Chapitre huit

Deux yeux s'ouvrirent dans le noir. Les pupilles se dilatèrent mais ne captèrent aucune lumière. Lentement, l'elfe se remit debout. Ses yeux commencèrent à s'habituer à l'obscurité. Bientôt, il comprit qu'il était dans une petite pièce sans fenêtres, avec une porte de métal. Il posa la main sur les murs. Il s'approcha de la porte et inspecta la serrure.

Il s'assit contre le mur et attendit, la tête entre les mains. Il entendit soudain un cri. Il reconnu aussitôt la voix et se précipita contre la porte.

- Nariel ? Cria-t-il.

- Lâchez-moi ! Cria la voix.

Nerhoear secoua la porte, mais celle-ci était solide.

- Nariel ! Cria-t-il.

Nerhoear entendit des bruits de pas venir dans sa direction. Il colla l'oreille contre la porte. Quelqu'un se tenait derrière et semblait manipuler des clés. Il entendit un déclic, et soudain, la porte devint brûlante. Nerhoear tomba sur le dos en se tenant les mains.

La porte s'ouvrit et un orque apparut dans l'encadrure. Il sourit en voyant les mains brûlées de l'elfe.

- Le système de sécurité vous plait ? Ironisa-t-il. C'est le Maître qui l'a créé.

- Où est Nariel, espèce de monstre ? Cria Nerhoear en se relevant.

L'orque poussa un couinement semblable à celui d'un iguane.

- Votre petite chérie va bien, dit-il en découvrant des dents pointues et grisâtres. Le Maître lui a accordé une entrevue en privé.

- Laissez-là ! Cria Nerhoear. Si vous lui faites du mal, je vous tuerais !

L'orque ricana puis claqua la porte. Nerhoear se rassit, un poids sur le cœur.

Plusieurs heures passèrent, et la porte se rouvrit. Le garde orque reparut puis dit dans un sourire narquois :

- Tiens, voilà ta belle petite. Amusez-vous bien.

Il poussa Nariel dans la cellule et referma la porte. La jeune semi-elfe se jeta dans les bras de Nerhoear. Il vit qu'elle pleurait.

- Qu'est-ce qu'ils t'ont fait ? demanda-t-il d'une voix faible.

- Je… Je ne sais pas, dit-elle entre deux sanglots. Il a posé sa main sur mon front et je… j'ai vu des choses…

Elle pleura encore.

- Quelles choses ?

- J'ai vu Fondcombe détruite… Je… je t'ai vu… il t'avait tué.

Nerhoear la serra dans ses bras.

- Quand il a eu fini, continua-t-elle, il… il avait… il avait les mêmes pouvoirs que moi. Il les a absorbés.

- C'est ça qu'il voulait ?... dit Nerhoear à voix basse.

Nariel hocha négativement la tête. Elle passa sa main sur la joue de Nerhoear.

- Il… veut te voir.

A ce moment, la porte se rouvrit. Nerhoear se leva.

Deux orques entrèrent, l'un d'entre tenant une paire de menottes. Nerhoear prit l'épée d'un des gardes et en frappa l'autre. Mais un homme apparut dans l'encadrure de la porte et frappa l'elfe avec la garde de son épée. L'orque lui passa les menottes, le souleva et le tira hors de la cellule.

Ils traversèrent de longs couloirs, puis le déposèrent dans une vaste salle semblable à celle que Nerhoear avait vu en rêve.

- Le Maître arrive, cracha l'orque.

Les yeux de Nerhoear voyaient encore flou, mais peu à peu tout redevint clair autour de lui. Il vit alors que l'homme à la cape (que ces orques appelaient leur « Maître ») se tenait devant lui et le regardait fixement.

Nerhoear entendit un bruit métallique. Levant les yeux, il vit que l'homme tenait une lame elfique. Il reconnut aussitôt la gravure sur la lame et sur le pommeau.

- Ma lame… dit-il.

L'homme le regarda avec un air amusé.

- Non, c'est la mienne. C'est celle que tu m'as volée et avec laquelle tu as tenté de me tuer.

