Chapitre neuf
Les forces ennemies avaient encore largement grossi depuis le dernier rapport des éclaireurs. Ce furent près de quinze milles soldats, orques, gobelins et hommes de l'Est qui encerclaient la cité elfique. Un grondement retentit dans les cieux, bientôt suivi de cris d'acclamation. Un gigantesque dragon apparut alors à l'Est.
Nariel Telcondar, postée sur le rempart au-dessus de la porte principale, reconnu tout de suite l'homme à la cape, chevauchant le monstre. Et si lui était là, ça signifiait que Nerhoear…
Le Maître brandit deux lames rougeoyantes et, comme un seul homme, l'armée se précipita vers les remparts de Fondcombe. Les archers elfiques tirèrent presque tous au même moment, fauchant un grand nombre d'hommes et d'Orques.
- Béliers ! Hurla un elfe.
Des archers orientaux et orques, postés aux pieds des arbres, décochèrent une volée de flèches. Des échelles furent posées sur le rempart Est. Nariel s'y précipita, l'arc au poing.
A des kilomètres au sud, un elfe galopait, grièvement blessé. Fondcombe n'était plus qu'à moins de deux heures, mais son état empirait. Il appuya sur son épaule pour tenter d'arrêter la blessure.
La bataille durait déjà depuis près de huit heures, mais Fondcombe tenait bon. Le Maître leva alors ses deux lames et décrivit une croix. Les officiers firent alors reculer leurs troupes sous les arbres qui bordaient la cité. La nuit commençait à tomber, et des feux furent allumés dans Fondcombe. De jeunes elfes parcoururent les remparts pour fournir les archers en flèches.
- Ouvrez la porte ! Ouvrez la porte ! Cria une elfe.
Nariel regarda dans la direction du cri, puis vit un cavalier elfe approcher de la cité au grand galop.
La porte sud s'ouvrit et la monture s'y engouffra. Nariel courrut vers le cavalier qui venait de mettre pied à terre et se jeta dans ses bras. Nerhoear chancela un peu, puis embrassa la jeune elfe. Nariel passa les mains sur ses blessures puis dit :
- Ce sont des blessures magiques… Je ne peux pas les soigner.
Elle s'occupa tout de même de son épaule, puis ils retournèrent aux remparts. Les tambours battaient de nouveau, et l'on vit des arbres s'effondrer. Nerhoear plissa les yeux pour mieux voir et aperçu… des dizaines de trolls. Armés d'épées, de haches et de masses, ils se rassemblèrent pour former toute une ligne.
- Sur la muraille ouest ! Cria Nerhoear. Visez le cou !
Les archers bandèrent leurs arcs.
Le dragon alla se poser derrière eux, puis repartit dans les airs, sans son cavalier. L'homme en cape se mit en tête de la ligne. Nerhoear poussa une exclamation.
- Encore en vie ?...
Hakunin donna le signal et la horde de trolls avança vers les murailles. Les elfes décochèrent leurs flèches mais le Maître créa une barrière de flammes devant lui. Deux trolls arrivèrent face à la porte et donnèrent des coups de hache.
- Reculez ! Eloignez-vous de la porte ! Ordonna Nariel.
La porte tint bon, et Hakunin cria avec impatience :
- Poussez-vous, trolls stupides.
Les créatures reculèrent et il tendit la main vers la porte. Il y eut un frémissement puis celle-ci vola en éclats. Nerhoear sortit sa lame du fourreau et sauta en contrebas. Nariel mit deux flèches à son arc et tira dans la gorge d'un troll.
Les lanciers elfes se mirent en position défensive et abaissèrent leurs lances pour bloquer l'avancée des monstrueux trolls. On entendit des cors retentir dans la forêt et l'armée chargea de nouveau.
La bataille était à son paroxysme. Tous, hommes, elfes, orques ou trolls se battaient avec rage. Au cœur de l'affrontement, Hakunin et Nerhoear se faisaient face, lames à la main. Nariel fauchait autant d'ennemis qu'elle le pouvait, mais ses provisions de flèches s'amenusaient rapidement.
La situation commençait à très mal tourner pour les elfes. Il n'était plus que deux cents, pour la plupart épuisés et blessés. Nariel vit alors Hakunin désarmer son aimé. Elle lui décocha une flèche qu'il ne put éviter, trop occupé par son duel. Poussant un cri de rage, il l'arracha de son dos et la brisa. Nerhoear, profitant de ce que son adversaire ne le regardait pas, se releva et récupéra sa lame.
Soudain, un cor retentit dans la cité et des hommes sortirent de la forêt, chargeant les orques et les Orientaux. Nerhoear observa leurs capes noires et murmura :
- Les Dunedains… Le Gondor a du les avertir !
