malsaine qui lui remontait le long du dos tandis qu'un autre descendait simultanément vers son bas ventre. Il inspira profondément pour chasser les pensées érotiques qui lui venaient à l'esprit. La priorité était d'entrer dans la chambre, le faire dans le couloir était beaucoup trop risqué !

- Lâche-moi, Bucking Horse… articula-t-il avec peine et à voix basse, dans l'espoir de ne pas ameuter le personnel.

- Chut… Je ne veux entendre que tes doux gémissements de plaisir, mon petit requin…

À peine eut-il achevé sa phrase que ses lèvres se posèrent sur la nuque de l'argenté, tandis que sa main gauche s'insinuait patiemment entre les multiples pans de soie du kimono. Avec les dents, il fit glisser le tissu fleuri pour découvrir l'épaule du squale qui haletait comme au bord de l'agonie. Il adorait cette douceur sous des dehors de sauvagerie, cette sensation extrême du souffle chaud et maitrisé contre sa peau, suivi des vagues de froid quand celle-ci se soulevait à son contact et qui le faisait brûler d'un désir sans commune mesure. Un premier grognement de plaisir lui échappa alors que sa délicieuse torture venait à peine de débuter. La langue tiède et humide de son bourreau passa sur son épaule, il se sentait friandise sous les lèvres avides qui le goûtaient sans relâche, proie sous l'étreinte du cuir qui lui irritait la peau. Contre toute attente, il aimait ça. L'entière soumission à la volonté d'un autre avait toujours été contraire à sa nature profonde, jamais il n'avait pris au sérieux ses penchants masochistes. Pourtant l'excitation qu'il ressentait à cet instant ne laissait aucune place au doute, il en voulait plus, il désirait s'abandonner contre le corps du Cheval Ailé, mais les liens qui l'immobilisaient, lui brûlaient les poignets et lui broyaient la gorge l'en dissuadèrent. Alors même, son corps entier était en feu et il ne put réfréner un gémissement sensuel lorsque les doigts de son bourreau commencèrent à caresser lentement l'intérieur de sa cuisse.

- Mmh… Di-Dino…

Son prénom se dilua dans les soupirs impatients que ne cessait de pousser Squalo. Ce dernier ne lui avait pas opposé la moindre résistance contrairement à ce que Dino avait prévu, mais il n'en avait cure tant il jubilait de l'avoir sous son contrôle. Le doux chant de ses soupirs et de ses gémissements, qu'il retenait avec peine, agissait sur lui comme le plus puissant des aphrodisiaques. Cette voix, il voulait l'entendre lorsque son détenteur perdrait tout contrôle. Il se délectait d'avance du moment où l'intégralité de ses défenses s'écrouleraient et que, submergé par le plaisir, il hurlerait son nom au rythme de ses coups de hanche. Dino, à force de patience, réussit à dénouer l'obi de sa victime. Il remonta le long de la cuisse enfin découverte de l'ex-épéiste et plongea sa main dans son sous-vêtement pour venir effleurer le membre déjà tendu.

- Je te fais tant d'effet que ça Squalo ? lança le manieur de fouet avec un sourire.

- La ferme ! Touche… moi… aaah… gémit Superbi les yeux mi-clos par l'excitation.

Ne pouvant résister, Cavallone empoigna la verge de son partenaire et commença à appliquer des va-et-vient avec une lenteur toute calculée. L'argenté se laissa totalement aller, occultant l'endroit dans lequel ils se trouvaient et le traitement particulièrement avilissant que lui faisait subir son partenaire. Il n'arrivait pas à en comprendre lui-même la raison, il avait une confiance aveugle et purement instinctive en Dino. Il ne ressentait aucun sentiment de gêne, juste un plaisir divin qui secouait chaque fibre de son corps.

Les réactions plus sexy les unes que les autres de l'argenté braillard, le contact de sa peau, et le sentiment de domination totale qui habitait Dino le faisaient bander depuis un bon moment déjà. Cependant, il s'attelait à la satisfaction de son partenaire et répondait à chaque signe qu'il laissait entrevoir, car son plaisir passait par celui qu'il pouvait apporter à son amant du moment. Mais dérangé par son érection de plus en plus dure et douloureuse, il négligea la prise qu'il avait sur le fouet, ce que ne manqua pas de faire remarquer le squale :

- Mmh… Serre-moi… plus fort…, supplia contre toute attente Superbi.

Le manieur de fouet était plus excité que surpris et les dernières réserves de patience qu'il détenait s'évanouirent dans le néant. Il n'avait plus qu'une envie : presser le dénouement, posséder enfin entièrement l'homme qu'il convoitait depuis plusieurs années. De sa main gauche, il agrippa le crâne de l'ex-épéiste, l'obligea à tourner la tête et l'embrassa férocement. La brusque introduction de sa langue dans sa bouche surprit agréablement Squalo qui prit un plaisir singulier lors de cet échange aussi violent qu'excitant. Puis, tout aussi brusquement qu'il avait pris possession de ses lèvres, Cavallone mit fin au baiser, laissant son partenaire pantelant et les yeux luisant de frustration et de désir mêlés.

D'une pression de main sur la hanche, le manieur de fouet obligea Squalo à se cambrer davantage tout en renforçant la prise sur son arme. Le désir qui les habitait l'un et l'autre était bien trop puissant pour faire durer leurs préliminaires bien longtemps, d'autant qu'ils pouvaient se faire surprendre à chaque instant. En une fraction de seconde Dino libéra son membre tendu et prit le manche de son arme entre les dents n'accentuant que davantage la courbure sensuelle du dos de l'argenté. Excité encore plus si c'était possible, il se fraya un chemin sous le kimono puis plaça les mains de chaque côté du bassin de son partenaire qu'il pénétra sans sommation. Squalo ne put étouffer totalement une plainte d'où perçait étrangement une pointe de plaisir. Dino s'engouffra d'un mouvement sec dans le fourreau de chair et attendit quelques secondes que celui-ci se détende avant de s'adonner à la satisfaction de son propre plaisir. Intérieurement, il aurait préféré prendre son temps et préparer son amant comme il se devait, mais du temps ils n'en avaient pas, et encore moins de lubrifiant et puis surtout, Squalo aimait le sexe bestial, comme en témoignait son attirance pour Xanxus. À l'évocation de son rival, Cavallone ne put s'empêcher d'enrager, brûlant littéralement de jalousie.

- Mmh, bouge, bordel ! lâcha Squalo, tremblant de désir.

La supplique de l'argenté le tira de son ressentiment. Il se prenait la tête pour rien, n'était-il pas en train de coucher avec Squalo ? Et il se devait de surpasser le balafré au pieu ! Il exécuta quelques mouvements lents et amples s'appliquant à effleurer la zone érogène par excellence. Ses précautions furent rapidement récompensées par les gémissements de l'argenté qui se muèrent en petit cris lascifs à souhait. Le double traitement que lui infligeait le manieur de fouet contre sa gorge et sa prostate lui procurait une jouissance quasi nocive tant elle était intense. Squalo était incapable de la moindre retenue, à demi-conscient qu'il était et encore moins face à des sensations de cet ordre. Lorsque Dino intensifia ses coups de hanche ce fut le coup de grâce : il jouit dans un gémissement rauque et douloureux, suivit quelques mouvements plus tard par son assaillant. À peine Dino eut-il éjaculé qu'il dut soutenir le corps rudement ébranlé de Squalo qui s'effondra contre lui.