Hello, c'est Tuturne, celle qui choisit toujours le côté face ! Je vous présente le chapitre 10 dans la plus grande simplicité en espérant tout de même que vous prendrez la peine de reviewer après lecture parce que sinon c'est quand même vachement déprimant. Notez aussi que le concours du chapitre 9 durera jusqu'au chapitre 11 (concours actuellement clos).


Chapitre 10


Depuis quelques semaines, la mortalité des jeunes à Namimori connaissait une hausse dramatique. Le malheur des uns faisant le bonheur de Belphegor, ce dernier avait l'opportunité de travailler plus pour son plus grand bonheur et, accessoirement, pour gagner plus.

Au dernier étage de l'hôpital de Namimori se trouvait la morgue où résonnaient en continu les éclats de rire joyeux du médecin-légiste le plus terrifiant que le monde eût porté. Les employés de l'hôpital l'avaient surnommé le Prince des Scalpels, entre autres. Cependant, cette profusion soudaine de corps à ouvrir et à examiner était très suspecte. Et plus interpelant encore, tous les cadavres étaient ceux de jeunes drogués. Mais ce n'était pas tout : les analyses toxicologiques montraient systématiquement un taux particulièrement élevé d'une drogue à la composition peu commune. Belphegor avait poussé ses recherches et en était arrivé à l'hypothèse que quelqu'un testait un poison expérimental sur les adolescents de la ville.

Loin de se sentir concerné par ce qui risquait de devenir bientôt une véritable catastrophe humaine et démographique, le fondu de dissections s'était mis en tête de retrouver et de remercier celui grâce à qui ses affaires marchaient si bien. Et le lieux le plus indiqué pour recueillir des informations de ce genre était le club le plus branché de la ville tenu par son ami et Roi de la Nuit : Xanxus.

Il fit un bref signe de main au King Mosca qui s'écarta pour le laisser entrer. Une fois n'est pas coutume, il avait laissé au casier sa blouse souvent maculée de sang pour une tenue plus dans l'air du temps.

- Ooooh, Bel ! piailla quelqu'un lorsqu'il eut posé un orteil dans le bar lounge. Je savais que ce T-shirt destroy irait à merveille avec tes Doc Martens ! Tu vois que j'ai bien fait de te l'acheter. Tu es si beau que j'ai envie de t'offrir un verre !

Lussuria déposa un baiser sur le front du jeune médecin avant de trottiner en direction du bar. Bel s'étendit sur le velours rouge molletonné du sofa et étira sa colonne vertébrale à la manière d'un félin paresseux. Il solliciterait bien son ami embaumeur pour un petit massage relaxant.

- Goûte-moi ça ! fit le punk en glissant un cocktail en face de Bel. Bianchi vient de l'inventer juste pour toi. Tu viens tellement peu souvent ! Elle l'a appelé le Scorpion Venimeux. C'est à la framboise.

Le blond trempa ses lèvres dans le breuvage qui s'imprégna aussitôt dans toute sa gorge comme un poison d'une efficacité redoutable. Mieux valait y aller doucement avec ça. Il reposa son verre et laissa son esprit glisser dans un nuage de bien-être, bientôt rejoint par tout son corps tandis que Lussuria se mettait à malaxer les nerfs noués de ses épaules sous ses doigts agiles.

Une bonne demi-heure plus tard, quand un serveur vint débarrasser leur table, le Prince quitta sa bulle confortable et essora mentalement ses idées imbibées de Venin à la framboise. Il ne devait pas perdre de vue son objectif.

- Merci pour le verre, Lussu-chan.

Il envoya un baiser soufflé à son punk préféré.

- Je repasse te voir bientôt, promit-il avant de passer dans la partie réservée aux employés.

Strau Mosca sortit du mode Veille lorsque Belphegor se planta devant lui et demanda à voir le patron. L'androïde l'escorta dans un bruit subtil de mécanique issue de la haute technologie puis la DEL sur son front passa du rouge au bleu quand Xanxus autorisa l'accès à son bureau.

La porte s'ouvrit sur le bureau spacieux à la décoration à la fois virile et raffinée mais vide de la présence du patron.

- Boss ? appela le médecin en risquant un pied sur la moquette anthracite.

