Tuturne : Hello, cher lecteur ! Je suis parvenue, au prix de négociations acharnées avec le PDG peu commode qui tient surtout de l'armoire à glace, à nous obtenir un soutien financier de taille. Et pour cause, chez Threesome, nous voilà sponsorisées par la Mosca Corporation qui nous a même envoyé un vigile Mosca qui contrôle chaque lecteur à la fin du chapitre pour s'assurer qu'il laisse bien une review. Bon, j'ai pas encore trouvé comment on enlève le mode Rage Berserk alors méfiez-vous. Bonne lecture ^^'
Chapitre 8
Le parc de Namimori retentissait des cris des enfants, des aboiements des chiens et du souffle saccadé des courageux qui effectuaient leur footing quotidien. L'espace consacré aux jeux, habituellement pris d'assaut, était étonnamment calme. Plus surprenant encore, la balançoire, objet de toutes les convoitises enfantines, était aujourd'hui boudée par les bambins. Sans doute était-ce dû au courant d'air glacial et inexplicable qui sévissait autour d'un jeune adolescent blond impeccablement vêtu d'un costume sur mesure bleu nuit. Pourtant reconnus pour leur intrépidité, les enfants refusaient de l'approcher à moins d'un bon mètre cinquante, particulièrement sensibles qu'ils étaient à cette aura de douleur qui écrasait le pauvre Basil.
Il enquêtait d'arrache-pied depuis plusieurs jours déjà, et chaque piste qu'il avait suivie débouchait systématiquement sur un cul-de-sac. Les seules informations sûres qu'il possédait provenaient du témoignage de Squalo. Il n'avait en tout et pour tout que deux indications : les empoisonneurs étaient au nombre de deux et de petite taille. Cela impliquait d'abord qu'une organisation de professionnels en voulait à Xanxus et que ces professionnels de l'assassinat étaient soit extrêmement jeunes, soit de sexe féminin. La question était la suivante : qui en voulait au propriétaire du club de strip-tease le plus prisé de la ville ? Réponse : tout le monde ! Ou plutôt, tous les acteurs du monde souterrain : les patrons de clubs semblables pour la concurrence, les petites frappes qui faisaient pression sur les commerçants en échange d'une prétendue protection parce que Gola Mosca les avait ridiculisés, les dealers, parce que Xanxus prenait un pourcentage sur toutes les transactions qui avaient lieu sur son territoire, les petits gangs qui poussaient comme des champignons et qui voulaient se faire un nom en défiant une pointure du milieu, même la municipalité avait tenté de faire déménager son commerce encore plus loin du centre de la ville et avait même presque réussi, une fois, à lui faire mettre la clef sous la porte, enfin, l'ennemi déclaré : le clan Hibarin, qui ne reculait devant rien pour rayer le commerce immoral de la carte.
Son investigation était au point mort et il ne tarderait pas à l'être aussi s'il ne trouvait rien de probant à rapporter à Xanxus. Au même moment, son portable vibra bruyamment dans sa poche, faisant reculer toute une volée de pigeons non loin de lui et il trembla devant le nom de l'expéditeur du mail qu'il venait de recevoir. S'agissait-il d'une missive de menace pour sa lenteur ? Une condamnation pour son incompétence ? La seule façon de le savoir était d'ouvrir le message électronique et ce qu'il put y lire dépassa de loin toutes ses espérances. Il s'agissait d'une seconde affaire qui avait eu cours au club dans la nuit, un voleur s'était introduit dans le bureau du boss et avait tenté de dérober des fichiers sur son ordinateur il en avait immédiatement payé le prix. Basil déglutit en visionnant la photo du cadavre qui était jointe au mail, il avait beau être familier avec la mort, la confrontation avec celle-ci lui retournait à chaque fois l'estomac.
