Note de l'auteur : Pour une fois, je n'ai rien à dire. Je me contenterais simplement de remercier Dulanoire, dont les reviews me font encore et toujours plaisir.


Scène V : Danse

- Milles Gorgones, marmonna Tonks entre ses dents. Comment les Moldus arrivent-ils pour ouvrir ces choses sans magie ?

La jeune femme tenait dans ses mains une boite de conserve et tirait avec désespoir sur l'anneau qui permettait vraisemblablement de l'ouvrir. Cela faisait déjà plusieurs minutes que l'objet en métal lui résistait et elle commençait à avoir mal aux doigts. Mais il y avait un couple de Moldus, assis dans l'herbe, non loin d'elle et Nymphadora ne voulait pas utiliser sa baguette, de peur qu'ils ne la remarquent. Elle ne voulait pas non plus appeler Remus pour qu'il ouvre la boite de conserve à sa place. Elle lui montrerait qu'elle pouvait se débrouiller sans magie aussi bien que lui. S'il avait réussi à allumer le feu, qui projetait à présent sa lumière mouvante sur le sol caillouteux, en frottant une allumette à son étui, elle réussirait bien à avoir le dessus sur une vulgaire boite.

L'Auror jeta un regard noir aux deux Moldus qui s'embrassaient sans cesse depuis qu'elle et Lupin étaient arrivés sur la berge du lac District. Elle avait pensé que l'endroit serait tranquille et qu'elle pourrait passer un moment avec son amant sans qu'ils ne soient dérangés. Mais c'était sans compter sur les deux gêneurs qui étaient venus se coller à eux, alors qu'il y avait tant d'autres endroits de la berge où ils auraient pu aller se becoter. La jeune femme espérait vivement qu'ils partent, qu'elle puisse avoir un instant d'intimité avec Lupin. C'était la première fois, depuis qu'il l'avait trouvé soul qu'ils pouvaient se retrouver seuls et Tonks avait bien l'intention d'en profiter. Mais il fallait d'abord qu'elle règle le problème de la boite de conserve, qu'elle ne parvenait toujours pas à ouvrir.

- Patefacio, murmura-t-elle en tournant le dos aux Moldus et en formant un cercle avec sa baguette au-dessus du récipient.

Le couvercle sauta et Nymphadora soupira d'aise. Elle rangea sa baguette dans une poche de son jean, pour une fois neuf, et vérifia que son large T-shirt la couvrait bien, pour que le couple ne la voit pas. Puis, elle bougea ses doigts meurtris par l'anneau pour calmer la douleur. Elle pourrait toujours faire croire à Remus qu'elle avait réussi à l'ouvrir à la seule force de ses mains. L'Auror se retourna pour vérifier qu'il ne l'avait pas vu et constata, avec soulagement, qu'il contemplait le lac, dos à elle, sa grande silhouette se découpant dans le ciel étoilé. L'estomac de Tonks se contracta doucement à l'idée que, pour une soirée, l'homme qui se tenait devant elle était son entière possession. Ce moment leur appartiendrait entièrement. Du moins, si les Moldus déniaient partir ailleurs.

Elle posa avec précaution la boite sur le sol et se dirigea silencieusement vers Lupin. Lorsqu'elle fut parvenue à ses côtés, elle passa ses bras autour de la taille du sorcier et posa sa tête contre son dos. Remus mêla ses mains à celle de la jeune femme. Nymphadora respirait le parfum d'épice qui se dégageait du corps du lycanthrope et tentait de ne pas se laisser étourdir par la vague de bonheur qui l'envahissait. Si elle avait connu un sortilège suffisamment puissant, elle aurait arrêté le temps pour pouvoir rester éternellement au bord du lac, blottie contre Remus, dans le calme d'une nuit d'été. Mais le lendemain, Tonks le savait, il lui faudrait retrouver la triste réalité dans laquelle l'ombre de Voldemort grandissait minutes après minutes.

- Cet endroit est magnifique Dora, déclara Lupin dans un souffle. On se sent tellement protégé au milieu de toutes ces montagnes.

- Si seulement ça pouvait être le cas, soupira l'Auror contre le pull usé de Remus. Mais aussi grande qu'elle soit, aucune montagne n'arrêtera jamais Tu-sais-qui et ses partisans. Ce serait trop beau.

- Mais même si la montagne pouvait nous protéger d'eux, elle ne les tuerait pas, répondit le lycanthrope avec sagesse. Et nous n'oserions plus quitter notre cachette car nous saurions que Voldemort nous attend dehors. La lâcheté ne paye pas Dora, seulement le courage.