Un coup de feu fit trembler les étagères couvertes de livres sur le mur de gauche. La bibliothèque se scinda pour découvrir une autre pièce aménagée en salle de tir où Xanxus finissait sa série du soir. Dans la ligne de mire des X-guns, une silhouette criblée de balles au niveau du cœur et de la tête témoignait de l'agilité du patron. Celui-ci ôta ses lunettes de protection ainsi que son casque avant d'adresser un sourire mafieux à son collaborateur.

- Bonsoir, Bel.


Au dehors, la nuit était plutôt froide. Les étoiles qui criblaient le ciel noir et dégagé peinaient à pallier l'absence de lampadaire dans la ruelle à l'arrière du club.

Dans l'ombre du bâtiment, le dealer Fran attendait la clientèle, si parfaitement immobile malgré le souffle glacial du vent et son manteau léger que Bel ne l'eût certainement pas remarqué sans les précieuses indication de Xanxus.

« La plupart traîne devant l'entrée et s'occupe de ses habitués. Ou bien certains se postent quelques rues plus loin, mais toujours sur le chemin du club. Celui qui reste à l'arrière de la boîte n'a jamais deux fois le même client… »

Ces gosses que Bel recevaient tous les jours, ils devaient préférer faire leurs transactions illégales à l'abri des potentiels regards indiscrets de quelque prof ou flic qui passerait devant le Varia Quality. Malgré ses vingt-cinq ans, Belphegor n'avait aucun mal à passer pour un lycéen avec seulement un pull troué façon grunge et deux ou trois chaînes accrochées à son jeans. Il s'assura que sa frange blonde masquait bien son regard dans le plus pur style emo et s'approcha de sa cible d'une démarche de voyou.

« … Ou plutôt, il n'a qu'un seul et unique habitué. Pour une raison que j'ignore, un gamin du nom de Lambo semble le seul à revenir fidèlement pour sa dose. »

- On m'a dit que tu pouvais avoir quelque chose pour moi, lâcha Bel à mi-voix en s'adossant au mur à côté de Fran comme si de rien n'était.

« C'est parce que tous les autres sont devenus mes clients, Boss. Je ne sais pas ce que met Lambo dans son café le matin mais il a plutôt intérêt à continuer. Un seule dose de ce que lui donne ce dealer l'enverrait directement sur ma table d'autopsie à son tour. »

Fran tourna légèrement la tête pour le détailler du coin de l'œil, l'expression indéchiffrable. Bel se retint à tout prix de déglutir nerveusement. Un seul faux pas et son poisson se sauverait en croyant avoir affaire à un flic. Finalement, le jeune homme sembla le considérer comme réglo et se détacha du mur. Il fit signe au Prince de le suivre tandis qu'il s'éloignait en direction de la gare sans un regard de plus.

- Je crois que j'ai exactement ce qui te faut, marmonna-t-il en l'entraînant dans un dédale de petites rues de plus en plus sombres et insalubres.

« Merci, Xanxus. Je pense que Fran est bien notre homme. Je vais lui faire le coup du nouveau client et il ne pourra que tomber dans le panneau ! »

Un peu plus tard dans la nuit, alors qu'il était brusquement renversé sur ce canapé défoncé dans un petit appart miteux aux abords de la gare, Bel ne fut plus si sûr de la crédulité de ce jeune – mais l'était-il vraiment ? – dealer qui, lui écartant dangereusement les cuisses pour s'y faufiler, venait titiller ses pectoraux sensibles du bout de la langue.


L'acclimatation à son nouveau job avait été rude. Ce qui ne tue pas rend plus fort disait l'adage et il pensait être devenu invulnérable depuis son expérience en tant que serveuse. Superbi Squalo s'était à tort enflé d'orgueil et payait la note au trente-huitième sous-sol de l'enfer terrestre qu'était devenu son lieu de travail. Les gouttes de sueur se condensaient sur son front, ses muscles se contractaient d'appréhension, tandis qu'un brasier ardent naissait au creux de ses reins. Ses pupilles bleu glacé avaient beau fuir, elles revenaient sans cesse s'opposer à celles incandescentes de son diable de patron. Si aucun sceau démoniaque n'apparaissait sur ce qu'il avait pu voir du corps de Xanxus – quoique les nombreuses cicatrices qui parcourraient son corps lui semblaient louches – ce dernier avait tout d'un tortionnaire infernal.