Basil poursuivit la lecture du mail, et apprit et que le voleur en avait après des informations portant sur les relations extérieures au club et pas avec ses activités comme il l'avait d'abord pensé. Les dossiers qu'il avait tenté de copier concernaient notamment Lussuria et Belphegor, les plus proches collaborateurs de Xanxus… Une deuxième infiltration, des personnalités douées et anonymes… Basil ne put envisager que ces deux évènements ne soient que de pures coïncidences, les deux affaires étaient liées, lui criait son instinct… Et puis de toute façon, il n'avait pas l'ombre d'une alternative.
Il consulta son répertoire et contacta l'informateur le plus fiable de la ville et de tout l'archipel nippon selon lui. Ses honoraires étaient particulièrement élevés, cependant la qualité de ses services était inégalée. Basil donna son prix et envoya la photo du voleur à l'expert pour qu'il l'identifie. Il reçut immédiatement une réponse :
« RDV dans deux heures à l'endroit habituel. »
Ce à quoi il répondit positivement. Deux heures, ça lui laissait le temps d'enfiler la tenue adéquate et de rassembler la somme en liquide…
Basil était à l'heure et au lieu dit, son onéreux costume était dissimulé sous un imperméable crème tandis que ses yeux disparaissaient sous une paire de lunettes de soleil et l'ombre de son borsalino vintage. L'air de rien, il s'assit sur un banc isolé face à l'étang où passaient et repassaient tranquillement tout un régiment de volaille semi-aquatique. Il avait tout prévu, et tenta de plonger avec naturel la main dans un sac en papier contenant du pain pour les canards. Les oiseaux s'agglutinèrent autour de lui et firent montre d'une férocité toute animale, se déchirant sans pitié pour de simples croûtes.
L'informateur ne mit pas longtemps à arriver, il était vêtu de la même façon que Basil mais portait en plus une écharpe à rayures qui lui couvrait une partie du visage. Ils n'échangèrent pas le moindre regard, et Fûta, car il s'agissait de son nom dans le milieu, prit place sur l'autre extrémité du banc. L'un et l'autre agissaient comme s'ils ne se connaissaient pas et continuaient de nourrir les canards qui couvraient leur échange de leur cris incessants. Fixant un point droit devant lui, Fûta prit la parole :
- L'homme sur la photo s'appelle Moretti, dit « le mort ». On raconte qu'il a la faculté de ralentir son rythme cardiaque au point de pouvoir se faire passer pour un cadavre. Il agit en freelance et n'appartient officiellement à aucune organisation. Cependant certaines rumeurs disent qu'il bosserait actuellement pour un drôle de gang, des outsiders plutôt discrets dont l'influence ne cesse de s'étendre.
Basil ne répondit pas et se leva en laissant sur le banc le sac en papier qui contenait ce qu'il devait. Il avait eu raison de le consulter sans délais, les choses se précisaient incontestablement. Et il était prêt à parier que « le mort » était toujours vivant…
Le détective composa le numéro de la ligne directe vers les sœurs Cervello et exigea d'elles un entretien dans les plus brefs délais, car la sécurité du patron en dépendait. Les deux gradées de la police lui offrirent de le recevoir dans l'heure, dans leur propre intérêt.
Basil avait quitté son imper et ses solaires quand il pénétra dans le bureau des jumelles. Elles lui offrirent un siège et un thé chaud qu'il prit le temps de savourer malgré l'urgence. Après tout, il n'était pas payé à l'heure mais au cachet et il avait sué toute la semaine, il pouvait bien se permettre quelques minutes de pause. Cependant, il se garda bien de prendre trop ses aises, légèrement intimidé par le regard perçant des deux policières. Il s'éclaircit la voix et posa sa première question :
- Xanxus a fait appel à vous hier soir pour que vous le débarrassiez d'un corps, n'est-ce pas ?
- Oui, en effet, approuva l'une d'elles.
Basil était incapable de les dissocier.
- Cependant… continua la seconde.
