Disclaimer : Redondance. Mais warning : reprise du dialogue de l'anime dans l'épisode fatidique...

Note : Le merci des awards ! Merci pour vos reviews, et toujours désolée pour l'attente impardonnable, je sais. La suite est déjà en très bonne voie, en fait j'ai dû couper ce chapitre.

Note 2 : Ce chapitre, pas vraiment d'avancement dans l'action. Un gros flash-back sur la défaite de Light.

Merci encore à Maude... pour m'avoir gentiment forcée à écrire... Thanks ! Et petit cadeau d'anniversaire, sinon t'aurais attendu j'te jure.

Chapitre 4 : L'instinct de la trahison.


"Le génie réside dans l'instinct." Nietzsche.

"Je ne demande pas à Dieu de rien changer aux événements, mais de me changer relativement aux choses de me laisser le pouvoir de créer autour de moi un univers qui m'appartienne, de diriger mon rêve éternel au lieu de le subir. Alors, il est vrai, je serais dieu. » Gérard de Nerval. Paradoxe et vérité


8 novembre 2004

Light parvint au bout de quatre bonnes heures à assimiler les émissions de Misa -que L diffusait en continue- comme un arrière fond sonore auquel on n'accordait aucune importance, juste un léger bruitage qui était juste irritant, comme le bruit d'un mouche qui volait près de vos oreilles, mais qu'à force de soupirer de gêne, vous compreniez qu'elle ne partirait et que n'ayant ni insecticide, ni tapette à proximité, vous acceptiez sans plus.

En somme, il s'y était habitué au point que ça ne le gênait plus.

Fallait-il préciser une fois de plus que Light était extrêmement doué quand il s'agissait de se mentir à soi-même ?

Le jeune homme était toujours allongé, sa posture avait à peine changé. Ce n'était pas pour se donner l'air profond qu'il gardait cette même attitude, ni même pour prouver à L que sa condition ne le gênait absolument pas, car il était confiant dans sa libération.

Non. Il ne s'agissait absolument pas de ça.

C'était juste qu'allongé ainsi, les mains croisées derrière la tête, son regard était fixé sur le plafond.

Le plafond et pas les barreaux de la cellule.

Le plafond et pas les murs

Le plafond et pas l'absence de fenêtres.

Juste le plafond.

Tant qu'il garderait le cou résolument droit, il ne pourrait pas voir les barreaux de la cellule, tant que ses pupilles ne bifurqueraient vers la gauche ou la droite, il ne verrait pas les murs exempts de fenêtres, tant qu'il ne se relèverait pas, il ne verrait pas les menottes gisant sur le sol.

Ce n'est pas qu'il était claustrophobe. Non, L s'était déjà assuré il y a quelques mois de cela qu'il ne l'était pas. Après tout, ce n'était pas sa première incarcération extrêmement surveillée, il aurait dû être habitué au confinement.

Et justement, il y était habitué.

Non, ce qui le gênait, c'était ce qu'il y avait sur les murs.

Une étagère de livres sur la façade de gauche, un évier et des toilettes au fond, enfin un bureau, une chaise et même une lampe derrière son lit. L ne lui avait pas préparé une cellule de prison, mais un véritable petit studio aménagé, un petit appartement presque convivial.

C'est ce qui rendait Light mal à l'aise, et ce malaise il pouvait à peine le contenir et encore moins l'oublier.

Sa première cellule, celle à sa demande lorsqu'il voulait prouver qu'il n'était pas Kira était des plus sobres, des plus conventionnelles, mais dans celle-ci tout lui criait :

Bienvenu, j'espère que tu aimes l'ambiance cosy car tu es là pour rester !

Un gargouillement le coupa dans sa pensée cynique, il baissa la tête vers son estomac, son corps était moins enclin à résister que son esprit. L'humour peu original de L, avec ce cliché du pain sec et de l'eau l'avait laissé affamé et assoiffé. Bien qu'il ait bu un verre d'eau, sa gorge restait sèche sans qu'il ne puisse l'expliquer.

Il se leva pour la première fois depuis quatre heures et se dirigea vers l'évier. Effectivement, il avait oublié de préciser que L avait poussé l'ambiance conviviale à faire installer un miroir au-dessus de l'évier, une brosse à cheveux, à dent, du dentifrice et un after-shave de sa marque préférée. Si Light se souvenait bien, le détective lui avait précisé ironiquement, qu'il ne voulait pas que la prison puisse changer son apparence d'enfant parfait.

Le jeune homme grogna en voyant son visage se refléter dans la glace murale. Ses yeux étaient devenus plus petits à cause du manque de sommeil. Depuis qu'il était dans cette cellule, il n'avait pas dormi une seule fois. Light ne pouvait pas dire quand exactement, il avait pris ses nouveaux appartements provisoires, mais ça devait bien faire plus de 24 heures, voire presque 48, puisque L l'avait laissé appeler son avocat – sans couper l'émission de Misa bien entendu. Imaginez si cet avocat ne savait pas comment brûler ses cookies, ce serait un drame-.

Ses cheveux étaient dans un affreux désordre, certainement, qu'être allongé sur le sol plus de six heures d'affilées n'aidait pas. Il tourna la valve du robinet et laissa couler de l'eau froide dans l'évier, espérant se refaire une hygiène corporelle passable avec les moyens du bord. Parce que bien évidemment, L n'avait pas installé de douche -un after-shave, un miroir : oui. Mais une douche ? Non, allez comprendre sa logique-. Simplement, parce qu'il attendait que Light ravale sa fierté pour lui en faire la demande. Fréquemment, la naïveté de L arrivait toujours à l'étonner.

Ainsi, Light se lava le visage avec une bonne rasade d'eau froide, se la giclant particulièrement sur les yeux. Puis, avec une brosse à cheveux, il se recoiffa méticuleusement, d'un geste de main sec et gracieux, n'oubliant pas une seule mèche. Enfin, il s'observa à nouveau dans le miroir.

La brosse alla rouler sur le sol de rage.

Méticuleusement lavé et essuyé, les cheveux dans un ordre parfait, qui ne souffrait d'aucun défaut, Light voyait toujours quelque chose de sale dans son visage. Quelque chose était différent, mais il ne parvenait pas à dire quoi. Mais quelque chose était là, une différence dans son expression qu'il ne pouvait pas identifier, cependant elle était là. Quelque chose qui n'était pas là avant, une sorte de crasse sur sa figure.

L'ombre d'une crasse sous ses yeux, au coin de son rictus, dans ses traits.

Il était sale.

Instinctivement, par réflexe, le meurtrier leva la tête et tendit l'oreille, attendant une remarque sarcastique de L sur son narcissisme pour se regarder ainsi dans une glace...

… rien.

Light soupira, au moins on lui avait épargné ça. Peut-être le détective avait-il décidé de le lâcher aujourd'hui ? Il se rallongea sur le lit, sentant une nouvelle vague de fatigue le frapper, bien qu'il savait qu'elle ne l'aiderait pas à atteindre Morphée. Malgré son repos de quatre heures sur sa couche, le sommeil n'avait pas pu le gagner, une pensée parfois vague, parfois saisissante le maintenait éveillée à chaque fois qu'il était aux portes du monde des rêves.

C'est ce que Light faisait souvent lors de sa première incarcération, quand il s'ennuyait, il dormait. Paisiblement, il se retranchait dans le sommeil, dans une partie inconsciente de son esprit où personne ne le trouverait, où personne – L – ne viendrait envahir sa bulle personnelle, où rien ne pourrait le gêner – L -, un lieu où il avait tout le calme possible.

Mais à présent, ça aussi lui était interdit.

Profitant du fait que L ne le regarde pas pour une fois, il se prit la tête entre les mains et lâcha une brusque exclamation de rage.

Pourquoi avait-il dû perdre ?

Comment avait-il pu perdre ?

Où est-ce que son plan, qui semblait si parfait, avait révélé une faille ?


« - Ryûk ! »

Misa fut surprise du montant de haine qu'elle pouvait voir dans les yeux de Rem, généralement si vides et apathiques. Elle ne comprenait rien à la situation, la shinigami était là, debout devant elle, aussi calme qu'à son habitude, quand tout d'un coup, elle s'était avancée vers le mur pour l'appeler Ryûk ?

Ce nom lui disait quelque chose...

Le long bras osseux de Rem se tendit, faisant claquer ses articulations. Elle pointa du doigt le mur et grogna :

« - Que fais-tu ici ? »

Misa cligna des yeux tout d'un coup, Rem désignait quelqu'un d'autre, qu'elle ne pouvait pas voir... mais bien sûr un shinigami ! Ryûk, mais oui, c'était le shinigami de Light !

« - Rem ! Le shinigami de Light est ici ? Je veux le voir ! » S'écria Misa en se redressant sur le lit. Lui, il pourra lui dire pourquoi Light ne lui répond plus au téléphone.