- Je le sais Remus. Et je ne pourrais jamais me terrer comme un lapin effrayé sachant que, dehors, des gens perdent la vie parce que quelqu'un a décidé qu'ils ne la méritaient pas.

- Même si ça devenait trop dangereux pour toi de lutter et que je te le demandais ?

- Non, j'en serais incapable. Je suis entrée à l'Ordre pour m'opposer au régime que des sorciers comme Tu-sais-qui veulent imposer. Alors je me battrais pour la justice jusqu'au bout même si je dois y laisser ma vie.

- Ne dit pas de bêtises, répondit Remus en serrant plus fort les mains de la métamorphomage dans les siennes. Je ne laisserais personne te faire du mal.

- Si tu te retrouves face à Bellatrix, tu ne tiendras pas trente secondes.

- Ca me suffira pour avoir le temps de l'empêcher de te toucher, gronda le lycanthrope. Si jamais elle ose lever sa baguette vers toi, je peux te promettre qu'elle le regrettera amèrement.

Nymphadora sourit et retira ses bras de la taille de Remus. Elle tourna la tête, espérant fortement que les Moldus avaient quitté les lieux. Avec soulagement, elle constata que le couple n'était plus là. Alors, avec la certitude plaisante qu'ils étaient seuls, la jeune femme vint se placer à côté de son amant et s'assit à même le sol en pierre. Lupin ne tarda pas à l'imiter et entoura la taille de l'Auror de son bras, tandis qu'elle plaçait sa tête sur son épaule. Tonks fixa son regard sur les montagnes, qui se trouvaient loin devant elle et se découpaient en ombres grises dans le ciel étoilé. Elle tentait de graver chaque détail du paysage sauvage dans son esprit. Elle avait conscience que la paix environnante ne durerait pas et que, bientôt, elle serait confrontée à ses pires peurs. Bientôt, il faudrait lutter pour survivre. Seul un fou pouvait ne pas s'en rendre compte.

Tonks sentit sa coeur se serrer. Avant de rencontrer Remus, elle ignorait que le bonheur pouvait être aussi douloureux. Jusqu'à l'été précédent, l'Auror ne vivait que pour elle et ne se souciait pas de la mort. Celle-ci lui semblait irréelle. Elle était comme les monstres des contes pour enfants qui n'existent pas ailleurs que dans les esprits. Puis, elle avait vu Sirius mourir et la mort était soudain devenue concrète et menaçante. Nymphadora avait compris que Remus pourrait subir le même sort. Et le bonheur qui avait envahi sa vie depuis que Lupin l'avait embrassé dans son petit salon était entaché par cette idée. De plus, plus son être serait creusé profondément par la félicité, plus elle pourrait contenir encore de tristesse. Cela signifiait que lorsque que le malheur arriverait, elle y serait encore plus sensible qu'auparavant.

Après plusieurs minutes de silence, la jeune femme sentit le sorcier bouger à sa droite. Intriguée, elle le regarda sortir sa baguette de sa poche. Tonks le vit vérifier que les Moldus n'étaient plus derrière eux. Puis, il commença à effectuer des mouvements complexes devant lui. De fins traits couleur d'or sortirent de sa baguette et vinrent se croiser entre eux, dessinant deux formes que Nymphadora ne pouvait encore nommer. Puis, au fur et à mesure que les rayons lumineux se rejoignaient, elle comprit qu'il s'agissait d'un loup et d'une loutre. Les deux animaux fait de rais dorés finirent par se détacher de la baguette de Remus et commencèrent à jouer entre eux, le ciel obscure pour terrain de jeux. L'Auror, fascinée, regardait la loutre poursuivre le loup, qui étrangement, semblait être le moins intrépide des deux.

- C'est vraiment de la belle magie, murmura finalement Tonks. Ou as-tu appris ça ?

- Dans un livre.

La jeune femme comprit au ton évasif de son compagnon que ce n'était pas la vérité. Les gens avaient toujours tendance à vouloir changer de sujets lorsqu'ils mentaient. C'était encore quelque chose que Fol Œil avait apprit à la jeune femme.

- Tu es un formidable sorcier Remus. Mais tu fais un bien piètre menteur.

Lupin remua légèrement à côté d'elle et soupira.

