Chapitre Six

Nariel fut tirée du lit en hâte par des mains inconnues qui la sortirent de la tente. Elle sentit une épée sous sa gorge puis une voix lui cria à l'oreille :

- Il est où, ton coéquipier ?

Nariel cligna des yeux et vit autour d'elle deux autres hommes, crasseux et vétus de haillons.

- Où il est ? Répéta l'homme qui la menaçait.

- Je voyage seule, répondit-elle.

- Elle ment, dit l'un d'entre eux.

L'homme derrière elle appuya le plat de la lame contre son cou puis cria :

- Dis-nous où il est, ou je fais des trous dans ta jolie peau !

Soudain, l'un des hommes s'effondra, une flèche plantée dans la nuque. L'autre homme recula, puis cria :

- Dans les arbres ! Il se cache dans les arbres !

L'homme qui tenait Nariel approcha du corps de son ancien camarade et hurla :

- Lâche ton arme ou je la tue !

Mais pour toute réponse, Nerhoear décocha une flèche qui vint se planter dans la joue de l'homme. Libérée, Nariel ramassa l'épée du bandit et s'approcha du dernier d'entre eux. Celui-ci s'enfuit sans demander son reste, et Nariel jeta la lame à terre. Nerhoear sauta de l'arbre dans lequel il se cachait et s'approcha de la jeune elfe. Celle-ci demanda avec colère :

- Dites, ils ont failli me tuer à cause de votre comportement héroïque !

- Oooh, désolé, dame elfe, répliqua-t-il, vous auriez préféré que je vous laisse entre leurs mains ? Je suis sûr qu'ils auraient su apprécier toute la valeur de vos charmes…

Il sourit avec un air sardonique. Nariel fronça les sourcils puis calma sa respiration. Nerhoear rendit son arc à la jeune elfe qui l'endossa aussitôt.

- Vous n'avez pas un arc à vous ?

- Non, dame elfe, répondit-il.

- Vous êtes quel genre de chasseur ?

Nerhoear sourit pour toute réponse.

- En route, on n'est pas au bout de nos peines, dit-il.

Le voyage continua pendant près de dix jours sans que rien de véritablement intéressant ne se passa. Nerhoear captura quelques animaux dans ses filets et récolta quelques herbes, ce qui leur permit de renouveler leurs provisions.

Au onzième jour, Nerhoear regarda le soleil et dit :

- On devrait être arrivés demain.

Nariel se laissa glisser contre un arbre, à bout de souffle. Nerhoear la regarda et dit :

- On ne fait pas de pause ici.

- Quoi ! Mais ça fait plus de trois heures qu'on marche sans s'arrêter.

L'elfe des bois réfléchit puis dit :

- Très bien. Cinq minutes. Mais ne vous éloignez pas de moi.

Et il s'assit. Nariel ferma les yeux quelques instant puis demanda :

- Qui vous a appris à vivre dans la forêt ?

- C'est un rôdeur du nord qui m'a appris. Un bon, je crois. Il se faisait appeler Grand-Pas.

Nariel ouvrit les yeux et haussa les sourcils, mais ne dit rien. Nerhoear sortit un pomme de son sac et la coupa en deux. Il en mangea une moitié et tendit la deuxième à Nariel. Puis il se releva et annonça qu'il était temps de repartir.

- N'oubliez pas, marchez très, très doucement. Il y a des choses que je n'aimerais pas réveiller, ici.

Nariel marcha à pas feutrés, suivant Nerhoear qui ne cessait de regarder à droite et à gauche. Il y eut soudain un bruit dans les fourrés, puis un marcassin sortit d'un buisson en courant, manquant de renverser Nerhoear. Le petit animal poussa un cri strident et s'enfuit à toutes jambes.

- Que… Qu'est-ce qui lui a fait peur comme ça ? demanda Nariel.

Nerhoear poussa un long soupir puis répondit :

- Dépêchons-nous.

