Note de l'auteur: Merçi à Dulanoire pour son commentaire. Cela fait plaisir de savoir que l'on est lu ainsi que d'avoir un avis sur son travail. Par conséquent Dulanoire, si tu repasses par ma fiction, je tiens à ce que tu saches que je te remercie vivement. Je n'ai rien d'autre à ajouter si ce n'est que j'espére que ce deuxième chapitre plaira aux amateurs du monde d'Harry Potter qui passerons par là.
Scène II : Quidditch
Ce matin-là, Nymphadora Tonks était entrée dans le box qui était le sien, au quartier général des Aurors, de mauvaise humeur. Si jamais Dawlish s'avisait à nouveau de l'appeler Tonksie et de lui faire des sous-entendus sexuels, elle se chargerait de lui coller une éruption de pustules là où ce serait le plus embarrassant pour lui. Il semblait avoir jeté son dévolu sur la jeune femme et ne se privait pas de lui faire savoir par des moyens rudimentaires. Chaque matin, Dawlish affublait Nymphadora d'un surnom qui devenait chaque jour plus ridicule et il tentait d'entamer avec elle une conversation, dont le sujet principal était les avantages qu'elle gagnerait à le retrouver chez lui après le travail. Tonks avait d'abord cru qu'il finirait par se lasser si elle l'ignorait mais ce n'était visiblement pas le cas.
L'Auror, tout en faisant machinalement tourner sa baguette entre ses doigts, avait longtemps ruminé les châtiments qu'elle pourrait infliger à son collègue s'il lui inventait à nouveau un surnom. Elle avait mis un temps certain avant de remarquer l'enveloppe jaunie qui gisait sur un coin de son bureau, parmi les nombreux papiers qui attendaient d'être rangés depuis une éternité. Elle ne portait aucune inscription et cela intrigua Tonks. Si elle était venue de l'un des membres du Ministère de la Magie, le nom de l'expéditeur aurait été inscrit dessus. La jeune femme hésita à la jeter à la corbeille, mais se ravisa. Même si l'enveloppe ne venait pas d'un autre service, elle pouvait contenir quelque chose d'important. Des renseignements d'un sorcier anonyme voulant aider le Ministère dans sa traque des Mangemorts, par exemple.
Nymphadora décacheta l'enveloppe, sortit le petit morceau de papier qu'elle contenait et le plaça sous sa lampe de bureau pour le lire. En effet, le peu de luminosité qui émanait des fenêtres magiques ne suffisait pas pour y voir clair. Le papier était de la même couleur jaunâtre que l'enveloppe. La jeune femme était prête à parier qu'il avait fait un long séjour au fond d'un tiroir avant d'atterrir sur son bureau encombré. L'Auror nota l'écriture, ronde et appliquée. Le genre d'écriture que l'on peut avoir lorsque l'on est un élève soigneux, en classe primaire. Tonks ne connaissait personne qui écrivait de cette façon. C'est donc avec curiosité qu'elle se pencha sur le message que portait le billet.
« Bonjour Tonks,
Il se trouve que j'ai deux places pour le match de Quidditch de ce soir qui oppose les Harpies de Holyhead aux Tapesouafles de Quiberon. Et Sirius m'a suivi toute la journée en me répétant que tu étais passionnée par le Quidditch. Si je ne m'abuse, il a quelque chose en tête. Alors accepterais-tu de m'accompagner ? Si la réponse est positive, je t'attendrais à 18h00 à l'entrée du stade d'Ilkley, où se déroulera la rencontre.
R.L »
Tonks senti un sourire naître sur ses lèvres. Elle n'avait jamais proposé à Remus de venir boire un verre avec elle, comme elle avait eu l'intention de le faire. Elle avait eu peur d'être déçue, qu'il ne se révèle pas différent, au final, des autres hommes qu'elle avait croisés dans sa vie. Elle préférait continuer d'imaginer que Remus Lupin était la personne qu'il lui fallait : riant à ses maladresses, ne se formalisant pas de ses colères et acceptant ses faiblesses. Tonks avait, au début, espéré qu'il la contacte. Mais, les jours avançant et rien ne venant, l'espoir c'était envolé. La jeune femme avait remisé Lupin dans un coin de son esprit, essayant d'y penser le moins possible. Et aujourd'hui, Remus, d'une écriture enfantine, lui proposait de sortir avec elle.
Nymphadora saisit une plume et fit tomber l'encrier qui s'écrasa sur le parquet, répandant son contenu sur ses chaussures. Mais elle n'y prêta pas attention, retourna le papier et griffonna sa réponse :
« Salut Remus,
C'est d'accord.