Avant que Rem ne puisse répondre, ou même esquisser le moindre mouvement, Misa sentit quelque chose tomber sur sa main. Elle baissa les yeux et vit à ses pieds un death note, la première chose qu'elle sache de lui, avant même qu'elle ne puisse se rendre compte de l'apparence de Ryûk, c'était son rire.

« - Kukuku »

Il était terriblement cassant.

Elle releva la tête, pour voir l'énorme shinigami, à présent juste au-dessus d'elle, qui était toujours assise sur son lit. Il la dominait de toute sa hauteur, et de son point de vue, les ombres de son visage renforçaient l'aspect mesquin de son air.

« - Ryûk ? Je suis Misa, la petite amie de Light ! Tu sais où il est ? »

Rem était figée derrière l'autre shinigami, que venait faire Ryûk ici ? Il était tout sauf revanchard et devait bien être l'un des dieux de la mort le plus froid, le plus indifférent, le plus insensible au monde. Il était donc impossible qu'il vienne se venger du sale tour qu'elle avait joué à Light Yagami, que pouvait-il en tirer ?

« - Ryûk ! Siffla Rem, en tentant de le distraire de l'attention de Misa. Je répète, quel sale tour viens-tu jouer ici ? »

Ryûk haussa les épaules. Ce n'est pas qu'il se faisait une joie d'obéir aux ordres de Light, comme il ne se faisait pas une joie d'embêter Rem, mais cette dernière avait pratiquement condamné Light à mort, et par là même, allait lui retirer son divertissement.

Le shinigami ne s'était pas encore assez amusé à son goût, et il refusait d'attendre jusqu'à ce que L décide de tuer Light... d'après ce qu'il avait pu voir de la durée de vie de Light, ce serait terriblement long. Alors il était bien prêt à faire bouger les choses. Puisque ce serait en sa défaveur de tuer Kira et que ce serait un danger pour sa propre longévité, le seul choix qui lui restait était d'agir en sa faveur, pour l'instant.

Avec un petit plus, des pommes.

« - Je viens simplement exécuter une course pour Light » Rit-il en se moquant de l'aspect de Rem. Celle-ci n'avait pas joué très fair-play et avait manqué de rompre de peu une règle fondamentale chez les dieux de la mort, alors, il pouvait bien ricaner de la vengeance de Light. Ce n'était que de bonne guerre.

Les yeux de Misa étincelèrent quand elle comprit que Light avait envoyé Ryûk lui donner un message, elle pressa à nouveau le shinigami.

« - Dis moi Ryûk, Light t'a-t-il confié un message pour moi ? Il ne peut pas téléphoner ? Il est sous surveillance, c'est ça ? »

Ryûk recula et laissa place théâtralement à Rem d'un immense geste de bras, qui le faisait véritablement ressembler à un bouffon.

« - Pourquoi ne lui expliques-tu pas où demeure Light, Rem ? Après tout, tu dois être la mieux informer. »

Les yeux de Rem devenaient d'un jaune profond, couverts par un flot de haine si intense que pour la première fois, la shinigami fit peur à Misa.

« - Qu'y gagnes-tu ?

- Rien, répondit Ryûk, avec un ricanement.

- De quoi parle-t-il, Rem ? » Fit Misa, d'une voix inquiète en se tournant vers la shinigami. A genoux sur son lit, les deux mains posées à plat sur sa couette, son air de petite fille... tout ça allait partir quand Rem lui dirait.

Le dieu de la mort ne voulait pas être la cause de la douleur dans les yeux de Misa. Elle l'a déjà tant vu souffrir, mais elle aurait dû se rappeler pourquoi Light a failli gagner... et ce qu'elle a perdu en le trahissant.

« - J'ai dû le faire Misa, dit-elle après avoir lancé un regard pointu à Ryûk, elle le haïssait presque autant que Light Yagami. Ces deux là se ressemblaient bien. Light Yagami aurait causé ta mort, il aurait jeté ta vie comme si elle ne valait rien. Jamais il n'aurait senti de la gratitude, ou de la reconnaissance pour tout ce que tu as fait pour lui. Je ne voulais pas te voir souffrir encore...

- Qu'as tu fait, Rem ? » Demanda Misa en baissant la tête, sa frange blonde cachait ses yeux, et ainsi son expression à Rem. La jeune femme avait peur, peur de voir un shinigami comme Rem, qui paraissait si insensible, se justifier. Elle avait peur de ce qui avait poussé cette haine pour Ryûk...

« - L allait l'arrêter, vous arrêtez. Je n'ai pas eu le choix, j'ai préféré te sauver.

- Qu'as-tu fait Rem ? » Répéta la jeune femme. Sa voix devint glaciale, et même si Misa n'avait plus le death note, le shinigami pouvait revoir cette femme qui avait tué de sang froid des humains, qui aurait été prête à tuer son amie pour protéger son secret. Cette femme si forte, qui avait préféré se faire torturer que de vendre Light.

« - J'ai fait un marché avec L... Light Yagami a été arrêté. »

Cette femme dont la pire peur, avait été d'oublier son amour pour Light.


5 novembre 2004

Si L était arrivé au rang qu'il occupait aujourd'hui, c'est-à-dire, les trois plus grands détectives au monde, on vous dirait sans conteste que c'est grâce à son intelligence. Ceux qui disaient ça n'avaient ni tort, ni raison, disons qu'il manquait quelque chose.

L'instinct.

L aurait pu faire bien d'autres choses du don que la nature lui avait donné, mais il avait choisi de devenir détective, de travailler pour la police, simplement parce qu'il était aussi né avec l'instinct de policier. L'instinct qui faisait que vous vous attardiez particulièrement sur un minuscule détail, qui peut se révéler être la clé d'une enquête. L'instinct qui faisait que vous voyiez derrière une apparente vérit, trop simple et trop logique, le fin mot de l'histoire.

Son instinct, L l'avait toujours béni.

Aujourd'hui, il le maudissait.

Parce que son instinct lui donnait un bien mauvais présage.

L n'était pas croyant, c'était un homme de raison et de logique. Son esprit fonctionnait en probabilités mûrement calculées et en faits, pas en rumeurs, pas en approximations. Non, l'esprit de ce détective était particulièrement logique.

Pourtant, il croyait en l'instinct, parce qu'il avait appris à la dure à l'écouter.

Son instinct hurlait, lui hurlait de fuir, de se cacher.

Son esprit lui hurlait que c'était trop tard.

Que son pacte avec le diable avait atteint son terme.

L était monté sur le toit pour mieux entendre ces hurlements. Comme si les cris n'étaient pas une invention de son esprit mais bien réels, comme si l'air puait vraiment une odeur de mort. Comme le chien hurle à la mort quand il sent une fin venir, L sentait sa mort.

C'était une véritable tempête qui se déchaînait sur lui. La pluie battait sa peau, le fin tissu de son t-shirt n'apportait aucune protection à la véritable attaque qu'il subissait. Il pouvait sentir partout sur son corps la froideur de la pluie, elle était glaciale.

Sentir.

Bientôt il ne sentirait plus rien. L se plaisait presque dans cette violence, ça lui rappelait qu'il était en vie, encore en vie.

Glaciale.

Autant que l'était son cœur à l'instant.

L s'était toujours considéré comme quelqu'un de peu expressif, voire avec une maladie dans le domaine affectif, simplement parce qu'il avait énormément de mal à ressentir.

Gratitude, reconnaissance, chagrin, colère, tristesse, amitié, amour.

Le détective les comprenait mentalement, il comprenait la substance que secrétait le cerveau, comme il comprenait les réactions physiques du corps humain à chacun de ces comportements sociaux.

Mais lui ? Il ne les avait jamais ressenti.

La seule personne, dont il pouvait dire sincèrement, sans aucun doute, qui ne lui était pas indifférente, c'était Watari.

Et encore, L savait que c'était juste parce que le vieil homme avait toujours été là, la plus grande partie de son existence. Il était une constante, une agréable habitude, dont il avait peur de se défaire.

C'était cet espèce de vide que ressentait son cœur habituellement. Mais pas aujourd'hui.

Aujourd'hui.

Il avait froid, très froid.

Était-ce parce qu'il sentait la mort venir ? Ça pouvait être possible, la peur de la mort lui glacerait-elle le sang ? Créerait-elle cette mélancolie et cette...

colère ?

Etait-il furieux que ça se finisse ainsi ? Furieux, parce que ce n'était pas juste, il avait trouvé l'arme qu'utilisait Kira, il avait attrapé Higuchi ! Il avait gagné, c'est lui qui devrait se tenir debout maintenant.

Pourtant...

L sentait qu'en attrapant Higuchi, il avait signé son arrêt de mort. Ce n'était pas seulement une impression, il l'avait vu dans les yeux de Light.