Nariel et Nerhoear marchèrent d'un pas plus rapide, lorsque Nariel mit le pied sur quelque chose de mou. Elle s'arrêta et souleva le pied, lorsque soudain quelque chose s'accrocha à sa cheville et tira très fort. Nerhoear poussa un cri et trancha la liane qui s'était enroulée autour de la jambe de Nariel. Il lui tendit la main et la remit sur pied.

- Allez, courrez ! Vite !

Mais à cet instant, deux épaisses lianes vinrent cueuillir Nerhoear et le soulevèrent. Une gigantesque fleur carnivore sortit de terre et s'ouvrit, dévoilant une douzaine d'autres lianes tout aussi épaisses et puissantes.

- Courrez ! Hurla Nerhoear.

Il porta la main à son fourreau, mais sa lame elfique s'était détachée de sa ceinture et gisait plus loin dans la neige. « Oh non… » Pensa-t-il.

La « fleur » ouvrit ce qui semblait être sa bouche. Nariel s'approcha d'elle et tendit les deux mains en avant.

- Qu'est-ce que vous faites ? Cria Nerhoear. Fuyez !

Nariel murmura quelque chose et deux colonnes de flammes jaillirent de ses paumes et frappèrent de plein fouet la gigantesque plante carnivore qui prit presque immédiatement feu. Les lianes qui retenaient Nerhoear faiblirent et il chuta, heurtant le tronc d'un arbre.

Il tenta de se relever, mais ses bras flanchèrent. Nariel s'approcha de lui et le retourna sur le dos. Il portait une longue balafre sur le torse, et le sang coulait. Il toussa, et murmura :

- Comment vous avez fait ?...

Nariel examina la blessure. Elle était profonde et risquait de ne pas cicatriser facilement. Nariel passa ses mains le long de la blessure et elle disparut. Nerhoear ouvrit des yeux ronds.

- Je crois que vous avez deux-trois trucs à m'expliquer… dit-il en s'asseyant.

- Je… connais quelques tours, répondit-elle en souriant.

- J'ai vu beaucoup de choses, mais une elfe capable de faire disparaître des blessures graves juste en faisant des passes avec la main, je n'avais encore jamais vu ça. C'est quoi votre truc ?

- Donnant-donnant, dit-elle. Je vous explique comment je peux faire ça si vous me dites (elle porta la main à sa cape et en sortit le portrait peint) qui est cette jeune femme ?

- Hé, rendez-moi ça ! dit-il en tentant d'attraper le morceau de bois, mais Nariel esquiva.

- Qui est-ce ?

Nerhoear se passa les mains sur le front.

- Elle s'appelait Nalan. Elle est née dans un petit village du Rohan. On s'est rencontré à Edoras et on a fait un bout de chemin ensemble, dit-il lentement.

- Qu'est-ce qui lui est arrivé ?

- Rien, dit-il en se levant, ça n'a pas d'importance.

Nariel se leva à son tour et répéta :

- Qu'est-ce qui lui est arrivé ?

- C'est sans importance, répéta Nerhoear.

- Comment vous pouvez dire ça ?

- Elle est morte ! Hurla soudain Nerhoear.

Il s'affala contre un arbre et des larmes coulèrent sur ses joues. Ses jambes faiblirent et il se retrouva assis contre le tronc. Nariel s'accroupit face à lui.

- Morte ?... murmura-t-elle.

Nerhoear hocha lentement la tête.

- C'était il y a des années. En Erebor. On s'est battu ensemble… mais je… Je n'ai pas pu la protéger. Tout ce que j'ai pu faire, c'est assister à sa mort, sans l'empêcher.

Il prit sa tête entre ses mains et sanglota. Nariel s'approcha de Nerhoear et posa sa main sur son épaule. Il essuya ses joues humides et dit :

- J'ai abandonné l'armée et je suis venu m'exiler ici. Je voulais être… seul.

Il releva la tête et eut un sourire amer. Nariel le regarda, et Nerhoear sembla soudain réaliser qu'elle s'était approchée. Il avança aussi son visage et… et… ah, fichue mémoire !

Fin de la première partie.