En effet, un instant plus tard, des hommes en armure attaquèrent à leur tour.
- Pour la Cité Blanche ! Cria leur meneur.
Nariel le vit et reconnu aussitôt son frère Eldarion, souverain du Royaume Réunifié.
Hakunin pesta de rage en voyant les renforts arriver. Il serra les poings et un cercle de flammes se traça autour de lui. Il s'en écarta puis prononça quelques mots dans une langue étrange. La terre dans le cercle se fissura et soudain éclata, laissant apparaître… un Balrog.
Tout sembla se figer. Le monstre de flammes poussa un long hurlement qui fit trembler le sol. Il tenait une longue lame faite de feu et de ses yeux semblaient couler de la lave. Il brandit son arme puis l'abattit. Plusieurs archers tirèrent, mais les flèches paraissaient minuscules face à ce titan. Il frappa de nouveau, détruisant tout une partie de la muraille. Nerhoear se concentra et leva les mains vers le Balrog. Le bras armé de celui-ci gela presque aussitôt, puis explosa.
La créature hurla de plus belle et frappa de sa main valide sur l'elfe. Celui-ci s'accrocha aux griffes qui tentaient de l'écraser, puis remonta jusqu'au crâne. Il prépara qui vint crever l'un des yeux du monstre. Dans un dernier cri, il s'effondra, détruisant quelques habitations. Nerhoear tomba à terre, inanimé.
Les combats reprirent dans la cité. Il n'y avait plus d'ordre, de stratégie. Partout régnait le chaos. Hakunin reprit ses lames et attaqua Nariel, qui n'eut que le temps de se baisser pour éviter le coup. Elle ramassa une lame par terre puis croisa le fer avec l'homme à la cape. Nerhoear se releva et se précipita vers Hakunin.
Le Maître tint ses deux lames devant lui et fit quelques mouvements d'attaque vers Nariel, qui les contra du mieux qu'elle pu. Nerhoear frappa Hakunin au bras, et du sang commença à couler. Mais le Maître ne ressentit aucune douleur et continua de combattre.
Autour d'eux, les deux camps étaient à peu près à égalité. Deux trolls furent abattus par les Dunedains, tandis qu'un autre tua une douzaine d'hommes du Gondor. Les orques tombaient sous les flèches des rares elfes survivants.
Soudain, Hakunin tendit la main et Nariel tomba à la renverse. Nerhoear frappa de sa lame sur le visage de son adversaire et celui-ci chancela. Hakunin lança une colonne de flamme sur Nerhoear qui se protégea derrière un bouclier de glace. Nariel se remit sur pied et tira une autre flèche sur le Maître. Nerhoear planta sa lame dans sa gorge et Hakunin s'effondra.
Nerhoear se pencha sur lui et posa sa main sur son front.
- Qu'est-ce que tu fais ? Cria Nariel.
L'elfe aspira l'énergie de son ennemi, lui arrachant des hurlements de douleur. Nariel s'approcha de Nerhoear et cria :
- Arrête !
Nerhoear lâcha prise. Hakunin était devenu encore plus pâle, et ses yeux étaient vitreux.
- Il ne méritait pas de vivre, dit sombrement Nerhoear.
Leur chef étant incapable de se battre, l'armée ennemie se disloqua et prit la fuite. Des Orientaux encerclés rendirent les armes. Nariel s'assit contre un mur, épuisée. Un homme sortit des rangs de Dunedain et Nerhoear le reconnu tout de suite.
- Gandalf ?...
Il n'avait pas changé depuis son départ pour les Terres Immortelles. Il s'avança vers Nerhoear et posa les mains sur ses épaules.
- Seigneur Nerhoear, je suis heureux de vous voir en vie, dit-il d'un ton solennel qui fit sourire son interlocuteur.
Nariel se leva et sourit à son tour.
- Vous êtes revenu pour nous aider ? La nouvelle de notre détresse a donc atteint Valinor ?...
- Je vous vois extenués et couverts de blessures. Une nuit de repos s'impose.
Nerhoear hocha la tête. Un autre elfe aux cheveux bruns s'approcha et dit :
- Vous avez défendu cette cité mieux que je ne l'aurais fait moi-même. Je pense avoir très bien fait mon choix.
Nariel sursauta en entendant la voix de son grand-père.
- Seigneur Elrond ? dit Nerhoear d'une voix enrouée.
- Du repos, répéta Gandalf le Blanc. Nous aurons largement le temps de fêter cette victoire dignement demain.
Nariel se blottit contre son aimé et ils rejoignirent leur chambre.
