Comme à l'accoutumée ces dernières semaines, Shuyin se réveilla de très bonne humeur ce matin-là. Il n'avait aucune honte à l'avouer, c'était surtout grâce aux régulières visites de Lenne à son chevet. En très peu de temps, elle était devenue sa meilleure amie, à qui il pouvait confier ses doutes et ses rêves. Cela s'était déroulé très rapidement, considéré la tournure qu'avait pris leur première discussion, mais il étaient devenus très proches. Et nul doute que chacun était intéressé par l'autre.
Tout cela pour dire que l'humeur de Shuyin était au beau fixe, et cela pour un bon moment. Ou du moins, c'est ce qu'il aurait aimé croire. Car aujourd'hui, c'était le jour qu'avait choisi son médecin pour lui dire qu'il ne pourrait définitivement pas reprendre le blitzball, car marcher lui serait déjà difficile. Shuyin accueillit très mal la nouvelle, et il ne pensait pas que la situation pouvait être pire.
Mais si.
Car son entraîneur vint le voir au moment-même où le médecin sortait de sa chambre.
Shuyin ne le vit pas du premier coup, vu qu'il avait la tête entre ses mains, recroquevillé dans son lit.
-Alors comme ça monsieur nous abandonne ?
Le jeune blond sursauta.
-Coach Yuu !
-C'est vrai, ça ? Tu ne pourras plus jamais jouer au blitz ?
-Comment -
-Ah là là … J'avais misé tellement sur toi et ton talent ! Il a fallu que tu nous lâches au pire des moments !
-Mais Coach, je ne … Ce n'est pas comme si je l'avait fait exprès, vous le savez ! C'est l'autre fils de Jecht, là, qui m'a bousillé avec son shoot de tricheur ! Ce foutu blondinet de mes deux !
-Shuyin, voyons ! Ce n'est pas très fair-play d'accuser un autre joueur ! De toute façon, ça nous avancerait à rien ! Vu que tu ne peux plus jouer, il faut qu'on se trouve un nouveau capitaine, et un nouveau buteur. À ton avis, tu crois que ça va nous coûter combien, de te licencier et de trouver un remplaçant suffisamment compétent ?
Shuyin le savait : son coach ne laissait jamais passer une occasion de parler argent. Mais là, il était carrément en train de le tenir responsable pour son accident.
-Non mais vous vous entendez parler ? Vous voulez me faire croire que c'est de ma faute si je pourrais plus jamais blitzer ? Alors que je rêve d'être pro depuis que je suis gosse ? Depuis quand le coach accuse son joueur blessé plutôt que d'essayer de le comprendre ? Mais où va le monde ?
Il aurait pu continuer à crier pendant longtemps, mais c'est ce moment que choisit Janyce pour faire irruption dans la pièce. Pour le bien de son patient, elle se devait de le tenir à l'écart de toute source de pression morale ou de stress. Non sans perte et fracas, elle congédia l'entraîneur. Elle voulut parler avec Shuyin, savoir s'il allait bien, mais elle fut rejetée avant même d'avoir pu dire un seul mot. Le geste du bras en direction de la porte était éloquent : il voulait rester seul.
Quand Shuyin entendit la porte de sa chambre s'ouvrir, il ne prit pas la peine de se retourner pour voir de qui il s'agissait et renvoya sèchement le visiteur. Cependant, en entendant le bruit de pas, il fut pris d'un doute et se ravisa.
-Non, Lenne, reste ! S'il te plaît !
Il devait vraiment avoir l'air désespéré, parce que Lenne ne se fit pas prier pour venir s'asseoir près de lui alors qu'on l'avait chassée.
-Il s'est passé quelque chose ? Tu n'as pas l'air dans ton assiette.
Shuyin lui expliqua donc ce qu'il s'était passé quelques heures plus tôt : le verdict final du médecin, l'engueulade avec son entraîneur, et tout ce qu'il y avait à en dire.
-Je suis désolée, Shuyin. Il y a quelque chose que je peux faire ?
-J'ai le droit d'être égoïste ?
Lenne acquiesça. Et quelle ne fut pas sa surprise de se retrouver dans ses bras à lui. Sentant qu'il avait avant tout besoin de chaleur humaine pour réchauffer son corps meurtri, elle l'enlaça à son tour, lui caressant le dos avec compassion. Ce fut à ce moment-là qu'il brisa l'étreinte pour l'embrasser.
Cela ne dura qu'une seconde.
-Désolé, j'ai dû te surprendre.
-Non, non, ce n'est p-
Et Shuyin l'embrassa encore une fois, plus tendrement.
Mais ce que tous les deux ne savaient pas , c'est qu'ils étaient observés.
Mirela tourna les talons et repartit chez elle au pas de charge, bouillonnante de rage. Décidément, Lenne faisait vraiment tout pour la contrarier !