En effet, plus encore que le porte-documents de plusieurs kilos qu'il tenait entre ses bras depuis quelques dizaines de minutes et la main posée tout près de son visage contre le mur auquel il était acculé, la proximité alarmante de Xanxus le gênait. Il ne comprenait pas pourquoi il était bloqué entre un mur, une armoire et un boss scrutateur qui inspectait un peu trop minutieusement le costume qu'il portait.

- Du sur-mesure, déchet, observa-t-il en passant pas du tout innocemment la main sur la cuisse de son assistant. T'as plutôt bon goût en fait, siffla-t-il, admiratif, avec un sourire affamé.

Squalo retint son souffle alors que Xanxus commençait à détailler son col de chemise et s'abstint de faire mention du fait que c'était Dino qui avait choisi sa tenue et l'avait payée aussi. Il avait laissé faire, pour ménager l'égo de son petit-ami, et en avait profité pour s'acheter deux tenues semblables de couleur différentes et un peu moins onéreuses sur les deniers de Xanxus, histoire de se venger à son échelle… Le nouvellement assistant sentit la respiration de son patron contre son cou et frissonna avant d'inspirer lentement, de manière à ne pas laisser exploser sa colère trop rapidement. Il était las des perpétuelles disputes qui éclataient quotidiennement entre Xanxus et lui et aspirait étrangement à la paix depuis qu'il sortait avec Dino Cavallone.

- T'as changé de parfum ? constata Xanxus en se reculant brusquement.

Il n'avait pu dissimuler les pointes d'indignation et de contrariété de son exclamation. Un sourire moqueur s'épanouit sur le visage de Superbi : il portait l'eau de toilette de Dino. Il avait ployé sous les assauts répétés de Bucking Horse, qui, poussé par une pulsion purement primitive tentait de le marquer comme étant sa propriété. L'ex-épéiste était franchement amusé de la réaction de son harceleur et était prêt à s'asperger du parfum de son amant si l'odeur d'un autre homme avait la faculté de le repousser. Peut-être était-ce l'un de ces coups de chance qui ne fonctionnaient qu'une fois, mais il se révélait particulièrement reconnaissant envers Dino et se promit de le laisser faire ce qu'il voudrait de lui ce soir là. Pour l'heure, il avait incroyablement envie de faire mal à Xanxus, aussi inébranlable paraissait-il.

- C'est celui de mon mec, tu aimes ? lança-t-il avec insolence en le fixant droit dans les yeux.

Un dard acéré et peut-être empoisonné semblait s'être planté en plein dans la poitrine du gérant du Varia Quality, sans que rien dans son expression ne le trahisse. Plutôt qu'une mine déconfite, il afficha un grand sourire animal et répliqua, odieux :

- Je préférais encore quand tu puais le graillon ou les fruits de mer. Là, avec ce parfum bon marché pour déchet, je ne suis même pas sûr de supporter ton odeur toute une journée.

Il s'éloigna ensuite, et Squalo le suivit du regard jusqu'à son bureau, contractant ses muscles au point d'en oublier de respirer. Il faisait de son mieux pour de s'empêcher de lui cracher que d'abord, il l'emmerdait et qu'ensuite, si l'odeur le tenait à distance il se viderait dessus un flacon entier de parfum tous les matins ! Et puis d'abord, l'eau de toilette de Dino sentait très bon ! C'était une fragrance légère, sensuelle et virile à la fois, pas comme l'odeur musquée et puissante de ce connard qui prenait violemment à la gorge et qu'on respirait plusieurs minutes même après son départ d'une pièce ! Cette odeur trop forte qui conquérait tout l'espace autour de lui, montait à la tête et restait même sur sa peau après leurs ébats ! Il frissonna, le visage rougi de colère, de honte et du manque d'oxygène et réapprit tant bien que mal à respirer. Le reste de la journée, il se plongea corps et âme dans son travail pour tenter d'oublier la présence de Xanxus et les effets secondaires que celle-ci provoquait chez lui.


