Chapitre sept
L'homme tatoué mit un genou à terre puis dit :
- Pardonnez-moi, maître.
L'homme à la cape se retourna et ses yeux rouges prirent une lueur sombre.
- Vous avez échoué… dit-il d'une voix éthérée.
- Maître, je n'y suis pour rien… la semi-elfe connaissait la magie… Elle nous a prit au dépourvu !
Les yeux rouges scrutèrent le visage de l'homme tatoué.
- La fille d'Aragorn connaît la magie ?...
- Oui, maître. Elle est capable de créer et de contrôler le feu. Et elle a sans doute d'autre capacités.
L'homme en cape se détourna et murmura :
- Alors votre mission n'en est que plus importante. Et votre échec plus… ennuyeux.
L'homme tatoué se jeta à ses pieds et supplia :
- Je vous en prie, maître ! Donnez-moi une seconde ch…
Soudain, il fut soulevé de terre, et son cœur s'arrêta de battre d'un seul coup. Son corps fut jeté contre un mur à l'autre bout de la pièce.
- Vermine… dit l'autre homme sans se retourner. Je devrais donc intervenir moi-même…
Ils arrivèrent face à l'auberge du village. Nerhoear regarda la pancarte en soupirant puis dit :
- J'y vais. Attends-moi ici.
Il y eut soudain un bruit de tonnerre puis il se mit à pleuvoir. Nariel sourit puis Nerhoear dit :
- Viens.
L'auberge était bondée, et des cris et des bruits de verre retentissaient. Nerhoear s'approcha du barman et celui-ci s'exclama :
- Tiens ! Kendan !
- Bonsoir, Làggiun.
L'aubergiste souriait mais Nerhoear ne semblait pas ravi du tout.
- Alors, tu disparais des mois sans même nous dire pourquoi ? Comment ça marche, la vie en forêt ?
- Je n'y vis plus depuis longtemps. Je suis revenu à Fondcombe.
Làggiun rit. Puis il se pencha sur le côté et dévisagea Nariel.
- C'est une elfe ? demanda-t-il à Nerhoear. Elle est mignonne…
- Làggiun…
- Eh, si elle a une sœur…
- Làggiun, je suis venu récupérer ce que je t'avais confié.
L'aubergiste cessa de sourire et eut un air mélancolique.
- Ah, je savais bien que c'était pas pour me dire bonjour… Viens.
Ils le suivirent jusqu'à une chambre. Làggiun montra une armoire.
- Tout est là. Dans l'état où tu l'a laissé.
- Merci, marmonna Nerhoear.
L'aubergiste sortit en jetant un dernier regard à Nariel. Nerhoear posa les mains sur les portes de l'armoire. Après une hésitation, il l'ouvrit. Nariel jeta un regard à l'intérieur. Elle vit une armure elfique qui brillait d'une couleur dorée, plusieurs armes, et une longue boîte dont Nerhoear s'empara. Il se retourna et la tendit à Nariel.
- Qu'est-ce que c'est ?
Nerhoear ne répondit pas, alors Nariel ouvrit la boîte. Elle découvrit un arc couvert de runes elfiques. Elle voyait des reflets verts sur sa surface.
- C'est le tien ? demanda Nariel.
Nerhoear hocha la tête en signe de négation.
- Il appartenait à une elfe que j'ai rencontré pendant la Guerre de l'Anneau.
- UNE elfe ? demanda Nariel.
- Je ne l'ai que vaguement rencontrée, dit Nerhoear en riant. Je ne me souviens plus de son nom. Elle était tombée amoureuse de l'un de tes oncles, j'ignore lequel. En tous cas, ça n'a pas plu à Elrond.
- Pourquoi t'a-t-elle confié son arc ?
Mais elle n'eut pas de réponse. Nerhoear prit le casque dans l'armoire et le caressa du bout des doigts. Il enfila l'armure et les gants puis rangea le casque dans son sac. Puis il prit une épée et fit quelques mouvements avec. Il la rangea à sa ceinture puis se tourna vers Nariel et lui tendit un carquois.
Ils ressortirent de l'auberge et Nariel demanda :
- D'où ça vient, ce nom de Kendan ?
- Je n'en sais rien, répondit Nerhoear. C'est eux qui m'ont appelé comme ça. Je n'ai jamais su ce que ça voulait dire.
Ils se dirigèrent vers les écuries et Nerhoear interpella le palefrenier. Ils discutèrent à voix basse puis celui-ci leur donna deux chevaux.
Ils galopèrent à bride abattue vers le sud, pour rejoindre la Trouée du Rohan. Les fumées de l'est s'étaient dangereusement rapprochées. Alors qu'ils étaient en vue de l'Isengard, Nariel appella Nerhoear et lui montra un corps au bord du chemin. Nerhoear descendit et le mit sur le dos. Il poussa une exclamation puis murmura :
- Enril…
Le messager avait averti le Gondor, mais n'avait pas survécu au voyage de retour. Nerhoear examina son corps mais ne vit aucune blessure apparente. Il y eut soudain un crissement suraigu, et les chevaux prirent la fuite, effrayés. Nariel chuta douloureusement.
- Qu'est-ce que c'était ? demanda Nerhoear.
Ils s'approchèrent de la source du bruit. Ils contournèrent quelques rochers. Le cœur de Nerhoear ne fit qu'un bond. L'homme à la capuche se tenait là, devant lui.
- Qui êtes-vous ? demanda Nariel.
Surpris, Nerhoear la regarda.
- Tu… tu peux le voir ?
Nariel hocha la tête puis banda son arc. L'homme s'approcha et Nariel cria :
- N'avancez plus !
- Nariel Telcondar, murmura l'homme d'une voix sombre.
Nariel haussa les sourcils.
- Vous me connaissez ?...
- Et voici Nerhoear Laiquaninwa, continua-t-il.
Nerhoear s'approcha à son tour et sortit son épée.
- Qui êtes-vous ? Demanda-t-il d'une voix dure.
L'homme tourna la tête vers lui mais ne répondit pas. Il leva lentement la main puis claqua des doigts. Aussitôt, l'épée de Nerhoear se brisa. Nariel décocha une flèche mais celle-ci se brisa sans toucher sa cible. L'homme fit un geste presque négligent de la main et Nerhoear sombra dans l'inconscience. Nariel recula lentement, son visage trahissant la peur.
L'homme s'approcha à nouveau d'elle, les mains dans le dos. On lisait un sourire glacé sur la petite portion de son visage que sa capuche laissait apparaître.
- Nariel Telcondar, dit-il. Fille d'Elessar et d'Arwen Undomiel. Je me demande d'où peuvent bien provenir vos intéressants pouvoirs…
- Qu'est-ce que vous voulez ? Demanda Nariel.
Le sourire de l'homme s'agrandit.
- Oh, mais rien que vous ne pouviez me donner, ma chère.
Sa main fit un geste rapide et Nariel perdit connaissance. L'homme se pencha sur elle et caressa ses cheveux.
- Un ange assoupi… murmura-t-il.