Nerhoear le regarda avec incrédulité.

- M'as-tu oublié ? dit-il avec insouciance. Peut-être… as-tu besoin de te rafraîchir la mémoire ?...

Il porta la main à sa capuche et l'enleva. Son visage était très semblable à celui de Nerhoear, mais ses cheveux étaient plus sombres, presque noirs, et ses yeux entièrement rouges. On distinguait des cicatrices sur sa gorge et son front et son teint était très pâle, presque blanc.

- Tu te souviens, maintenant ?

Il sourit d'un air macabre et s'approcha d'un mur. Il désigna un tableau montrant trois elfes en armes. Nerhoear s'y reconnut aussitôt, et vit également l'homme à la cape au centre du tableau.

- Voilà, dit-il. Eljin, Hakunin et Arin. Trois guerriers dotés du pouvoir d'absorber la magie. Chaque guerre, chaque bataille, chaque mort nous rendaient plus forts. Les Istari eux-mêmes nous craignaient.

Hakunin s'approcha de Nerhoear et le regarda avec un sourire.

- Mais toi… Tu as faibli. Tu t'es entiché d'une elfe… Je ne me souviens même plus de son nom. Mais peu importe. J'ai eu pitié de toi, alors je l'ai tuée pour que tu te rende compte de ton erreur. Mais tu étais déjà devenu trop faible. Tu as refusé de comprendre. Alors nous nous sommes battus.

Nerhoear le regarda avec fureur.

- J'aurais du te tuer quand je le pouvais, dit-il avec rage.

- Mais tu l'as fait, dit Hakunin avec un sourire. Tu as pris mon épée et tu m'as frappé dans le dos. Mais ça n'a plus d'importance maintenant…

Il empoigna Nerhoear par le cou et serra. Il commença à suffoquer.

- Allez, qu'est-ce que tu attends ? Libère-toi, montre-moi si ton pouvoir est toujours aussi faible qu'il y a des années…

Nerhoear sentait ses poumons se bloquer, mais Hakunin ne le lâchait pas. Soudain, l'elfe poussa un hurlement et l'autre homme tomba à la renverse, comme soufflé. Il se releva presque aussitôt.

- C'est mieux… Mais insuffisant.

Nerhoear se leva et une lumière bleue apparut au creux de ses mains, brisant ses chaînes. Hakunin tendit la main et Nerhoear fut plaqué contre le mur. Il sentait la fureur monter en lui, mais tous ses membres étaient bloqués.

- Qu'est-ce qui te retiens ? Libère tout ton pouvoir ! Cria Hakunin.

L'elfe haleta et Hakunin le lâcha soudain.

- Je sais ce qui pourrait te délivrer…

Il claqua des doigts et deux Orientaux apparurent, Nariel à leur suite. Celle-ci portait des chaînes aux poings et aux pieds.

- Non… murmura Nerhoear.

Hakunin caressa doucement la joue de Nariel, puis un éclair jaillit de sa paume. La jeune elfe poussa un cri de douleur et tomba à terre. Nerhoear se redressa d'un bond et courrut vers Hakunin. Celui-ci l'évita sans peine et lança un autre éclair sur Nariel.

Nerhoear hurla de rage. Il tendit les mains et deux colonnes de flammes frappèrent les Orientaux. Il visa ensuite Hakunin et une autre flamme vint le frapper de plein fouet. Celui-ci tomba à terre, et Nerhoear se précipita sur Nariel. Il brisa les chaînes qui la retenaient et lui dit :

- Vite, sors d'ici.

- Pas sans toi, dit-elle.

- Je te rejoins, je vais le retenir.

Nariel se précipita vers la sortie et Nerhoear fit face à Hakunin. Celui-ci ne souriait plus.

- Eh bien, je dois dire que je suis impressionné… Peut-être que tu vaux plus que ce que j'avais crû.

Il agrippa Nerhoear par le front et celui-ci sentit son énergie le quitter. Il frappa de son poing au visage de son adversaire et saisit le sabre de l'un des Orientaux. Hakunin sortit le sien et leurs lames se croisèrent.

