Chapitre quatre
- De quand date le rapport ?
- Deux jours, dit l'éclaireur.
- Alors ils sont vraiment proches…
Des gouttes de sueur apparurent sur son front.
- Qui est à leur tête ?
- Un homme, apparemment Oriental. Nous ignorons encore son nom, mais il est clairement leur chef.
Nariel demanda :
- On a une idée de ce qu'ils veulent ?
- Nous savons qu'ils sont au service de Melkor. Je pense que c'est tout ce qui importe.
Nerhoear passa le revers de sa main sur son front.
- Des Orientaux et des gobelins se rassemblent… Et ils marchent sur Fondcombe. Ils savent que nous sommes faibles.
Un jeune archer s'exclama :
- Et la magie qui protège nos terres depuis que nous sommes ici ?
Nerhoear haussa les épaules.
- Affaiblie depuis le départ d'Elrond.
- Combien d'hommes compte notre armée ? demanda Nariel.
- Peut-être trois cent cinquante soldats. Contre plus de cinq milles. Et leur nombre s'accroît chaque jour.
Nariel se mordilla les ongles. L'archer demanda :
- Pourquoi est-ce qu'ils peuvent bien se battre ? Ca fait des années que le Seigneur de l'Anneau est mort !
Nerhoear eut un sourire désabusé.
- Vous ne connaissez pas ce proverbe nain qui dit : « Un ennemi tombe, dix autres se lèvent » ?
- Peu importe ce qu'ils veulent, reprit l'éclaireur. Ils sont à moins d'une semaine de nos terres. Nous devons nous préparer, envoyer des messagers quérir des secours.
- Très bien, dit Nerhoear. Enril, rendez-vous à Minas Tirith au plus vite. Demandez à parler à Eldarion, de la part de sa sœur Nariel Telcondar.
Le jeune elfe s'inclina puis sortit en courant.
- Moi, ajouta Nerhoear, j'irais en Rohan, parler à Eomer. Nous aurons besoin de tout le soutien possible.
- Je viens avec toi, dit Nariel.
- Non, s'exclama-t-il.
Nariel fronça les sourcils.
- J'ai dit : « je viens avec toi » !
Nerhoear soupira puis dit à l'éclaireur :
- Laissez-nous, s'il-vous-plait.
Il se laissa tomber sur le fauteuil qui avait en d'autres temps été celui d'Elrond. Nariel le regarda en croisant les bras.
- Ma chérie… Tu ne peux pas venir.
Elle s'approcha et se tint debout face à lui, les sourcils toujours froncés.
- Pourquoi ?
- Il va falloir passer au travers des rangs ennemis, c'est dangereux… Et si jamais il m'arrivait quoi que ce soit, il faut que l'un d'entre nous soit là pour assurer la défense de…
Nariel se pencha soudain et posa ses lèvres sur celles de Nerhoear, qui se tut aussitôt.
- Je viens avec toi, répéta-t-elle.
Nerhoear soupira à nouveau, puis haussa les épaules et marmonna :
- … D'accord.
Il se leva et ils quittèrent tous deux le bureau. En passant la porte, il pesta intérieurement contre son manque de volonté.
Un elfe vint leur apporter deux chevaux, l'un blanc, l'autre brun. Nariel prit le brun et grimpa aussitôt. Nerhoear prit la bride du second et tendit une lettre cachetée à un autre elfe.
- Si jamais il se passait quoi que ce soit, ce sont mes instructions.
Il chevaucha sa monture et se dirigea au pas vers la porte à la suite de sa compagne. Sur les remparts et aux fenêtres, de nombreux habitants les regardèrent partir. Nerhoear sentit son estomac se nouer et murmura à Nariel :
- Regarde-les… Ils sont effrayés. Ils comptent sur nous pour les sauver…
Nariel recouvrit ses cheveux d'or d'une capuche verte, puis dit :
- Alors, nous ne devons pas échouer.
Elle secoua ses reines et son cheval partit au galop, bientôt suivi de Nerhoear.
Ils parvinrent à la lisière de la forêt et poursuivirent leur route vers le sud. Ils virent au loin dans l'est des fumées noires s'élever dans les cieux, présage d'une guerre à venir. Après quatre jours de chevauchée, ils aperçurent enfin au loin la citadelle d'Orthanc, et la Trouée du Rohan.
