Chapitre cinq
Ils passèrent devant les murailles en ruines de l'Isengard, envahies par la végétation. Personne en dehors des Ents et des plantes sauvages n'était venu y vivre depuis la fin de la Guerre de l'Anneau. On apercevait des armes et des armures rongées par la rouille. Soudain, on entendit un grognement, suivi de bruits de pas. Nerhoear et Nariel s'arrêtèrent. Nariel sortit une flèche de son carquois et, la mettant à son arc, sauta de cheval.
- Nariel, attends !
Nerhoear descendit et sortit sa lame elfique.
Ils s'avançèrent doucement, escaladant la vieille muraille, puis se retrouvèrent à l'intérieur de l'enceinte. Il y eut un autre grognement, plus sonore et plus long. Nerhoear se retourna… et se retrouva face à un Ouargue. Il n'eut que le temps de murmurer : « Oh non… » que déjà l'énorme bête bondit sur lui, dévoilant ses crocs.
Nerhoear frappa de toutes ses forces mais la bête ne sembla pas sentir le coup. Le Ouargue le renversa, lui balafrant les bras et ne manquant sa tête que de peu. Nariel décocha une flèche qui se planta dans l'œil du molosse, mais ceci ne fit qu'augmenter sa fureur. Il s'apprêta à attaquer la jeune elfe, lorsque Nerhoear sortit son poignard et l'enfonça dans la gorge de la bête, qui poussa un cri aigu et s'enfuit.
Nariel se précipita vers Nerhoear et examina ses plaies. Elle murmura quelques phrases à voix basse en passant lentement ses paumes sur les blessures, et celles-ci guérirent. Nariel tendit la main à Nerhoear, et celui-ci la prit et se releva.
- Heureusement que tu es là, dit Nerhoear en l'embrassant sur le front.
Ils ressortirent et reprirent leur voyage. Edoras n'était plus qu'à un jour à cheval.
Ils s'arrêtèrent pour camper au pied de la chaîne de montagnes, près d'un petit bosquet. Ils allumèrent un feu et sortirent leurs couvertures. Nerhoear s'assit en tailleur face aux flammes, et Nariel se serra contre lui. Il sortit une bouteille de son sac et la déboucha. Il en but une lampée puis dit :
- Je savais presque rien d'elle en fait…
Nariel sembla se réveiller puis demanda :
- Qui ?
- Nalan, dit Nerhoear à mi-voix.
Il reprit une rasade puis ajouta :
- On s'était rencontré à la suite d'une bagarre dans une taverne. C'est elle qui m'a donné le goût de la bière des nains.
Il tendit sa bouteille à Nariel qui la prit. Elle but une gorgée, puis recracha et se mit à tousser. Nerhoear lui tendit une gourde d'eau en souriant puis continua :
- En fait, la plupart du temps où on était ensemble, on l'a passé à se battre où à voyager.
Nariel fit une grimace puis posa la bouteille. Elle demanda :
- Vous vous êtes battus ensemble ?
- Oui. Oh, pas l'un contre l'autre. Même si une fois, elle m'a mis une gifle, ajouta-t-il en se massant la joue.
Nariel rit.
- Elle t'a giflé ?
- Eh ouais, c'est ce qui arrive quand on boit. Je me souviens pas de ce que j'ai fait, mais apparemment ça lui a pas plu.
Il s'allongea sur le dos, et Nariel posa sa tête sur son torse. L'alcool aidant, il s'endormit très vite. Elle se releva et le recouvrit d'une couverture. Elle s'allongea contre lui et s'endormit à son tour.
Nerhoear rêvait. Il revoyait cette personne vétue d'une cape, puis il revit le château. Il s'approcha de l'une des fenêtres et la traversa. Deux hommes se faisaient face. Nerhoear reconnu aussitôt l'un d'eux comme la silhouette qu'il avait vu aux Havres Gris. L'autre était un homme à la couleur de peau presque grise, le visage couvert de tatouages. Ils parlaient à voix basse, et très vite.
- Nos éclaireurs les ont repérés. Ils ont contourné la chaîne des montagnes, comme vous l'aviez dit.
L'autre homme regardait par la fenêtre.
- Ils se rendent à Edoras.
- Et elle est avec lui.
- Je sais.
- Qu'est-ce qu'on fait ?
- Occupez-vous de ce que je vous ai demandé. Je me charge de tout imprévu.
L'homme tatoué s'inclina légèrement puis dit :
- Et si Minas Tirith et Erebor leurs envoient des renforts ?
L'homme à la cape se retourna et Nerhoear ne put rien voir de son visage, à l'exception de ses yeux rougeoyants.
- Vous avez vos ordres, général. Je pense avoir été assez clair.
Puis tout se brouilla, et Nerhoear sentit une douleur traverser son crâne. Il entendit une voix crier, puis il comprit en ouvrant les yeux que c'était sa propre voix.
Tout redevient clair, et son crâne cessa de lui faire mal. Il vit Nariel penché au-dessus de lui, la panique se lisant sur son visage. Il se rassit doucement, puis sentit que du sang perlait encore de son nez.
- Qu'est-ce qu'il y a ? Qu'est-ce qu'il t'es arrivé ? demanda Nariel d'une voix tremblante.
Nerhoear fit un geste vague de la main.
- Rien, c'était rien… un rêve…
- De quoi tu as rêvé ? demanda Nariel en passant sa main sur son front.
- Je ne sais plus… c'était…
- De quoi tu as rêvé ? Insista-t-elle.
Nerhoear respira avec difficulté.
- Je te dis que c'était rien… C'est sans importance.
Nariel le regarda avec inquiétude et dit à voix basse :
- Je suppose que c'est pour mon bien si tu mens.
Nerhoear ouvrit la bouche mais ne dit rien. Elle se leva et prit son arc et son carquois. Il replia les couvertures et jeta de la terre sur le feu. Puis ils montèrent à cheval et repartirent. Nerhoear tremblait et se sentait faible. Et un sentiment familier s'insinuait en lui. Il avait peur.