Son attitude restait la même, ses paroles ne muaient pas, son objectif était toujours devant lui.

Mais son regard, les yeux ne pouvaient pas mentir et L voyait dans ce regard le plus grand assassin au monde, un meurtrier avec un sang-froid inégalable. C'était le regard de Light avant son incarcération, avant sa perte de mémoire.

Le Light qu'il avait cru être Kira.

Le Light qui est Kira.

Un regard calculateur et malveillant.

L l'avait observé parfois à la dérobé et l'expression de Light puait une joie sadique.

Light Yagami : Kira.

La raison de cette colère, de ce cœur glacé, figé, résidait en un nom, en une personne. Light l'avait battu, sur tous les plans. Intellectuellement, l'adolescent s'était montré plus doué, plus vif, plus imprévisible que lui, L. Il l'avait forcé à révéler son vrai visage, une chose qu'il n'aurait jamais cru possible. C'était déjà une énorme défaite pour le détective.

Mais il l'avait aussi vaincu sur un plan qu'il pensait hermétique.

Le cœur.

L n'avait pas menti quand il décrétait qu'il était son ami, son premier ami. Light avait réussi à s'insinuer dans son cœur sans qu'il n'y prenne garde. Il avait réussi à faire naître tout ce que L n'aurait jamais voulu ressentir : le souci, l'amitié, la souffrance, la peur, la déception... la colère.

Si L était aussi en colère, c'était parce que Light avait même réussi à prendre le dessus sur des émotions qu'il avait pensé jusqu'à présent être inexistantes. Light Yagami l'avait dominé sur tous les terrains, il avait tout perdu.

De là venait la rancune que L n'admettrait jamais.

Light allait le tuer, sans ciller.

Alors que L...

...tenait à lui.

Il leva la tête vers le ciel noir, espérant pouvoir distinguer derrière les nuages denses et sombres un faisceau de lumière.

Lumière, Light.

Tout revenait tôt ou tard à lui.

La pluie claquait contre sa peau, pourtant il ne tremblait pas. Peut-être parce que la température de la pluie n'était pas très différente de la sienne.

Il avait si froid.

L se demanda un instant, si c'était ça qu'on ressentait lorsqu'on était...

Trahi ?

La pluie claquait encore plus fort contre sa peau, dans ses yeux, mais il s'obligea à les garder obstinément ouvert, même si ça faisait mal. L'idée de fermer ne serait-ce qu'une seule fois les paupières le rendait mal à l'aise.

« - Qu'est-ce que tu viens faire sur le toit Ryuzaki ?

Les hurlements s'intensifiaient.

- Qu'est-ce que tu viens faire ici, Ryuzaki ? »

L baissa légèrement la tête vers Light, à l'entrée du toit.

Light, la cause de toute cette pluie.

Les cris, il les comprenait enfin : ces cris résonnaient étrangement comme le son des cloches.

Ding, dong... ding... dong !

La musique, l'ode qui annonçait la mort.

Light ne les entendait pas ? Comprendrait-il ce que L voulait lui dire ?

« - Il y a le son des cloches. »

Le jeune homme s'avança, un bras devant le visage pour protéger sa face de la pluie abondante.

« - Des cloches ? » Demanda-t-il, un air curieux.

L tourna à nouveau son regard vers le ciel, pourquoi n'arrêtaient-elles pas de sonner ?

« - Oui. Je ne sais pas ce qui se passe, elles sonnent vraiment très fort aujourd'hui. »

L sentait enfin la différence sur sa peau. Les gouttes d'eau devenaient presque chaude comparées au froid qui le dévorait, un froid qui s'intensifiait devant l'incompréhension de Light.

Tu ne comprends pas Light... ce son, celui de mes funérailles ?

« - Tu en es sûr ? Moi, je n'entends rien. »

L ne supportait pas le regard du jeune homme, qui le regardait presque avec pitié, comme s'il parlait à un fou. Cet air éternellement condescendant, qu'est-ce que le détective ne donnerait pas pour l'effacer de son visage. Il n'était pas fou, il n'avait jamais été aussi lucide de toute sa vie.

« - Ah bon ? Pourtant elles n'arrêtent pas de sonner. C'est difficile de ne pas le remarquer. Ça doit venir d'une église. Il y a peut-être un mariage ou alors... » Ou alors, oui, ou alors un enterrement.

Tu ne peux pas l'entendre Light, parce que ce n'est pas toi qui te trouve à l'autre bout.

L regarda enfin directement Kira dans les yeux. Ce faux air de soucis, cet intérêt pour lui, son amitié, rien que des mensonges et des manipulations.

Froid.

Ce froid, c'était le souffle que respirait Kira quand il lui clamait son soutien. L'air qu'il dégageait quand il disait être son ami.

Menteur.

Pour une fois, juste une fois, L aurait aimé que Light soit honnête avec lui. Il aurait aimé valoir la peine de la vérité, qu'il arrête de lui mentir, de lui faire croire que tout allait bien, que ce soir, demain, ou la semaine prochaine, il n'allait pas mourir.

Il aimerait que Light arrête de lui sourire alors qu'il allait être son meurtrier.

L ne put manquer cette occasion de lui demander :

« - Depuis que tu es venu au monde, t'est-il arrivé ne serait-ce qu'une seule fois de dire la vérité ? »

Il se regardèrent un instant dans les yeux, et un moment, le regard de Light perdit de sa froideur. L sentit la morosité le quitter, pourrait-il prendre pitié d'un condamné à mort ? Pourrait-il trouver en lui encore un reste d'humanité pour prendre la perche que lui tendait L ? Pourrait-il lui prouver qu'il n'était pas si mauvais...

Light reprit tout à coup son air condescendant, et L ne s'était jamais senti aussi amer de toute sa vie.

« - Mais qu'est-ce que tu racontes, Ryuzaki ? Oui, c'est vrai il m'arrive de mentir de temps en temps mais bon personne ne peut se vanter d'avoir toujours dit la vérité au cours de sa vie, ça paraît impossible. Il n'existe personne qui soit parfait à ce point. Ça arrive à tout le monde de mentir. Malgré tout, je me suis toujours efforcé de ne blesser personne quand j'ai été obligé de mentir. Voilà, c'est ma réponse à ta question. »

Ta réponse c'est : meurs ! Tu n'es rien pour moi.

Tu ne blesses personne quand tu mens, Light ?

Ainsi, je suis Personne ?

L sentait la colère devenir plus grande, sans accepter de la nommer.

Le détective ne put cacher le mélange de déception et d'irritation dans sa voix alors que son regard se figea sur le sol :

« - Je savais que c'est ce que tu me répondrais. »

Puis, L soutient le regard de Light, qui ne dit rien de plus à sa remarque. Il secoua la tête, lança un dernier regard au toit, et rentra à l'intérieur avec son ami. Lorsque L rentra dans le bâtiment, le soudain changement de température le fit prendre conscience de sa folie.

Il allait tomber malade... ou alors il n'en aurait même pas le temps.

Le détective alla chercher de quoi se sécher, avant de retrouver Light assis sur les marches de l'escalier. Le jeune homme était presque aussi trempé que lui, et pourtant, malgré toute l'humidité qui couvrait ses cheveux, les mèches qui tombaient devant ses yeux, les vêtements mouillés, il restait toujours aussi élégant et attrayant. Alors que lui, L, ressemblait sûrement à un rat mouillé.

Ah, la vie n'était vraiment pas juste.

« - Eh ben, c'était vraiment terrible toute cette pluie. » Fit L, d'un ton badin, c'était juste une remarque comme ça, pour engager à nouveau la conversation. L'idée que Light puisse l'ignorer, ignorer un instant son existence, qui ne tenait plus qu'à un fil lui donnait la nausée.

Light l'accusa pour l'état dans lequel ils se trouvaient tous les deux, et L approuva simplement. Pourtant, il n'était pas obligé de rester aussi longtemps sous cette pluie, le détective ne l'avait pas invité à venir, se pourrait-il qu'il voulait le voir une dernière fois avant de... ?

Un instant le froid le quitta, fondit comme neige au soleil à cette idée, et il baissa les yeux vers les pieds nus de l'adolescent. Subitement, sans réfléchir, il écouta ce que lui soufflait une petite voix en lui, l'instinct qui sait, et il s'agenouilla devant Light pour lui essuyer les pieds.

« - Mais enfin qu'est-ce qui te prend ? »

L essuya délicatement la plante des pieds de Light, tout en le regardant. Il n'avait jamais vu une expression aussi sincère dans son visage, cette fois, l'étonnement n'était pas feint. Ça faisait du bien de savoir qu'il y avait des gestes, que même Kira ne pouvait pas manipuler.