- Quand j'étais en sixième année, commença-t-il, j'avais remarqué une fille de Serdaigle. Elle me plaisait beaucoup. Je me souviens qu'elle avait de beaux cheveux bruns bouclés, de grands yeux verts qui me captivaient et sa démarche était…

Tonks donna un coup de coude dans les cotes de Lupin. Elle n'aimait pas qu'il lui parle de cette autre qui avait compté pour lui. La jeune femme voulait croire qu'elle était la seule. Et puis, il n'avait pas besoin de lui donner autant de détails et certainement pas de la décrire comme s'il parlait d'un met particulièrement appétissant.

- Aie !

- Tu disais ? demanda-t-elle sèchement.

- Je disais qu'il y avait cette fille de Serdaigle que j'aimais bien, reprit le lycanthrope en massant l'endroit où la jeune femme avait frappé. Et je ne savais pas comment faire pour l'aborder. Alors, j'ai demandé conseil à James et Sirius, les deux plus grands experts en matière de séduction que je connaissais. Et James m'a montré ce sortilège en disant que grâce à ça, je pourrai attirer n'importe qui dans mon lit.

- Alors c'est uniquement pour m'attirer dans ton lit que tu me montres ça ? demanda Tonks, amusée.

- Non, je crois que c'est pour que tu penses que je suis un sorcier fantastique.

- Tu es fantastique Amour, murmura l'Auror en déposant un baiser sur la joue de Remus. Je n'ai pas besoin de preuves pour le savoir.

- Tu te trompes Dora. Un jour, tu te rendras compte que je suis bien trop vieux, pauvre et dangereux pour toi.

- Remus, je t'en prie, lâcha la sorcière dans un souffle.

Nymphadora leva les yeux vers son compagnon et constata qu'il avait froncé les sourcils, ce qui était chez lui un signe d'inquiétude et de réflexion. Remus tripotait négligemment sa baguette entre son majeur et son pouce, tout en fixant l'horizon où les animaux lumineux avaient soudainement disparus. C'était la première fois que la jeune femme l'entendait s'exprimer sur les différences qu'il y avait entre eux et celles-ci avaient l'air d'être un problème pour lui. Pour Tonks, peut importait que Lupin soit plus âgé ou plus pauvre qu'elle. Cela ne changeait rien à ses sentiments. Quand au danger, à cause de son métier, elle y était en permanence exposée et avait pris l'habitude d'accepter le risque. Et puis, elle avait confiance en Remus. Simplement.

- Je ne veux pas que tu souffres par ma faute, continua Lupin en serrant les mâchoires. Je ne veux pas que les gens te regardent avec dégoût parce que tu es avec un monstre.

- Tu n'es pas un monstre, fit la jeune femme en plantant son regard dans celui de Remus. Et je me fiche que les gens m'évitent parce que je suis amoureuse de toi. C'est avec toi que je veux être, pas avec eux.

- Et si je te mordais ?

La question avait visiblement échappé à l'homme, qui se mordait maintenant la lèvre inférieure.

- Ca n'arrivera pas Remus. Pas avec toutes les précautions que tu prends. Et si ça devait arriver, ajouta-t-elle sur un ton de défis, alors tu ne pourrais plus me dire que tu es trop dangereux pour moi !

- Ne dis pas ça ! s'écria le sorcier qui semblait soudainement affolé. S'il t'arrivais quelque chose, je m'en voudrais éternellement. Encore plus si c'était de ma faute.

- Cesse de t'inquiéter pour moi, répondit Tonks en déposant à nouveau un baiser, juste au coin des lèvres de Lupin. Je sais ce que je fais.

Le lycanthrope dégagea doucement son bras de la taille de Nymphadora et, de ses deux mains, attrapa délicatement le visage de l'Auror. Il l'attira vers lui et posa sa bouche contre celle de Tonks, qui sentit un frisson courir sur sa peau, comme à chaque fois que son amant l'embrassait. Dès qu'une partie d'elle entrait en contact avec le corps de Lupin, elle était parcourue d'un courant électrique qui la faisait sourire bêtement pendant des heures. Avec Remus Lupin, l'Auror redevenait une adolescente tremblante qui faisait tout pour obtenir un regard, un mot ou une caresse de son ami.

Ce fut le lycanthrope qui rompit le silence :

- Dora ?

- Oui ?

Tonks vit le regard du sorcier vaciller quelques secondes.

- Nous devrions aller manger.

La jeune femme eut la désagréable sensation que ce n'était pas ce qu'il avait voulu lui dire. Mais elle ne voulut pas insister pour ne pas le blesser. Alors elle opina et tout deux se levèrent, main dans la main, et se dirigèrent vers le feu de camp qui brûlait toujours derrière eux.