N.T »
Le soir même, Tonks arriva en avance au point de rencontre que lui avait donné Remus. Cela tenait presque du miracle puisqu'elle avait plutôt pour habitude d'être en retard à tous ses rendez-vous. Mais cette fois-ci, elle avait même trouvé le temps de se changer et d'enfiler une petite robe noire et un blazer à motif floral, avant de sortir de chez elle et de transplaner. Ses habits lui donnaient la sensation d'être déguisée en femme. Et, étrangement, cela n'était pas pour lui déplaire. Elle sentait le regard des sorciers (plus ou moins habilement habillés en Moldus) qui passaient devant elle, se poser sur elle et la détailler. Tonks passait sans cesse sa main dans ses cheveux, ce soir-là d'un rose tirant sur le bordeaux, pour s'assurer que la petite brise qui soufflait sur Ilkley ne l'avait pas décoiffée.
- Bonsoir Mademoiselle.
La voix la fit sursauter violemment et, dans un réflexe, elle porta sa main à la poche de son blazer pour attraper sa baguette. Quand on exerçait le métier d'Auror, on ne pouvait se départir de certains automatismes qui étaient les bases de la survie dans la profession. Mais avant que Nymphadora n'ait eu le temps de sentir sous ses doigts le contact rassurant du bois, une main se posa doucement sur son épaule et la personne qui se trouvait derrière elle éclata de rire. Un rire puissant qui fit éclore un sourire sur le visage de Tonks, sans qu'elle ne le veuille.
- Du calme Tonks. Je ne suis pas un ennemi. Juste Remus.
L'Auror se retourna et se retrouva nez à nez avec Lupin qui la regardait en souriant. Tonks sentit son cœur se contracter violemment et une boule de chaleur monta vers ses joues. La jeune femme inspira profondément en priant pour que Remus ne remarque pas le rouge qui envahissait sûrement son visage. D'un rapide coup d'œil, elle constata qu'il portait toujours les mêmes habits rapiécés et fatigués que lors de leur première rencontre. L'homme, lui, semblait moins malade que la dernière fois mais sans doute était-ce dû au sourire radieux qui illuminait son visage. Remus Lupin lui tendait la main, attendant visiblement qu'elle la lui serre. La jeune femme préféra l'ignorer, légèrement gênée par cette façon de se saluer. Trop professionnelle à son goût.
- Nous devrions entrer dans le stade, reprit Remus. Sinon le match risque de débuter sans nous.
Tonks et Lupin franchirent la grande arcade en bois doré qui permettait d'accéder au hall d'accueil du stade et prirent place dans la file qui conduisait au guichet où une sorcière à l'air grognon vérifiait les billets. Les supporters vêtus de vert foncé et ceux vêtus de rose criard se mélangeaient dans la queue, formant un mélange de couleurs désagréable pour l'œil. L'atmosphère était bruyant car chacun des camps essayait de montrer qu'il était celui qui regroupait le plus de supporters en s'imposant par le bruit des discutions. Nymphadora dû hausser la voix pour couvrir les paroles d'un groupe de français qui conversait vivement à côté d'elle et de Lupin :
- Je parierais que les Harpies de Holyhead vont gagner, fit-elle. Gwenog Jones est vraiment une excellente Capitaine !
- Les Tapesouafles de Quiberon ont aussi leurs chances. Ils ont fréquemment gagné la Coupe de la Ligue.
- Je ne savais pas que tu t'intéressais autant au Quidditch ! Tu faisais partie de l'équipe des Gryffondors quand tu étais à Poudlard ?
- Je n'ai jamais voulu être sous les feux des projecteurs, je préfère regarder. C'était Sirius et James qui se prenaient les coups sur le terrain et moi, je les encourageais dans les gradins. Mais, je suppose que toi, tu as fait partie de l'élite que sont les joueurs de Quidditch à Poudlard. J'ai entendu dire que tu volais très bien.
- J'ai eu le poste de Poursuiveuse en sixième année. Mais ça n'a duré que six mois. Le Capitaine, un certain Smith je crois, m'a fait comprendre gentiment que ma tendance à laisser échapper le Souaffle quand on me l'envoyait était une des principales causes au fait que l'équipe de Poufsouffle se retrouve dernière du classement. J'ai donné ma démission le lendemain.
Remus éclata à nouveau de rire et tous deux tendirent leurs billets à la sorcière qui les composta en marmonnant. Ils purent ensuite monter la volée de marches qui menait aux gradins. A l'intérieur du stade d'Ilkley, l'atmosphère était encore plus bruyante que dans le hall d'accueil. D'un côté du cercle, les supporters des Harpies de Holyhead agitaient des drapeaux verts et hurlaient le nom du célèbre Capitaine de la seule équipe d'Angleterre exclusivement composée de femme. De l'autre côté, les sorciers et sorcières venus pour acclamer l'équipe adverse, et couverts d'habits rose criard, formaient une masse compacte qui scandait le nom des Tapesouafles de Quiberon avec un fort accent français. Tonks, ne voulant pas s'époumoner, attrapa le bras de Remus et lui indiqua deux sièges vides du versant anglais du stade, non loin de l'endroit où ils se trouvaient.