- Le corps a disparu, acheva Basil, certain de son hypothèse.
- Comment le savez-vous ? interrogea énergiquement la première.
Il partagea avec elle les informations qu'il avait monnayées auprès de Fûta.
- Tout s'explique ! Le sang que nous avons retrouvé dans le bureau n'était pas humain, c'était du sang de bœuf… commença la première sœur.
- … et la projection de sang ne correspondait pas à l'impact de la balle, compléta la seconde, il devait porter des poches d'hémoglobines sous ses vêtements. Tenez, voici le dossier. Xanxus y trouvera tous les détails de l'enquête et, bien sûr, il s'agit du seul exemplaire.
Basil se saisit de la chemise plastifiée noire et consulta brièvement son contenu. Après un petit « hum » satisfait, il se tourna vers les sœur et haussa un sourcil.
- Comme d'habitude…
- Le dossier a été égaré, déclara l'une des Cervello avec un sourire complice.
- Une fausse manipulation est si vite arrivée, même pour des expertes en informatique, ajouta la seconde.
- Merci, soupira Basil avant de quitter le bureau des inspectrices, à la fois satisfait et inquiet.
Ses soupçons se confirmaient et la piste qu'il suivait était la bonne, cependant, cela signifiait que la personne qui s'était introduite chez Xanxus étaient toujours en vie et prête à recommencer… Quoique la tentative d'espionnage ratée ne devait pas être le genre d'expérience qu'on avait envie de réitérer, mais il ne fallait pas oublier qu'il avait réussi à déjouer le système de sécurité et que cela constituait un motif d'alerte suffisant.
D'indic' en indic' et de pot-de-vin en coup de poing, Basil rembobina le fil d'Ariane jusqu'à une petite maison coquette d'un quartier résidentiel tranquille. Aussi surprenant que cela pouvait paraître, celui qui tirait prétendument les ficelles était un certain Sawada Tsunayoshi, quatorze ans et collégien de son état. Il avait en premier lieu cru à une blague de mauvais goût, mais les informations allaient toutes dans ce sens, et il résolut de vérifier par lui-même. A priori, tout paraissait normal si on excluait la maisonnée particulièrement fréquentée, mais rien de bien surprenant pour un adolescent. Basil l'avait filé deux jours entiers et n'avait toujours pas de preuve de son implication, directe ou indirecte, dans le milieu. Il était au bord du désespoir, assit au volant de sa berline noire aux vitres teintées garée devant le collège de Namimori.
Il était las, avait besoin d'un bain brûlant et d'une bonne nuit de sommeil, ce que venait lui rappeler le teint cadavérique que lui renvoyait son rétroviseur. Il était à deux doigts d'abandonner et de rentrer chez lui pour faire ses bagages et quitter le pays afin échapper au courroux de Xanxus, lorsque la portière côté passager s'ouvrit. Il attrapa immédiatement son arme tout en se maudissant pour ne pas avoir pris la précaution de verrouiller les portes. Sawada Tsunayoshi prit place à côté de lui, referma la porte et enclencha la fermeture centralisée, sans même ciller devant le révolver braqué sur lui.
- Bonjour, tu dois être Basil… commença-t-il d'une voix suave en plantant deux yeux brûlants dans les siens.
- Je vois que vous êtes bien renseigné, M. Sawada, répondit, sans se démonter, le détective.
Un sourire félin passa sur le visage du plus jeune et il se redressa, se rapprochant doucement de son interlocuteur.
- Je ne suis pas armé et d'ailleurs j'ai horreur de la violence. Je suis seul et entièrement à ta merci : mes hommes ne savent pas que je suis ici et je ne veux pas qu'ils le sachent, alors s'il-te-plaît, baisse ton arme.
La requête avait été formulée avec une telle douceur et une sorte d'empressement sûrement dû à la crainte ou au stress, que Basil avait été incapable de résister. Il rangea son pistolet et fit face à l'intrus.