« - Je voulais t'aider un peu à te sécher. Je vois que tu fais ça avec tellement d'application. » Le détective ne put empêcher d'ajouter le sarcasme, mais sa voix subitement lasse et monotone coupait tout l'effet qu'aurait dû avoir ses paroles moqueuses.

Light eut l'air embarrassé en insistant pour dire que ce n'était pas la peine. L ne l'écouta pas, et continua son travail. Ils restèrent tous les deux silencieux, le détective bifurqua quelques fois son regard vers le visage de l'adolescent qui restait toujours légèrement détourné, était-il vraiment embarrassé ? Pour une fois, son regard froid et cruel ne le prenait pas de haut, il ne le dominait même plus de ses yeux, se soumettant complètement aux gestes de son ennemi.

L toucha la peau glacée de Light, la caressant doucement avec la serviette. Il avait la preuve de la fragilité de cet enfant en main, qui n'était pas Dieu, juste un humain. Il pourrait le blesser s'il voulait, même le tuer, maintenant. Light était fait de chair et de sang, il était vulnérable et pourtant...

Le détective aurait sûrement tout donné, tout l'argent et le pouvoir qu'il possédait pour savoir ce que pensait réellement Light devant son geste incompréhensible : essuyer les pieds de son meurtrier, la pose même de Judas avant qu'il ne trahisse Jésus et l'envoie au supplice. L lui-même tenta d'interpréter cette envie subite. Voulait-il, d'une façon noire, lui faire comprendre qu'il savait comment il l'enverrait à la mort ?

Non, ça sonnait faux.

Soudain, L sentit un tissu chaud se presser contre son front.

« - Tu es encore trempé. » Dit Light en détournant à nouveau le visage, mais le détective put avoir un bref aperçu de son regard : chaud, doux et triste.

Il n'aurait jamais cru que Light puisse laisser une seconde partir la façade de l'horrible Kira pour un geste, un geste qui montrait qu'il se souciait vraiment de lui. Sa main, à l'aide de la serviette caressa doucement les cheveux désordonnés avec des gestes circulaires, s'attardant quelques fois sur son front où coulait quelques gouttes.

Il n'aurait jamais cru que Light puisse être aussi doux, que son toucher puisse être aussi réconfortant.

L résista à l'envie de sourire tristement, maintenant il comprenait son propre geste. D'une certaine façon, l'adolescent lui disait qu'il était désolé, peut-être pas consciemment, mais désolé de perdre Ryuzaki dans cette bataille pour la justice, c'était juste nécessaire.

Et lui, en s'agenouillant devant le jeune homme, L lui disait...

...

« - Merci Light. »

Merci pour avoir réchauffé mon coeur, juste une minute.

Mais ça n'a rien de personnel.

Ils restèrent tous les deux à nouveau silencieux, comprenant que le silence disait plus maintenant que tous les longs discours, il n'y avait plus grand chose à dire, c'était leur façon de se dire adieu. Light regardait le sol à côté de L, faisant tout pour éviter son regard, sentait-il le remord ? La culpabilité ? Ou bien comme lui... le regret ?

S'ils s'étaient connus autrement, dans un autre monde, tout aurait pu être différent. Si Light n'avait pas été le possesseur de ce death note, qu'est-ce qui aurait changé ?

Le regret aussi parce que...

L n'abandonnerait pas.

Il ne se laisserait pas mourir sans combattre, l'un des deux doit mourir, et malheureusement pour Kira, il détestait perdre.

C'était ça, la fatalité ? Le froid, pas la trahison, mais la fatalité.

C'était...

« - Triste, tu ne trouves pas ?

- Quoi ?

- C'est bientôt l'heure de se dire adieu. »

_ Flash-back_

L avait quitté Light, Watari, et tous les membres du groupe d'enquête. En somme, il s'était débarrassé pour un instant de toutes nuisances extérieurs pour n'avoir à entendre que son propre esprit qui travaillait pour trouver quelle était la meilleure et la plus rapide stratégie à adopter pour coincer définitivement Kira.

Et il avait trouvé l'endroit parfait pour ça.

Une pièce, dans l'avant dernier étage de l'immeuble. Une pièce, où seul lui avait l'autorisation d'entrer. Une pièce qu'il avait expressément faite construire, à l'aide de ses propres plans. L n'avait pas la fibre artistique, mais cela n'avait pas d'importance quand il s'agissait d'une salle comme celle-ci.

Le vide.

C'est ce à quoi on pensait dès qu'on rentrait dedans. Elle ne faisait pas plus de 24 mètres carré. Les murs étaient d'un blanc parfait sans défaut, à l'image du sol, un carrelage blanc et froid, sans striure. Il n'y avait aucun meuble, aucune trace de vie, la pièce était irrémédiablement vide de toutes traces de la main de l'homme. Mais le plus surprenant était l'absence de fenêtres. En somme, seul l'air qui passait sous la porte apportait de l'oxygène au lieu.

C'était la première fois que L y entrait, son t-shirt blanc, et sa peau si blafarde, renforçait encore cette impression de non vie. S'il devait y avoir un purgatoire, il aurait été fait à cette image.

Cet endroit ne souffrait d'aucune distraction possible, il était vraiment seul avec lui-même; comme oblitéré, enfermé dans une boîte qui pourrait vite rendre claustrophobe. Parfois, ce genre de pièces étaient conçues pour être une véritable torture mentale pour un individu.

Ce vide, où rien n'était palpable, excepté les quatre murs, et le sol, dont seule la froideur était preuve de notre conscience, ce blanc sans tâche rendait vite fou. L le savait.

Pourtant, lui se trouvait en paix, à l'abri de toutes nuisances. Enfin, il pouvait réfléchir à son prochain pas. Le détective savait quel plan devait être adopté pour déjouer Light, c'était juste qu'il avait dû mal à l'accepter.

La règle des 13 jours.

Elle était fausse, il en était certain à 95,6%.

Presque autant que Light est Kira : 99,9 %

Cette décimale restante, il savait qu'il devait l'attribuer à sa propre faiblesse.

Cette valeur quasi nulle détenait des espoirs que lui, L, le plus grand détective au monde n'avait pas le droit d'avoir. Il était censé être impartial, comme ce que son personnage symbolisait : la justice. Pourtant, ce 0,01 %, était cette lumière d'humanité, qui espérait vraiment que Light ne soit pas Kira, que son premier ami ne soit pas son pire ennemi.

L s'accroupit au centre de la pièce, les yeux dans le vide.

Blanc, pur, juste, vide, comme ici. Cette chambre devrait refléter son âme, ce qu'il devait être. Le détective s'était assez donné à ses sentiments, il était temps de les écarter et d'agir. Mais c'était plus facile à dire qu'à faire parce que...

La règle des 13 jours.

Cette règle, ce plan, sa décision allait mettre fin à tout. D'une manière ou d'une autre. Si L avait raison, et que la vérification de cette règle allait prouver sa falsifiabilité, Light serait acculé et n'aurait d'autres choix que d'avancer sa reine, d'user de son plan maintenant. Et alors, L n'avait aucun doute... si maintenant, il tentait d'arrêter Kira, il allait mourir.

Mais si son instinct se montrait faible, et que Light n'avait pas encore trouvé le moyen de le tuer, alors... ce serait le jeune homme qui mourrait, et L qui gagnerait. Il n'y avait que deux alternatives possibles.

Une chance sur deux.

Non. L se mentait, il savait que les chances qu'il n'en ressorte pas vainqueur étaient bien plus faibles en réalité, il le sentait.

Et puis, si jamais, il avait vraiment tort. Si jamais, il gagnait... Light aurait perdu. Pourrait-il accepter que tout se finisse ce soir ? Etait-il prêt à ce que ça finisse ?

Cette enquête lui avait demandé tant de tempsl et de sacrifices. Kira avait été le plus grand défi de toute sa vie, il l'avait obligé à déployer toute son intelligence.

L ne s'était jamais senti, ironiquement, aussi vivant. Chaque jour, il avait pour une fois, véritablement risqué sa propre vie, et jamais il n'avait eu autant conscience de sa propre mortalité. L n'était pas qu'un symbole... c'était un être humain, comme tout le monde.

Et puis... pourrait-il à nouveau tomber dans l'ennui d'une enquête banale ?

Et puis... pourrait-il à nouveau trouver quelqu'un comme Light ?

« - Tu dois mourir. »

L cligna des yeux, brusquement. Il tourna légèrement la tête, pour apercevoir la shinigami. Comment comment l'avait-elle trouvée ? C'était paradoxale, avec la présence du dieu de la mort, la pièce parut encore plus éphémère et irréelle qu'avant. Le corps gris du shinigami pouvait presque se noyer, jusqu'à se fondre dans le vide.

Elle était debout derrière lui, et L sentait le poids de ses grands yeux jaunes posés sur lui. Il se releva, courbé pour se tourner face à elle.

« - Tu dois mourir » Répéta Rem, d'une voix sans inflexion.