Nymphadora et Remus atteignirent leurs sièges après maintes difficultés, donc celle de se glisser entre les genoux des spectateurs déjà assis et le dossier des sièges de la rangée inférieure sans heurter quiconque. Tonks s'assit avec un soupir de soulagement tandis que Lupin faisait de même en s'excusant platement auprès de son voisin dont il venait d'écraser le pied. La jeune femme tourna la tête vers Remus qui enlevait maintenant le pardessus beige qu'il portait, bien qu'ils fussent en plein été, et tentait de le plier pour le poser sur ses genoux. L'Auror lui aurait proposé de le faire d'un coup de baguette si elle n'avait pas été certaine de rater son sortilège.
- Tonks ?
La jeune femme se figea et songea pendant quelques secondes à se jeter un sortilège de Désillusion. Elle savait à qui appartenait cette voix suave et elle n'avait aucune envie de se retourner pour subir l'ennuyeux discours de son propriétaire. Par Merlin, ce n'était pas du tout le moment pour qu'il vienne l'importuner ! Comment avait-elle pu ne pas le voir quand elle avait choisi de s'asseoir précisément à cet endroit ? Elle pouvait encore faire semblant de ne pas l'avoir entendu. Avec un minimum de chance, il penserait avoir mal vu et il n'insisterait pas. Mais connaissant l'importun, c'était perdu d'avance.
- Tonks ?
- Re-bonjour Dawlish, rétorqua Tonks froidement en se retournant à contrecoeur.
- Encore une chose que toi et moi avons en commun : la passion du Quidditch ! S'ecria Dawlish joyeusement. C'est merveilleux !
- C'est surtout la seule chose que nous ayons en commun, marmonna Nymphadora.
- Pourquoi ne viendrais-tu pas t'asseoir avec moi ? Demanda-t-il en tapotant le siège vide à sa droite. Nous pourrions continuer de faire plus ample connaissance !
- Merci Dawlish pour cette très tentante proposition, répondit Tonks qui sentait son rythme cardiaque accélérer dangereusement. Mais je suis avec un ami.
Dawlish regarda Remus qui s'était tourné vers lui et affichait une curiosité polie. Tonks vit ses yeux aller de Lupin à elle, puis d'elle à Lupin. Dawlish fronça ensuite les sourcils d'un air contrarié : il pensait visiblement que Remus et Nymphadora étaient ensembles et cela n'avait pas l'air de lui plaire le moins du monde. L'Auror ne fit aucun effort pour rétablir la vérité. Si son collègue croyait que Lupin était son compagnon, cela l'aiderait sûrement à cesser de lui donner des surnoms idiots et à arrêter de parler d'elle comme si elle était un bout de viande particulièrement alléchant. Malgré la colère qui naissait en elle, Tonks adressa donc un sourire radieux à Dawlish, dont le regard brillait à présent d'une étrange lueur.
- Ce vieux miteux ? Ton ami ? Persifla-t-il.
Le sang de la jeune femme ne fit qu'un tour et, sans savoir comment, elle se retrouva debout, sa baguette pointée vers Dawlish. Comment ce fils de Gorgone osait-il insulter Remus ? Le cœur de Nymphadora battait si fort qu'elle crut un instant qu'il allait sortir de sa poitrine. Ses mains se mirent à trembler et elle dût se retenir pour ne pas lui assener une claque monumentale. Un picotement à la naissance de ses cheveux lui indiqua que ceux-ci étaient plus que probablement devenus rouge vif. Le métamorphisme de l'Auror devenait incontrôlable quand ses émotions la submergeaient. Cela faisait d'elle un livre ouvert à tous, chose qu'elle détestait encore plus que son fichu prénom.
- Remus vaut mille fois mieux que toi, Dawlish ! S'exclama-t-elle plus fort qu'elle ne l'aurait voulu. Lui n'a pas eu besoin de faire jouer ses relations pour trouver un travail !
- Laisse moi rire, Tonkie ! Reprit son collègue en éclatant de rire. C'est la meilleure blague que…
- Silencio, murmura Nymphadora rageusement.