- Que voulez-vous ?
Tsunayoshi ne répondit pas immédiatement, il rougit légèrement et reprit l'expression déterminée qu'il avait eu lorsqu'il était monté dans la voiture – à croire qu'il avait une double personnalité. Le pseudo chef de gang grimpa à genou sur son siège, prit appui sur la vitre côté conducteur, avança un genou vers le fauteuil voisin et vola un baiser torride à celui qui pensait le traquer. Basil n'avait rien vu venir, les yeux écarquillés de surprise il laissa les lèvres de sa cible se poser doucement sur les siennes. Il ne pouvait l'expliquer, mais dès que leurs bouches entrèrent en contact, il sut qu'il était devenu la proie. Le baiser était doux et sensuel, Tsunayoshi avait introduit sa langue entre ses lèvres avec une telle délicatesse que cela lui avait semblé la chose la plus naturelle au monde.
Puis, les caresses suaves et tendres prirent des accents plus passionnés. Il sentait le désir de Sawada affluer en lui et éveiller sa sensibilité aux plaisirs charnels qu'il avait si souvent négligés. Cette excitation naissante devint vite insoutenable, il voulait plus de cette langue tentatrice, aspirait davantage de cette bouche sensuelle et désirait avidement plus de caresses de la part de ce corps qui avait éveillé sa concupiscence. Un gémissement lascif s'éleva de sa gorge et il ne put s'empêcher de rougir de honte en devinant le sourire de Tsunayoshi contre ses lèvres. Basil passa ses bras autour des épaules de son vis-à-vis et l'attira à lui pour l'embrasser avec encore plus de fougue que précédemment. Son excitation avait atteint le point de non-retour et n'avait aucune alternative à un assouvissement immédiat.
Sawada tenta de déplacer l'une de ses mains vers l'entrejambe de Basil qu'il comptait soulager, lorsqu'il perdit l'équilibre et échoua sur le klaxon. Le vacarme les remit instantanément d'aplomb et, une fois la fièvre de l'excitation passée, un silence gêné s'installa dans l'habitacle. Basil regardait résolument devant lui, tandis que le chef de gang regagnait sa place.
- Je veux que tu travailles pour moi, avoua après un long moment Sawada Tsunayoshi.
Squalo déambulait lentement dans les rues animées de Namimori, pensif. La foule des passants qui entravait ses mouvements ne semblait pas l'énerver, comme c'était habituellement le cas et il ne prit même pas la peine de maudire Dino et son macaron qui avaient presque failli le perdre. Une seule chose le préoccupait : le brusque changement de personnalité de son patron. Le mystère restait entier et surprenant de surréalisme, à tel point qu'il en était venu à penser que Xanxus avait été enlevé par des extra-terrestres dans la soirée et que son enveloppe corporelle était actuellement habitée par un autre.
Lorsqu'il s'était réveillé le matin même dans le grand lit de son patron, Squalo avait été surpris et soulagé de le trouver vide. Rien d'étonnant compte-tenu des évènements de la veille, mais cela signifiait que peut-être Xanxus n'avait pas dormi de la nuit, du moins de ce qui en restait après la fermeture. Il n'avait toujours pas digéré la façon dont Xanxus l'avait traité mais il n'avait d'autre choix que d'obtenir sa permission pour rejoindre Dino à l'heure et au lieu dit.
Après avoir pris une douche et troqué son uniforme de serveuse pour une tenue plus orthodoxe, il se rendit au bureau du patron. Il frappa et attendit l'autorisation d'entrer contrairement aux habitudes – la force surhumaine de Xanxus avait agi sur lui comme une douche froide. Lorsqu'il pénétra dans la pièce, le brun était en train de vérifier le contenu d'un dossier et ne daigna même pas lever les yeux vers lui.
- Voi ! J'aimerai aller en centre-ville cette après-midi… commença Superbi sur un ton froid.