Nariel courrait aux travers des couloirs, sans savoir où elle se dirigeait. Elle était passée par l'armurerie où elle avait trouvé son arc et son équipement. Nariel entendit soudain un hennissement et courrut dans sa direction. Au bout d'une dizaine de minutes, elle trouva les écuries. Elle marcha sur la pointe des pieds et passa derrière un orque, puis chevaucha un étalon noir et galopa vers la sortie.

Nerhoear et Hakunin se battaient avec rage. Il était difficile de dire lequel éprouvait le plus de haine. Les deux combattants se valaient au moins au niveau du maniement de l'arme. Hakunin tentait parfois de lancer un sort, mais Nerhoear profitait de ce qu'il baissait sa garde pour frapper. Mais aucun des coups qu'il ne portait ne semblait blesser son adversaire. Hakunin bloqua soudain le sabre de Nerhoear et cria :

- Tu perds ton temps ! Même si tu parvenais à me vaincre, mon armée marche sur ta chère ville, et elle sera bientôt réduite en cendres.

Nerhoear attaqua avec colère et déchira la cape de son ennemi. Celui-ci s'en débarrassa d'un mouvement de bras et ils se remirent face à face. Hakunin lança alors :

- Je crains également que ta chère semi-elfe ne soit poursuivie par plusieurs de mes meilleurs cavaliers… Mais ne t'inquiètes pas, je ne la tuerais pas… Peut-être pourrais-je même altérer sa volonté…

Il sortit soudain un poignard de sa ceinture et le lança sur Nerhoear qui le reçut dans l'épaule. Il laissa tomber sa lame et Hakunin le mit à terre d'un coup de poing. Des éclairs sortirent à nouveau de ses mains et Nerhoear hurla de douleur.

Nariel chevauchait au plus vite qu'elle pouvait, mais les quatre autres hommes la rattrapaient rapidement. Elle se retourna et décocha une flèche. L'un des chevaux la reçu dans sous le cou et chuta. Déjà, l'un des autres Orientaux chargeait son arc d'une flèche couverte de somnifère. Nariel changea soudain de direction et la flèche se planta dans le sol. La fille d'Elessar comprit que si elle ne les semait pas au plus vite, elle était perdue.

Les éclairs pleuvaient sur Nerhoear qui n'était plus qu'à demi conscient. Hakunin le regardait avec comme de la pitié dans les yeux. Il cessa soudain et murmura :

- Voilà où t'on conduit tes sentiments…

Nerhoear tira profit de ce répit et arracha le poignard pour le jeter droit sur Hakunin. Pris au dépourvu, celui-ci ne put l'éviter, et il vint entailler son torse. Nerhoear se releva et récupéra sa lame de la main de son ennemi. Il la leva bien haut et l'abattit. Hakunin s'effondra sur le flanc, une large blessure ouverte sur le front.

Nariel tira les reines de sa monture et pénétra dans la forêt de Fangorn. Ses poursuivant s'y engouffrèrent à leur tour, et dès que le dernier d'entre eux eu pénétré la forêt, on entendit des grincements et les arbres se mirent à bouger. Nariel stoppa son cheval, et se retourna. L'un des Orientaux venait de se faire écraser par un Ent, et les autres fuyaient le plus vite qu'ils pouvaient.

- Merci, gardiens des bois, murmura-t-elle avant de repartir au triple galop vers Fondcombe.

A la tombée de la nuit, elle parvint à la cité. L'armée ennemie s'était regroupée à la lisière ouest de la forêt qui bordait Fondcombe. Les portes s'ouvrirent et elle s'y précipita. Elle descendit de cheval et un éclaireur s'approcha d'elle.

- Dame Nariel, l'ennemi est en marche. Ils devraient être là à la tombée de la nuit.

- Je sais, répondit-elle, je les ai vu.

L'elfe hocha la tête puis regarda la porte se refermer avec inquiétude.

- Où est Nerhoear ?