Chapitre deux

Un pli soucieux barrait son front. Du doigt, il parcourait de longs parchemins recouverts de texte. Il passa sa main dans ses cheveux bruns, puis marmonna :

- Difficile… Oui…

Il releva la tête lorsque Nerhoear fit son entrée, l'air préoccupé. Nariel apparut un instant après, son visage illuminé d'un large sourire. Elle prit la main de Nerhoear dans la sienne, puis dit :

- Vous nous avez demandé, bon-père ?

Elrond sourit à son tour, d'un sourire marqué par le temps. Nerhoear constata que, malgré tout, les elfes n'étaient pas insensibles à l'effet de cet ennemi invisible. Elrond s'approcha de sa petite-fille et posa ses mains sur ses épaules.

- Je voulais vous parler de quelque chose que j'estime très important, dit-il en retournant à ses textes.

Il brassa quelques feuilles, puis sortit une carte, qu'il tendit à Nerhoear. Celui-ci y jeta un coup d'œil puis dit :

- Les Terres Immortelles ?...

- C'est exact, dit Elrond en hochant la tête. Les elfes n'ont plus leur place en Terre du Milieu. Beaucoup d'entre nous choisissent l'exil.

- Et vous ? demanda Nariel.

Elrond s'approcha de la balustrade et scruta son vaste jardin.

- Galadriel et moi avons choisi la même voie, il y a déjà fort longtemps. Notre départ est prévu pour dans une semaine.

- Bon-père, dit Nariel en s'approchant de lui. Vous allez quitter Fondcombe ?

Elrond la regarda.

- Notre pouvoir décline. L'âge des elfes est terminé. Nous devons l'accepter et laisser place aux hommes.

Nerhoear regarda à nouveau la carte, puis la déposa sur le bureau. Il jeta un regard alentour, puis demanda :

- Vous allez partir de cette terre que vous avez bâtie et où vous avez vécu des milliers d'années ?...

Elrond se retourna et dit d'une voix décidée :

- Toutefois je sais que plusieurs d'entre nous ne veulent pas abandonner les terres qui les ont vu naître et grandir. Et c'est pourquoi…

Il porta ses mains autour de son cou, et en décrocha un collier.

- Il faut une personne capable de me représenter auprès des elfes qui resteront ici. J'ignore si votre choix est de partir pour Valinor ou non, mais je voulais que vous preniez ma succession à Fondcombe.

Nerhoear ouvrit la bouche mais ne sut quoi dire. Nariel porta sa main à la gorge. Elrond soupira puis reprit :

- Je ne vous demande pas de me répondre maintenant. Je veux simplement que vous y réfléchissiez.

Nerhoear s'inclina, puis sortit de la pièce. Nariel regarda son grand-père et demanda :

- Pourquoi nous le demander à nous ?

- Parce que vous êtes mes seuls successeurs directs à pouvoir assurer la succession. Eldarion devra déjà porter le fardeau de la couronne du Royaume Réunifié, et Naniel refuserait certainement.

Elrond se rassit à son bureau et se replongea dans ses textes. Nariel s'inclina, puis, à son tour, quitta la pièce.

Nerhoear, assis au bord d'une allée, regardait passer une procession d'elfes. Tous se rendaient aux Havres Gris, leur ultime halte sur cette terre. Nariel vint s'asseoir à ses côtés puis dit :

- Ca a quelque chose de triste, tous ces départs. Ces gens qui quittent leurs foyers pour ne plus jamais revenir.

Nerhoear hocha lentement la tête.

- J'ai vraiment du mal à comprendre. Ils s'en vont, comme un seul homme, comme s'ils étaient destinés à le faire.

- C'est peut-être le cas, dit Nariel en posant sa tête sur l'épaule de Nerhoear.

Celui-ci resta silencieux. Ce fut Nariel qui rompit le silence en demandant :

- Alors ? Souverain de Fondcombe ? Ca te plairait ?

- Moi, tout ce que je veux… C'est être à tes côtés, répondit-il en se tournant vers elle.

Ils restèrent assis quelques temps, Nariel gardant les yeux fixés sur un nid d'oiseau dans un arbre proche, Nerhoear gardant les paupières closes.

La procession elfique passait les portes, lentement, puis se dirigèrent vers l'Ouest… Vers les Havres Gris. Il y eut comme un craquement, et Nerhoear ouvrit les yeux. Il crût voir une silhouette encapuchonnée lui faire signe, puis s'évanouir aussitôt dans les fourrés. Il se leva, décidant qu'il n'avait pas encore assez dormi.