- Tu fais bien ce que tu veux de ton temps libre tant que t'es à l'heure au boulot. D'ailleurs je te donne ta journée, fais ce que tu veux.
L'argenté garda le silence tant il était étonné.
- Ah, et tant qu'on y est, je te présente mes excuses pour hier… Maintenant dégage, je bosse !
Squalo était resté con et avait quitté le bureau en bégayant de vagues remerciements pour la journée de congé tout en tentant de comprendre pourquoi les paroles de Xanxus, plutôt que de le soulager, l'inquiétaient au possible. Sur l'honneur de son grand-père, qu'il n'avait pas connu, il résoudrait cette énigme, quoi qu'il en coûte !
C'est dans cet étrange état d'esprit qu'il aperçut, attendant sa venue, Dino Cavallone, debout devant l'entrée du café. Les phéromones que dégageait le mafieux, ainsi que ses airs de poseurs, mirent hors de lui l'ex-épéiste. Le Cheval Ailé lui fit un signe de la main et lui adressa un sourire chaleureux, tout en se dirigeant lentement vers lui. Grossière erreur. La tornade argentée, furieuse, accueillit son amant de la veille avec un uppercut magistral en plein dans l'estomac.
- VOI ! Ça c'est pour ton stupide macaron, connard ! Et ça c'est pour…
Dino encaissa le premier coup sans broncher, car après tout il l'avait mérité. Il vit cependant son rencard qui s'apprêtait à le frapper pour la seconde fois, à la mâchoire, et, estimant qu'il avait assez payé de sa personne, il para. Bucking Horse emprisonna le poing de son assaillant et d'un seul mouvement de bras, l'attira contre lui. Il posa ensuite ses lèvres contre les siennes, doucement d'abord, puis il piégea les deux morceaux de chair tendre dans une étreinte passionnée et brûlante. À aucun moment leurs langues n'entrèrent en contact, mais cela ne fut pas nécessaire pour que Squalo ressente tout le désir et toute la tendresse qui habitaient Dino. Ils se séparèrent ensuite lentement, sans se quitter du regard et l'argenté eut la mauvaise surprise de découvrir que son cœur battait la chamade et qu'il avait les mains moites. Tout désir de le corriger s'était envolé.
- Ça va, j'ai compris. Je te présente mes excuses pour le macaron, mais ça s'arrête là. Je ne regrette pas ce qu'on a fait hier et je suis prêt à recommencer à la seconde où tu me le demanderas, répliqua Cavallone avec une assurance qui fit rougir Squalo.
Ce dernier n'en revenait pas, depuis quand Dino Cavallone provoquait chez lui ce genre de réaction ? Trop embarrassé pour trouver la parade, Superbi préféra changer de sujet.
- Alors, ces infos ? demanda-t-il mine de rien en détournant les yeux et en remettant entre lui et le blond une distance de sécurité.
Bucking Horse ne cacha pas sa déception mais regagna rapidement sa bonne humeur :
- Très bien, je te dois bien ça. Cependant… commença-t-il avec un sourire qui ne présageait rien de bon.
- « Cependant » quoi ? Je te vois venir avec tes putains de conditions, Cavallone, si t'essaies de me rouler, je te fais la peau ! gronda Superbi, menaçant.
- Du calme. Si tu voulais juste prendre un café en ma compagnie pour rendre ce moment plus agréable… répondit l'autre, tout sourire.
L'ancien poissonnier acquiesça en soupirant, tandis qu'il se faisait traîner à l'intérieur du café.
- Tu prends quoi ? interrogea Bucking Horse avec un engouement embarrassant.
- Voi, ce que tu veux, j'en ai rien à foutre, grinça l'argenté.
Il lui sembla pendant un moment voir flotter tout un nuage de paillettes autour de son vis-à-vis qui rayonnait comme jamais. La prochaine fois qu'il aurait rencard avec Dino, il n'oublierait pas ses lunettes de soleil. Il se sentit frissonner à la pensée qu'il venait d'avoir : une « prochaine fois » avec lui ? Certainement pas !