L hocha la tête, il s'y était assez préparé. Il eut un rictus amer, alors son instinct avait bel et bien raison. Pour une fois, il aurait tant espéré avoir tort.

« - Je sais. » Fit-il de sa voix monotone, en se relevant pour tenter de se tenir partiellement à la hauteur du dieu de la mort.

Rem regarda L étrangement, ne craignait-il pas sa mort ? Elle avait assez observé les humains pour savoir que ça devait être l'une de leur plus grande peur : la mort. Le pathétique des hommes quand ils disparaissaient la dégoutait. Mais lui...

« - Tu vas me tuer, Rem ? Je dois envoyer la facture de mes obsèques à Light, je suppose ? »

Elle secoua la tête de haut en bas, comme pour approuver.

Et voilà, le détective avait la confirmation, Light était Kira, est Kira. Son instinct ne lui fera donc jamais faux bond ? Il n'arrivait même pas à se réjouir de cette nouvelle, pourtant il aurait dû ! Il avait eu raison... mais...

« - J'aurais dû te tuer. »

L remarqua immédiatement le changement dans la tournure de la phrase, pas un futur, pas une certitude. Soudain, l'idée qu'il puisse ne pas mourir germa en lui. Un instant, ses yeux perdirent de leur monotonie habituelle, heureusement pour lui que la shinigami ne connaissait pas assez les humains pour reconnaître ce changement, aussi perceptible soit il.

« - Light Yagami m'a ordonnée de te tuer, il m'a forcée, manipulée, siffla Rem, pleine de véhémence, dégoûtée à cette pensée. Tu deviens un danger, pour lui, pour Misa. Si je ne t'arrête pas, tu l'arrêteras bientôt.

- Misa ? Elle était le deuxième Kira, n'est-ce pas ?

- Elle n'a rien avoir, Light Yagami l'a si bien manipulée, qu'elle n'a même pas remarqué. Cet homme est ignoble, un être humain dégoûtant."

L remarqua aisément, le changement subtile dans la voix de Rem, il y avait de la colère, de la haine, et toute cette véhémence était dirigée contre Light. Le détective se demandait vraiment comment son ennemi a pu attiser la colère d'un dieu de la mort.

«- Tu tiens à Misa Amane, remarqua le détective, en s'accroupissant à nouveau. Comme c'est étrange, un shinigami avec un coeur. »

Rem n'approuva mais ne démentit pas non plus les paroles de L.

Si la shinigami détestait tant Light, et qu'elle avait en effet le pouvoir de tuer des humains, pourquoi n'a-t-elle pas tué Kira ? Cette idée avait dû forcément lui effleurer l'esprit, et L doutait fortement qu'elle était restreinte par un bon sens moral. Alors pourquoi ?

Il aurait pu le demander, mais proposer si froidement à Rem de tuer Light, le gênait horriblement. Il ne pouvait pas faire naitre cette option chez elle, si elle n'y avait pas pensé.

« - Tu protèges Misa, déclara-t-il.

A nouveau, il n'eut aucune réaction, mais qui ne dit mot consent.

- Light Yagami est un danger pour elle, un plus gros danger que toi. Si je te tuais plus personne ne serait là pour retenir cet homme. Plus personne ne se soucierait de ce qu'il adviendrait de Misa, il la conduira à la mort, plus cruellement que toi. »

L ne put qu'approuver les paroles de Rem. Il était plus qu'évident que Kira ne se souciait absolument pas de la jeune fille, mais de là à tuer Misa, tant qu'elle ne se mettait pas en travers de sa route, Light n'avait aucune raison de la tuer. Et connaissant l'amour de la femme envers Light, elle ne ferait rien qui puisse lui déplaire.

« - Plus personne dis-tu ? Donc toi y compris. Ainsi, un dieu de la mort n'a pas le droit de tuer ?

L aurait bien lâché un ricanement devant l'ironie de la situation.

- Un dieu de la mort peut tuer, le contredit-elle. Seulement, pas sous certaines conditions.

L était curieux, mais il ne s'avança pas à demander à Rem lesquelles. Il savait qu'elle ne répondrait pas, elle ne lui dirait sûrement pas le moyen de la tuer.

- Mais Light les connait, n'est-ce pas ? En me tuant, il te tue, d'une pierre deux coups. »

L avait pu encore une fois cacher sa fascination malsaine pour le jeune homme dans sa voix. Si intelligent, si ingénieux, qu'il avait même pu trouver le moyen de tuer un dieu de la mort. Peut-être était-ce vrai, peut-être qu'effectivement, il était un dieu.

La haine dans les yeux jaunes répondit à sa question. Light allait la tuer aussi.

« - Je vois. Mais pourquoi venir me dire ça Rem ? La seule raison qui te pousserait à me faire ces confidences, c'est...

- Oui, je veux que tu arrêtes Light Yagami.

L secoua la tête, il était un génie, loin d'être dupe, Rem ne faisait pas ça juste par vengeance.

- Tu m'aiderais à arrêter Light, seulement, tu veux que je laisse Misa en paix, n'est-ce pas ?

Rem secoua la tête à nouveau, sa voix redevint monotone, à l'image de celle du détective.

- Je ne peux pas, elle a tué, du moins autant sinon plus que Kira. Si je la laisse à l'air libre, je protège un meurtrier.

L ne se doutait pas que ces dernières paroles étaient prophétiques, il n'aurait jamais deviné ce qui allait arriver.

- Ce sont mes conditions. Light Yagami en échange de toi et de Misa. » Fut la réponse brève de Rem, qui ne se souciait pas de le convaincre parce qu'elle savait, elle comprenait tout à fait quel choix était le plus avantageux pour L. Les hommes veulent tous vivre.

« - Qui me dit que Misa ne se vengera pas si je l'arrête ?

- Je jure de l'éloigner pour le reste de sa vie du death note. Si ça peut te rassurer, il ne lui reste plus beaucoup de temps. Je veux qu'elle profite du reste de sa vie. »

L nota que Rem, sans le vouloir, lui donnait plus d'information qu'il n'espérait. Ainsi, les shinigami pouvaient connaître la durée de vie qu'il restait à vivre à un homme. Une autre pensée lui vient immédiatement à l'esprit, le deuxième Kira, donc Misa, possède le pouvoir de tuer rien qu'en voyant un visage, pourquoi pas Light ?

« - Misa est plus dangereuse que Light, continua-t-il à argumenter, tout en sachant que c'était faux. Le génie de Light était terrifiant tant il était immense. Elle peut tuer rien qu'en voyant un visage, elle a vu le mien, elle peut me tuer. Si j'arrête Light, je n'ai aucun doute sur ma fin. »

L ne doutait pas du fait que Rem ne tenait pas plus à sa vie qu'à celle de Light, seulement, elle haïssait Kira juste un peu plus. Le dieu de la mort secoua la tête plus rapidement et les breloques accrochaient à ses oreilles tapèrent contre son cou osseux, provoquant un tintement qui se répercuta longuement comme un écho dans toute la pièce.

« - Non. Elle ne peut plus tuer, elle ne possède pas un death note et elle ne sait plus comment obtenir ce pouvoir. »

L remarqua que Rem aimait rester vague, elle n'aimait vraiment pas lui dire plus qu'il n'en fallait sur le cahier de la mort et son pouvoir. Mais si le détective était prêt à faire le sacrifice de Misa, il devait tout savoir.

« - Elle ne sait plus ? Obtenir ce pouvoir ? Rem, tu devras être plus clair si tu veux qu'on fasse un marché. »

L aurait vraiment ri de la situation quelques mois auparavant si on lui avait dit qu'un jour qu'il marchanderait avec un dieu de la mort. Il aurait envoyé le pauvre homme faire une lobotomie du cervelas pour repérer la zone du cerveau dans laquelle est englobée toute la folie.

Rem resta silencieuse quelques secondes, puis d'un autre hochement de tête, consentit.

« - Le possesseur du death note peut faire l'échange des yeux de la mort, qui lui permet de voir le nom et le temps de vie restant d'une personne, rien qu'en voyant son visage.

- Échange ? Que doit-il donner en échange ?

- Tu es malin humain. Il doit donner la moitié du temps qui lui reste à vivre. »

L comprit immédiatement que Light avait refusé cet échange. Ironiquement, cet adolescent qui prenait la vie chaque jour, comme si elle n'était rien, quelque chose sans valeur, avait accordé plus d'importance à sa propre vie qu'au pouvoir. Peut-être qu'effectivement il n'avait pas encore tout saisi de Light.

« - Et Misa l'a fait.

Ça ne l'étonnait pas tant de la part de Misa Amane.

- Rem tu as sous-entendu qu'elle n'a plus ce pouvoir, qu'elle ne sait plus comment l'utiliser, pourquoi ? »

La shinigami resta à nouveau silencieuse, comme une morte. Elle détestait vraiment révéler les secrets du death note.