Xanxus prit place face à son bureau et prétendit ordonner les feuilles volantes qui le tapissaient. Il jetait ponctuellement un regard en biais à son assistant puis retournait à ses travaux sans cesser de remâcher son ire. Il était malade de jalousie et en avait une conscience si nette et aiguë qu'elle le rendait fou de colère ! « C'est celui de mon mec, tu aimes ? » répétait une voix dans sa tête qui le mettait hors de lui. Il avait une furieuse envie de renverser son bureau, puis prendre son fauteuil pour le balancer à la tête de Squalo ou mieux, renverser Squalo sur le bureau pour le prendre sauvagement histoire de lui faire comprendre qui menait la barque. Qui était-il pour s'introduire sournoisement dans toutes ses pensées, lui et son insolence sexy qui lui faisait perdre invariablement son sang-froid ?

Le patron de la boîte de strip-tease se versa un verre de tequila qu'il s'efforça de boire lentement pour ne pas donner l'impression à son – larbin – employé d'être sous l'emprise de la contrariété. Mais les faits étaient là : l'après-midi était bien entamé et il ne savait toujours pas ce que contenaient les documents qu'il avait en main et qu'il faisait mine de consulter depuis deux bonnes heures. Fort heureusement, Squalo était bien trop occupé à effectuer les tâches qu'il lui avait assignées en début de journée pour remarquer l'oisiveté de son patron. Ce dernier oscillait alternativement entre la rage de savoir Squalo aux mains d'un autre et l'acrimonie de l'échec amoureux dont il découvrait l'amertume pour la première fois. Il ne comprenait pas ce qu'avait de plus que lui l'autre nabot de Bucking Horse et s'en foutait d'ailleurs éperdument ! Il voulait Squalo, point. Et il l'aurait.


La journée de travail du nouvel assistant touchait à sa fin. Il avait accompli toutes ses obligations dans les temps, évité les accrochages inutiles et n'avait pas relevé les quelques insinuations tendancieuses de Xanxus. Il avait presque fini de ranger son bureau et abordait mentalement et sereinement le programme de la soirée. Il avait rendez-vous avec Dino après le boulot, enfin, il devait passer le prendre en voiture pour le conduire à son appartement – où il vivait presque. Puis, ils prendraient une douche et cuisineraient ensemble le dîner avant de faire, très probablement, l'amour, en véritable petit couple ordinaire qu'ils étaient devenus malgré leurs activités mafieuses. Lorsqu'il était avec Dino, qu'il s'était mis à surnommer affectueusement Bronco avant même de le savoir, il avait l'impression de mener une vie simple et confortable, comme si tout ce qu'il avait enduré auparavant n'avait été qu'un mauvais rêve qu'un seul baiser de lui avait pu effacer.

Il se sentait bien, auréolé d'amour, entouré de ses bras tendres et baigné perpétuellement de ses sourires débordants d'affection bien qu'une certaine gêne l'empêchait de baisser totalement sa garde. Après tout, il sortait avec un ennemi et même si humainement son Bronco était irréprochable, si l'ordre venait d'en haut il serait forcé de l'exécuter ou mourir. Dans ces conditions, leur relation ne leur laissait que trop peu de perspectives d'avenir et ils le savaient tous deux. Cependant il l'avait choisi malgré tout ce qui les séparait, parce qu'il avait besoin de l'équilibre et de la force tranquille que dégageait Dino, parce qu'il avait besoin de sa personnalité chaleureuse, apaisante et sincère, parce qu'il l'aimait d'un amour paisible et doux, aux antipodes des émotions vives et pénibles qu'éveillait en lui Xanxus. Ce dernier d'ailleurs se dressa entre lui et la porte alors qu'il s'apprêtait à sortir.

- Dis-moi, déchet, t'es libre ce soir ? lança Xanxus comme l'aurait fait n'importe quel adolescent poseur.

La tentative sentait quelque peu le désespoir et Squalo retint difficilement un sourire moqueur.

- Non, fit-il, tranchant.

Il essaya d'écarter le bras de Xanxus qui lui barrait le passage et ne réussit qu'à se faire immobiliser l'avant-bras par celui-ci. Son patron le lui bloqua derrière le dos et le plaqua contre le mur. Un genou s'introduisit insidieusement entre ses cuisses et il sentit le bassin de Xanxus faire pression contre ses fesses.

