Chapitre deux

Il avait fallu voyager trois jours durant, et le temps ne s'était pas montré clément. Plus ils se rapprochaient d'Erebor, plus le poids sur le cœur de Nerhoear se faisait plus lourd.

Bientôt, il rencontrerait le Roi Daïn. Et il devrait lui dira que personne ne viendrait… ni elfes, ni humains… Les nains seraient seuls, face à la volonté du Mordor. Et si le trône d'Erebor tombait…

Nerhoear se contraignit à penser à autre chose. Ses pensées se concentrèrent sur le passé, pour ignorer l'avenir. Il se rappella la bataille de Fort-le-Cor, la mort de Haldir, et le son du cor de Helm. Ses souvenirs le ramenèrent en Lorien, où des troupes du Roi Gobelin avaient ravagé un village à la lisière de la forêt. Il se souvint de sa rencontre avec Nalan, à Edoras.

Il se souvint aussi du message que lui apporta un Aigle, venu d'Elrond. Les troupes de Dol Guldur marchaient vers les terres des nains. Il était chargé de réunir toute l'aide possible pour contenir l'assaut, car les elfes de Fondcombe et de la Forêt Noire craignaient de ne pouvoir venir à temps.

Et il se souvint de la réponse de Denethor… Ces pensées se chargèrent de fureur à l'évocation de cet Intendant arrogant et méprisant. Le poids revint alors, plus lourd encore…

- Nerhoear !… Appela Nalan d'une voix faible.

L'elfe approcha sa monture d'elle.

- Regarde, lui dit-elle à mi-voix.

Devant eux se tenait un ancien village humain. Mais il n'en restait plus que flammes et ruines. « Par tous les Valar… » Pensa Nerhoear.

- C'est terrible… murmura Nalan. Même les femmes et les enfants ont été massacrés.

Nerhoear fronça les sourcils et préféra détourner le regard.

Au quatrième jour, les deux compagnons atteignirent enfin Dale, la cité humaine qui bordait Erebor. Les passants regardèrent avec curiosité cet elfe et cette femme en armes.

Ils atteignirent les grandes Portes du Trône, et un nain, les voyant approcher, les interpella.

- Que v'nez vous faire en Erebor, elfe ? Dit-il avec un certain agacement dans la voix.

- Je suis Nerhoear Laiquaninwa, j'ai été envoyé par Elrond de Fondcombe. Je dois parler au seigneur Daïn, grand Roi des nains.

- Ah, très bien. Nous avons été prévenus de vot' arrivée, répondit le garde nain.

Il porta la main à sa ceinture et prit son cor. Il souffla, et un son grave et fort en sortit. Quelques instants après, la porte s'ébranla, presque sans bruits. Nerhoear et Nalan pénétrèrent dans la gigantesque caverne, et les portes se refermèrent sur eux.

- J'ose espérer que tu n'es pas effrayé dans les espaces fermés, railla Nalan.

Nerhoear ne répondit pas. Il descendit de cheval et avança lentement vers la salle où siégeait le Roi.

Un grand nombre de nains se tenaient assemblée face à l'imposant Trône de pierre, la plupart parlant d'une voix forte et très préoccupée. Soudain, le Roi se leva et tendit les deux bras devant lui. Le silence se fit presque aussitôt.

- Du calme, frères nains ! L'heure n'est pas à la panique ! L'ennemi est en marche. Mais nous ne céderons pas aujourd'hui à la peur. Nous devons nous préparer, consolider nos défenses et nous tenir prêt à recevoir Nârgun comme il se doit !

Il y eut des cris d'acclamation.

- Nârgun ? Chuchota Nalan à l'oreille de Nerhoear.

- C'est le nom qu'ils donnent au Mordor.

- Si ces rukhs viennent porter la guerre dans nos foyers, reprit le Roi Daïn, allons-nous les laisser faire ?

- NON ! Cria la foule.

- Non ! Nous nous battrons ! Nous nous battrons encore et toujours, tant qu'il restera encore un nain capable de brandir une hache !

De nouveau des cris d'approbation retentirent. Des officiers crièrent des ordres, et la foule se dispersa en grand bruit.

- Qui êtes-vous ? Demande Daïn en voyant arriver vers lui un elfe et une femme humaine.

- Je suis Nerhoear Laiquaninwa, de Fondcombe, et voici Nalan, d'Edoras.

- Ah ! Les elfes nous ont répondu ! Voilà qui me réjouit. Quelles nouvelles portez-vous ?

- De bien mauvaises, j'en ai peur. Le Gondor refuse d'envoyer des renforts, et ceux des elfes de la Forêt Noire et de la Lorien ne pourront pas arriver avant cinq jours au moins.

Daïn passa la main dans sa barbe et prononça un mot en kuzdhul que Nerhoear ne comprit pas.

- Voilà qui est bien fâcheux… hélas, je me doutais que nous ne pourrions compter que sur nos propres forces. Glanko ! Où en est la progression de l'ennemi ? Demanda-t-il à un nain très ridé qui siégeait à sa droite.

L'intéressé sortit une carte de son sac et la déploya sur une petite table près de lui. Nerhoear et le Roi s'approchèrent.

- Selon les éclaireurs de Dale, ils sont à moins de trois jours, à marche forcée.

- Trois jours… Trois jours seulement avant de savoir si notre destin est scellé… marmonna le Roi Daïn.

- Nous devrions commencer à faire évacuer Dale, dit Nalan.

- Oui, dit Daïn. Je vais donner ordre qu'on fasse évacuer toutes les femmes et les enfants. Mais, je vous en prie… Vous semblez extenués. Prenez un peu de repos. Nous en aurons tous besoin.

Nerhoear s'inclina et Nalan fit de même, puis le Roi se leva de son Trône et s'en vint par une porte dérobée.

Nerhoear, bien que n'ayant que peu dormi dans les jours qui précédèrent, se retournait dans son lit, l'esprit à mi-chemin entre l'éveil et le sommeil. Plus que jamais, il avait peur. Dans moins de deux jours, ils se battraient contre les milliers d'Orientaux, de Haradrims de Gobelins et d'Orques envoyés par Sauron, noir ennemi des peuples libres. Et ils ne seraient même pas cent contre un pour s'opposer à lui…

Nalan dormait à poings fermés, elle. Nerhoear se demandait à quoi elle pouvait bien penser, et comment ses pensées pouvaient être si peu pesantes. Les hommes étaient décidément de bien étranges créatures.