- Le possesseur du death note peut renoncer à sa possession. S'il le fait, il perd tous les souvenirs qui ont un rapport avec le death note. »

Rem n'a jamais su quelle bombe elle venait de lâcher sur L. Il comprenait tout à coup le changement si subite de Misa lors de son interrogatoire, elle avait renoncé à ses souvenirs pour n'avoir jamais à trahir celui qu'elle aimait. Et Light, durant son incarcération avait fait la même chose, mais à un tout autre dessein, que L croyait avoir déjà deviné.

La bombe n'était pas là, ce qui le détruisait, le rongeait...

Light, à un moment, n'avait vraiment pas été Kira.

Quand il était menotté à lui, quand il l'avait aidé à arrêter Higuchi, quand il avait préféré sauver les victimes de Yotsuba plutôt que de remporter la victoire, ce n'était pas un plan de Kira. Quand il se souciait de lui, ce n'était pas la manipulation d'un meurtrier, Light disait la vérité.

A un moment, Light avait vraiment été son ami.

Ça aurait dû soulager L, de se rendre compte qu'il avait peut-être eu raison de le considérer comme son premier ami. De savoir que son instinct, que son coeur ne l'avait pas totalement trahi en se fiant au jeune homme. Mais au contraire, l'amertume et le regret le dévorait, Light avait été innocent à un moment, le regard sans haine, sans colère avait été vrai, c'est ce qu'il serait devenu s'il n'avait pas trouvé le death note.

Un homme plus juste que L lui-même.

L sentit vraiment pour la première fois de sa vie une haine sans nom pour le death note qui avait détruit tant de vie, et la première, celle de Light. Qui avait été la cause de toute cette douleur, il n'avait jamais été plus sûr qu'aujourd'hui pour dire que ce cahier était maléfique.

Il avait changé Light Yagami en un meurtrier, pourquoi lui ?

Et Kira lui avait volé son ami, il lui avait repris Light.

« - Comment s'est-il retrouvé en possession du death note ? Demanda-t-il, cette fois même Rem put lire la colère dans la bouche de L.

- Je l'ignore.

C'est vrai qu'est-ce que ça changeait ? On ne peut pas refaire le monde.

- Mais aujourd'hui, il est bien Kira. Je le sais, je le vois.

- Oui.

L mit un doigt sur ses lèvres, le mordillant légèrement pour se concentrer sur autre chose que cette colère et ce regret qu'il peinait à maîtriser.

- Après l'arrestation d'Higuchi, il s'est mis à changer... le death note, si on le récupère, si on le touche, on retrouve la mémoire. » Conclut-il, tout à coup.

Rem n'avait pas besoin de dire quoique ce soit, L comprenait tout seul.

Light avait abandonné le death note pour perdre la mémoire et convaincre ainsi la cellule d'enquête qu'il était innocent. Mais avant ça, il avait ordonné à une tiers personne de remettre l'autre death note (donc celui de Misa) à quelqu'un qui s'en servirait, à quelqu'un dont les ambitions seraient si démesurées qu'il ne pourrait pas rester cacher. Ensuite, il savait que L, toujours soupçonneux, ne le quitterait pas des yeux. Il serait alors forcément intégré à l'affaire Kira, Light n'avait plus qu'à attendre que le détective -dont il n'avait pas sous-estimé le génie- arrête Higuchi, trouve le cahier de la mort, pour retrouver la mémoire.

Si L n'avait pas arrêté Higuchi... alors Kira serait mort, Light Yagami aurait pu continuer à être cet adolescent innocent, sans aucun souvenir de ses crimes pour toujours. Cette pensée rongeait L, c'était lui, lui qui avait ramené Kira à la vie, c'était son devoir de l'arrêter alors.

« - Où est le death note de Kira ? Sa voix redevint monotone, en se convaincant que ce Light innocent n'était qu'une illusion savamment orchestrée de Kira.

- Je te le dis, si tu me donnes ta parole de ne pas arrêter de Misa. »

L n'avait jamais montré d'hésitation dans ses choix. Voulait-il arrêter Light ? Non... la question était mal posée, voulait-il arrêter Kira ? Oui. Ce meurtrier, si cruel lui avait donné le malheur d'éprouver de l'amitié, de l'affection pour quelqu'un, avant de lui reprendre cruellement.

Il n'avait jamais autant haï Kira, c'est pour ça que ses sentiments se turent. C'est ce qui trouva la force en lui de cesser définitivement ce combat, même s'il devait laisser Misa libre, maintenant son objectif n'avait jamais été aussi fixe.

« - Tu l'as. »

Rem ne faisait pas confiance aux humains, elle les avait vus dans leur pire moment, en côtoyant Light Yagami. Ses yeux jaunes ne manquaient pas d'expression alors qu'elle sifflait :

« - Je te préviens, si tu manques à ta parole. Je te tuerai. »

Elle lui tourna le dos pour rejoindre à nouveau Light, ne voulant pas manquer la chute de cet homme là, si arrogant et manipulateur. Rem n'éprouvait aucun intérêt pour les humains -excepté Misa- à l'inverse de Ryûk, mais elle savait que l'arrestation de cet humain là, ne l'ennuierait pas.

« - Rem. » L'interpella L, une dernière fois.

Elle tourna légèrement la tête, d'un geste si bref que le détective n'avait pas pu voir le mouvement, seulement le bruit de ses breloques amplifiées par l'écho dans cette salle vide, lui indiquait qu'elle l'écoutait.

« - Le shinigami de Kira ne viendra-t-il pas se venger ?

- Non. Ryûk et Light Yagami se sont particulièrement bien trouvé. »

_Flash-back_

Light ne comprenait pas ce sentiment de malaise perpétuel qui ne le quittait plus. Il aimait penser que c'était l'anxiété de sa future victoire qui le rendait ainsi mais le sentiment âpre sur sa langue, la lourdeur dans son estomac, la raideur dans ces muscles étaient tout sauf agréable.

« - Je suis content que cette enquête touche bientôt à sa fin. » Fit Soichiro, qui se tenait debout, bien droit juste en face de Light. Celui-ci s'était adossé naturellement contre le mur, juste à quelques centimètres de l'entrée, et il s'y tenait depuis plus d'une heure, comme s'il pouvait faire venir L plus vite.

La disparition du détective était curieuse, très curieuse, quand on savait qu'il n'avait d'autres loisirs que de tenter de coincer Kira, c'est-à-dire lui.

Light fit un léger sourire à son père, les bras croisés l'air nonchalant et parfaitement détendu.

« - Maman et Sayu t'ont très peu vu, tu pourras passer plus de temps avec elles. »

Soichiro fronça les sourcils, approfondissant les traits creusés de son visage.

« - Tu ? Nous, je n'oublie pas tout ce que tu as dû sacrifier dans l'affaire Kira, mon fils. Mais maintenant, c'est bientôt fini. »

Light eut un léger hochement de tête, ayant l'air d'approuver les dires de son père. Son regard bifurqua un instant vers son estomac, sentant ses tripes se nouer. Pourquoi Soichiro n'arrêtait-il pas de répéter que c'était la fin ? La vieillesse sûrement, ça devenait redondant.

Fini, fini, adieu... pourquoi tout le monde parlait de cette fin ? Rien n'était fini, tout aller commencer. Un nouveau monde, pour lui, pour son père, pour eux tous, sauf pour L. Inconsciemment, il se mouva imperceptiblement vers la droite, juste d'un petit pas vers l'entrée.

C'est vrai, L n'assisterait pas à son nouveau monde, ses yeux ne s'éclaireront jamais de la pureté de son paradis. C'était triste qu'un si brillant adversaire que ce détective devait être sacrifié pour que quelque chose d'autre puisse renaître.

Mais nécessaire.

Light pinça les lèvres, alors que sa main alla brosser un poil qui s'était posé sur le bas de sa chemise, d'un air dégoûté.

Triste ?

Non, pas triste.

La porte automatique s'ouvrit soudainement, et l'entrée subite de l'air changea légèrement la température, il tressaillit à cause du courant d'air qui venait de secouer le bas de sa chemise.

Froid.

Il n'eut pas besoin de se tourner, ni même de faire vaciller son regard pour savoir que c'était L qui était entré. Une odeur de fraise sucrée flottait dans l'air et Light retroussa le nez dans une mine dégoûtée, comment pouvait-on survivre avec les habitudes culinaires de cet homme ?

Soichiro capta l'air de Light, et il eut un rire qu'il assourdit en mettant une main devant sa bouche.

« - Si ta mère verrait ça, elle deviendrait malade. »

Light hocha à nouveau la tête, un sourire sur les lèvres au plus grand bonheur de Soichiro. Parfois, le policier se sentait encore plus vieux quand il posait un regard sur son fils. Light n'avait que 18 ans, et durant ces derniers mois il avait traversé tant d'épreuve, subit tant de stresse, et jamais sans craquer.