- VOI ! gronda Superbi, excédé, lâche-moi, connard de Boss ! J'en ai plus que marre de tes petits jeux à la con ! C'est du putain de harcèlement sexuel ! brailla-t-il en se dégageant de l'étreinte de son supérieur.

- Y'avait rien de sexuel, déchet, c'était juste un réflexe et tu devrais faire un check-up des tiens. Tu me sembles bien rouillé pour un ex-épéiste…

Superbi tenta de toutes ses forces de ne pas relever l'insulte. Il n'avait pas été surpris d'entendre Xanxus faire allusion à son passé, c'était naturel qu'il en sache autant sur lui puisqu'il l'avait forcé à rester travailler au Varia Quality. Mais quelque chose de relatif à la blessure profonde qu'avait laissé la perte de ses camarades et l'implication de Dino dans le massacre en faisait un sujet tabou et infiniment douloureux. Le coup de poing partit tout seul et tellement brusquement que Xanxus ne le vit pas venir, à sa plus grande honte. Cependant, Squalo l'arrêta avant de toucher sa cible. Le même sourire que celui qu'il avait arboré plus tôt dans la journée étira les lèvres de Xanxus.

- Susceptible, hein ? le railla-t-il.

Il passa une main dans ses cheveux, défit la queue de cheval qui emprisonnait la longue chevelure argentée et sensuelle de son assistant malgré ses protestations et unit brusquement leurs bouches. Il n'avait rien prémédité et fut aussi surpris que Squalo, mais puisqu'ils en étaient là, autant en tirer un maximum de plaisir. Xanxus, encore marqué des échecs cuisants qu'il avait essuyé précédemment, s'improvisa gentleman et décida de ne pas trop brusquer sa proie, du moins tant qu'il le pouvait. Il chatouillait patiemment les lèvres scellées de Squalo pour se frayer un passage, mais l'obstiné ne céda pas. Dans la mesure où il n'essayait pas non plus de se soustraire à son étreinte, Xanxus considéra qu'il était consentant et entreprit de mordiller doucement la lèvre inférieure de Squalo, tout en caressant longuement son cou du bout des doigts. Un léger soupir de plaisir s'échappa des lèvres désormais entrouvertes de son vis-à-vis et le patron s'insinua par la brèche qu'il lui avait laissée.

Il parcourut de ses deux mains le corps raidit de son assistant, tout en caressant avec assiduité sa langue, effleurant parfois son palais ou mordillant légèrement ses lèvres. Tout en Squalo était alternance de désir intense et de rejet profond, en témoignaient ses muscles tendus et la mauvaise volonté qu'il mettait dans leur échange contrastant avec son souffle saccadé, ses gémissements étouffés et la poigne écrasante qui s'était refermée sur son poignet. Xanxus, bien malgré lui, sentait qu'il ne devait en aucun cas interrompre leur échange, même pas pour reprendre leur souffle, sous peine de rompre le charme. Cependant, leur condition humaine se rappela à leur bon souvenir et les obligea à se séparer pour s'oxygéner. Une fois que Squalo fut de nouveau capable de réfléchir, il planta deux yeux glacés reflétant une colère froide, malgré la rougeur de ses joues, dans ceux de Xanxus et répliqua, acide :

- Voi, rien de sexuel, hein ? Pervers de mes deux ! Je te promets que la prochaine fois sera la dernière ! gronda-t-il avant de quitter le bureau comme une furie.

Trois portes claquèrent sur son chemin. Pour la première fois depuis sa naissance, Xanxus s'interrogea sur ce qu'il avait bien pu faire de mal… et ne trouva pas la réponse.