Avec satisfaction, elle observa pendant un instant Dawlish remuer les lèvres en silence, l'air outré. Il aurait beau faire, il ne parviendrait pas à parler durant plus d'une heure. Les sortilèges de la jeune femme, pourvu qu'ils ne soient pas d'ordre ménager, étaient puissants. Si elle en avait eu l'autorisation, elle aurait pu user d'un sortilège beaucoup plus cruel. Mais heureusement pour lui, Dawlish avait des relations très importantes avec le Ministre de la Magie en personne. Nymphadora savait que si elle s'en prenait ouvertement à lui, elle perdrait son poste. Et sa position au sein du Ministère était bien trop précieuse à ses yeux et à ceux de l'Ordre du Phénix pour qu'elle puisse courir le risque.
L'Auror se rassit en inspirant profondément, sa baguette lançant des étincelles or et noire. Elle osa jeter un œil à Remus et vit que celui-ci était devenu légèrement rouge et la regardait d'un air sérieux, comme s'il tentait de lire dans ses pensées. Il ne paraissait pas avoir honte du fait que quelques personnes se soient retournées sur eux et les regardaient maintenant en murmurant entre eux. Tonks lui en fut reconnaissante. Lupin lui adressa un nouveau sourire resplendissant et articula un « Merci » silencieux, comme s'il tenait à ce que personne ne l'entende. Nymphadora lui rendit son sourire et secoua la tête. Aussitôt un nouveau picotement à la racine de ses cheveux lui indiqua que ceux-ci avaient repris leur couleur d'avant. Sa baguette cessa de cracher des étincelles.
Au moment où elle allait reprendre la conversation que Lupin et elle avaient commencé en entrant dans le stade, une ovation monta dans tout le stade. Les joueuses des Harpies de Holyhead venaient d'entrer sur le terrain et faisaient une démonstration de leur savoir faire sur un balai. La jeune femme n'arrivait pas à les distinguer, elle ne pouvait apercevoir que des traînées vertes changeant sans cesse de direction avec la plus grande dextérité. En admiration, Tonks oublia momentanément Lupin et joignit ses encouragements et ses applaudissements à ceux de ses compatriotes. Quand elle tourna à nouveau la tête vers Remus, à l'entrée des joueurs des Tapesouafles de Quiberon, elle le vit applaudir calmement et se sentit soudain envieuse de son calme. Il semblait, au contraire de Tonks, avoir la maîtrise de ses émotions.
La rencontre entre les deux équipes donnait lieux à un match des plus passionnant. L'Auror ne pouvait s'empêcher de crier de joie lorsque les Harpies de Holyhead marquaient et de jurer lorsque les Tapesouafles de Quiberon marquaient à leur tour. Elle se sentait comme lorsqu'elle était une enfant et qu'Andromeda, sa mère, l'emmenait voir des matchs de Quidditch. Elle sautait alors sur place lorsque son équipe favorite prenait l'avantage et il lui semblait que le monde s'écroulait si les adversaires gagnaient. Lorsque c'était le cas, elle rentrait chez elle boudeuse et s'en prenait à ses parents comme s'ils étaient responsables du résultat de la rencontre. Alors Ted Tonks, pour redonner le sourire à sa petite fille, lui racontait comment elle deviendrait plus tard une grande joueuse de Quidditch et remporterait tous les matchs avec son équipe.
Alors que les Français venaient de marquer un but particulièrement spectaculaire, Nymphadora se rendit soudain compte qu'elle tenait quelque chose dans sa main gauche. Elle revint à la réalité du stade bruyant et constata avec stupeur que la main de Remus était dans la sienne. Il lui fallut quelques secondes avant de comprendre que, dans l'angoisse que lui avait procuré un Poursuiveur français en s'approchant d'un anneau anglais, elle avait saisi la main de Lupin dans le but de se rassurer. Aussitôt, elle risqua un regard en coin vers le lycanthrope et vit qu'il l'observait avec une certaine tendresse. Tonks était surprise de voir que Remus ne faisait aucun mouvement pour retirer sa main de la sienne.
Cet homme-là n'était décidemment pas comme les autres songea Nymphadora tandis que l'Attrapeuse des Harpies de Holyhead fonçait subitement vers la pelouse roussie par le soleil, suivie de près par son homologue français. Il ne fuyait pas en courant dès que la jeune femme attirait les regards sur elle parce qu'elle parlait trop fort ou parce que sa maudite maladresse la faisait trébucher. Il ne la traitait pas non plus comme une adolescente irresponsable sous prétexte qu'elle n'avait que vingt-trois ans. Ils étaient aussi différents que pouvaient être la lune et le soleil, mais tout comme eux ils se complétaient. La jeune femme le voyait, même s'ils n'avaient passé que peu de temps ensembles.
Et se joignant de nouveau à la foule qui retenait son souffle en observant les deux Attrapeurs qui étaient désormais au coude à coude, Nymphadora Tonks serra encore plus fort la main de Remus Lupin dans la sienne.