Même quand on l'accusait d'être un meurtrier mondial, son fils accusait les soupçons sans haine, juste avec la volonté de prouver son innocence. Il était si courageux et responsable, mais ne ressemblait tellement pas un adolescent que parfois Soichiro sentait un pic au cœur.

Il avait élevé Light de façon sévère mais juste, autoritaire mais aimante, mais peut-être attendait-il trop de lui ? Un garçon aussi jeune que son fils ne devrait pas être capable de pouvoir supporter quelque chose de cette ampleur. Alors voir un sourire sur son visage, le soulageait énormément, ça lui rappelait qu'il était encore un enfant.

Peut-être que c'est pour cette raison, que le vieil homme ne cessait de répéter à son garçon que c'était fini, pour se convaincre lui-même que ce cauchemar était définitivement terminé. Que la mort ne planerait plus autour de leur tête, qu'il n'aurait plus à trembler à l'idée qu'un jour son fils s'effondre soudainement et que lui ne pourrait rien faire d'autre que de le regarder impuissant et prostré. Il n'aurait plus peur de laisser derrière lui une femme et une fille.

Son fils allait pouvoir reprendre une vie normale.

Lui et toute sa famille.

L entendit la remarque puisqu'il se tourna vers eux, et claqua les dents de façon sonore pour croquer la fraise entre ses lèvres, la mastiquant sans aucune gêne, ouvrant grand la bouche à chaque mastication, leur laissant tout le plaisir de voir le processus d'ingurgitation d'une fraise dans la région buccale.

Light recula la tête, jusqu'à toucher le mur.

« - Ryuzaki, tu es terriblement malpoli.

L suça son doigt, longuement, et Light roula des yeux.

« - Désolé. Je m'excuse, vous en vouliez ? » Demanda-t-il, en tendant l'un des fruits qui reposait dans son autre main. Light tendit la main devant lui pour frapper loin celle de L.

Soudain, le malaise dans son ventre monta en crescendo.

L'air de L au lieu d'être boudeur ou méprisant, détenait quelque chose de sournois, un contraste étonnant avec sa lassitude d'il y a quelques heures.

Light se crispa instantanément, alors qu'il repéra enfin, Watari juste derrière lui, qui le regardait avec un air bien plus insistant que d'habitude. Étrange pour cet homme aux habitudes si anglaises, qui, par un souci de politesse, ne fixait pas les gens d'une façon aussi appuyée.

Le détective fit un clin d'œil à Light.

« - Watari peux-tu amener une chaise à monsieur Yagami ? Je crois qu'il en aura besoin. »

Le vieil homme secoua la tête, L mettait en place une vrai scène de théâtre qui allait bientôt tourner à la tragédie.

Le détective ne quitta pas du regard le meurtrier, voulant savourer chaque respiration de Light, comme si c'était la dernière, même un cil qui bougeait ne lui échappait pas. Il ne voulait manquer aucune de ses expressions, pour rien au monde.

Sa victoire lui tendait les mains et il allait la prendre.

La rancune avait chassé toute hésitation.

Il eut un gloussement de plaisir en voyant l'hésitation dans le regard de Light.

Comprends-tu ? Sens-tu ce froid qu'on ressent quand on est... trahi ?

L ne rêvait pas, si Light pensait vraiment qu'il hésiterait à l'arrêter, alors il était fou. Non, L n'était pas un idiot, il savait que pour le jeune homme, il ne représentait rien d'autre qu'une nuisance particulièrement collante, alors être la cause de cette sensation glaciale : la trahison, c'était une chimère.

Non, c'était son intelligence qui l'avait trahie. Sa confiance lui avait planté un couteau dans le dos.

Il avait perdu.

Quand s'en rendrait-il compte ? Quand cet air ineffable d'arrogance, de confiance et de maîtrise se briserait pour laisser la laideur de Kira sortir ?

Jamais ?

Sa victoire aurait été complète si pour une fois, il voyait le vrai visage de Kira.

« - Écoutez moi tous. » Fit L d'une voix que tous auraient décrite comme monotone. Mais c'était faux, Light sentait la différence de timbre, c'était comme un cri, un cri de joie. Quelque chose était différent.

Le froid s'intensifiait.

« - Je voudrai tous vous remercier pour avoir contribué à cette enquête, votre courage a été apprécié. »

A été ?

Light aurait voulu froncer les sourcils devant l'attitude plus qu'inhabituelle du détective, mais il ne pouvait pas faire un geste sans que le regard de L ne se dirige immédiatement vers lui. Pourquoi le fixait-il ainsi ? Pourquoi parlait-il au passé ? Pourquoi les remerciait-il alors que ce n'était pas fini ? Pourquoi... cette mise en scène ?

Tant de pourquoi, que Light sans ce malaise, sans ce froid aurait tout de suite résolu. Des questions dont il aurait trouvé les réponses sans même avoir besoin de réfléchir longuement. Mais là, c'est comme si son intelligence avait disparu au profit de la... nervosité.

Light n'osa même pas serrer les dents devant son propre constat. Nerveux ? Il ne l'avait jamais été, alors pourquoi maintenant. Quelque chose allait se passer, quelque chose de grave.

Au rictus de L, sa tentative de cacher ses pensées derrière sa nonchalance avait des failles. Un plaisir sadique brillait dans ces pupilles habituellement sans vie.

« - Surtout toi, Light, personne n'a pu y contribuer autant que toi.

Light eut un haussement d'épaule, alors qu'un très léger sourire étirait ses lèvres.

- Bien sûr que non, L. La capture d'Higuchi était l'œuvre de tout une équipe.

Ce faux air de modestie, d'humilité, qu'est-ce que le détective ne donnerait pas pour le briser.

- Non, je pense vraiment que c'était ton travail. » Insista L en secouant la tête, d'un air certain. Il mit une main devant la bouche de Light pour couper court à sa prochaine tentative de nier. Matsuda secoua la tête, en s'approchant, l'air mécontent.

- Light a raison, on a tous bossé très dur. »

L ne le regarda même pas, les yeux toujours sur Light alors qu'il répondit :

- Oui, merci pour le café Matsuda. »

Le policier émit un son étranglé de vexation, agitant les bras de façon plus que grotesque. Mais L et Light n'y firent pas attention, leur regard plongé l'un dans l'autre. Chacun essayait de déterminer ce que l'autre avait compris, ce que l'autre avait découvert, quelle pièce de l'échiquier avait été bougée pour coincer le roi ? Noire ou blanche ?

Du coin de l'oeil, Light vit Watari se diriger vers la porte, comme pour bloquer l'unique sortie.

« - Non, j'insiste Light. Cette affaire est après tout, née de toi.

- Que veux-tu dire, Ryuzaki ? » Demanda Soichiro.

La nervosité du jeune homme montait, et montait. Pour la première fois, il quitta du regard sa Némésis pour chercher Rem.

Où était passée cette maudite shinigami ?

Il était impossible qu'elle n'ait pas compris à quel point lui et Misa étaient sur un précipice qui allait s'effondrer. Light ne savait pas ce qui avait poussé cette soudaine activité chez L, mais il se doutait que sa disparition étrange d'une heure en était là cause, qu'avait-il fait ?

Eh bon Dieu ! Où est Rem ?

Aurait-elle renoncé à sacrifier sa vie pour Misa ?

Soudain, L écarta les bras du corps pour se mettre à applaudir d'une façon expressément sonore, ses mains claquèrent si fort qu'elles rougirent au fur et à mesure. Light serra les poings, le détective se moquait de lui.

« - Ça va Ryuzaki ? » Demanda Matsuda, perplexe.

Les autres policiers de l'équipe d'enquête restèrent silencieux, comprenant que quelque chose allait se passer.

« - J'admire ton ingéniosité, Light, j'avoue, je te loue.

- Tu n'as rien à m'envier, répondit Light, en feignant un sourire, toujours aussi modeste.

- Si. Je t'assure, fit L en démentant, d'une façon niaise qui faisait bouillir le sang de Kira... comment osait-il le transformer en bouffon d'une pièce de théâtre ? Je n'ai jamais réussi à tuer une équipe entière du FBI sans attirer les soupçons. Je n'ai jamais réussi à faire plier le président des Etats-Unis et ce n'est pas faute d'essayer. Je n'ai jamais réussi à tromper ma famille aussi bien que tu l'as fait. Du grand art, Kira, continua-t-il, d'une voix qui pour la première fois détenait quelque chose d'autre que de l'ennuie.

Soichiro serra les poings et perdit son air calme, là c'en était trop. Beaucoup trop.