Squalo, les cheveux au vent, grimpa comme un enragé dans la Ferrari insolemment rouge de son amant. Il était excédé, mais la dernière chose qu'il désirait au monde était de parler du harcèlement de Xanxus à Dino. Ce dernier fit ronfler le moteur et coula un regard inquiet à Superbi qui fixait obstinément la fenêtre. Il tendit la main vers lui, et bien que mourant d'envie de lui demander la cause de sa colère, il se contenta de lui caresser tendrement les cheveux. Squalo se détendit et rougit légèrement. Il se sentait parfaitement idiot mais n'arrivait pas à regarder son amant en face. Celui-ci ne lui laissa pas le choix, il plongea délicatement la main dans sa chevelure et se saisit de sa nuque pour l'obliger à tourner la tête vers lui. Dino profita du fait qu'il avait baissé sa garde pour lui voler un baiser. Après un bref échange, il passa sa langue sur ses lèvres pour cueillir les dernières gouttes de Squalo. Le goût était légèrement alcoolisé… Bucking Horse tiqua et sortit son fouet.

- J'espère qu'il t'a juste embrassé parce que sinon je vais éventrer ce fils de… ! ragea-t-il en coupant le moteur et en ouvrant sa portière.

Squalo était éberlué, non seulement Dino avait compris mais en plus – chose qu'il n'avait jamais eu l'occasion de voir de ses yeux – il était capable de s'énerver, de jurer et d'être jaloux ! Et le pire, c'était qu'il trouvait ce Dino là incroyablement sexy… Cependant l'heure n'était pas aux fantasmes. Superbi s'élança hors de la Ferrari et arrêta son amant avant qu'il n'ait le temps de faire le tour de la sportive de luxe.

- Voi ! Calme-toi, Bronco ! l'exhorta-t-il tout en le plaquant contre la carrosserie. J'ai déjà réglé le problème !

Dino serra les poings et les dents de rage.

- Dis-moi qu'il n'a rien fait de plus, sinon je retourne ce putain de club et cet enfoiré !

- Il m'a embrassé et je l'ai repoussé, il n'y aura pas de prochaine fois et je crois qu'il a compris, soupira Squalo.

Puis ce dernier se laissa aller contre le corps de son amant et approcha sa bouche de son oreille pour lui susurrer :

- Voi, Bronco, je crois que te voir péter les plombs m'a allumé, (il frotta lentement contre lui son érection naissante), je ne sais pas si je vais tenir jusqu'à la maison…

L'excitation colora les joues du Bucking Horse qui rangea son fouet, jeta Squalo dans la voiture et démarra en trombe, oubliant instantanément la cause de sa colère. À ses côtés, il voyait son amant les genoux serrés, les deux mains couvrant sont érection. Un rideau argenté dissimulait son visage probablement écarlate. Dino appuya sur l'accélérateur, déjà échauffé par ce qui l'attendait une fois qu'ils arriveraient à l'appartement. Malheureusement, le duplex du Cavallone se trouvait en plein cœur du centre ville. C'était l'heure de pointe. Le temps qu'ils n'arrivent à destination il ne resterait plus de leur excitation qu'une vague sensation de gêne partagée qui risquait de les bloquer sexuellement pendant quelques jours. Dino grimaça à cette idée, pour une fois que Squalo faisait le premier pas, il ne voulait pas gâcher l'opportunité !

Sa main quitta la boîte de vitesse pour venir se poser sur la cuisse de Squalo qu'il commença à caresser longuement. Du bout des doigts, il effleurait le tissu de son pantalon, d'abord du genou à sa hanche, puis de la hanche jusqu'à l'aine et sinuait à l'intérieur de sa cuisse vers son point de départ. Il continua ainsi longtemps, provoquant une nuée de frissons de plaisir chez son amant dont le souffle commença à s'accélérer. Dino était toujours incapable de voir son visage et sans doute était-ce pour le mieux, car il était certain que face à l'expression qu'il avait une fois excité il ne pourrait s'empêcher de le culbuter sur le siège passager, au milieu des embouteillages. Superbi interrompit brusquement ses caresses et parvint à articuler d'une voix incertaine :

- Voi, Bronco, la route…

Le susnommé retira sa main à regret et avança de quelques mètres avant de s'immobiliser à nouveau. Il n'avait pas envie d'arrêter de toucher son amant, d'autant que celui-ci ne semblait pas protester beaucoup et que les vitres teintées les gardaient à l'abri des regards.

- Squalo… Tu veux bien… commença le Cavallone, hésitant.

Il laissa sa phrase en suspend plusieurs secondes, jusqu'à ce que son amant ne se manifeste :

- Voi, quoi ? Finis tes phrases, imbécile ! s'insurgea-t-il, curieux, frustré et impatient.

