Coucou, c'est Sasuk8 ! Voilà le troisième chapitre de la fanfiction… Tout ce que je peux vous dire… Bonne lecture ! Laissez-moi vos impressions !
Le petit Autriche était vraiment rien qu'un pleurnichard. Un sale petit binoclard pleurnichard. Voilà ce qu'elle se disait. Elle savait qu'il s'appelait Roderich mais elle l'appelait Autriche dans le simple but de l'énerver. Ce qu'elle savait aussi, c'est que c'était vraiment un garçon bizarre.
Il serait âgé de quelques années de plus qu'elle… Cependant, il ressemblait plus à un garçon de dix ans quand elle en paraissait quatorze. Ce qui l'agaçait particulièrement, c'était quand il se mettait à râler pour une petite égratignure, à se plaindre de sa politique, etc… Il avait déjà bien de la chance d'être un garçon, lui, alors il pourrait au moins lui faire la grâce de ne pas pleurnicher tout le temps… En plus, ses souverains n'arrêtaient pas de le gâter (c'est peut-être aussi pour ça…) tandis que le roi de Hongrie passait son temps à l'esclavager.
Bon, évidemment, l'inévitable s'est produit : il est devenu la cible préférée de Gilbert et d'Elisa. A peu près quotidiennement, ils venaient le tabasser (à ce point-là, ça devrait être illégal…) et il repartait toujours la larme à l'œil, ramassé et raccompagné jusque chez lui par un certain Vash… Mais cela n'empêchait pas les deux affreux de continuer leur rituel tortionnaire.
Mais le garçon finissait tout de même par intriguer Elisa. Parfois, en effet, Roderich partait en expédition, et ne revenait qu'une semaine plus tard, généralement couvert de bleus et d'égratignures. Alors le roi d'Elisa commençait à raconter qu'il passait des jours de marche sans manger et parfois sans dormir, qu'il ne connaissait pas le froid, la peur… Tu parles. Ça commençait à taper sérieusement sur les nerfs d'Elisa.
Alors un jour, elle est allée le voir avec la ferme intention de le tabasser à mort puis de lui soutirer quelques informations. Elle approchait du château des Habsbourg. C'était tellement mal défendu qu'elle aurait pu y entrer accompagnée de Sadik, Francis et Gilbert qu'ils n'auraient rien repéré. Cependant, elle approcha le château seule et lorsqu'elle franchit la porte (grande ouverte, évidemment), elle aperçut Roderich qui se promenait sous les arcades, l'air de rien. Sale bourge. Elle en était arrivée à un tel point d'énervement que chacun de ses mouvements la mettait hors d'elle.
Elle piqua un sprint vers lui. Surpris et effrayé, il esquissa un pas en arrière et resta immobile. Le forçant contre le mur, elle l'agrippa par le col. Lui n'osait plus respirer, il la regardait, médusé, le souffle court.
Pourquoi il ne réagissait pas ? Elle le tenait, mais pas immobile, il aurait pu se débattre, non ? Eliza se sentait l'air bête tout d'un coup. Elle ne savait pas trop s'il fallait le lâcher ou le frapper, pour la simple et bonne raison que ce n'est qu'un sale petit trouillard et qu'il ne mérite même pas ça.
« Tu m'énerves, crétin ! hurla-t-elle. »
Elle le jeta au sol. Il se laissa tomber, ahuri, le regard tremblant, fixé dans le vague.
« Mais pourquoi ? murmura-t-elle.
-Que… Quoi ?
-Pourquoi tu ne dis jamais rien ?
-Hein ?
-T'es idiot, ou quoi ? Tu pourrais aller voir ton roi et lui demander une bataille contre nous, ou tu pourrais te débattre, un peu, non ? »
Il ne parut pas comprendre. Il la regarda avec ces yeux calmes et sages, ce genre de regard qui énervait Elisa au plus haut point. D'un autre côté, elle y trouva une grande maturité. Dans ces grands yeux violets, il y avait quelque chose d'hypnotique, et le fixant, elle se sentit apaisée. Il semblait réfléchir, sans briser leur échange de regards. Son expression parut s'adoucir un peu, il haussa les sourcils et tenta un mince sourire. Il inspira et entrouvrit les lèvres.