- Squalo ? Squalo, tu m'écoutes… ?
Le manieur de fouet avait tendrement glissé sa main dans la sienne pendant sa délibération intérieure.
- Quoi ? Oui ! Oui bien sûr que je t'écoute. Pour qui tu me prends ? s'emporta Squalo en dégageant sa main.
- Voici votre commande, les interrompit le serveur en déposant devant eux deux chocolats viennois.
Squalo fixa interloqué la montagne de chantilly surmontée de petits vermicelles multicolores. S'il ne fit pas la moindre réflexion, son expression dévoilait clairement le fond de sa pensée.
- L'info est confidentielle… mais ça n'est pas ça qui m'ennuie, s'empressa d'ajouter Cavallone avant que l'argenté ne l'interrompe. Le problème c'est que ça te causera très certainement un choc, alors plutôt que de m'éterniser en préliminaires inutiles, je vais être direct : tous les membres du gang des Épéistes ne sont pas morts.
Il vit Squalo pâlir et inspirer pour prendre la parole mais enchaîna sans lui laisser le temps de faire quoi que ce soit :
- L'un de tes frères est toujours vivant, j'ai retrouvé sa trace dernièrement.
L'argenté ouvrit la bouche à plusieurs reprises pour s'exprimer, mais il n'avait pas la moindre idée de ce qu'il voulait dire. Les questions se bousculaient dans sa tête sans pouvoir s'accorder sur laquelle sortirait en premier de sa bouche. Et le flux d'émotions aussi vives que contradictoires paralysait littéralement sa raison. Son cerveau n'était plus qu'un énorme champ de bataille. Une interrogation pourtant réussit à l'emporter sur les autres…
- Qui… ? demanda-t-il dans un souffle, comme si ce seul mot avait drainé toute son énergie.
- Genkishi, répondit Dino.
La réaction ne se fit pas attendre. Le bras-droit de Hibari vit, impuissant, le visage de Superbi se décomposer, puis un sourire s'esquissa timidement au coin de ses lèvres alors que ses yeux s'embuaient de larmes. Ce contraste frappa Bucking Horse en plein cœur. Puis, Squalo posa ses deux coudes sur la table et joignit ses mains tremblantes avant d'y faire reposer son front dans l'intention de cacher son trouble. Cavallone ne put en supporter davantage et il se rapprocha de l'argenté pour le prendre dans ses bras. Il voulait le soutenir comme il pouvait dans ce moment sans doute intense et déstabilisant au niveau émotionnel et dont il ne savait rien.
L'ex-bretteur ne l'écarta pas, mais dans un dernier sursaut de fierté, il ne put s'empêcher de lui demander de le laisser seul. Dino s'exécuta à regret et il laissa de quoi payer la note à son invité avant de se lever. Cependant, il n'avait pas fait un pas que Squalo le retint par le bras. Il se leva lentement, tout en le fixant avec un drôle d'éclat dans le regard. Avant même de comprendre ce qui lui arrivait, Bucking Horse se retrouva avec la langue d'un argenté chaud comme la braise dans la bouche et deux mains agrippées fermement à son tee-shirt.
- Non, reste… reste avec moi, supplia Squalo après avoir mis fin au baiser.
Il lui importa peu de savoir si ces paroles avaient été prononcées sous le coup de l'émotion ou si quelque chose de plus profond avait germé dans le cœur de l'argenté, Dino le voulait tout de suite et l'aurait pris ici même si les lieux s'y prêtaient.
- Allons chez moi, lui murmura-t-il.
Squalo approuva du chef avec un air tellement misérable que Bucking Horse ne put s'empêcher de le prendre à nouveau dans ses bras. Si seulement ils pouvaient rester ainsi pour toujours…