Pour toute réponse, Dino passa une main habile sur la ceinture de Superbi qu'il déboucla d'une main tout en fixant la route.

- Laisse-moi te toucher, s'il-te-plaît… demanda-t-il d'une voix horriblement sensuelle.

Squalo était face à dilemme cornélien. Dire qu'il en crevait d'envie était un euphémisme, mais le minimum de pudeur et de retenue qui lui restait encore faisaient teinter les cloches de sa raison.

- Squalo, soupira Bucking Horse contre son oreille.

Il s'était approché pendant qu'il prenait sa décision et Superbi ne put s'empêcher de le considérer comme un dangereux prédateur. Il avait raison. Dino recommença à lisser doucement les mèches argentées de sa proie avant d'embrasser tout ce qui était à portée de ses lèvres. Ses cheveux, ses joues, son cou, sa bouche, même son menton, rien ne fut épargné par la pluie de baisers tendres dont lui faisait grâce son amant. Tout cela l'excitait rudement et l'attente de pouvoir assouvir ses désirs ne les rendait que plus irrépressibles. Où pouvait-il trouver la volonté de résister à la volonté de Bucking Horse ?

- Squalo… reprit ce dernier, j'ai tellement envie de toi, que je pourrais couper le moteur là, tout de suite, et te faire l'amour au moins six fois d'affilée.

L'ex-épéiste ne put empêcher son sexe de se durcir encore sous l'effet des paroles indécentes prononcées à son oreille, tout en laissant exploser sa frustration.

- Voi ! Si tu veux me toucher, fais-le ! Mais t'as intérêt à ne pas lambiner sur la route, parce qu'on ne baisera pas dans ta caisse ! Et si tu me fais jouir avant d'arriver tu te débrouilleras tout seul pour calmer ça ! le défia, l'invita ou le menaça-t-il, Dino n'en était absolument pas certain.

Un sourire amusé étira sa bouche, qui prit rapidement un tour concupiscent, et répondant à son impulsion, Bucking Horse se jeta sur les lèvres de son amant. Après un bref échange, un coup porté sur le haut de son crâne refroidit sensiblement ses ardeurs.

- VOI ! La route, Bronco ! Mate cette putain de route ! T'as failli écraser cette petite vieille ! s'emporta Superbi, indigné.

Le Cavallone se focalisa à nouveau sur sa trajectoire, tandis que Squalo à sa droite fulminait et il eut peur d'avoir brisé toute la tension sexuelle qui régnait entre eux. Il posa de nouveau sa main sur la cuisse de Squalo et, le regard braqué sur la route reprit plus intensément ses caresses. Le doux effleurement du tissu qui couvrait sa cuisse fut rapidement changé en griffures légères appliquées du bout des ongles auxquelles Squalo ne sut résister. Doucement, sans un mot, Dino sentit la main de son amant se poser sur la sienne pour le guider jusqu'à sa virilité tendue, qu'il frôla à peine. L'ex-épéiste ne put retenir un léger gémissement à ce contact alors même qu'il avait lui-même mené les doigts du Cavallone à son membre. Celui-ci fut fermement empoigné par le conducteur du véhicule qui massa lentement l'érection.

Squalo s'enfonça plus profondément dans son fauteuil et ferma les yeux. Il sentait sa respiration devenir plus irrégulière et plus bruyante à mesure que la paume brûlante de son amant remontait et s'abaissait le long de sa verge. De temps à autre, un gémissement s'extrayait de sa gorge pour venir exprimer son contentement et quelques fois sa frustration lorsque la poigne de Dino quittait son membre pour passer les vitesses ou caresser une autre partie de son corps. Il avait conspiré sa propre perte en imposant ses stupides conditions ! Le Cavallone, quant à lui, gérait d'une main de maître et son véhicule et le plaisir qu'il voulait bien donner à son petit requin. Bien que la tentation fut forte de contempler sans interruption le corps alangui et demandeur de son amant, il gardait la plupart du temps l'œil sur la route et se contentait des nombreux signaux vocaux incontrôlés pour sa satisfaction. Il était lui-même dur au point d'en faire craquer le tissu de son pantalon. Cette torture était intolérable.