«Parle, débile !
-Je… » Il hésitait sur ses mots.
« Toi, Elisa… et Gilbert… »
Hein ? Il les avait appelés par leurs prénoms ? Et… Elisa, c'était un diminutif ! Pourquoi est-ce qu'il…
« Je ne vous veux pas de mal… »
Ça la cloua sur place, ça. Elle se trouva dans l'impossibilité de dire quoi que ce soit… Ce garçon, au corps si petit, si faible et si maigre, avec cet étrange sourire et ces yeux de chien battu… Elle ne trouva bientôt plus le courage de lui faire du mal. C'était ça, qu'elle faisait, après tout. Elle recula, puis partit en courant. Elle retourna au château, butant en chemin sur divers cailloux mais sans s'arrêter, et elle arriva dans sa chambre si froide, et seuls les murs avaient des oreilles pour l'écouter.
Elle ne savait plus quoi penser. Qu'est-ce qu'elle savait de lui, après tout ? Pourquoi… Pourquoi est-ce qu'ils avaient commencé à le martyriser, au départ ? Parce qu'il avait l'air faible ? Mais à l'instant, ce regard ne lui laissa plus de doutes. Elle y sentit toute la force, toute l'endurance des mauvais traitements, et surtout la plus grande sagesse du monde qui se dessinait dans ses yeux profonds. Allongée, elle finit vite par s'endormir.
Le lendemain, l'après-midi, Gilbert lui proposa une fois de plus de s'adonner à leur tabassage quotidien. Elisa, peu sûre, le suivit tout de même et ils se dirigèrent vers le château. Roderich était une fois de plus en train de flâner dans la cour (il n'avait rien à faire de ses journées, ma parole). Il s'aperçut de leur présence et se mit à trembler, doutant de l'efficacité de son aveu de la dernière fois. Gilbert bomba le torse et feinta de l'attaquer pour l'effrayer, ravi de pouvoir s'illustrer devant Elisa. Elle, restée loin, comprit à quel point leur petit jeu devenait inquiétant. Gilbert attrapa Roderich par son pardessus, leva le poing…
« ARRÊTE ! »
Elisa n'en revint pas qu'elle avait hurlé ça. Elle plaqua ses deux mains contre sa bouche. Gilbert et Roderich n'en revenaient pas non plus. Hésitante, elle s'approcha des deux et les sépara, baissant les yeux. Gilbert lui jeta un regard inquisiteur. Elle se tourna vers Roderich dont les yeux débordaient d'une soudaine admiration, cependant il essayait de garder une certaine dignité, même à moitié étendu par terre. Avec ce même regard franc et droit, levé vers elle, et qui valait bien tous les mots du monde. Elle fronça les sourcils, et sentit sur son front un poids terrible et glacial. Le remord. La vue du garçon résumait toute la souffrance de celui-ci. Elle se retourna vers Gilbert.
« Allons-y, souffla-t-elle sèchement.
-Hein ? ça lui aurait facilité la tâche si Gilbert était un poil plus perspicace.
-Il… Il n'en vaut pas la peine, articula-t-elle difficilement. »
Gilbert hocha la tête, et il prit les devants en sortant du château. Elle resta en arrière un temps. Elle vit Roderich se relever en s'époussetant. Lorsqu'il tourna la tête vers elle, son expression était inqualifiable.
Ses paupières qui voilaient légèrement ses yeux dont les coins remontaient et le regard finement éclairé, sa bouche inclinée dans un sourire reconnaissant et du roses aux joues. Une expression fort contagieuse. Le visage d'Elisa s'attendrit quelque peu.
Elle repartit lentement, et Roderich la suivit du regard, jusqu'à ce que sa silhouette s'efface dans le rouge glorieux d'une fin de journée.