- Cette fois, Ryuzaki, ça suffit laisse Light en dehors de ça. Il n'est pas Kira. »

La voix du policier était froide et autoritaire, c'était celle-là même dont Soichiro se servait pour réprimander ses enfants quand ils étaient plus jeunes. Mais sur L, qui ne connaissait pas le concept de famille... il y avait peu de chance qu'elle ait le même effet. Malgré tout, l'adolescent remarqua que L eut tout de même la décence de cesser ses moqueries. Sûrement par respect pour son père.

« - Il est Kira. J'en ai la preuve, irréfutable. » Fut la réponse simple du détective, qui après cette déclaration claire s'était avancé d'un pas, encore plus proche de Light si ça avait été possible. Et Kira n'avait pas omis le fait que Watari venait soudainement de mettre sa main dans la poche avant de sa veste.

Tous les policiers soupirèrent à cette vieille chanson alors que Soichiro devint rouge de colère. Ne laisserait-il jamais son fils en paix ?

« - Laquelle est-elle ? Fit Light, en secouant la tête, l'air faussement las. Ses épaules tombèrent comme découragé.

- J'attendais que tu le demandes. La règle des 13 jours est fausse. »

Light sentit des sueurs froides couler le long de son dos.

Que faisait Rem ?

Subitement, quelque chose d'aussi vif et douloureux qu'une morsure l'étreignit, le marqua. La shinigami était en face de lui, depuis tout ce temps. Au fond de la pièce, se dessinait dans le mur juste son visage inhumain ainsi que sa jambe et son bras droit, le reste fondant dans la façade métallique.

Ses yeux jaunes semblaient encore plus profond aujourd'hui, alors qu'elle aussi le fixait sans le lâcher du regard.

Light comprit :

Elle ne l'aiderait pas.

Elle l'avait trahie.

Tout à coup, la porte automatique s'ouvrit et à nouveau, le courant d'air fit hérisser les poils sur le dos de sa nuque. Une dizaine de personnes en noirs, des casques sur la tête qui ne laissaient même pas apercevoir leurs yeux débarquèrent, chacun armé jusqu'aux dents.

Watari le désigna d'un signe de tête au chef de file. Les autres n'attendirent aucun ordre, de cet apparent supérieur pour l'entourer et éloigner le reste de la cellule d'enquête de Light. Et enfin, il distingua l'objet qui se fondait avec la tenue du chef de file.

Aussi noir que sa combinaison.

Un cahier noir.

Son cahier.

Son death note.

Rem.

Quelque chose d'à la fois glaciale et brûlant, de si froid que ça en devenant chaud, l'étreignit, cette chose le prit aux tripes, le mordant, le frappant, s'ancrant en lui. Ça tournait dans sa tête, dans son ventre, une soudaine nausée voulait sortir, s'échapper de lui, il baissa la tête légèrement en avant comme s'il pouvait cracher cette impression dégoûtante mais rien n'y fit.

Light avait compris.

Il avait perdu.

Par un pur masochisme, il releva la tête vers L, son ennemi. Celui-ci détenait maintenant son death note et l'agitait devant ses yeux, un rictus sur les lèvres. Dire qu'il pensait que son expression ne pouvait être autre chose que figée dans une éternelle monotonie.

Ce rictus était si mesquin, si... jouissif, que Light sentait le reste de son repas remonter jusque dans sa gorge. Même son corps exprimait son dégoût.

« - Le rideau est tombé. Tu as perdu. Autrement dit : échec et mat, Kira. ».


8 novembre 2004

Une table et un jeu d'échec dessus, les deux génies face à face s'affrontaient dans un de leur match les plus difficiles.

« - Tu as déjà joué ton tour. » Remarqua L, en frottant son œil droit fortement.

Light, était assis sur une chaise, les bras croisés, un rictus satisfait sur les lèvres en voyant le cavalier rouler sur le sol.

« - Non. Le cavalier que je t'ai lancé dans l'oeil était l'une des pièces que j'avais vaincu de ton côté du terrain. Je n'ai pas touché l'échiquier. »

L, accroupit sur sa chaise, se pencha en avant vers le sol, pour constater qu'effectivement, c'était un cavalier blanc qui était maintenant au pied de sa chaise. Il releva la tête, juste à temps pour intercepter de la main droite une tour qui filait à tout allure vers son front.

« - Au cas où Light-kun ne l'a pas remarqué, siffla le détective sèchement. Les pièces doivent bouger sur l'échiquier et non sur mon visage.

Le meurtrier eut un sourire à fendre son visage en deux.

- Mais c'est tellement plus amusant. »

L lui lança un long regard significatif. Depuis qu'il s'était présenté dans la cellule de son prisonnier avec un échiquier, Light avait trouvé amusant de redéfinir des règles aussi anciennes que l'échec, surtout les lois mêmes des pièces en bois, qui selon la masse et la morphologie n'étaient pas aptes à un test d'aérodynamique.

« - Est-ce vraiment utile ? » Demanda L, ennuyé, en tentant de récupérer les pions devant le jeu de Light, de peur qu'il se souvienne qu'il lui restait des munitions.

- Étonnamment, oui, répondit le jeune homme en croisant les jambes et en bousculant légèrement sa chaise vers l'arrière, l'air nonchalant. J'ai constaté que le cavalier avait une plus grande adhérence dans l'air et une trajectoire bien mieux défini que la tour. Son impact est aussi plus... hmm... comment dire... Light eut un ricanement. Marquant.

L se retint de lui lancer un regard noir, simplement parce qu'il avait à présent beaucoup de mal à ouvrir l'œil droit. Le museau du cavalier, taillé presque en pointe avait eu une portée direct sur son iris.

- Je vais noter ça pour le tribunal : tentative de m'infliger des dégâts irrémédiable. Cela va peser lourd sur ton CV : meurtre, mutilation, schizophrénie, blasphème, atteinte à la personne, aurais-je encore de la place ? Se demanda L, en mordillant son pouce, comme si la question était vraiment sérieuse. Si je devenais aveugle, sais-tu les peines que tu encourrais ?

Light ne perdit pas son air de gamin, mesquin et sournois.

- Tu promets ?

- Dire que j'étais venu pour que tu ne t'ennuies pas trop. La gratitude, Light-kun, la gratitude, grommela L en penchant son corps en avant vers l'échiquier, ne se tenant plus sur la chaise que sur la pointe des pieds.

- Tombe, proposa le jeune homme.

L releva la tête une seconde, juste pour le regarder comme s'il était un parfait idiot.

- Non, mes pieds ont une prise ferme sur ce support, mais merci de t'en soucier. »

Light roula des yeux.

Le détective continua de se mordiller le bout du doigt, un air concentré, que Light ne cessait de gêner en lançant des pions sur la face de L, un resta même coincé dans sa chevelure bizarre.

Le garçon eut une mine dégoûtée. Pour tenir en apesanteur ainsi, Light n'imaginait pas la quantité de gel dont usait son rival... ou bien c'était la graisse de ses cheveux. Il avait peur du quota de douche de L dans l'année, pour que la pièce reste ainsi nicher dans sa chevelure.

« - Ahah ! Fit L en levant le bras, avec une vitesse surprenante pour déplacer son fou devant son roi, en n'oubliant pas de baisser la tête pour éviter un autre projectile. Échec.

Light tâta du bout des doigts son côté de la table, pour ne rencontrer que la surface en bois et non des pièces, il abaissa son regard vers l'échiquier, un air renfrogné.

- Oui, Light d'après mes comptes, tu as épuisé tous tes projectiles. Chaque joueur dispose de 16 pièces, et puisque tu as pris grand soin d'user de mes pièces comme fléchette, et qu'il m'en reste 8, tu en as 8. Tu as vidé ton chargeur, remarqua L d'une voix monotone, mais qui ne cachait pas le soulagement. Il y en a cinq sur le sol, une dans mon t-shirt, l'autre sur ma chaise et la dernière... »

L tourna la tête dans tous les sens pour la chercher du regard. Soudain, une idée horrible lui vint, il agrippa sa tasse du bout des doigts, affolé, non, Light, n'aurait pas osé viser son chocolat... Ouf.

Non, aucune tour. Subitement, quelque chose lui tomba sur le visage, dans une sensation bien connue.

L releva la tête, perplexe. Il ne pouvait pas s'être trompé dans ses calculs ! Impossible !

« - Elle est tombée de tes cheveux. » Jugea bon de signaler Light, en relevant la tête.

L secoua la tête, cherchant à faire tomber d'autres éventuelles mines. Quand, tout à coup, il croisa le regard trop, bien trop satisfait de Light, qui lui désignait de l'index l'échiquier, et plus particulièrement son roi.

« - Echec et mat, L. »


Fin du chapitre

Merci encore pour les reviews, si j'ai oublié de vous répondre, excusez moi.

Dîtes moi ce que vous en pensez ?

Bien à vous,

Shadow.