Arrivé au parking de la copropriété, Bucking Horse se gara comme le pire des sagouins, le plus près possible du porche et à un emplacement qui n'était vraisemblablement pas prévu à cet effet. Il tenta de sortir dignement du véhicule malgré son érection et il entendit Squalo peiner à refermer la braguette de son pantalon, gêné lui-aussi par la sienne. Sans oser se regarder, ils pénétrèrent dans l'immeuble, puis dans l'ascenseur. La fermeture des portes fut le signal.

Ils se jetèrent l'un sur l'autre avec une telle avidité que les murs de la cabine en tremblèrent. Leurs langues, leurs mains et finalement leurs corps tout entier ne tendaient qu'à posséder ou à être possédé par l'autre. Avec violence, Dino releva la jambe gauche de Squalo qu'il garda collée contre son flanc et le plaqua plus fort encore contre la paroi de l'ascenseur. L'ex-épéiste n'eut d'autre choix que de s'agripper à la nuque de son amant qui s'attela à lui dévorer le cou. Leurs deux virilités s'effleuraient sans cesse, à chaque mouvement, à chaque caresse qu'ils échangeaient et que l'excitation gonflait un peu plus à chaque friction.

- Aah… Aah ! Putain, doucement ! se mit à gémir Squalo qui était déjà sur le point de jouir alors qu'ils n'avaient pas atteint la porte de l'appartement.

Il n'avait pu s'empêcher de plonger férocement ses doigts dans la chevelure dorée et de serrer comme un forcené les vêtements du Cavallone tant ses caresses étaient rudes. Ce dernier releva la tête, abandonnant à regret le cou savoureux qu'il avait couvert de suçons et les portes de l'ascenseur s'ouvrirent. Sans un mot, Dino souleva son requin et le porta à bout de bras façon « princesse ». Son amant se consuma de honte.

- VOI ! Lâche-moi, Bronco ! Tout de suite ! s'insurgea-t-il en tentant de se défaire de l'étreinte du bel étalon.

- Pas question, j'ai toujours rêvé de faire ça ! répliqua celui-ci, un sourire vainqueur accroché au visage, tout en progressant vers la porte de l'appartement.

- C'est la chose la plus humiliante que tu m'aies faite, connard ! s'écria Superbi en passant néanmoins ses bras autour du cou de Bucking Horse.

Le sourire de ce dernier s'élargit :

- Tu veux dire plus que la fois avec le fouet ? La voiture de location ? Les douches du club de sport ? La cabine d'essayage du…

Squalo plaqua sa main sur sa bouche pour le faire taire et crut qu'il allait exploser tellement il était embarrassé.

- La ferme, Bronco !

Deux lèvres se contractèrent doucement sous sa paume en un baiser léger, puis une langue commença à glisser sur sa peau avant de s'insinuer gentiment dans la fente que formaient ses doigts serrés. Squalo se contracta et la pression entre ses doigts se relâcha malgré lui tandis que Dino allait et venait du bout de la langue entre ses phalanges, mimant l'acte de préparation. L'ex-épéiste se laissa déstabiliser et la chaleur qui s'était déjà répandue dans tout son corps devint plus oppressante.

- Allumeur ! pesta-t-il.

Il sentit le sourire tendre de Dino sur sa peau et n'en fut que plus excité, mais rapidement, un nouveau problème se dressa devant eux.

- Voi ! Comment tu comptes ouvrir cette porte ? fit Superbi, narquois.

Pour toute réponse Dino le balança sur son épaule, se saisit de la clef dans la poche de son pantalon et déverrouilla la serrure. Squalo sur son épaule braillait et se débattait, encore plus humilié qu'il ne l'avait été la minute précédente.

- VOI ! Tu déconnes ? Lâches-moi, Ducon ! Tu me prends pour quoi ? crachait-il tout en se débattant.

Bucking Horse fit fi de ses protestations, pénétra dans l'appartement, referma la porte et porta tranquillement son amant jusqu'à la chambre avant de le balancer sur le lit.

- Voi… ! recommençait déjà à crier l'ex-épéiste.

Dino se délesta de sa veste et s'allongea sur lui :

- La ferme, Squalo… lui chuchota-t-il amoureusement avant de l'embrasser.


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